Le bilan des épreuves de la réception des dragons, jusqu'à présent.
La première manche : Veil a retourné l'obstruction de son adversaire pour franchir la ligne d'arrivée en tête.
La deuxième manche : faute de condition de victoire définie, elle a sombré dans la confusion avant d'être annulée.
La troisième manche : la demoiselle, provoquée sur sa poitrine plate, a asséné une gifle qui a assommé le dragon adverse — match nul.
La quatrième manche : Typhon n'a pas daigné se motiver — match nul.
Et la cinquième manche : la terrifiante soupe miso de Bloody Mary a scellé une victoire écrasante.
…………
« Attendez un peu !! »
À cet instant, l'un des dragons qui venait de faire irruption dans la réception lança sa réplique par-dessus les autres.
C'était donc lui, le meneur apparent des dragons challengers… Charles Arts, si je me souviens bien.
« Qu'est-ce que c'est que ce combat !? Nous, les dragons, sommes les créatures les plus puissantes par la force pure ! Et vous prétendriez trancher l'issue par une farce pareille !? »
« Ho ? Alors on règle ça à la loyale, à la force pure ? »
« Gnou nou nou nou nou nou nou nou nou !! »
Sous la pression de Veil qui s'approchait, le dragon Charles Arts recula de deux ou trois pas.
S'il en venait à un duel de force brute, se faire piétiner par Alexander était une certitude.
Et même sans compter Alexander, caché dans son ombre, les autres membres sont tous des monstres.
Veil serait classée huitième des Dix Dragons Suprêmes, mais c'est de l'histoire ancienne : depuis qu'elle vit à la ferme, elle a la puissance de tordre d'une main Bloody Mary, l'ancienne numéro un.
Cette numéro un en personne, Bloody Mary.
Et Typhon, le Progenitor Dragon, ancêtre de tous les dragons.
D'où qu'on coupe, on ne voit qu'un rouleau compresseur.
« Moi, ça m'arrange ! Si on passe maintenant à un vrai duel de force pure et innocente ! Mon instinct de destruction me démange !! »
« Gnou nou nou nou nou nou nou nou nou !? »
L'adversaire aussi semble sentir sur sa peau la puissance grandie de Veil ; il ne bouge pas, tétanisé.
Est-ce qu'on va en rester là, à le laisser faire le fier… !?
« Attendez, grande sœur Veil. »
C'est Ardhegg qui intervint.
Costard blanc immaculé, version marié.
« Dans l'ordre, le prochain combat, c'est le sien et le mien. Je vous prie de ne pas me voler mon tour. »
« Quoi, tu veux te frotter ? Tant pis, le héros du jour c'est toi, alors je te le cède. »
Veil se retire avec une facilité déconcertante.
À sa manière, elle veut sans doute laisser son frère briller sur cette scène.
« D'ailleurs, c'est moi qui dois me battre, sinon ça n'a pas de sens. Ils sont venus remettre ma force en cause, après tout… »
« Doute !? C'est un fait que vous avez usurpé le trône de Geyser Dragon par des moyens lâches ! ! »
L'autre côté mord à l'hameçon, unilatéral.
« Nous, les dragons, sommes une race pour qui la force est tout ! Quel que soit votre talent dans d'autres domaines, sans force vous n'avez aucune valeur ! Allez-vous encore nous enfumer avec vos sophismes, comme les précédents ? Faux Geyser Dragon !! »
« Votre revendication est toujours la même. Est-ce si lâche d'avoir ignoré les règles de la succession pour affronter directement mon père et l'abattre ? »
« Exactement ! Un dragon qui vénère la force, commettre une telle honte… »
« Alors je vous le retourne : à l'époque, défier directement mon père — le plus fort — et le terrasser, cela n'a rien à voir avec la force réelle ? »
« Ugh !? »
« Obéir aveuglément aux règles édictées par mon père, se battre comme on vous le dit… et vous appelleriez ça vénérer la force ? »
« Nugugu !? »
Il touche juste, à un endroit qui fait mal ; l'adversaire ne peut que grogner.
Je n'aurais jamais cru qu'Ardhegg, si maladroit autrefois, puisse tenir des propos aussi froids et précis ! ?
« Frère Charles Arts. Il ne reste plus qu'un seul affrontement dans ces épreuves de réception : le nôtre. »
« C'est pour ça que je dis que c'est une épreuve… ! »
« Mais vous réclamez un duel force contre force, n'est-ce pas ? Alors, c'est moi qui propose d'accepter ce terrain. »
« Quoi !? »
« Je dis que nous fixerons le contenu de l'épreuve sur un combat où la force prime. »
La déclaration d'Ardhegg fit murmurer l'assistance.
Sans qu'on s'en rende compte, même des démons et des sirènes, sans lien direct, étaient cloués sur place.
« Fah, fahahahahahahaha ! ! »
Un rire hautain, en guise de réaction.
« On dirait que tu t'es trop grisé, faux Empereur Dragon ! Tu n'avais qu'à continuer à nous enfumer, mais te voici qui viens te jeter dans un face-à-face ! Tu ignores la terreur de ce Charles Arts, deuxième des Dix Dragons Suprêmes ! ! »
« Depuis que je côtoie les humains, une question ne cesse de me hanter. À savoir : qu'est-ce que la force ? »
« Écoute quand on te parle ! »
D'ailleurs, pour la terreur, y'a la soupe miso de la peur.
« Nous, les dragons, sommes forts. C'est parce que nous possédons la force dès la naissance en tant qu'êtres vivants. Nés les plus forts sur terre. C'est pourquoi nous vénérons la force et n'avons aucun autre moyen de prouver notre valeur. … À l'inverse, les humains sont faibles. »
Forcément que les humains sont faibles.
Le corps n'est pas solide, la durée de vie est courte, vu par des dragons.
Un seul souffle pourrait les effacer sans laisser de trace. Pour un dragon, humains, insectes, feuilles mortes, tous faibles de la même manière.
« Toutefois, les humains se dressent face à des adversaires plus puissants qu'eux. Monstres, puissants, parfois même nous, les dragons. Au besoin, ils épuisent leur sagesse, rassemblent leur courage, et défient des ennemis infiniment plus forts, allant parfois jusqu'à la victoire. »
« Qu-, qu'est-ce que tu racontes !? »
« Nés faibles, ils s'entraînent, augmentent leur force, et même alors, ils comblent l'écart de capacité par la sagesse, la détermination ou la chance pour arracher une victoire qu'on ne peut reproduire deux fois. Les humains ont accompli cela, non pas une fois, mais maintes et maintes fois. »
Les dragons, nés forts, écrasent les faibles avec leur force innée.
Les humains, fragiles, arrachent une victoire inversée contre plus forts qu'eux grâce à la force, la technique et la ténacité qu'ils ont forgées.
Au final, lequel est le plus difficile, le plus noble ?
« Frère Charles Arts. Dans la société humaine, il existe le métier d'aventurier. Plonger dans les donjons, en rapporter divers profits, c'est leur travail. J'ai autrefois convié certains à mon château et pu observer leur labeur. C'était vraiment admirable. »
« Donc quoi, qu'est-ce que tu veux dire depuis tout à l'heure !? »
« C'est au sujet du contenu de notre duel, vous et moi. Faire un combat basé sur la force pure, mais dans le cadre de la culture humaine. Et si nous nous affrontions en imitant des aventuriers ? »
La proposition d'Ardhegg fit bourdonner la salle.
Serait-ce… la réédition de cette compétition de conquête de donjon qui eut lieu jadis au Château de l'Empereur Dragon ! ?
« Parmi les travaux d'aventurier, il y a l'extermination de monstres. »
Pas ça.
« Vous et moi, frère Charles Arts, nous jouerons les aventuriers et chasserons ceux qui feront office de monstres. Celui qui termine l'extermination le premier l'emporte. Qu'en dites-vous ? »
« Hmpf, je me demandais ce que tu allais sortir… ! ! »
La réaction du dragon adverse, reniflant avec dégoût, avait quelque chose de la fanfaronnade.
« Encore une fois, vous voulez trancher par une imitation humaine… En résumé, vous n'êtes que des dragons contaminés par les humains ! ! … Cependant, un combat basé sur la force pure, c'est une bonne chose. Cela colle bien à l'essence des dragons. Très bien, j'accepte ce combat ! ! »
L'accord de l'autre partie scella le duel.
Nouveau Geyser Dragon Ardhegg vs deuxième des Dix Dragons Suprêmes, Charles Arts.
Une affiche de rêve, et la règle : un concours de chasse imitant les aventuriers !
C'est du Monster Hunting ! !
« Donc, qu'est-ce qu'on chasse ? »
La chasse nécessite un gibier, mais d'où sortira-t-il ?
Ardhegg possède le Château de l'Empereur Dragon, un donjon respectable ; peut-être comptait-il utiliser les monstres qui y pullulent ?
Mais les combattants, même sous forme humaine, restent des dragons.
Même le plus fort des monstres ordinaires se ferait pulvériser en un instant, non ?
Eux-mêmes en sont conscients, surtout Charles Arts, côté challenger, dont le visage affichait une aisance totale.
« Kuh kuh kuh… ! Amenez n'importe quoi, je le réduirai en cendres en un instant ! »
« Oui, des monstres ordinaires ne peuvent pas nous opposer de résistance. C'est pourquoi je compte confier le rôle de gibier à une personne très spéciale. »
« Hein ? »
« Frère Alexander, je compte sur vous. »
« HONGYAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !! ! ! ? ? ! ? »
Un cri d'oiseau monstrueux, et Charles Arts s'envola.
Là se tenait le plus fort des dragons, Alexander, revenu à sa forme draconique !
« Hum, laissez-moi faire. Malgré les apparences, je suis le maître d'un donjon, donc je suis en quelque sorte la cible désignée des aventuriers. Ce n'est pas un déguisement, je suis un vrai gibier pour des aventuriers en activité ! »
En pratique, aucun aventurier ne vise vraiment la tête d'Alexander.
D'abord, son existence est trop haute pour qu'on imagine seulement l'atteindre.
Il en est même devenu objet de vénération.
C'est ça, le plus fort des plus forts, Alexander ! !
« GUORAAAAAAAA !! FOUTEZ-NOUS LA PAIXAAAAAAAA !! »
La partie adverse fond sur lui avec une vigueur déchaînée.
« Frère Alexander en cible !? C'EST IMPOSSIBLE ! QUI PEUT BATTRE FRÈRE ALEXANDER !? L'INSTANT QU'ON LE CROISE, IL NE RESTE MÊME PAS DE LA POUSSIÈREAAAAAA !! ? »
« C'est pour ça, frère. »
Ardhegg conserve son calme.
« Je viens de le dire : "même face à plus fort que soi, on peut se dresser par la sagesse et le courage". C'est là la vraie force des humains. Si nous, dragons, voulons imiter cette force, l'adversaire doit être un être qui nous surpasse. Y a-t-il mieux placé que frère Alexander ? »
« TROP PARFAIT POUR ÊTRE VRAI, C'EST ÇA QUE JE DIS ! ! C'EST UNE DÉFAITE ASSURÉE ! UN TRUC PAREIL, ÇA PEUT PAS ÊTRE UN COMBAT ! ! ? »
« Alors, frère, vous ne combattez que des plus faibles ? Vous n'acceptez que les combats gagnés d'avance ? »
La voix d'Ardhegg, à cet instant, était d'une froideur tranchante, inattendue.
« Les humains, même face à un adversaire immensément plus fort, s'y jettent sans hésiter si c'est nécessaire. Sans craindre la mort, pour protéger ce qui compte. C'EST ÇA, la force des humains. Frère Charles Arts, vous affirmez que ce que les humains peuvent faire, les dragons en sont incapables. »
« Nunununununu !! »
« Si vous gagnez ce combat, je vous cède le titre de Geyser Dragon. N'est-ce pas là une cause qui vaut de risquer votre vie ? Si vous reculez ici, votre fierté de dragon s'effondre ! ! »
« Gugugu, CHIEEEEEEEEEEEEEE !! »
Acculé par la pression, coincé par la logique, Charles Arts craqua.
« SI C'EST COMME ÇA, J'VAIS LE FAIREEEEEEE !! PEU IMPORTE SI L'ADVERSAIRE EST FRÈRE ALEXANDER ! JE LE BATTRAI COÛTE QUE COÛTE, ET JE M'EMPARERAI DU TITRE DE GEYSER DRAGON ! ARDHEGG, TU OUBLIERAS PAS TA PAROLE D'IL Y A PEU ! ! »
« C'est l'esprit, frère Charles Arts ! ! »
… Il ne s'est pas fait mener en bateau par Ardhegg, lui ?
Lire la psychologie de l'adversaire pour le guider…さすが皇帝竜だな !!