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Isekai de Tochi wo Katte Noujou wo Tsukurou

Chapitre 569

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Chapitre 569

Chapitre 569

Chapitre 569/75176%~8 min de lecture1 580 mots

Je suis l'elfe Elzaril.

Jadis, je menais le gang de voleurs « les Tailleurs de pierre de l'orage », une bande de justiciers.

Mais après bien des péripéties, le groupe s'est dissous.

Moi-même, après avoir connu la captivité, je suis revenue dans ma forêt natale.

Ici, je plante des arbres. Beaucoup d'arbres.

Ainsi, j'agrandis la forêt pour retrouver un jour l'immense patrie qui fut la nôtre.

La raison pour laquelle j'avais quitté mon foyer à l'origine, c'est que les humains avaient rogné la forêt jusqu'à nous laisser sans abri.

Cela fait bientôt deux ans que le reboisement a commencé.

Les résultats apparaissent peu à peu, mais l'adversaire est un arbre. Inutile de se presser face à des végétaux qui vivent bien plus longtemps que nous.

C'est l'œuvre d'une vie.

D'ici à ce que la forêt des elfes revive pleinement, je ne serai plus de ce monde.

C'est en songeant à ce genre de choses que je vis mes journées.

Un temps, je me voyais finir en bandite, mon corps pourri quelque part en plein champ ; pouvoir passer mes vieux jours au pays est une grâce.

Qui plus est, le déclencheur m'a été donné par mes anciens subordinates, ceux-là mêmes avec qui j'ai sillonné les routes en voleuses : sentiment complexe.

Elron, Maelga, Mieral, Poel : tous mes compagnons du gang.

Tous des elfes chassés de leur foyer.

Nous avons partagé peines et joies, arpenté déserts, montagnes et cités des autres races. Nous étions là dès la fondation des « Tailleurs de pierre de l'orage ».

Après m'avoir quittée, elles se sont installées dans un lieu appelé « la Ferme du Saint  », où elles fabriquent et vendent assiettes, gobelets, sacs et mille autres choses.

Et elles font fortune.

L'argent gagné finance le reboisement, alors je m'en réjouis tout en restant pantoise.

…… Hein ?

Pourquoi pantoise, me demanderez-vous ?

C'est bien naturel.

Moi comprise, toutes mes anciennes camarades sont d'anciennes voleuses.

Voler, ravir, dérober était notre métier.

En tirer un salaire honnête par un travail honnête, c'est une perversion, de la paresse.

Pourtant, mes anciennes camarades ont oublié leur passé de larrons, travaillent loyalement, touchent loyalement leur dû, et s'en contentent.

Surtout Elron, qui était ma lieutenante à l'époque où je commandais et qui est devenue cheffe officielle après mon départ : elle est pire que toutes.

Il paraît qu'elle vend ses poteries — elle pétrit de la terre, la cuit — et que ça marche, assiettes, coupes.

Soit, c'est indispensable pour manger, je ne dirai pas que c'est inutile.

Mais ses pièces atteignent des prix ahurissants.

La matière étant de la simple terre, on croirait le coût nul, et pourtant on y colle des tarifs délirants.

Malgré quoi, ça part comme des petits pains.

Je n'en sais que ce qu'on m'en rapporte, mais rien que ça me glace d'effroi.

Comment de la terre pétrie et cuite peut-elle se vendre à de tels prix ?

N'est-ce pas bien plus crapuleux que quand nous volions !?

…… C'est ce que je ne peux m'empêcher de penser, moi qui n'y connais rien.

Pourtant, Elron elle-même n'y met aucune malice …

« Mes poteries contiennent toute ma passion, ma pensée, mon idéal, mon intelligence, ma noblesse, mon élégance, mon acharnement ! Chacune de mes poteries est ma vie ! »

Et elle débite ces absurdités.

Quelle vie ?

Depuis qu'elle fait des assiettes, Elron a pris des airs d'artiste accompli ; elle n'a plus rien à voir avec la voleuse d'autrefois.

Récemment, elle a même commencé à fréquenter des nains ; quand je vais à la ferme chercher des plants, je les vois parfois se disputer âprement.

Les nains, race aux antipodes des elfes, s'enferment sous terre à creuser des trous, font et vendent des objets avec les minerais qu'ils en tirent.

On les méprise pour s'être coupés de la nature et ne compter que sur leur petite technique ; pourtant, voir Elron débattre vive et gaie avec eux me donne à la fois la nausée et une lueur d'admiration.

Quel but poursuit-elle ? Où va-t-elle ?

Moi qui fus son ainée, je n'en ai pas la moindre idée.

Voilà peu, la haute elfe Llellelc-sama — pour faire court, L4C-sama — et même le roi des elfes se sont laissés séduire. Ils appellent Elron « maître  » et la vénèrent.

Sous son influence, chacune dans sa forêt fait bâtir un salon de thé.

Quelle déchéance.

Les elfes ne vivaient-ils pas en harmonie avec la nature, en rejetant au maximum tout artefact ?

Voilà qu'elles gagnent de l'argent par le commerce, s'immergent dans les affaires des autres races, et jusqu'à songer à construire des maisons dans la forêt ?

Ne pas dormir sous un toit n'était-il pas la fierté des elfes !?

Cela ne va pas.

Du moins, moi seule, je dois garder intacte la fierté de notre peuple et la transmettre aux générations futures !

Il est douloureux que les hautes elfes soient envoûtées par Elron au point qu'on n'y puisse rien !

Mais quand je serais la dernière, je protégerai cette fierté jusqu'au bout !

…………

« Elzaril !! »

« Oui, que puis-je pour vous !? »

Au moment où je prenais cette résolution, Llellelc-sama — en abrégé L4C-sama — m'a convoquée.

« En fait, j'ai une faveur à te demander ! Je veux que tu fasses un jardin autour du salon de thé ! »

« Un jardin, dites-vous !? »

Séduite par Elron, elle a soudain envie de créer quelque chose d'étrange.

Cette drôle de bâtisse qu'est le chashitsu passe encore, mais exiger d'agrémenter ses abords de beaux végétaux, voilà un ordre bien fantasque.

« D'après le maître et le Saint, c'est en admirant le paysage naturel tout en buvant le thé qu'on goûte l'élégance ! Toi qui plantes tant d'arbres depuis longtemps, tu sauras choisir les bons ! Je compte sur toi ! »

Même si vous me dites ça……!?

Devant cette exigence brutale, je suis décontenancée, mais la demande venant d'une haute elfe comme L4C-sama, je ne peux la refuser.

« Compris. Je ferai de mon mieux…… »

« Bien ! C'est bien la petite-fille de la guerrière elfe Eltoerumoerusu ! Je m'en remets à toi ! »

J'aurais préféré qu'on ne cite pas le nom de ma grand-mère intrépide……

Sous l'influence idiote d'Elron, la forêt des elfes s'érode de plus en plus.

J'aimerais bien aller à la ferme pour la rosser, mais comme les hautes elfes la vénèrent, je n'ai d'autre choix que d'exécuter l'ordre docilement.

« Mais comment fait-on un jardin, bon sang !? »

Regarder simplement les arbres et l'herbe qui poussent naturellement ne suffit-il pas ?

Vraiment, les idées récentes des suiveuses d'Elron sont incompréhensibles !

Puisqu'elle a eu l'idée, le plus rapide serait de la lui demander, mais quémander un enseignement à mon ancienne cadette, ma fierté ne le permet pas !

J'ai donc interrogé Maelga et mes autres cadettes, mais elles m'ont froidement éconduite : « On ne sait pas, ce genre de choses ».

Pour mes anciennes camarades voleuses aussi, Elron est partie dans un monde lointain.

Faute de mieux, je me suis mise à étudier seule.

L'essentiel, c'est que ce soit beau à voir, non ?

Je dégage une zone suffisante pour ouvrir la vue, j'y pose du gazon……

…… La forme des feuillages change l'impression selon les essences.

Bien combinées, on peut créer des silhouettes plus intéressantes.

Il faut aussi soigner le passage des saisons.

Certains arbres perdent leurs feuilles avant l'hiver et prennent des couleurs vives, rouge ou jaune.

En en plantant, on pourrait sentir le temps qui passe.

…… Mais le ramassage des feuilles mortes sera pénible.

Avec la seule végétation, le paysage finit par être monotone ; pourquoi ne pas y ajouter autre chose ?

Parmi les éléments naturels, il y a… les pierres ?

Je place un gros rocher dans le jardin, appelons-le pierre de jardin.

Si de la mousse s'y développe en taches, cela aura du charme.

Bien !

Ça devient amusant !!

Pour éviter la platitude, pourquoi ne pas jouer le relief !? Je surélève ce secteur d'un cran, tout en ménageant une vue lointaine !

Il faut aussi un parterre de fleurs ! Les fleurs, c'est ce qui fleurit le mieux !

Et puis, comme ça… et encore…!!

…………

Au terme de tout ça, Elron s'est émue.

« C'est incroyable, grande sœur ! Je n'aurais jamais cru que vous puissiez créer un jardin d'une telle qualité !! »

« C… c'est vrai ? »

Une fois l'ouvrage achevé, j'ai fait venir Elron de la ferme pour avoir son avis, et elle a réagi bien au-delà de mes attentes.

Une telle exubérance me met mal à l'aise, moi.

« Je suis ravie ! Grande sœur, vous compreniez donc l'élégance, vous aussi ! »

« Hein !? Non, c'est… »

« Sans cela, un travail d'aménagement aussi admirable serait impossible ! Je suis si heureuse ! Pouvoir retravailler avec vous sous cette forme ! »

Et elle me serre les deux mains.

Elle les écrase de toutes ses forces.

« Moi je fournis les outils, vous faites le jardin ! Ainsi, nous allons propager sans relâche la nouvelle voie du thé chez les elfes ! Voici la reformation du duo cheffe‑lieutenante des « Tailleurs de pierre de l'orage » !! »

Non…!?

Moi, j'étais en colère contre des elfes aussi légers que vous…!

Je ne vous reconnaîtrai pas !

Des elfes comme vous, je ne les reconnaîtrai jamais !

C'est compris !

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