« Hii ! C'est dégoûtant ! »
L'éleveur, un démon.
Il tremblait de tout son corps face à l'étrange phénomène qui se produisait sous ses yeux.
Forcément, puisque la laine de la moutonne que j'avais touchée poussait à une vitesse phénoménale, la recouvrant d'une épaisse toison.
Cette toison continuait de gonfler et d'enfler sans s'arrêter…
« Ah, faudrait que j'arrête avant que ça déconne », pensai-je, mais elle continuait de pousser, imperturbable.
Tout cela par le pouvoir divin logé dans ma main.
« Hiiiin ! C'est devenu incroyaaable ! »
Bati, elle aussi, était sidérée par la situation.
Quand j'ai voulu lâcher la bête, mes mains et mes doigts s'étaient emmêlés dans la laine, c'était la panique.
J'ai réussi à arracher mes doigts de force, mais à ce moment-là, la surface de la moutonne avait été multipliée par six environ.
« Qu'est-ce que c'est que çaaaa ! »
Semblait hurler son regard.
La moutonne lisse et sans poil s'était transformée en une masse de laine si haute qu'il fallait lever la tête pour en voir le sommet.
Tellement hirsute qu'on ne devinait plus ce qu'il y avait à l'intérieur.
« Waaaaah ! Ma moutonneeee ! Maaaa ! »
L'éleveur, paniqué, se rua vers la boule de poils.
Pour eux, le bétail est un bien précieux et des compagnons de vie. Qu'il s'inquiète est tout naturel.
« C'est bon. »
Je reculai de deux ou trois pas et dégainai la Sainte-Épée maudite Dry Schwarz.
L'éleveur en devint livide.
« Inquiétez-vous pas. Ce que vous redoutez n'arrivera pas. Cette petite qui s'étouffe dans sa laine… »
J'abattis la lame de la Sainte-Épée sur cette masse où l'on ne savait plus s'il y avait encore un être vivant.
« Hiiiin ! »
Le cri ne vint pas de la moutonne, mais de l'éleveur.
Un instant plus tard, derrière la toison tranchée net, se tenait la bête, à nouveau nue, sans une égratignure.
« Comme attendu de Votre Sainteté… Parvenir à tondre toute la laine sans effleurer la bête elle-même… ! »
« C'est juste que l'épée est ouf. »
Je répondis calmement au compliment de Bati.
C'est la vérité : cette lame est dingue, et l'habitude quotidienne d'éplucher patates et carottes a porté ses fruits.
Avec le tranchant de cette Sainte-Épée maudite, on peut retirer la peau des légumes en couche ultrafine, et la laine de mouton, c'était pareil.
« Bon… cette laine tondue, par contre… itai ! »
La moutonne, toute légère maintenant.
Elle m'asséna un nouveau coup de tête et repartit brouter dans la prairie.
Il ne restait qu'une montagne de laine.
« C'est ça, de la laine de mouton !? »
« On disait que ça n'existait pas !? »
Bati comme l'éleveur scrutaient cet objet mystérieux, yeux brillants.
« Wahou, c'est tout doux au toucher. C'est complètement différent du poil de chèvre ou de vache ! »
« Bati, désolé, mais tu peux rentrer à la ferme chercher les gobelins ? Apporte aussi le matériel pour filer. »
« Compris~. Ah, monsieur, excusez-moi, je vais installer un point de transfert provisoire ici, d'accord ? »
L'oncle de l'éleveur, encore hébété, n'eut pas le temps de réagir que Bati posait son point de transfert et s'envolait par magie de transfert.
Comme ça, le retour se ferait en un claquement de doigts.
En attendant, je décidai de laver cette laine.
Préparation du traitement adéquat.
« Y a-t-il un point d'eau que je puisse utiliser ? »
« Heu ? Ah… ! »
L'éleveur, l'âme en peine, obtempéra docilement à ma demande.
La laine venait de pousser, elle n'était pas spécialement sale, mais je la lavai quand même.
Avec l'effet de « Porteur du Suprême », la saleté glissa d'elle-même et elle sécha sur-le-champ.
Pendant ce temps, Bati revint.
Comme convenu, elle ramenait plusieurs gobelins.
Et comme convenu aussi, chacun apportait un rouet et les outils de filature. Prêts à bosser.
« Bon, filez-moi du fil à partir de cette laine ! »
Les gobelins de chez nous sont compétents.
Habitués à filer à la main la soie des vers à soie d'adamant et le coton, ils ne sourcillèrent pas devant cette matière aux reflets différents.
Ils s'y mirent prestement, et la laine éparse disparut à vue d'œil, transformée en plusieurs pelotes.
Une rapidité qui force le respect pour mes gobelins de la ferme.
« Bon, avec ce fil… »
Mon tour à nouveau.
J'avais déjà un crochet à tricoter en main.
En attendant le retour de Bati avec les gobelins, je l'avais taillé dans du bois.
Avec la Sainte-Épée maudite Dry Schwarz, bien sûr.
L'épée sainte, star du jour.
Le crochet attrapa le fil, les mailles s'enchaînèrent.
Normalement, tricoter, c'est au pas de la tortue, mais avec « Porteur du Suprême », ça avançait à une vitesse hallucinante.
Pendant que Bati et l'éleveur restaient bouche bée devant la cadence, je bouclai un pull en un rien de temps.
« Un pull !! »
Une confection à l'arrache, coupe simple, mais un vêtement fini, propre.
« Les vêtements de Votre Sainteté n'ont vraiment aucune fantaisie, hein… »
Bati râlait dès la fin de l'ouvrage.
« C'est bon, bordel ! Ma compétence marche comme ça, c'est tout ! »
« Les fringues du Boss gardent un côté raide, quand même. »
Même les gobelins me descendent !?
C'est bon, c'est pour ça que je laisse tout le côté couture à Bati.
Ce pull, c'est un prototype.
La preuve est faite : même les moutons de ce monde donnent de la laine qu'on peut tricoter.
Reste à…
« Monsieur l'éleveur !! »
Je baissai la tête devant le propriétaire de cette ferme.
De toutes mes forces.
« Accepteriez-vous de nous vendre ce fil !? »
« Hein ? Moi !? »
L'éleveur, pris de court, ne savait plus où donner de la tête.
Normal.
« Bien sûr, ce fil vient de la laine de VOS moutons. Vous qui les élevez, vous en êtes le propriétaire ! Donc il faut qu'on l'achète à VOUS en premier ! »
« Même si vous me dites ça, tout arrive d'un coup, je comprends plus rien… »
« L'argent est déjà prêt. »
« Autant !? »
Je l'avais fait préparer quand j'ai envoyé Bati chercher les gobelins.
Cet argent, c'est ce qu'on a reçu de Shaks de la Pandémonium Trading en paiement du papier.
En le donnant pour la laine, la richesse revient à qui de droit… normalement !
« Alors… avec ça… ? »
L'éleveur, le cerveau en surchauffe après tant de surprises, l'accepta sans trop résistance.
« Les moutons que je touche continueront de produire de la laine. Pas aussi violemment qu'à l'instant, mais à un rythme tout à fait naturel. »
« Vraiment !? »
C'est ce que j'ai ressenti via mon « Porteur du Suprême », donc y a pas d'erreur… normalement.
« Je vais toucher les autres moutons pour ouvrir leurs pores. Dorénavant, tondez la laine qui pousse, vendez-la à des tailleurs, et vous en vivrez. Ça marchera, c'est sûr. »
Je parlerai à Shaks pour qu'il l'achète en priorité.
Comme ça, cette ferme et ses moutons pourront remonter la pente au lieu de couler.
« Oh… ! Quelle grâce… »
L'éleveur finit par réaliser, les larmes aux yeux, et s'agenouilla sur place.
« Quelle miséricorde. Quel miracle… Quel genre de divinité êtes-vous pour accomplir un tel prodige ? »
« Je suis rien de si grandiose. J'avais juste besoin de purifier mon karma. »
Vraiment.
« Gufo !? »
Et bim, un nouveau coup de tête-tacle d'un mouton.
Mais qu'est-ce qu'ils ont, ces bestioles !?
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Ainsi réussis-je à prendre en charge ceux qui risquaient de perdre leur métier à cause de notre technologie d'un autre monde.
Accessoirement, cette ferme devint célèbre plus tard pour « avoir vu pousser de la laine sur des moutons qui n'en ont pas ».
Des messieurs chauves de tout le pays y affluèrent, espérant gagner des bénédictions en caressant ces moutons extraordinairement velus.