Ah, le château Oakbo aux vents et aux nuages, terminé sans encombre.
On peut considérer que c'est une réussite.
C'est moi.
Je descends du château avec le seigneur des lieux et sa femme.
Hein ? Ce n'est pas sa femme ?
Bon, peu importe.
Notre destination, c'est le village au pied de la montagne.
En y repensant, c'est là que tout a commencé.
Le village servait de point de transfert forcé pour les soldats éliminés, et on y servait du tonjiru en guise de prix de participation.
« C'est déliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiicieux !! »
« C'est quoi cette soupe ?! Il y a du corps, de la profondeur ! Et les ingrédients sont gros et volumineux ! »
« Ah ! Seigneur ! Tout le monde va bien !! Ce truc, le tonjiru, c'est super bon !! »
« Hein ? Tonjiru ? »
Après s'être dépensés pendant les activités récréatives, manger du tonjiru, c'est la règle.
Le katsuobushi qu'on vient de développer récemment a fait des merveilles dès le début, apportant au tonjiru un umami raffiné et profond.
« Waaah, tout le monde a l'air plus en forme que prévu... »
« À quoi rimait notre lutte acharnée, alors... »
Le couple seigneurial avait le visage noirci.
« Saint-sama, Saint-sama. »
Batty me pique.
« Ces deux-là ne sont pas mariés. »
« Ah ? Vraiment ? Moi, je croyais... »
« Bon, avec cette ambiance, le malentendu est compréhensible. Mais ce n'est plus qu'une question de temps, de toute façon. »
Plus de deux cents soldats qui débarquent d'un coup, et le petit village frontalier se transforme instantanément en fête.
Les villageois aussi slurpent leur tonjiru, le visage rayonnant.
« Que mon territoire soit animé, ne serait-ce qu'en partie, c'est une bonne chose. »
Oui, Seigneur.
« Cependant, il y a un problème qu'on ne peut pas laisser dans le flou. »
Oui... Seigneur.
Oakbo et moi, on se met en seiza devant lui, côte à côte.
« Construire un château sans permission sur mes terres, c'est un acte militaire qu'on ne peut pas tolérer, et c'est dangereux. Un château, ça se construit pour la guerre, ce fait est inébranlable. »
« Oui... »
« Même si moi je l'accepte, la réaction des alentours est imprévisible. Surtout maintenant que l'ancien Royaume des Hommes est sous l'occupation du Royaume des Démons, il faut absolument éviter tout mouvement qui pourrait passer pour une rébellion. »
Renforcement militaire, ou « tu comptes faire la guerre ? », on ne pourrait pas le nier.
Construire un château, c'est exactement ça.
« A... Alors le château que Oakbo et les siens ont construit... ?! »
« C'est à regret, mais il faut le démolir. »
« Attendez aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !! »
Tous les deux, Oakbo et moi, on s'accroche au seigneur.
« Pas ça ! Pas ça, attendez ! C'est le château que nos orques ont construit avec touuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut leur cœur !! »
« Je ferai n'importe quoi d'autre, alors laissez-le ce château ! C'est notre mignon bébé qui vient de naître ! »
Moi, soit, mais si Oakbo s'accroche à lui, il risque de l'écraser.
C'est comme se faire sauter dessus par un ours ou un lion.
« Même si vous dites ça... ! Ce n'est pas par méchanceté ! Moi, je pense à l'intérieur comme à l'extérieur du territoire, je veux éviter tout préjudice... »
« Alors. »
C'est là qu'apparaît Vaerina-san, la démone.
Elle porte une robe délicate.
« Tu portes déjà la robe du prix ?! »
« C'était en cours de retouche pour l'ajustement... »
Le jeune seigneur, complètement captivé par sa robe.
« Il faut en faire un atout. L'existence de ce château, pour notre territoire. »
« Hein ? »
« Ce qu'on a vécu cette fois, il faut le déployer à tout l'ancien Royaume des Hommes... non, jusqu'au Royaume des Démons !! »
Qu'est-ce qu'elle raconte ?
« En faisant de vous, Seigneur Dalkish, l'organisateur, on proclame qu'une installation d'attraction sans précédent a vu le jour sur nos terres. Et on recrute des challengers du monde entier ! »
« Ah, je vois, comme ça, tout le monde saura que le château Oakbo n'est pas une installation dangereuse ! »
Encore une fois, l'histoire prend une tournure grandiose.
« Vaerina-dono... ! Même si vous foncez comme ça... ! D'abord, dans l'ancien Royaume des Hommes actuel, quoi qu'on fasse, il faut l'autorisation de l'administration d'occupation... ? »
« L'autorisation, je l'obtiendrai ! C'est LA chance pour que notre territoire s'enrichisse ! »
Hé... !
Depuis tout à l'heure, cette phrase « notre territoire » qu'elle répète, ça sent le ménage à plein nez... !
« En prélevant des frais de participation sur les challengers du monde entier, les finances seront largement excédentaires ! Et plus le territoire sera connu, plus les savants et artistes martiaux de renom viendront s'y installer ! »
« C... C'est... oui... !! »
« Pour le développement de NOTRE territoire, on ne peut pas rater cette chance !! Pour MON avenir et LE TIEN !! »
« OUIIII !! »
Le grand frère seigneur était complètement intégré au plan de vie de la grande sœur démone.
« Vous, là-bas... »
« OUIIII ?! »
C'est de moi qu'il s'agit.
« Bien sûr, tu vas bien gérer ça, hein ? Si tu refuses, je fais démolir le château sur-le-champ. »
« Je m'en occupe positivement !! »
Vaerina-san, ton style de négociation, c'est du costaud.
Comme ça, nous avons recommencé à planifier et faire avancer le château Oakbo aux vents et aux nuages.
Cette fois avec l'aval du seigneur.
Bon, en guise d'excuses pour avoir construit un château sans permission sur les terres d'autrui, c'est pas plus mal, et surtout, tout le monde veut que le fun continue.
En tirant les leçons de la première édition où le seigneur s'est démené, on va remanier le truc avec un game design encore plus limite, pour que les challengers goûtent à l'euphorie et au désespoir à un rythme effréné !
Côté seigneur, entre les autorisations à obtenir, la pub pour recruter les challengers, il paraît qu'il faut trois mois, donc on vise ça.
Les réunions de planning ont été intenses.
« Au final, on en a trop éliminés à la première porte, non ? »
« Deux cent cinquante d'un coup à quatre-vingts, quand même. Si on en vire trop au début, ça fait triste pour la suite. »
« Faut contrôler à quelle étape on en élimine combien. »
« Chaque épreuve a son effectif idéal, donc faut réviser l'ordre des portes en fonction. »
« Alors, du coup, je remets mon épreuve où je barre la route... »
« « « « C'est non. » » » »
C'est pour ça que je t'ai dit que si Veil sort, ça devient impossible, bordel !!
………………
Ainsi, entre les préparatifs du château Oakbo aux vents et aux nuages et le développement de nouvelles recettes, l'hiver a filé à toute vitesse.
Et un jour d'hiver, une nouvelle fracassante m'est tombée dessus.
Enfin.
Enfin.
Enfin.
Enfin...
Platy est enceinte !!
C'est sûrement mon enfant !!
En utilisant la méthode Lamaze transmise par la déesse mère des mers Amphitrite, et en tirant le maximum des bénédictions reçues, j'ai enfin réussi à faire prendre une graine d'homme d'un autre monde !
Comme attendu de Platy !
Princesse, sorcière ! Et sirène !
« Ahaha, moi aussi, enfin mère... Je me demande si je vais y arriver... »
Platy faisait une mine pas déplaisante, même avant que son ventre ne grossisse.
« Ça ira ? Toi, quoi que tu dises, tu gères bien ce lieu, tu sauras bien éduquer ton propre gamin, non ? »
« Je protégerai de toutes mes forces la mère et l'enfant à naître. »
Puffa, qui accompagnait le prince Arowana en voyage, était justement de retour.
Lamp Eye aussi, dans la joie.
C'est vrai que les bénédictions des siens, c'est le plus chaleureux.
La grossesse de Platy a été annoncée directement par la déesse mère des mers Amphitrite, donc c'est officiel.
Trois mois de grossesse, ce qui veut dire qu'elle a été fécondée juste après avoir commencé son entraînement pour tomber enceinte !?
L'entraînement est trop efficace, ou alors c'était quoi, cet entraînement qui durait depuis longtemps ?
« Ahaha, ça y est, j'ai sauvegardé la face. »
De quoi elle parle.
On vient juste de se mettre sur la ligne de départ du long chemin vers l'accouchement, non ?
Et « sauver la face », quoi ?
« Parce que, récemment, les sirènes forment des couples les unes après les autres ? Elles sont en forme, alors ça aurait pu arriver n'importe quand... »
Mon regard dévie sur le côté.
Puffa et Lamp Eye sifflaient ostensiblement.
« Parmi les sirènes d'ici, c'est MOI qui me suis mariée la première ! Pourtant, si on me grille la priorité pour faire un enfant, ma face, elle est pulvérisée !! »
« « « C'ÉTAIT ÇA, TA VRAIE RAISON POUR VOULOIR UN ENFANT ?! » » »
Pas seulement moi, Lamp Eye et Puffa sont hyper surpris aussi.
Mais, sans se soucier des calculs de celle qui met au monde, celle qui naît ne fait qu'avancer inlassablement vers sa naissance.