« Je suis Orcbo, le seigneur de ce château, Orcbo… »
L'orc qui apparut devant notre armée, l'allure d'un conquérant, parla ainsi.
Solennellement.
Attendez, est-ce vraiment un orc ?
C'en est un, n'est-ce pas ?
Un orc, et pourtant il revêt une armure intégrale étincelante, chevauche un cheval géant d'une frayeur glaciale.
Dans sa main droite, une énorme hache d'armes.
S'il l'abat, il trancherait net le cou d'un dragon.
Mes soldats, qui formaient de belles lignes avant le combat, ont la chair de poule, submergés par l'aura que dégage l'orc.
Si la bataille s'engage maintenant, nous risquons d'être anéantis par ce seul orc.
Après nous avoir fait trembler à loisir, l'orc déclare :
« Je sais. Vous êtes les soldats venus pour me vaincre ? Vous me lancez un défi ? Soit. »
Qu'est-ce qui est « soit » ?
« Ce château a été bâti pour attendre des challengers comme vous. Si vous voulez vous battre contre moi, grimpez. Le château le désire aussi. Qu'une foule de challengers s'y presse, s'y engouffre. »
L'orc rare, débordant d'aura guerrière, dit cela dos au château fusionné à une colline.
« Que ceux qui ont de l'assurance viennent défier mon château. Si vous atteignez le donjon et accomplissez la conquête, je vous accorderai une récompense suprême. J'y déclare l'ouverture des hostilités. Une guerre de siège. Vous attaquez le château, nous nous y retranchons pour le défendre. »
« Quel culot… »
À peine ces mots prononcés, l'orc disparaît instantanément de notre vue.
« C'est de la magie de transposition !? »
À mes côtés, dame Varina écarquille les yeux.
« De la magie des démons ? »
« Oui… Seuls quelques mages supérieurs peuvent l'utiliser. Certainement pas un orc, quand bien même… »
C'est encore une aberration, donc…
« Toute l'armée, en avant ! Nous prenons ce château sous nos yeux ! »
« Attendez, seigneur ! Vous voulez dire qu'on attaque ? Ce château !? »
L'inspectrice Varina saisit mon bras.
« C'est dangereux ! Cet orc est hors normes ! Il faut battre en retraite une fois, mieux se préparer ! »
« Mieux se préparer ? »
« Demander des renforts ! On peut recruter dans d'autres fiefs, l'armée d'occupation des démons nous prêtera aussi des hommes ! Vous êtes le seigneur ! Celui qui est au sommet ne devrait pas prendre de risques… »
« C'est faux. »
Je secoue sa main, lève ma baguette de commandement pour donner l'ordre aux troupes.
« Je suis le seigneur. Et ceci est mon fief. J'assume la responsabilité de tout ce qui s'y passe. »
Si un inconnu quelconques manigance dans mon fief pour accomplir quelque chose, je dois le démasquer.
Protéger les habitants de mon fief, voilà la mission du seigneur !
« Pour percer les desseins de cet orc, j'attaque le château exprès. C'est la seule chose que je puisse faire ! Je réitère l'ordre ! Toute l'armée, en avant ! »
Les soldats qui partagent ma volonté n'hésitent pas non plus.
« Dame Varina, vous êtes une étrangère. Inutile de vous fourrer dans le danger. Restez ici. »
« Ma mission est de vous surveiller. Y renoncer serait trahir ma loyauté envers l'armée du Roi Démon. »
Hmph, scrupuleuse, va.
« En plus, l'ennemi a utilisé de la magie. De la magie des démons. Si les pièges du château en font usage, mon savoir et mon expérience pourront peut-être servir. »
« Faites comme bon vous semble. »
Nous avançâmes résolument.
Ainsi commence la guerre de siège entre nous, humains, et l'orc, où nos fiertés sont en jeu… !
……………
« Toute l'armée, halte !! »
J'arrête les troupes car avancer davantage est tout bonnement impossible.
Un fossé s'étendait là.
Une tranchée creusée pour empêcher l'intrusion des soldats, installation défensive des plus classiques pour un château.
« On pourrait appeler ça la première porte. »
« C'est étrange, pourtant ? Il y a un pont de jeté. »
Comme le souligne Varina, le fossé était traversé par quelque chose qui ressemblait à un pont.
Mais c'est bien un « truc qui ressemble à un pont », pas un pont.
Ce que ça veut dire, c'est qu'il est foutrement étroit.
À peine la largeur pour poser un pied. Poser les deux pieds ensemble, impossible.
Un truc aussi fin, qu'on pourrait appeler une perche, relie la rive d'en face à celle d'ici.
« … Quelle intention ? »
« C'est incompréhensible. Le but du fossé est d'empêcher les intrus, pourtant on installe un moyen de le traverser facilement… »
Dire « facilement » m'en bouche un coin.
Sur une passerelle si fine, sans un sens de l'équilibre exceptionnel, impossible d'aller au bout.
Perdre l'équilibre et plonger au fond du fossé, c'est largement plausible.
« Il n'y a pas d'autre passage praticable, donc il faut traverser ça !? »
« Ouais, avançons avec la plus grande prudence… »
Pour l'instant, un soldat monte sur la passerelle et progresse.
Les deux bras tendus horizontalement, il avance avec un sens de l'équilibre remarquable.
« Oh… ! À ce rythme, il la traverse facile, non !? »
Ça commence bien.
Pas si terrible que ça. La conquête du château a l'air d'être une promenade.
C'est à l'instant où je pense ça que les ailes du démon de ce château s'ouvrent.
« Seigneur ! Regardez ! »
« Hein ! »
« Quelque chose apparaît de l'autre côté du fossé !? »
Pourquoi ne l'avons-nous pas remarqué ? Était-ce caché jusqu'ici ?
Quelque chose est sorti de l'autre côté du fossé.
Cette structure complexe, cet ouvrage en bois…
« U-un trébuchet !? »
Ils comptent nous attaquer avec ça !?
Non, c'est pas ça. Vu l'orientation de l'engin, la cible est évidente…
Le soldat qui est en train de traverser le pont, là, tout de suite !?
*Bagon !*
Touché en plein !?
« Uwaaaaaaaaah !? »
Ce que le trébuchet a lancé, ce n'est pas une pierre, mais un truc mou en tissu, visible même de loin.
Mais ça a assez de puissance pour souffler quelqu'un qui tient mal sur un chemin étroit, et le soldat tombe du pont !?
« B-bon sang, est-il indemne !? »
Je me penche au-dessus du fossé pour vérifier l'état du soldat tombé.
Le soldat, dès qu'il atteint le fond, se transforme en lumière et disparaît.
« Hein !? Qu'est-ce que c'est que ça !? Ne me dites pas… »
« Calmez-vous, c'est aussi de la magie de transposition. »
Varina me conseille.
« Probablement que tout le fond du fossé est piégé par de la magie. Au contact, la magie de transposition s'active automatiquement et vous expédie on ne sait où. On ignore la destination… »
« En d'autres termes, tomber = défaite, élimination, c'est ça !? »
Quel piège diabolique !?
« C'est bien ça, les humains. »
« Qu-, qui es-tu !? »
Je m'aperçois qu'un gobelin se dresse sur l'autre rive !?
Lui non plus n'est pas un gobelin lambda. Une aura cinglante émane de lui !?
« Je m'appelle Gobukichi, responsable de la première porte, "La Poutre de l'Irritation". »
« La Poutre de l'Irritation !? »
C'est quoi ce nom qui m'énerve rien qu'à l'entendre !?
« Vous avez déjà compris le principe ? Le catapulte opéré par nous, soldats gobelins, tire des projectiles en coussin : des sacs en toile de jute bourrés de coton. »
Je pige pas trop, mais ça veut dire qu'on ne meurt pas et qu'on ne se blesse pas même si on se prend un coup !?
« Évitez les projectiles en coussin, franchissez la poutre d'un trait et atteignez cette rive : c'est gagné ! Voilà la première porte, "La Poutre de l'Irritation" !! »
« Et les soldats qui sont tombés !? »
« Rassurez-vous, ils sont sains et saufs dans une autre zone. Bien sûr, on les retient pour qu'ils ne puissent pas circuler librement… »
Kuh… !
Pour l'instant, je n'ai d'autre choix que de croire la version d'en face.
« Le château Orcbo du Vent et des Nuages, bâti par mon frère Orcbo, compte plusieurs portes de ce genre. Si vous les franchissez toutes et atteignez Orcbo au donjon… »
« Espèce de… !? Vous vous foutez de nous !? »
« Naturellement, si vous conquérez toutes les portes, je libérerai tous les soldats capturés. Mais à votre niveau, vous ne passerez même pas la première porte. »
« Quoi !? »
« C'est pour ça que je vais vous donner un handicap. »
Le gobelin claqua des doigts.
En réponse, depuis l'autre rive, plusieurs passerelles fines… non, des poutres s'élancèrent !?
Et elles relient la rive d'ici à celle de là !?
« J'ai augmenté le nombre de poutres de une à dix. Si vous les traversez tous en même temps, le seul trébuchet ne pourra pas tous vous viser. Le taux de réussite montera peut-être. »
« Espèce de… vous nous prenez pour des idiots… »
Dans ces conditions, impossible de reculer.
Il n'y a qu'à exploiter l'avantage au maximum !
« Toute l'armée, à l'assaut ! Utilisez les dix poutres à fond, frayez-vous un chemin sous le tir du trébuchet ! »
« Attendez, seigneur ! C'est une provocation flagrante ! Et si c'était un piège !? »
« Ferme-la, Varina ! Si tu as peur de tomber, tu restes ici ! »
« Je n'ai pas dit ça !! Alors je vais vous montrer la grâce d'une femme démon ! »
Ainsi, notre armée seigneuriale s'élança d'un seul cœur sur les poutres…
Et fut mise en miettes.