Un, ça va aller ?
Quand j'ai appris qu'il y avait un village à proximité, aller les saluer allait de soi, et je pensais naturellement que ce rôle m'incombait.
Mais Orcbo s'est porté volontaire : « C'est moi la responsable ici ! », « Laissez-moi faire, je vous en prie ! », et il a imposé son point de vue.
C'est pour ça que moi, j'attends sans fin le retour d'Orcbo, parti saluer les villageois depuis le château sur la colline.
J'attends, impatient.
Est-ce qu'il a bien fait les salutations… ?
Est-ce qu'il ne s'est pas battu avec les villageois… ?
Tandis que je guettais le chemin de montagne qui descend vers le village, le cœur serré, j'ai fini par voir plusieurs silhouettes remonter de l'autre côté du sentier.
C'était Orcbo.
Il est revenu sain et sauf.
En plus, on aperçoit ci et là des silhouettes qu'on n'avait pas vues au départ. De loin, ce sont clairement des Humains. Autrement dit, des villageois.
Le fait qu'ils aient tous l'air joyeux, un peu éméchés, disait assez le succès de la rencontre.
« Mon seigneur ! Je suis de retour ! »
Orcbo l'a annoncé, d'une humeur inhabituellement bonne.
« Voici le représentant du village au pied de la colline. Il a accepté de m'accompagner pour être présenté à mon seigneur ! »
Le vieillard qui se présente comme l'ancien est le représentant qui fait aussi office de chef de village.
Les salutations d'Orcbo étaient d'une telle politesse qu'on en est arrivé à faire la bringue, et ils ont bu jusqu'à tout à l'heure.
« C'est… c'est quelque chose ! Mon Orcbo ne vous a pas manqué de respect, j'espère ? C'est le maître des Orcs d'ici ! »
« Non non, un tel vieillard de village paumé, vous nous avez traités avec tant de courtoisie… »
L'ancien est d'humeur bien meilleure que prévu.
Le monstre qu'ils croyaient être la calamité du village s'est révélé inoffensif, et qui plus est bon voisin ; le soulagement et la libération étaient immenses.
« Les légumes qu'on a reçus en cadeau étaient délicieux, on les a tous utilisés pour le banquet. Tout le village dit que c'est la première fois qu'ils mangent quelque chose d'aussi bon… »
« Non non, pas la peine de tant nous louer… »
J'enverrai du réapprovisionnement plus tard.
La réussite de la rencontre sautait aux yeux rien qu'à l'ambiance.
………………
L'ancien a ensuite entamé la visite du château d'Orcbo.
« Hoooo… !? C'est encore plus impressionnant que ça en a l'air. Je n'aurais jamais cru que des Orcs pouvaient bâtir un château si minutieux… !! »
« Non non… »
Orcbo a l'air pas peu fier d'être complimenté.
Mais c'est parce que ces Orcbo-là sont une race à part chez les Orcs, hein !
« Je suis rassuré. Quand on a su qu'un monstre s'était installé sur la colline, honnêtement, on n'en menait pas large. Mais tout le village a poussé un grand soupir de soulagement. »
Vous nous avez fait flipper pour rien, en fait.
Désolé de ne pas m'en être rendu compte plus tôt.
« Mais du coup, le malentendu est dissipé, tout va bien, non ? »
« En fait, il y a un problème. »
Hein ?
« Quand on a su qu'il y avait un monstre sur la colline, on a immédiatement envoyé un messager au seigneur. »
Un monstre est apparu !
Envoyez des soldats ! Tuez le monstre, chassez-le ! Au secours !
… c'est le genre de requête, apparemment.
« On a dépêché le coureur le plus rapide du village. »
« Du coup, le message est déjà arrivé ? »
« Non, ce coureur le plus rapide est aussi le pire sens de l'orientation du village. »
C'est foutu, ça.
« L'autre jour encore, il est revenu en disant "je me suis trompé de chemin". Vraiment, y a rien à faire avec ce gars. »
Du coup, il a mis un mois à appeler les secours ?
Qu'est-ce qu'ils foutaient pendant que le village jouait sa survie ?
« Mais cette fois, c'est sa maladresse qui a joué en notre faveur, non ? »
Pendant que le coureur rapide mais paumé tergiversait, le malentendu s'est dissipé, donc tout est bien qui finit bien.
« C'est que voilà, il vient juste de revenir en disant "j'ai enfin atteint le seigneur ! " »
« CE GARS !! »
« Le seigneur dit qu'il rassemblera ses troupes et arrivera dans les cinq jours. Vraiment, notre seigneur daigne étendre sa bienveillance jusqu'à un petit village comme le nôtre, c'est VRAIMENT un bon seigneur !! »
Un seigneur si bien que ça ? Je m'attendais à un intendant corrompu selon les cas !
Mais là, ça se retourne contre nous !!
Que faire ? En résumant ce que dit l'ancien, au plus tard dans cinq jours, le seigneur en personne mènera ses soldats ici ?
En plus, ils viennent pour se battre.
« Si on leur explique tout depuis le début, ils comprendront, non ? »
Orcbo le dit tranquillement, mais c'est trop naïf, je trouve.
Un château est fondamentalement une installation militaire.
Un bâtiment fait pour la guerre.
On y érige murs et portes, on s'y retranche solidement, on défend efficacement en tuant l'ennemi ; c'est pour ça qu'on bâtit un château.
Ceux qui gèrent la politique en ont d'autant plus conscience.
Par exemple, un seigneur.
Ce seigneur arrive avec l'intention de se battre, et on croit qu'il va se retirer docilement si on lui dit « Pas d'hostilité, le château c'est juste un hobby » ?
Quelqu'un d'aussi crédule se ferait rouler par un Zhuge Liang, non ?
« Alors, on fait quoi ? »
« On peut pas non plus les accueillir à coups d'épée pour de vrai… »
Le moyen le plus pacifique de régler ça, c'est de raser le château qu'on a construit et de déguerpir avant que l'armée n'arrive.
Mais c'est le château qu'Orcbo et les siens ont bâti à fond pour le fun. Une fin aussi misérable, c'est cruel.
Protéger le château, convaincre le seigneur qui arrive, préserver la paix du village.
Une idée de génie qui satisfasse toutes ces conditions …
« Bon, pas le choix. »
J'ai eu une idée.
« Je vais mettre en œuvre l'unique méthode brillante pour que tout se passe bien. Orcbo, je vais devoir toucher un peu à votre château, tu m'accordes ça ? »
« Mon seigneur !! »
« Le commandement d'ici, c'est moi qui le prends ! Tout le monde, au travail, et sérieusement ! Le délai, c'est cinq jours, pas un de plus !! »
C'est ainsi que commencèrent nos préparatifs pour accueillir l'armée du seigneur !
………………
Et cinq jours plus tard.
Pile au bout de cinq jours, comme convenu, le seigneur arriva à la tête de ses troupes.
Une armée bien plus grosse que prévu, des centaines d'hommes.
Ils comptent encercler et massacrer les Orcs, plus forts que les Humains ?
Pas question de les laisser faire.
La préparation de l'accueil, c'est moi qui l'ai faite !
« Bon, Orcbo, je compte sur toi pour la déclaration d'ouverture. »
« Vraiment, c'est moi qui dois m'en charger ? »
Orcbo a demandé, inquiet, mais eux sont venus pour tuer des Orcs.
Si les Orcs ne les accueillent pas, ça n'a pas de sens.
« B, bon… si c'est comme ça, j'y vais… »
Je regardai du sommet du château Orcbo descendre par le chemin de sécurité réservé au personnel.
« Mais… est-ce que ce choix est vraiment le bon ? »
Un autre Orc demanda, inquiet.
« Si la négociation ne peut pas les faire reculer, autant se battre pour de vrai, mais n'est-ce pas trop brutal ? »
« C'est bon. En duel, ils diront "c'est mon pote", non ? »
« Ils le diront pas. »
« Le combat est la communication suprême qui dépasse le sexe », dirait l'autre.
Par les mots alone, notre absence d'intentions hostiles ne passe pas. On va le leur faire comprendre en se battant !
Après s'être donnés à fond et s'être heurtés de toutes leurs forces, ils comprendront qu'on peut se comprendre.
Pour ça, j'ai retravaillé le château d'Orcbo à fond, j'ai transformé les installations défensives.
Pour pouvoir les repousser sans leur infliger la moindre égratignure.
Autrement dit, la transformation de la posture défensive en attraction.
J'ai fait de ce château un concentré d'attractions.
Par cette attraction, par les actes et pas seulement les mots, je leur prouverai qu'on n'a aucune hostilité.
Devant l'armée du seigneur, Orcbo prononça son discours.
« Brave armée des Humains, bienvenue ! Je suis Orcbo, le maître de ce château, Orcbo ! »
Il a l'habitude, le jeu du méchant.
« Ceux qui ont confiance en leur bras, qu'ils tentent d'attaquer mon château. S'ils atteignent le donjon et réussissent la conquête, je leur offrirai la récompense suprême. Je déclare ici l'ouverture des hostilités. C'est un siège. Vous attaquez le château, nous, on s'y retranche et on défend. »
Le nom de cette bataille, je l'avais déjà décidé en m'inspirant de mes connaissances de mon monde d'avant.
Le Château Orcbo des Vents et des Nuages.