Quand je m'en suis rendu compte, le nombre de chais avait augmenté.
À l'origine, il n'y en avait qu'un seul.
Pourtant, avant que je ne m'en aperçoive, ils étaient devenus trois.
Qu'est-ce que ça veut dire !?
Une hallucination !?
« Mon seigneur, n'avez-vous pas reçu le rapport ? »
Orcbo, qui passait par là, me l'apprit.
« C'est à la demande de Bacchus-dono qu'ils ont été agrandis. Il a dit qu'un seul bâtiment ne suffisait pas… »
« Et c'est vous qui les avez construits… ? »
« Comme il n'y avait pas eu de travaux de construction depuis un moment… Tout le monde s'est remis à l'ouvrage avec entrain… »
Les orcs étaient devenus accros à la construction sans que je m'en rende compte.
Profiter de cette frénésie de construction des orcs pour imposer ses propres désirs…!?
« Quelles sont vos intentions, bon sang !? »
Je me ruai sans hésiter dans l'un des trois chais.
Bacchus n'y était pas.
« Si vous cherchez Bacchus-sama, il est actuellement du côté du chai à vin. »
« Ah, oui, excusez-moi… »
Guidé par une prêtresse dévouée à Bacchus, je me rendis au chai voisin.
« Hé ! Bacchus est là !? »
« Il vient tout juste de se rendre au chai à saké japonais. »
« Excusez-moi ! »
Je m'excusai platement une fois de plus auprès de la prêtresse de Bacchus.
« C'est ici !? Cette fois, c'est bon, c'est bien ici !? »
« Bacchus-sama est reparti en disant qu'il se souvenait avoir une affaire au chai à bière. »
« Merdre !? »
Bacchus va et vient beaucoup trop !?
Finalement, je changeai de tactique et attendis en embuscade dans un seul chai, et Bacchus apparut immédiatement.
« Oh, le Saint ? Que faites-vous dans un endroit pareil ? »
« Je t'attendais ! »
Quand je l'interrogeai sur l'agrandissement des chais sans mon accord, Bacchus, sans la moindre gêne…
« C'était indispensable pour produire une certaine quantité de bon saké. Pour boire du bon alcool, il n'y a que des choses qu'il faut faire ! »
Pour ce demi-dieu, rien n'avait la préséance sur le « bon saké ».
… Bon, c'est pas grave.
« La prochaine fois, assure-toi de m'en parler correctement. »
« Haï. »
Et ainsi l'affaire fut classée.
« Mais plus que ça, un prototype vient d'être achevé ! En tant que maître de la ferme, je veux absolument que tu le goûtes !! »
Et quel changement de sujet fulgurant.
« Un prototype… !? »
Toi qui n'es à la ferme que depuis deux ou trois mois…
D'habitude, l'alcool se fabrique sur des années, et un prototype ne devrait pas encore être prêt, non ?
Enfin, dans un autre monde, il doit y avoir des moyens de raccourcir la fabrication.
Nous aussi, on en a l'expérience.
« Alors, qu'est-ce qui a été fait ? »
« Du vin ! Du saké japonais ! De la bière !! Rien que des trucs que je veux que tu bois !! »
Il enchaîne sans me laisser le temps de respirer.
…………
Puisque c'était l'occasion, on décida de faire une dégustation tous ensemble, pas seulement moi.
D'abord le vin.
On cultivait des raisins pour le vin au verger du donjon, et ils ont enfin servi.
Sa richesse sucrée et son fruité, à l'opposé total de la bière, sont ses atouts.
Le demi-dieu Bacchus, à l'origine dieu de l'alcool, errait pour répandre l'alcool, et cet alcool était principalement le vin, représentant des vins de fruits.
Donc la fabrication du vin, il la connaissait par cœur, et il l'a expédiée sans même me consulter.
« Oh, c'est un bon saké, ça. »
« C'est doux et facile à boire. Je préfère ça à la bière. »
« C'est grâce aux ingrédients ? J'ai l'impression que c'est meilleur que le vin de raisin que j'ai bu dans mon pays… »
« Bien sûr, c'est fait avec les raisins cultivés par le Saint-sama !! »
Comme on s'y attendait, le vin fut populaire auprès des femmes.
Platy, les elfes, les satyres… le vin fit un carton auprès d'elles.
Elles avalaient le vin rouge dans les verres à vin que l'équipe de Poel avait produits en urgence. La scène avait une sensualité particulière.
…………
Et on passa à la dégustation du prochain alcool.
« Saké japonais !! »
Bacchus semblait tout excité.
Ce saké japonais, c'est Bacchus qui a tenté de le reproduire sur ma suggestion.
L'ingrédient du saké japonais, c'est le riz.
Quand j'ai demandé à Gara Rufa de brasser de l'alcool pour la première fois à la ferme, le riz n'était pas encore prêt.
Comme le pro Bacchus s'était installé, je lui ai confié le défi, et il a brillamment réussi.
« C'est mon chef-d'œuvre cette fois ! J'ai brassé avec une méthode que je n'avais jamais essayée, grâce à l'idée du Saint ! »
En tant que dieu de l'alcool, c'est normal qu'il monte en tension.
Le prototype de saké japonais fait par Bacchus était un saké trouble, blanc laiteux.
Quand on fait du saké japonais, la première chose qu'on rencontre, c'est ça.
On fait cuire le riz jusqu'à en faire une bouillie, on le fait fermenter alcooliquement, et ça donne du saké trouble.
Comme le riz fermenté reste dans l'alcool, il est blanc trouble.
En filtrant cette trouble pour la séparer et ne garder que la partie liquide transparente, on obtient le saké clair que je connais bien.
C'est ce que je sais par ouï-dire.
Moi qui n'avais guère l'habitude du saké trouble, c'était la première fois que j'en buvais, mais c'était bon.
J'ai cru par préjugé que c'était la même chose que l'amazake, mais non.
C'est un vrai alcool.
En bouche, avec la texture concrète du trouble blanc, le goût doux caractéristique du saké japonais s'étendait.
« C'est un vrai saké japonais, ça. »
« Yossha !! »
Bacchus exulta en recevant mon avis favorable.
Le dieu de l'alcool met son cœur et son âme dans le brassage.
« À partir de là, on peut encore séparer le trouble pour faire du saké clair. »
Je ne dis pas que le saké clair est meilleur que le trouble, mais la partie trouble séparée peut servir de lies de saké pour plein de plats.
« Et on peut aussi distiller pour faire de l'eau-de-vie de riz. Les rêves s'élargissent… !! »
« Hou hou !? »
Distiller du saké japonais donne de l'eau-de-vie de riz. Pour le dire très grossièrement.
La distillation, c'est ce truc.
Chauffer de l'eau pour la faire bouillir, la transformer en vapeur, et séparer l'eau des impuretés, ce truc qu'on a appris en sciences.
Même opération sur l'alcool : séparer l'eau et l'alcool pour augmenter le degré, c'est l'alcool distillé.
« Avec tout ça à boire, ça donne envie de goûter l'alcool distillé aussi. Bon, faut un alambic dédié, donc c'est impossible… »
………………
On garde ça pour plus tard.
Mais plus que ça, comme le vin avait plu aux femmes, le saké trouble a eu son public.
Ce public, c'étaient les orcs et les gobelins.
« C'est bon, ça. »
« Ça a une douceur qui apaise l'amertume de la vie. »
« En le savourant, j'ai l'impression que mes souvenirs s'imprègnent. »
« Ça, encore un verre. »
« Je prends. »
…………!?
Le virilisme des orcs et des gobelins est en hausse.
Le virilisme monte grâce au saké japonais !?
…………
Et enfin, la bière.
La bière était déjà produite à la ferme, développement par Gara Rufa → fabrication par les orcs et gobelins → passée officiellement entre les mains de Bacchus et sa bande.
C'était la première bière faite par leurs soins, mais.
««« Ha ha ha !! »»»
Ils trinquèrent leurs chopes pleines de bière.
««« C'est bon !! »»»
Quand même, la bière c'est bon !!