Je rentrais de mon voyage d'entraînement.
Non… J'ai l'impression d'avoir traversé toutes sortes de terrains, plus mouvementé que jamais.
Mais cette pseudo-expérience de pays des merveilles s'achève, et je redeviens un voyageur ordinaire !
… Qu'est-ce qu'un voyageur ordinaire, au fait ?
Pour l'instant, je suis revenu au royaume des démons où j'étais avant de partir pour mon périple dans l'autre monde.
En volant.
Ma capacité de vol est bien plus lente et fatigante que celle de Sakamoto ou de Veil, donc peu efficace, mais je n'ai pas d'autre choix.
Dans tous les cas, c'est incomparablement plus rapide que de marcher.
C'est bien d'être revenu au royaume des démons, mais j'ai l'impression qu'il ne reste plus grand-chose à faire ici.
Alors je vais saluer le Roi Démon et le Prince Démon Gotia, puis partir vers d'autres contrées.
… Mais avant ça, il me reste une dernière chose à régler dans ce royaume.
Probablement rien d'autre.
Je dois au moins montrer mon visage à cette personne (?) histoire d'éviter des ennuis plus tard.
Direction : une certaine boutique.
Vous vous demandez qui est « cette personne, untel » ? Vous le saurez bien assez tôt.
Patience.
Pour aller chez cette personne….
Il faut s'engager dans cette ruelle de la capitale démoniaque… Mince, c'est un vrai labyrinthe.
C'est dur de retrouver le chemin en me fiant à mes souvenirs d'enfance. Papa ne m'y a pas emmené aussi souvent que chez Graysilver.
Et pourquoi installer sa boutique dans une ruelle pareille ?
Il fait le mystérieux avec son resto caché ?
J'ai slalomé depuis une grande avenue jusqu'à une autre, répétant l'opération plusieurs fois….
« Enfin trouvé… »
C'est ici.
L'enseigne porte en belle calligraphie : « Oden Bacchus ».
Voici ma destination.
Le resto oden tenu par Bacchus, dieu de l'alcool.
On se dit qu'un dieu de l'alcool devrait vendre de l'alcool… mais le monde n'est pas si simple.
Pour apprécier l'alcool, un accompagnement est indispensable.
Et c'est l'oden qui a été choisi pour faire ressortir le meilleur des deux.
Depuis ce jour, Bacchus tient discrètement son oden dans un coin de la capitale, avec bien sûr de l'excellent alcool.
Moi-même, je ne pige pas du tout les arguments de ce dieu de l'alcool.
Parce que je n'ai encore jamais bu d'alcool.
Je suis mineur.
Au Pays-Ferme, la consommation d'alcool et de tabac est interdite par la loi aux moins de vingt ans.
Bref, je n'ai encore aucun lien avec Bacchus, mais Papa a tranché : nos relations vont forcément s'intensifier. Impossible de l'esquiver.
Selon Papa….
— « Écoute bien. Les humains et l'alcool sont indissociables. Nourriture ou boisson de plaisir, l'alcool a toujours été intimement lié aux humains, toutes époques, toutes régions, toutes cultures confondues. On boit quand on est joyeux, quand on est triste. On boit même les jours sans histoire. Un dieu qui préside à un breuvage si intimement lié aux humains, c'est Bacchus. »
… Du coup, mépriser Bacchus pourrait m'attirer de gros malheurs.
C'est pourquoi moi, Junior, malgré mon manque d'enthousiasme, je vais rendre hommage à Bacchus.
« Excusez-moi… Hein ? »
J'essaie d'ouvrir la porte pour entrer, mais elle ne bouge pas ?
Quoi ? Pourquoi ?
Refuser un client, c'est pas très commerçant, non ?
Allez, ouvrez ! Et faites entrer le client !
*Toc toc toc toc toc toc toc toc toc toc ! !*
« C'est quoi ce bordel ! Je vous colle un procès pour entrave au commerce ! »
Après avoir tambouriné un moment, Bacchus himself débarque, furax.
Bon, sa colère est compréhensible.
« Vous tambourinez sur la porte de MON magasin ! Si vous la cassez, vous payez ! "Le client est roi" ? Foutaise ! Le dieu, c'est MOI ! … Hein ? T'as une tête connue, toi. »
Effectivement, « le client est roi » ne marche pas sur un vrai dieu.
« C'est vrai, t'es le gamin du Saint, non ? T'as grandi. Les enfants des humains, ça pousse et ça vieillit en un clin d'œil. »
Réplique typique d'un être transcendant.
Cela dit, Bacchus, c'est pas sympa de laisser votre client dehors !
« Hein ? »
Il est midi pile, non ?
Tous les restos normaux sont ouverts, et vous, porte close ! À ce rythme, votre commerce n'a aucun sens !
« Qu'est-ce que tu racontes… Ah, c'est vrai, t'es encore mineur, toi. »
Je suis bien un mineur qu'on ne considère pas comme un adulte !
Et alors ! ?
« Du coup, tu connais pas les usages de ce genre d'établissement. Regarde le panneau là-bas, fixe-le bien. »
Panneau ?
Les horaires y sont inscrits….
— « Ouverture : à partir du soir »
À partir du soir ! ?
« Un bar, c'est pour les employés et les pères de famille qui rentrent du boulot. Donc l'activité commence le soir, après le travail. On n'ouvre pas en plein milieu de journée. »
C'était ça ! ?
C'est pour ça que la porte était fermée ! ?
Désolé ! J'ai tambouriné comme un fou sans savoir ! !
« Bon, même fermé, je faisais la mise en place et la préparation. Vu que t'es de la famille du Saint, je peux pas te jeter. Si tu acceptes l'accueil entre deux préparations, monte. »
Bacchus est large.
Comme on s'y attend d'un dieu ! …
« Précisément, je suis un demi-dieu, mi-humain mi-dieu. Mais ma divinité ne démérite pas. Les gens d'ici-bas me respectent à fond !! »
La voilà, la blague fétiche de Bacchus !
Ah, maintenant seulement je réalise que je suis vraiment chez Bacchus.
Ah, satisfait.
Je peux rentrer ?.
« Attendez. Au fait, vous êtes venu pour quoi ? »
L'intérieur, encore en préparation, est vide et silencieux.
Dur d'imaginer la foule qui va déferler à l'ouverture.
En plus, l'odeur du bouillon d'oden emplissait déjà la pièce.
De quoi déclencher l'appétit rien qu'en la respirant.
« Hum, si du hanpen te va, sers-toi. »
Hein ! ?
Vraiment ! ?
J'avais l'air de le réclamer à ce point ? !
« Le hanpen, ça cui en un rien de temps. Pas de souci ! »
Alors je ne me fais pas prier.
… Délicieux !
Même préparé à la va-vite, le bouillon a bien pénétré ! Et cette texture unique du hanpen, c'est addictif ! !
« Manger du hanpen sans hésiter, fils du Saint, t'as pas froid aux yeux côté bouffe. »
Je viens de me faire bousculer mes idées reçues, alors !
Mais Bacchus est impressionnant.
Il s'est passionné pour l'oden, un truc totalement étranger à son domaine originel, l'alcool, et ça fait dix ans.
Maintenir une telle passion aussi longtemps, c'est respectables.
« C'est aussi une étape pour atteindre les sommets de la fabrication de l'alcool. »
Dit le dieu de l'alcool.
« L'alcool ne se boit pas seul. On l'alterne avec la nourriture, les saveurs s'élèvent mutuellement, c'est là toute la profondeur de l'alcool. Pour la rechercher, s'éloigner un temps de la voie principale fait partie de l'entraînement. »
Oh, une parole qui parle à mon moi en plein entraînement ! !
« D'ailleurs, pour un demi-dieu comme moi, dix ou vingt ans, c'est peanuts. »
Là, la leçon ne s'applique pas.
« Je suis né, il y a fort longtemps, de Zeus, dieu du ciel, et d'une certaine princesse humaine. Ma divinité est inférieure aux purs dieux, mais mes capacités n'ont rien à leur envier. Je préside à l'alcool. Un breuvage qui ensorcelle jusqu'aux dieux, pas seulement les humains. Du coup, les dieux du ciel ne peuvent pas me toucher facilement. »
C'est pourquoi les dieux ont toléré que le demi-dieu Bacchus erre librement sur terre.
Parmi les nombreux dieux, lui seul a eu le droit de vivre à sa guise, précisément à cause de la nature spéciale de l'alcool qu'il gère.
Peut-être l'alcool est-il plus redoutable que la foudre céleste, les océans déchaînés ou les enfers profonds, en tant que pouvoir divin.
Un tel Bacchus, tout en errant, a répandu l'alcool sur terre et élevé le niveau de civilisation des gens. N'est-ce pas le plus bel exploit parmi tous les dieux ?
Pas étonnant que Papa le tienne en haute estime.
Mais Papa, lui aussi, est tenu en haute estime par Bacchus.
… Quel duo de détenteurs de "level up civilisationnel" ?