J’ai amorcé la phase d’évaluation destinée à me faire intégrer le rang des aventuriers.
Le sujet proposé tenait en une directive ultra simple.
Il m’incombait d’observer de près une mission terrain et de conserver mon sang-froid jusqu’au bout.
L’exercice paraissait accessible, mais ignorer ce minimum signalait effectivement l’absence de toute vocation pour le métier.
Et il persistait une menace sourde empêchant d’affirmer catégoriquement sa facilité.
J’allais assister à des confrontations authentiques entre aventuriers et créatures sauvages.
Aucun être vivant n’a accepté pacifiquement une sentence morte telle « Je vais te tuer » en répondant « Ah, très bien ». La mort ayant constitué l’ultime calamité à fuir, chaque organisme a opposé une résistance désespérée.
À outrance.
S’acharner mutuellement pour broyer la détresse adverse a fondé l’assassinat pur, et l’intensité, la violence du spectacle ont échappé à toute description.
Se contenter de regarder cela a nécessairement usé mon esprit à vue d’œil.
Sans un courage trempé, l’âme a craqué irrémédiablement.
J’ai dû serrer les dents et préparer mon intervention correctement.
Il a finalement fallu révéler les réserves nerveuses forgées par mes années agricoles !
Pendant que j’ordonnais ma réflexion, l’aventurière Hibina-san a actionné ses muscles.
Elle a sorti un objet arrondi ressemblant à un vase… Non, un encensoir peut-être ?
Après y avoir déversé quelques herbes desséchées, elle a lancé un tisonnement à l’intérieur et a refermé le couvercle.
Une fumée silencieuse s’est infiltrée par les interstices.
« Ceci constitue un parfum attractif. Patientez un instant, les monstres accourront guidés par cette senteur. »
Comme anticipé, la substance versée dans l’ustensile relevait des plantes aromatiques.
Puisqu’il s’agissait d’un encensoir, la réaction paraissait naturelle.
« Les faubourgs royaux n’abriteront pas de proies excessivement dangereuses, inutile de paniquer outre mesure. Toutefois, elles resteront des monstres. Une seconde de relâchement et vous finirez digérée. »
Même assister à la scène exigeait un pari vital.
Les paroles d’Hibina-san ont porté explicitement ce sens.
Après une pause brève, l’atmosphère s’est alourdie bel et bien d’une présence sinistre, conformément à la promesse.
L’intensité de la marque a augmenté progressivement.
L’approche s’est dessinée.
Et la menace n’est pas demeurée uniquement spirituelle. Elle s’est précipitée sous forme visible.
C’était… un criquet ?
Une créature visiblement aberrante, comparable à un chien de taille moyenne.
Environ trois ou quatre individus ont regroupé leurs forces et ont foncé vers nous en bondissant frénétiquement.
« Des Grillons-Lions de classe étoile unique… Bon, des spécimens standards font leur entrée. Retirez-vous et regardez. Durant mon engagement, ne bougez surtout pas. Silence absolu requis. Compris ? »
Prononçant ces mots, elle a dégainé son épée et a charged l’insecte monumental.
Négligeant tout dispositif défensif ciblé sur ma personne, je me suis demandé comment elle aurait paré une esquive directe à mon encontre. Mais endurer la terreur face au péril a défini fondamentalement le statut d’aventurier.
Pour résister à cette épreuve, je me suis adossé fermement au sol et j’ai observé les manœuvres d’Hibina-san.
Il m’a été interdit de céder à la peur.
……
… Hum.
Ah.
Hé.
Hé hé hé hé hé hé hé !?
Woaaaaahhhhhhh !?
Attends attends attends attends !
Uhyaaaahhhhhhh !?
Quoi !? Fuhya !
Trop chaud ! Cuit cuit cuit !
Danger !
Hyooooooohhhhhhhhhhhhh !?!
Peureux !
Genre vraiment peureux !?
Frissonnnnnnnnnnnnnt !!
Thriller, choc suspense !!
Haahhhhhhhhh !
Ha.
L’effroi m’a submergé.
C’était vraiment terrifiant……!?
« Alors, alors ? Quel jugement portez-vous après avoir assisté à un vrai combat d’aventurier ? »
Ayant achevé l’affrontement, Hibina-san est revenue vers moi.
« Oh, vous suiez abondamment sur tout le visage, l’angoisse vous a-t-elle paralysé à ce point ? Trembler autant lors d’un test de courage constitue une absence totale de ressources. »
« L’effroi m’a gagné… Vraiment effrayant……! »
« À ce point ? Dans ce cas, renoncer aux aventures et regagner votre village natal semble plus approprié… »
« Ce que je trouve effrayant, c’est vous !! »
« Hein ? »
Hibina-san, l’aventurière, a cligné des yeux, totalement décontenancée.
Mais pourquoi cet air si surpris ?
Votre méthodologie de combat était tellement hasardeuse que j’ai carrément paniqué !
Qu’est-ce que cette technique bâclée et imprécise !?
Oui, une grande lame amplifie les dégâts lorsqu’elle percute, c’est indéniable, lorsqu’elle percute !
Mais plus le poids augmente, plus la prise en main devient laborieuse !
Sans une force musculaire proportionnée à l’arme, l’inertie est devenue mon seul recours pour l’orienter, ce qui a exposé d’immenses lacunes chronologiques entre chaque attaque.
Pour l’ennemi, il s’agissait d’une opportunité parfaite !
Pourtant, face à une créature aussi agile, vous dissimuliez sciemment vos intervalles.
De plus, vous faisiez entièrement abstraction de votre arrière !
On aurait cru annoncer publiquement « Ma nuque est exposée ! »
Les adversaires multiformes se sont multipliés !
Laisser une unité contourner votre flanc arrière sans vérifier la trajectoire a glacé littéralement l’échine de celui qui regarde !!
Comment avez-vous pu arracher la victoire avec un schéma pareil !
C’était exclusivement une série de probabilités favorables !
Synthèse !
Ce qui terrorise principalement, c’est votre style de duel !
Rapport final !
« Qu-qu-qu-qu-quoieeeeeee !!?»
Affirmer que l’évaluation teste le maintien du calme reste valable, mais une telle approche terroriste constitue pourtant un abus de code !!
Quelle conduite adoptez-vous dans cette configuration ??
J’ai transpiré à grosses gouttes face à vos interventions instables, mais cela entraînera-t-il une invalidation de candidature !?
« Avant même ce débat ! Vous jugez que ma pratique ressemble à celle d’un amateur ? Moi, aventurière de rang C ! Un garnement oserait avancer une telle théorie ? Si vous maîtrisez le maniement de vos prétendus vétérans, exhibez-le immédiatement ! »
Montant au front, l’humeur d’Hibina-san a basculé vers une provocation directe.
Solliciter une démonstration de sa part restait insuffisant…..
Mais effectuer un repli passif maintenant a rendu la récupération de sa confiance impossible.
Revenir au guildes, alimenter les ragots, j’ai risqué de voir ma licence d’aventurier retirée immédiatement.
Gênant. Très gênant.
Je n’avais pas le choix, j’ai dû lui montrer une petite pièce montée.
« Je devrais utiliser un nouveau parfum pour attirer les monstres… Attendez, il n’est pas là ! J’ai tout consommé précédemment ! »
« Pas de souci. Cette fois, c’est à moi de faire venir les créatures. »
Puisque l’autre partie a initié le mouvement, il sied logiquement que j’assume la transition.
Cependant, je ne possédais absolument aucun parfum attira-démon.
Alors j’utiliserais une autre méthode.
Tout va bien, mon maître m’a transmis une technique suprême en exclusivité.
Grâce au grimoire d’appel maîtrisé magistralement par Maître Noulife-King, qui parvenait à invoquer divinités et bouddhas selon ses caprices.
Dès l’enfance, j’ai suivi les enseignements du vieux monsieur et j’ai acquis cette invocation magique.
Bien loin encore du niveau du maître en revanche.
« Invoquons un adversaire approprié grâce à cette technique. »
« Invocation… magie ? »
Hmm, quel grade choisir ?
C’est réglé.
Ô Roi de la Nuit malveillant et cruel, manifeste-toi et démontre ton pouvoir destructeur !
Répondant à l’appel, un individu gigantesque s’est présenté. D’allure humanoïde, sa stature dépassait celle d’un humain de trois ou quatre fois. Il a arboré une peau rouge cuivré, porté dix têtes et vingt bras.
« C’est quoi çaeeeeeeeee !!?»
« Il s’agit du Roi des Rākṣasas, Rāvaṇa-san. Il a daigné se déplacer aujourd’hui pour jouer les adversaires dans une démonstration de combat avec moi. »
Au travail.
Je me suis penché légèrement en signe de politesse et l’interlocuteur a rétorqué par un salut muet.
Pour exhiber une stratégie défensive omnidirectionnelle, ce Roi des Rākṣasas était parfait.
Avec vingt yeux physiquement installés, des angles morts étaient tout bonnement impossibles à générer.
À cela s’ajoutaient les dagues jumelles tenues dans chacune de ses vingt mains, prêtes à foncer.
« Euh, euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh…!? »
Il était manifestement évident que cette menace surpassait largement les insectes géants d’il y a un instant.
Ignorant la frêle silhouette d’Hibina-san, dont les dents claquaient de peur à distance proche, j’ai bondi vers le Roi des Rākṣasas.
Tel est l’art martial que j’ai cultivé durant mes longues années à la ferme !!