Je suis Ritashiera, courtisane.
Le goukon, ou je ne sais comment on appelle ça, continue encore et encore.
« Allez, le goukon, c'est l'alcool ! Si on boit, l'humeur s'allège et on se détend plus facilement ! Et pour accompagner les frites qu'on vient de servir, quoi de mieux que de la bière !! »
Il me tendit une coupe remplie à ras bord d'une boisson mousseuse.
C'est... c'est aussi délicieux !?
La texture d'un alcool glacé à cœur, le passage en gorge pétillant de bulles.
Ces bulles et ce froid balayent d'un trait la graisse des frites restée en bouche !
C'est vrai, l'accord bière-frites est imbattable !
Un tel accord parfait, on ne le trouve pas facilement même dans les restaurants de la capitale !!
« Oui ! Table huit, un instant s'il vous plaît ! »
« Pourquoi le maître sert-il tout seul ? »
Terrifiant... !
Je repensai avec effroi à ce pays-ferme ou je ne sais quoi.
Je croyais qu'il s'agissait d'une frontière sauvage et inculte, mais ce qui m'attendait sur place c'étaient des bâtiments et une nourriture qui n'avaient rien à envier à la capitale.
La qualité de vie est peut-être même supérieure ici qu'à la capitale.
Cette frontière où nous sommes venues en pensant y faire une chute sociale, qu'elle soit si confortable, moi comme les autres courtisanes, nous ne l'avions pas du tout prévu.
La patronne du lupanar, ma grande sœur... dis-moi, est-ce que tu nous as envoyées ici en sachant tout ça ?
Je me dis que même toi ne peux pas avoir calculé jusque-là, mais au fond de moi une voix sospire que ce n'est pas impossible non plus.
Cette terre pionnière trop parfaite pour ne pas glacer le sang, pourtant il est vrai aussi qu'on ne peut pas dire qu'il n'y a pas de plainte.
Dans cette terre pionnière où l'on vit bien et où l'on mange bien, la seule inquiétude qui subsiste...
...ce sont les hommes en face de nous, peut-être.
« Ah, euh... il fait beau aujourd'hui »
« Oui, tout à fait. Ohohohoho... »
« Ahahaha... »
« Ah, votre coupe est vide. Permettez-moi de vous la remplir. »
« Ka!? C'est trop d'honneur!!? »
Ils sont raides comme des piquets de tension face à nous.
C'est bien normal.
Ce sont des hommes qui ont échoué dans cette terre pionnière.
La rumeur dit qu'on a recruté sur la base du volontariat parmi les aventuriers, et s'ils ont répondu à l'appel, on comprend qu'il s'agit d'aventuriers qui n'ont pas percé.
Car s'ils avaient eu un certain succès comme aventuriers, ils n'auraient pas besoin de s'écarter exprès de cette voie pour se lancer dans le défi d'un tout autre domaine, la pionnerie.
Quel que soit le métier d'aventurier qui valorise le défi.
Les hommes alignés ici... pour ne pas y aller par quatre chemins... ce sont des gens qui ont échoué comme aventuriers.
Autrement dit, leur pouvoir économique n'est pas non plus au rendez-vous.
Des gens au porte-monnaie vide ne peuvent pas approcher, quand bien même ils le voudraient, des courtisanes de luxe qui coûtent des centaines de milliers, des millions la nuit.
Quand un partenaire hors de portée apparaît devant eux, c'est sûr qu'ils sont tendus.
Leur raideur extrême, j'ai analysé que c'était ça.
Mais ne vous méprenez pas.
Je ne me moque pas d'eux, je ne les méprise pas.
Je suis une courtisane professionnelle. Tant qu'on paie le tarif fixé, qu'on respecte les règles décidées par le pays et les manières fixées par l'établissement, qui que ce soit est un client.
Et aux clients, je donne un service de tout mon être.
C'est comme ça que je suis arrivée au numéro un.
Ici non plus, mon travail ne change pas.
Ce transfert vers cette terre pionnière.
Le client, c'est le pays lui-même, et j'avais compris que selon la volonté du client, nous devions réconforter les travailleurs sur place.
Client et courtisane.
Si c'était cette relation, ils n'auraient pas été aussi sur la réserve.
La supériorité de « je paie » crée une marge d'esprit correspondante, et nous les courtisanes avons aussi acquis l'art de détendre ces gens-là pour qu'ils profitent.
Et pourtant le maître d'ici a brisé cette forme pour que chacun s'amuse l'esprit léger, et a apporté à la place quelque chose d'incompréhensible.
Mais c'est quoi, ce goukon.
Reprendre un format bien établi aurait été plus facile pour tout le monde.
Déjà que le travail de pionnage est dur, à quoi bon augmenter encore le domaine du tâtonnement ?
Et tout à l'heure, l'épouse du maître a dit qu'on était des « candidates au mariage », c'est encore plus à côté de la plaque.
Nous sommes des arbres de repos qui offrons une nuit d'amour aux hommes solitaires.
Jusqu'ici, beaucoup d'hommes se sont posés chez nous pour reposer leurs ailes.
Que l'une de nous se fixe sur un seul homme, c'est impensable.
Pendant que je ricane en moi-même, le principal intéressé a l'air toujours désespéré, et pousse son propre événement vers son terme.
« Allez, maintenant c'est le temps des questions ! C'est en se connaissant que les cœurs se rapprochent ! Tout le monde, posez tout ce que vous voulez savoir à l'autre !! »
Pourquoi est-elle aussi survoltée du début à la fin ?
Mais puisqu'on m'y invite, je ne peux pas ne pas jouer le jeu.
« Vo... votre métier ? »
« Courtisane. Et vous ? »
« Pionnier, disons. »
Aucune progression visible.
Question pour question, pourquoi demander le métier qui est le plus évident ?
Au milieu de tout ça, le fameux seigneur des lieux est le seul à y mettre une ardeur étouffante...
« Tout le monde est timide, du coup même quand on veut poser une question, on n'ose pas la formuler ! Alors ! Pour faire démarrer la conversation, j'ai préparé un recueil de questions types !! »
Il dit ça en montrant un grand panneau ou quelque chose du genre, où une ribambelle de questions étaient alignées.
— « Loisirs ? »
— « Comment passez-vous vos jours de repos ? »
— « Plat préféré ? »
— « Animal préféré ? »
— « Livre préféré ? »
— « Film préféré ? »
— « Célébrité préférée ? »
— « Artiste préféré ? »
— « Lieu d'origine ? »
— « Rêve pour l'avenir ? »
— « Endroit où vous voudriez aller en rendez-vous ? »
— « Type préféré ? »
— « Cadeau qui vous ferait plaisir ? »
— « Impôt que vous voudriez voir disparaître ? »
— « Objet que vous emporteriez absolument en cas d'incendie ? »
— « Dernières paroles que vous voudriez dire dans votre vie ? »
— « Citation de grand homme préférée ? »
— « Seigneur de guerre préféré ? »
— « Stand préféré ? »
— « MS préféré ? »
— « Bankai préféré ? »
Et bien d'autres.
Je vois.
Suivre les questions écrites là rendrait les choses plus fluides, c'est ça.
Mais ce panneau qui a grossi à force d'aligner autant de questions, d'où l'a-t-il sorti ?
« Bon, alors pour faire avancer les questions plus vite, j'ai prévu des dés. On décidera la question selon la face qui tombe. Si on s'en remet au hasard, ça garantit l'équité !! »
« C'est pas un dé à dix faces, c'est bien plus facetté que ça ! »
Ignorant avec élégance la pique de l'épouse, il balance d'un « Hop ! » les dés... ou plutôt un polyèdre extrêmement proche de la sphère.
« Qu'est-ce qui va sortir ♪ Qu'est-ce qui va sortir... ♪ »
Pourquoi est-elle aussi enthousiaste quoi qu'il arrive, cette personne ?
« Allez ! La première question est tombée ! "Comment vivez-vous ?" !! »
C'est comme ça que le contenu de la question fut décidé, et chacun l'échangea.
Les dizaines d'hommes et de femmes contraints d'y participer s'interrogèrent maladroitement, et selon les réponses, ils se réjouirent ou s'inquiétèrent tour à tour, et la conversation s'anima.
À première vue, ça avait l'air du n'importe quoi, mais c'était une stratégie inattendument efficace.
Le questions-réponses, c'est la conversation la plus légitime qui soit, et si on force le tour en inventant des sujets, le courant finit par porter naturellement.
« Bon bon, l'ambiance est bien chaude. Alors place enfin au grand classique du goukon, le jeu du roi, lancé avec toute la solennité qu'il mérite... »
« Stop, maître. Ce jeu a un relent un peu sensible, abstenez-vous. »
La question suivante fut décidée.
... Lieu d'origine.
Encore un sujet délicat pour moi.
Après tout, mes souvenirs de patrie, je n'en ai que d'avant d'être envoyée à la capitale pour devenir courtisane.
N'ayant ni souvenirs ni attachement pour le temps passé sur place, il est fatal qu'il n'y ait pas d'épisode pour alimenter la conversation et qu'elle ne décolle pas.
Tant pis, là je joue la franchise totale : « J'en suis partie petite, alors je n'ai pas vraiment de souvenirs », et on passera à la question suivante.
De toute façon je n'ai pas l'intention de cacher, donc je n'ai aucune résistance à dire ma naissance.
« Haa... hein ? »
Soudain, l'un des hommes assis en face montra une réaction bizarre.
Comme s'il était tombé sur quelque chose d'incroyable.
La cause de son attitude apparut aussitôt,
« Mademoiselle... tu es du même village que moi ? »
« Eh ? C'est bien ça ? »
C'est vraiment un « pas possible ».
Rencontrer quelqu'un du même pays dans un lieu pareil, bout du monde.
Une fois su, même moi je suis toute bouleversée.
Moi qui n'ai presque pas de souvenirs, rencontrer quelqu'un du même lieu d'origine me met tout à coup en émoi ; la patrie est une chose mystérieuse.
Mais en y regardant de plus près, cet homme, il a l'air de mon âge.
Ce n'était pas un grand village, alors peut-être qu'on s'est croisés enfants.
………… ... Et si c'était lui ?
« Mâ-kun ? »
« Tomia-chan !? »
Ce n'était pas une simple hypothèse : c'était mon ami d'enfance que je n'avais pas revu une seule fois en des décennies.