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Isekai de Tochi wo Katte Noujou wo Tsukurou

Chapitre 1144

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Chapitre 1144

Chapitre 1144

Chapitre 1144/118197%~8 min de lecture1 446 mots

« C'est un gōkon !! »

Je suis Retashiera, courtisane.

…… du moins, c'est ce que je croyais.

Mais qu'est-ce que ce développement ?

On nous a fait asseoir autour d'une grande table.

De plus, la disposition des places est subtile : on nous a rangés face à face, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre.

Et c'est du côté des femmes que je suis assise.

On dirait qu'on s'apprête à faire un dialogue entre hommes et femmes.

Qu'est-ce qu'on compte faire avec ça ?

« C'est ça, un gōkon !! »

C'est l'homme qui nous a accueillis en premier qui hurle ça, tout excité.

Il ne s'est pas assis face à nous, mais se tient entre les deux groupes, faisant mine d'animer la soirée.

« Le gōkon, c'est une cérémonie ancestrale de formation de couples qui se pratiquait dans mon monde d'origine ! De jeunes hommes et femmes se réunissent autour d'une table, mangent, boivent, discutent, et chacun choisit le partenaire avec qui il sent une bonne affinité !! »

Je vois.

C'est donc une sorte de miai collectif ?

Le groupe d'hommes en face, et notre groupe de femmes.

Mais le groupe féminin est composé exclusivement de courtisanes, tandis que le groupe masculin semble être d'anciens mercenaires devenus aventuriers, rassemblés pour la colonisation…… c'est ce qui me chagrine.

Nous, les courtisanes, sommes bien sûr décontenancées, mais les hommes aussi laissent perplexe.

Eux non plus ne doivent pas comprendre ce qui leur arrive.

Dans ce coin paumé, privés de contact féminin au bord de la rupture, ils devaient vouloir libérer leurs pulsions dès qu'on les a mis devant nous.

Pourtant, on les force à participer à cette comédie absurde.

Comme on est assis face à face, nos regards se croisent inévitablement.

À chaque fois, ils me répondent par un sourire poli et vague, ce qui me met mal à l'aise.

Pendant que cet air gênant flotte, l'organisateur lui ……

« Waï waï waaï ! Vibes up ! Ginza suite oke maru suisan harakiri samouraï sushi geisha ! Chissu chissu ! Azass wîsu !! »

Il fait monter la sauce avec une tension unique et incompréhensible.

Voyant ça, la femme avec un enfant qui est apparue tout à l'heure intervient.

« Qu'est-ce que tu fais, mon mari ? Je n'ai jamais vu ce genre de lâcher-prise, arrête, s'il te plait ? Junior et Norito sont terrorisés ? »

« Ha !? Ne dis pas ça, Platy ! Moi non plus je ne pige rien, mais je fais de mon mieux pour imiter un "yang" ! »

« Mieux vaut ne pas forcer à imiter ce qu'on ne comprend pas »

Ces deux-là sont mari et femme, apparemment, et on sent effectivement qu'ils se connaissent bien.

Je suis encore à moitié dubitative sur le fait qu'ils soient les maîtres de ces lieux. Après près de vingt ans comme courtisane, les notables et hauts fonctionnaires que j'ai vus avaient quand même un peu plus de prestance ?

« C'est pas ma faute ! Le gōkon, c'est les "yang" qui le déclenchent ! Devant une personne qu'on n'a jamais vue, en plus du sexe opposé, se dire "entendez-vous bien" : pour un "yin", c'est un niveau de difficulté trop élevé ! »

« C'est pas pour autant qu'il faut faire semblant d'être un "yang" !! »

« Au fond, même si tu t'habilles en "yang", ton essence de "yin" reste "yin" ! »

« Arrête ! Ne me balance pas la vérité en pleine figure ! Je vais me dissoudre et disparaître !! »

« Disco »

« Saturday night fever »

Les enfants s'y mettent aussi, et cette comédie incompréhensible continue !?

C'est quoi ce bordel !?

Passer du bon temps en famille, c'est bien, mais n'oubliez pas qu'il y a des célibataires laissés pour compte à côté, qui restent là, hébétés ?

Vous avez déjà pensé à ce que ressent un célibataire obligé d'assister de près au vaudeville familial des autres ?

L'ennui est insupportable !

Pas seulement moi, les autres aussi !!

« Ano…… »

L'homme assis en face de moi me parle timidement.

« …… Vo-vos loisirs, c'est quoi ? »

Il tente de remplir son rôle, à tâtons.

Je comprends qu'il n'ait pas d'autre choix vu l'ennui mortel.

Mais moi, je suis une courtisane de luxe.

Il faut que je rebondisse sur la conversation qu'on me lance. La compétence sociale est aussi une ability essentielle pour une courtisane professionnelle !!

« Voyons…… dire que j'aime écouter les ragots, ça irait ? »

« Heu, les ragots ? »

« Oui. Dans ce métier, il faut avoir de la conversation, alors je m'efforce de toujours connaître les nouveautés. »

« Ah, vous êtes studieuse, hein…… »

« Pas tant que ça. »

« Ah, ahaha !? »

« Ufufufu…… »

On a l'air de se sonder mutuellement, avec une tension palpable.

Lui comme moi, on n'a pas choisi cette situation, on y est coincés, c'est vrai.

« Bien, c'est l'esprit !! »

Hii !?

Quoi !?

L'homme qui faisait le clown en famille tout à l'heure, le soi-disant maître des lieux, s'est approché de moi d'un pas !?

« Se-seija-sama !? »

« L'esprit d'essayer de se comprendre mutuellement, c'est indispensable au gōkon ! La compréhension mutuelle ! Le dialogue ! En les répétant, les gens finissent par se comprendre !! »

Il ne monte pas un peu trop l'échelle du propos ?

C'est juste un miai collectif, non ?

N'appliquez pas à l'échelle du monde une portée qui se limite à une réunion de famille, s'il vous plaît ?

« Allez, les autres aussi, causez, faites du bruit ! Si l'ambiance monte, les barrières du cœur tombent et ça détend l'atmosphère ! Bien sûr, je ne lésine pas sur les moyens pour ça, parce que je suis l'animateur du gōkon d'aujourd'hui ! »

Personne ne t'a demandé ça ?

« En quelque sorte, je suis le vil Cupidon qui fait le pont de l'amour ! Et de ma part, voilà d'abord des vivres ! »

Sur ces mots, l'homme s'élance hors de la pièce en courant, et revient aussitôt.

Il porte quelque chose.

Quelque chose d'assez gros, qu'il pose sur la table avec un bruit sourd.

C'est…… ?

« Ce sont des frites !! »

Un grand plat garni à ras bord de…… quoi ?

Jaune, ou plutôt d'un jaune doré brillant…… d'innombrables bâtonnets courts et fins empilés ?

C'est quoi, ça ?

Puisque c'est servi dans des assiettes sur la table, c'est forcément de la nourriture  mais…….

L'homme a fait plusieurs allers-retours pour couvrir toute la table d'assiettes.

Toutes, sans exception, chargées de ces bâtonnets dorés.

En voyant ça, l'épouse ……

« Pourquoi rien que des frites, mon mari ? »

« Pour une soirée entre jeunes, l'accompagnement, c'est frites, point final ! C'est pas cher, c'est bon ! Tout le monde peut manger ! Les jeunes adorent tous les frites ! Le meilleur rapport qualité-prix !! »

« Tu n'as pas de préjugés sur les jeunes, toi ? »

Il existe une cuisine que même moi, courtisane de luxe à la pointe des tendances, je ne connais pas ?

Non, il est trop tôt pour conclure.

Si ces "frites" sont un plat régional qui cartonne dans une province donnée, c'est normal que moi, courtisane huppée des villes, je l'ignore.

Oui, c'est sûrement ça.

J'ai ma fierté de courtisane de luxe. La culture culinaire est ce qui intéresse tout le monde, le pilier le plus important de la culture, donc je dois être à la pointe.

Ces frites, si elles ne font pas partie de mes connaissances, c'est forcément un plat rustique, pataud, de campagne.

Qu'il en soit ainsi !

Pour en avoir le cœur net…… je pince une frite et la porte à ma bouche.

« L'assaisonnement, au choix : ketchup ou mayonnaise. »

Ah, oui.

Merci bien…….

…… Croq.

« C'est dééééééééélicieux !! »

C'est bon !

C'est vraiment bon !

La surface frite est croustillante à souhait, tandis que l'intérieur est moelleux, une harmonie parfaite !

L'assaisonnement se module selon les goûts, c'est le top !!

C'est de la friture, c'est évident, mais ils doivent utiliser une huile de première qualité. Aucune odeur de graisse, au contraire, une sensation de fraîcheur en bouche, pour un truc gras !

Tout le monde ne peut qu'aimer !

Kuu…… Je suis la courtisane numéro un du Royaume des Hommes, mais je dois l'admettre !

Ces frites, c'est un mets de premier ordre qui passerait en ville !

Venir dans ce coin paumé et faire une telle découverte culinaire.

J'étais arrogante en tant que courtisane de luxe, je suis encore loin du compte.

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