rentra de son voyage dans le fief des Rondart sans le moindre incident, déjouant les attentes de tous. Chacun s'interrogea sur les raisons de son retour solitaire et ne put s'empêcher de ressentir de la jalousie lorsqu' expliqua que Trentor, l'un de ses employés les plus capables, avait été remis à la famille Rondart comme prix de la rupture de toutes relations. En tant que diplômé du Campus, il était certain d'être bien traité par la famille du baron, et il pourrait rester auprès des siens. Nul n'émit la moindre suspicion à l'égard de cette explication.
Pourtant, ne put échapper aux ragots qui enflèrent la ville. L'héritage de la famille Rondart était la récompense promise par l'Empereur pour la mission qui lui avait été confiée, et y avait renoncé alors qu'il ne restait plus qu'un an avant son terme. Beaucoup répandirent la rumeur que cet abandon équivalait à une désobéissance à l'Empereur et que l'Ark Royale ne tarderait pas à frapper à sa porte. Mais contre toute attente, l'Ark Royale ne bougea pas le petit doigt.
On se mit donc à scruter les futures actions d', désormais affranchi du joug des Rondart. continua de s'enfermer dans son Rooftop comme à son habitude, mais le corps administratif ne put s'empêcher de se sentir décontenancé au fil du temps.
Gérer une ville entraîne immanquablement un flux ininterrompu d'incidents. Chaque jour amenait son lot de situations nécessitant l'arbitrage final d', même lorsque ce dernier refusait de travailler. C'étaient ces décisions qui faisaient toujours souffrir le corps administratif. Sans jamais suivre le moindre standard, tranchait selon son humeur du jour, aggravant parfois les problèmes. Il incombait au corps administratif de nettoyer ses dégâts.
Mais depuis son retour du fief des Rondart, était devenu juste et droit. Il conservait sa motivation inexistante, râlait toujours à chacune de leurs visites et feignait de ne pas écouter. Mais maintenant ? Il se mit à coopérer avec Rivelia pour gérer la ville correctement. D'abord, la réforme de la paperasserie fiscale et des comptes de la ville, jusque-là tenus à la va-vite. Dorénavant, tout était bien plus efficace et suivait les fonds au Bit près.
Autrefois, ne rendait que deux types de verdicts au tribunal : non coupable si l'amende était payée, travaux forcés à la mine dans le cas contraire. Désormais, il prononçait des jugements étayés par des motivations logiques que tous comprenaient, sidérant la population.
Il s'attaqua même à des districts autres que le district de Ceta, qui n'avaient jamais relevé de sa préoccupation. Il fit reconstruire des routes, restructurer le réseau d'égouts, bâtir des écoles, des orphelinats et des banques alimentaires. Il déploya la force de police dans les autres districts pour prévenir et résoudre les affaires, améliorant l'ordre public.
Alors que la ville fonctionnait sous ce régime, une rumeur plus sinistre prit racine à la Nouvelle Cité Portuaire : était mort. La famille Rondart se serait alliée aux Sept Grandes Guildes Marchandes ou à la Cité Portuaire pour y placer un sosie. serait mort et le duc de Pendleton l'aurait laissé faire. Rivelia aurait tué et dirigerait la ville elle-même. Maintes rumeurs circulaient, du plus absurde au plus plausible. Mais toutes convergeaient sur un point : était mort ou avait disparu, et celui qui se trouvait maintenant en ville était un imposteur.
« On ne peut plus laisser courir. »
« Mais tu ne trouves pas qu'on se laisse mener par le bout du nez par de simples rumeurs, c'est un peu... »
« La situation actuelle te semble normale ? Sir travaille ! Tu as entendu le verdict qu'il a rendu pour le fils du comte Burshen dans l'affaire du meurtre au casino ! Le comte Burshen a dit qu'il paierait l'amende, mais Sir a prononcé l'emprisonnement conformément à la loi de l'Empire. »
« C'est parce que les mines sont actuellement fermées... »
« C'est encore plus incompréhensible ! Ce n'est pas le genre d'homme à refuser de l'argent pour envoyer les gens en prison ! »
« C'est vrai mais... »
Cordnell soupira, incapable de réfuter l'argument de Kalden. Tout ce qu'il disait était vrai. Toutes les actions d' avaient radicalement changé depuis son retour du fief des Rondart.
En vérité, c'était comme ça que les choses devaient être. C'était qui était anormal depuis le début. Mais ils s'étaient tellement habitués à ce mode de vie déviant que cette situation normale leur était difficile à avaler.
L'ambiance dans la Nouvelle Cité Portuaire se dégradait de jour en jour. Il s'était passé quelque chose entre les elfes et les Ours du Nord, jadis amis, car tous voyaient leurs rapports se glacer malgré les sourires de façade. Lanburton, le chef des elfes, se comportait comme s'il avait largué toutes ses responsabilités. Rizzly, rentré de son voyage avant , s'était enfermé chez lui, refusant de se tenir aux côtés d' comme il le faisait toujours. Il n'était pas étonnant que la rumeur selon laquelle Rivelia avait séquestré et pris le pouvoir en ville se propage.
« Tu ne trouves pas que c'est encore plus bête d'aller lui dire que travailler normalement, c'est bizarre ? »
Kalden avala sa salive comme un poisson hors de l'eau quand Cordnell posa la question, la tête basse.
« Mais on ne peut pas ignorer ces rumeurs. Tu le sais, sunbaenim a été désigné seigneur de la Nouvelle Cité Portuaire par l'Empereur. Qu'arriverait-il si on découvrait que quelqu'un l'a écarté avant la fin de son mandat ? Les Pendleton s'en sortiront, mais nous ? Dans le pire des cas, on sera la queue qu'on coupera. »
Cordnell gémis face à l'inquiétude de Kalden. C'était bien là le problème. Il était peu probable qu'elle l'ait assassiné, mais et si Rivelia, exaspérée par l'irresponsabilité persistante d', avait convaincu les autres races et l'avait enfermé sur le toit pour prendre la ville ?
Rivelia elle-même serait épargnée grâce à la protection des Pendleton, et les autres races étaient de toute façon intouchables pour l'Empire, ne restait donc que le corps administratif. S'il fallait un responsable à punir, il y avait assez de pouvoir pour en faire un bouc émissaire et enterrer l'affaire.
Il subsistait un doute sur le fait que la personnalité de Rivelia ne la pousserait pas à un tel acte, quelle que soit sa haine pour , mais la peur que les rumeurs soient vraies grandissait au fil des jours, au vu de l'évolution de la situation. C'est dire à quel point était devenu vertueux — au point d'en être invraisemblable.
« Je veux dire... il y a aussi cette rumeur. Toutes les actions d' jusqu'ici n'étaient qu'une façade pour échapper aux regards des Rondart et des Milros, et maintenant qu'il s'est affranchi de leurs chaînes, il déploie les ailes qu'il cachait... »
« C'est absolument impossible. »
« C'est la rumeur la plus ridicule que j'aie jamais entendue. »
Les deux lui coupèrent la parole avant qu'il n'ait fini, secouant la tête. Comme si c'était possible. Aurait-on failli raser une ville et provoquer l'Ark Royale juste pour maintenir une couverture ? Absurde.
« Il n'y a pas le choix. Je dois voir Sir et confirmer de mes propres yeux. »
Alors que l'ambiance dans la pièce tendait vers un consensus pour ne pas laisser les choses en l'état, Cordnell bondit de sa chaise pour ouvrir la marche. La majeure partie du corps administratif le suivit. Soland hésita un instant mais finit par les suivre en se grattant la tête. Il aurait tout fait pour les en empêcher encore la veille, mais maintenant qu' était de retour, il n'y avait plus de raison.
« Je me demande comment il va démêler le bordel laissé par son sosie. »
Menés par Cordnell et Kalden, les membres du corps administratif montèrent bravement au Rooftop. Mais ils fléchirent vite en tombant nez à nez avec . Ce qui les attendait, c'étaient ces yeux paresseux, léthargiques, teintés de l'agacement qu'ils connaissaient si bien. La seule différence, c'était que Rivelia et Lanburton se tenaient côte à côte, et que Rizzly, qui s'était cloîtré chez lui, servait à ses côtés.
« Qu'est-ce que vous voulez ? »
« Euh, heu... »
Le corps administratif hésita, confronté à la question d'. Ils étaient face à face, mais ils ne pouvaient pas dire : « on est venus vérifier si t'es un fake parce que tu travailles trop bien. » Après avoir passé le corps administratif au crible, agita la main comme s'il était fatigué.
« Dégagez s'il n'y a rien à dire. Je suis crevé du voyage dont je reviens. »
Tous les membres du corps administratif écarquillèrent les yeux.
« Tu reviens d'un voyage ? Alors quoi, Sir qui était là tout ce temps ? »
« C'était un fake, bien sûr. »
La mâchoire de chaque membre du corps administratif tomba à la réponse désinvolte d'.
« Un fake ? Pourquoi ? »
« Pourquoi d'autre ? Puisque je quittais la ville, je me suis dit que j'allais en profiter pour prendre des vacances. »
« M, mais il n'y avait pas besoin d'engager un sosie ? »
Cordnell argumenta, et répondit d'un ricanement.
« Je vous parais si insignifiant que ça, maintenant que j'ai renoncé à mon titre ? Je suis sûr que tout le monde m'aurait louangé si on avait appris que je m'octroyais des vacances en plein exercice de la volonté de l'Empereur. »
« Alors tu n'aurais pas dû prendre de vacances, tout simplement ! »
Tout le corps administratif eut la même pensée, mais personne n'osa la formuler. Kalden se mit à réfléchir, la tête de travers, avant de poser sa question.
« Je comprends que tu voulais voyager un moment, mais pourquoi n'as-tu pas ordonné à ton sosie de la fermer ? À cause de lui, toutes sortes de rumeurs ont germé. »
À la question de Kalden, lança immédiatement un regard agacé à Rivelia.
« J'ai estimé qu'au minimum, je devais prévenir la mairesse de mes vacances, mais notre chère altesse venue du duc de Pendleton a décidé qu'elle ferait ce qu'elle voudrait pendant mon absence. Comment le fake aurait-il pu rêver de s'opposer à elle ? Tout ce qu'il pouvait faire, c'était la fermer et obéir. »
« ... »
Rivelia baissa la tête pendant qu' continuait. Tout le corps administratif comprit, en témoins. En gros, pendant son absence, Rivelia avait mené à bien tous les projets qu' bloquait par ses refus. Donc les rumeurs étaient mi-vraies.
« E, et maintenant, tu vas faire quoi ? »
C'était un abus d'autorité. Un crime si grave que si exigeait le renvoi de Rivelia, elle ne pourrait rien faire. Ses actes étaient désormais irréversibles.
« Qu'est-ce que tu veux dire par "qu'est-ce que je vais faire" ? Comment un vil paysan qui a botté en touche son titre de baron pourrait-il annuler des travaux approuvés par la princesse du grand duc de Pendleton ? J'ai une telle peur que je ferais aussi bien d'abandonner tout. »
Tous voyaient que Rivelia faisait un effort surhumain pour contenir sa colère, son corps tremblait visiblement. Se sentant menacés, tous les membres du corps administratif s'enfuirent du Rooftop sans se retourner, de peur d'être pris dans la tempête. Confirmer que les rumeurs étaient fausses suffisait. Ils ne voulaient surtout pas se prendre l'explosion émotionnelle d'autrui.
Cordnell voulait lui aussi fuir sur-le-champ mais resta, car il avait quelque chose à régler. Heureusement, il avait pu expédier le travail qui lui tombait dessus pendant la présence du sosie, mais il devait maintenant discuter de la marche à suivre en cas de problème ou de paiement d'importance nécessitant l'aval d' pendant son absence.
« Puis-je vous parler en privé ? Je dois vous parler des fonds. »
« C'est pour la contrebande ? »
« Huk ! Sir ! »
Cordnell regarda autour de lui à la hâte, le visage pâle, ne s'attendant pas à ce qu'il en parle avec autant de monde autour.
« Ne t'en fais pas. Notre dame Rivelia ici est la surveillante de la Centrale à la Nouvelle Cité Portuaire. Donc va la voir s'il y a un problème quand je ne suis pas là. Et ne viens pas me voir. »
Cordnell fixa Rivelia avec incrédulité.
« C'est vrai ? »
Rivelia lança un regard agacé à puis hocha la tête.
« C'est exact. Je peux gérer tous les problèmes nécessitant l'avis de Sir pour cette affaire. Et si je ne suis pas là non plus, vous pouvez demander à M. Lanburton ou M. Rizzly ici. Bien qu'ils ne soient pas agents de la Centrale, ce sont des officiers considérés comme nos égaux. »
Cordnell réalisa immédiatement qu'il venait de mettre le pied dans un bourbier dont il ne sortirait jamais. Il s'effondra au sol, désespéré. L'identité des agents de la Centrale relevait du secret le plus absolu. Le fait qu'ils la lui révèlent si légèrement signifiait qu'il avait franchi le point de non-retour.
Sa vie était désormais soumise à la surveillance constante de la Centrale. Il ne pourrait plus détourner de fonds ni tromper sa femme s'il se mariait un jour. Non, il pouvait se retrouver dans la situation terrifiante où sa femme serait une agente de la Centrale depuis le début.
« Je me suis retrouvé mêlé à la Centrale lors de ma visite à Gabelin. J'ai donc décidé de les aider, et ils m'aideront à gérer la ville. Alors assure-toi de bien travailler. Essaie de pas te réveiller au fond du lac. »
Le plus terrifiant, c'est que c'était tout à fait possible. Cordnell hurla, libérant sa colère et sa haine accumulées.
« Toi ! Fils de pute ! Tue-moi plutôt ! Tue-moi ! »
Face au cri de rage de Cordnell, commenta avec assurance à Rivelia.
« Tu vois ça ? C'est le genre à foncer tête baissée quand ça tourne mal. C'est le candidat idéal pour gérer ma ville. »
Une fois Cordnell parti du Rooftop, les épaules basses, le visage d'un homme au fond du gouffre, ne restèrent que Lanburton, Rizzly et Rivelia. attrapa une cigarette et examina les trois l'un après l'autre.
« Je n'aurais jamais cru devenir un homme d'une telle importance. Combien d'agents de la Centrale y a-t-il autour de moi, au juste ? »
« Huhu. Bien qu'on ne soit pas officiellement membres, la plupart des adultes non-humains sont considérés comme agents à temps partiel, vu qu'ils ont participé aux batailles pour défendre la Porte. »
« Toi aussi ? »
Lanburton donna sa piètre excuse en riant. tourna les yeux vers Rizzly, qui suait à grosses gouttes et faisait de son mieux pour éviter son regard.
« Ha, bien sûr qu'une force comme les Ours du Nord n'aurait pas été exclue de la bataille. Ça veut dire que Kunette s'est approchée de moi en sachant qui j'étais ? Non. Tu as dit que seuls les adultes participent, donc cette gamine de Kunette ne sait rien pour l'instant. »
Rizzly poussa un soupir de soulagement et se tut tandis qu' marmonnait. Il n'était pas en position de dire quoi que ce soit sur Kunette.
« Drôle de monde, quand même. Vous approchez les envahisseurs en faisant semblant de ne rien savoir alors que vous savez tout, juste pour les surveiller de près. Si vous jugez que la cible n'en est pas une, vous disparaissez tous. Si c'en est une, vous essayez de la recruter ? Et ceux qui refusent de coopérer, il leur arrive quoi ? »
« Je ne peux pas te répondre, c'est la première mission où j'approche une cible de surveillance. »
« Les missions de recrutement de cibles sont des opérations ultra-secrètes supervisées par les Directeurs. »
« La vérité, c'est que c'est la première fois que des informations sur les cibles de surveillance sont divulguées. »
Tous secouèrent la tête, disant qu'ils n'en savaient pas plus. continua de marmonner avec nonchalance.
« Je suppose que ça ne me concerne pas. »
Il est évident ce qu'il est advenu de ceux qui ont refusé l'offre. n'a pas pu être la seule victime de la Royale Noire fouillant dans son cerveau.
« J'ai une question à poser. »
Rivelia demanda timidement à , qui méditait tranquillement les yeux fermés.
« Quoi ? »
« Est-ce vrai que tu as exterminé les sorciers, enfin, les traîtres démoniaques, tout seul avant que les agents de la Centrale n'interviennent ? »
Les oreilles de Rizzly et de Lanburton se dressèrent dans l'attente de la réponse de Rivelia. Actuellement, la Centrale était en émoi, apprenant qu' avait non seulement tué des dizaines de chevaliers de combat, mais avait même blessé certains agents de la Centrale. C'était un exploit stupéfiant. Même les agents de la Centrale ne pourraient pas affronter seuls des dizaines de chevaliers de combat armés, même équipés de leur équipement extraordinaire.
« Et si c'est le cas ? »
Tous poussèrent un gémissement de stupeur.
« Donc tu possédais bien l'Artefact de la Reine. Et tu l'as gardé secret tout ce temps ! »
Rivelia ne put s'empêcher de dévisager , frustrée de s'être fait avoir par lui tout ce temps.
« Un trésor, ça se cache, à la base. »
sourit en regardant Rivelia. Puis il repensa vite à l'Empereur et à Yoo-rah, qui n'en avaient pas pipé mot. Connaissant la personnalité de Rivelia, elle aurait certainement mentionné l'Artefact de la Reine dans son rapport.
« Ils ne s'inquiètent pas qu'un type comme moi possède un outil aussi dangereux ? »
« Je suppose que ça n'a pas d'importance. »
« Hein ? Quoi qui n'a pas d'importance ? »
« Qu'il y a un truc qui s'est amélioré. Je peux faire ce que je veux en plein jour. »
« Qu'est-ce que tu trames encore ? »
« Je dois tout te rapporter ? Je fais aussi un rapport pour chaque respiration ? »
Crac !
Rivelia ne put s'empêcher de grincer des dents et de serrer les poings face au sarcasme d'. C'était comme ça depuis que leurs positions s'étaient inversées. était quelqu'un que Rivelia pouvait gérer seule autrefois, mais c'était avant qu'il ne se mélange à la Centrale. Maintenant, non seulement il la surpassait en rang, mais son poste avait vite changé de surveillante de la Nouvelle Cité Portuaire à vice-directrice de la Sécurité.
Elle ne pouvait même pas protester, ayant appris que son père, qui l'aimait tendrement, était sur le point de déclarer la guerre en apprenant la nouvelle. La famille Pendleton en avait assurément le pouvoir. Ce ne fut évité de justesse que grâce à l'intervention du Grand Conseil et même de la Reine pour l'apaiser. Mais si Rivelia osait formuler la moindre plainte sur son travail actuel et que son père l'apprenait, l'Empire basculerait illico dans la guerre civile. Le plus terrifiant, c'est que ce n'était pas une blague. Donc, si elle ne voulait pas devenir la femme qui a plongé l'Empire dans une guerre civile pour s'être plainte que son travail était dur, elle devait subir le dilemme du salarié : incapable de démissionner, si dégoûtant, injuste et inique que soit son travail.
Contrairement à sa déclaration jurant qu'il glanderait toute la journée, la vie d' reprit son cours normal. Il n'avait simplement pas la bougeotte, et malgré ses efforts, il constata qu'il n'y avait pas d'endroits propices aux loisirs. Cela ne voulait pas dire qu'il perdait tout son temps. Maintenant qu'il n'avait plus à craindre la surveillance de la Centrale, se mit à agir au grand jour.
Il ordonna à Soland de rassembler tous les livres sur les cercles magiques et les circuits. Rivelia crut d'abord que cela concernait le pouvoir de l'Artefact de la Reine, mais même cela devint douteux quand ne les étudia même pas attentivement, se contentant de les feuilleter avant de les jeter.
Elle aurait utilisé tous les moyens pour lui extorquer quelque information s'il n'avait été qu'un envahisseur lambda, mais derrière se tenait la Reine. La nouvelle qu' et la Reine se connaissaient déjà dans leur monde d'origine s'était déjà répandue dans toute la Centrale. Les humains sont des êtres qui trouvent la sécurité parmi les leurs.
La Reine protégerait quelles que soient les catastrophes qu'il provoquait, le laissant libre de faire ce qu'il voulait sous son autorité. ne semblait pas provoquer d'incidents pour l'instant, mais c'était ce qui inquiétait le plus. On avait l'impression du calme avant la tempête.
Pour , c'était peut-être le plus grand temps libre qu'il ait jamais eu. Maintenant que le décret de l'Empereur valait du papier toilette mouillé, il n'avait plus à se soucier du développement de la ville. Le peu de travail nécessitant son attention était tout refilé à Rivelia, et se contentait d'attendre qu'on le contacte. Au bout de deux mois, il reçut enfin un appel de .
« Tu rentres enfin de ta résidence surveillée ? Ta tête est en vrac. »
taquina le visage épuisé de qui apparut à l'écran, mais ce dernier semblait trop fatigué pour réagir et soupira avant de parler.
« J'ai réuni les volontaires que tu voulais. »
« Waouh ! Il y a vraiment eu des idiots pour se porter volontaires ? »
fronça les sourcils aux paroles surprises d'.
« Je t'ai déjà envoyé leurs CV. Rivelia te remettra les documents les concernant quand tu iras la voir. »
« Combien y en a-t-il ? »
« Peu importe. Ton boulot, c'est de les trier jusqu'à n'en garder que 50. »
« 50 ? »
« C'est le maximum qu'on peut accepter. »
« C'est peu. »
« C'est la limite, compte tenu de tous les titres nobiliaires et fiefs qu'il faut leur fournir. Ça représente deux mois de travail acharné. »
« Tu as bien travaillé. »
« Leur véritable entraînement commencera après leur graduation du Campus l'an prochain. »
inclina la tête en entendant .
« Pourquoi le Campus est-il mêlé à ça ? »
Cette fois, ce fut qui inclina la tête.
« La Reine ne t'a pas dit ? »
« Qu'est-ce qu'elle m'aurait dit ? »
soupira et grommela.
« C'est ça, tout laisser à expliquer à elle. Comment a-t-elle pu zapper autant de choses ? »
« ... »
« Toutes les activités de la Centrale sont d'une confidentialité absolue. On ne peut même pas recruter de simples soldats pour la défense de la Porte à cause de ça. En vérité, ils sont de peu d'aide et ne font que tirer le moral vers le bas. Du coup, on n'a qu'un petit nombre de troupes d'élite pour engager l'ennemi, mais selon toi, quel est l'endroit idéal pour recruter ces talents ? Qui serait capable de fermer sa gueule et d'accepter de sacrifier sa vie pour l'Empire dans l'ombre, loin des regards ? »
« ... Le Collège ? »
Le Campus n'était pas la réponse. C'est là que vont les vrais étudiants. Mais le Collège était totalement isolé de l'extérieur. Personne ne savait ce qui s'y passait, à part ceux qui le fréquentaient.
« Le Campus suffit amplement à former des individus talentueux. La raison pour laquelle le Collège est isolé du Campus, c'est qu'il est chargé d'entraîner ceux qui ont été recrutés par la Centrale. »
« Je pensais que le Collège était trop isolé pour être appelé une école. Mais on dirait qu'il enseigne pas mal de choses pour un simple entraînement ? »
« Comme le dit le proverbe, cache l'arbre dans la forêt. Tout comme chacun a ses talents uniques, la Centrale recrute au Collège les étudiants qui montrent des aptitudes militaires ou martiales. Les autres sont de vrais génies, comme tu sais. »
« Ça tient la route. Même si on les voit s'entraîner, personne ne douterait vu qu'ils sont déjà spécialisés dans ce domaine de toute façon. Je sais pas qui a eu l'idée, mais c'était malin. »
« Bien sûr, on ne se prive pas de recruter d'autres gens s'ils ont des talents utiles à la Centrale, qu'ils viennent du Campus ou du Collège. Ceux qui ont été transférés du Campus au Collège sont majoritairement des individus recrutés par la Centrale. »
« C'est efficace. »
Tous trouvaient un honneur de simplement fréquenter le Campus et le Collège. La Centrale n'avait qu'à trier parmi les plus grands talents de l'Empire rassemblés sur son pas de porte. Diplômé du Collège, le succès était garanti, et la Centrale était peut-être l'institution la plus stable et puissante de l'Empire. Pas étonnant que tous ces gamins qui n'avaient fait qu'étudier se ruent dessus et mordent à l'hameçon.
« Mais les pertes qu'a subies l'Empire ont été douloureuses. »
« Des pertes ? »
« Tu sais comment le titre de base pour les diplômés du Collège est "génie parmi les génies" ? C'est un fait. Ces talents, qui auraient accompli des exploits historiques, sont massacrés en une seule défense de la Porte. Le nombre de pertes a chuté depuis le développement du manteau, mais chaque diplômé du Collège perdu est un coup critique pour l'Empire. »
« C'est comme ça ? »
« Retiens juste ce fait. Et comme je sais pas quel entraînement tu leur feras subir, t'as besoin de quelque chose ? »
Des idées germent dans l'esprit d' à la question de .
« Y a-t-il des armes que vous avez réussi à voler aux forces de l'Expédition ? »
« On en a mais... »
« Envoie-m'en le plus possible. Avec les munitions. Elles ne sont pas cassées, par hasard ? »
« Personne au monde ne peut égaler la gestion des stocks du Département des Approvisionnements. »
Entendant la vantardise fière de , songea à commenter qu'il n'y avait pas de quoi être fier, mais il garda en tête qu'il n'y avait pas lieu de l'agacer.
« Bien. Apporte-m'en le plus possible. »
« Quel type ? »
« Apporte-m'en un de chaque. »
« ... Autant ? Tu vas en faire quoi ? Dis-moi pas que tu vas équiper tous tes agents de Sécurité avec des armes de l'Expédition ? »
« Non. C'est pour l'entraînement. »
inclina la tête, incapable de cerner les intentions d', mais décida d'accepter ses demandes pour l'instant.
« Bon, je t'enverrai ça vu qu'elles pourrissent en stock. Autre chose ? »
« Apporte-moi les manteaux défensifs que les agents utilisent pour les équiper tous. Avec des cristaux de mana manufacturés, pas des purs. »
« Manufacturés ? Ça va rendre leur efficacité lamentable. »
« Alors tu peux essayer de fournir des purs pour tous ? »
« ... Je t'enverrai ça avec des cristaux manufacturés. Encore quelque chose ? »
« Je te dirai si j'ai autre chose en tête. »
« Et... Laisse tomber. »
allait demander quels étaient les objectifs d'entraînement d' ou combien de temps ça durerait, mais y renonça. Aucune chance que ce type se donne la peine de planifier quoi que ce soit, et il était fort probable qu'il forçait Rivelia à tout trier.
« Du coup, je commence quand ? »
« Tu peux commencer quand tu veux une fois tes candidats choisis. »
« Disons que je commence dans un mois. Ah ! Je vais me rendre au Campus dans quelques jours parce qu'il y a des trucs à préparer. Assure-moi le transport nécessaire. »
« Quoi ? Et la Nouvelle Cité Portuaire ? »
« Elle tournait très bien sans moi. Le fake faisait du bon boulot. »
« ... »