« D'ici que ma fille devienne une noble dame, vous serez la cheffe des Pendleton, Lady Rivelia. »
Rivelia aurait voulu hurler derrière ses lèvres closes, demander si le titre et le pouvoir valaient plus que d'assister à la mort de ses parents.
« Mon enfant sera votre égale. Elle deviendra une grande noble, qui n'aura à s'incliner devant personne. Elle deviendra une noble à la fois prévenante et empathique. Une noble qui comprend la douleur des autres et leur tend la main. Mon enfant... »
Elena ne put achever ses mots, sanglotant tandis qu'elle serrait contre elle le corps de son mari, caressant sa joue.
« Je... »
Juste au moment où Rivelia parvint enfin à articuler un mot, Elena releva la tête. Un filet de sang s'écoulait du coin de sa bouche.
« Mon enfant sera la première noble héréditaire à avoir gravi les marches du titre de Duchesse depuis le rang de Baronne, et elle deviendra votre rivale. »
Clang !
Rivelia laissa tomber son épée — une première en sa vie. Elle se boucha la bouche des deux mains. Elle ne comprenait pas. Peut-être ne comprendrait-elle jamais de toute sa vie. Quelqu'un qui se tenait au sommet depuis le début ne vivait tout simplement pas dans le même monde que ceux qui escaladaient encore les falaises.
Elena rassembla ses dernières forces pour regarder Laila, puis elle chuchota à .
« Merci... »
Le corps d'Elena s'effondra sur celui de Wolfgang, et l'expression d' se tordit.
« Deux ? Pas une seule, mais deux ? Quel était donc le raisonnement de la Centrale pour ne pas les recruter ? Ont-elles été ignorées simplement parce qu'elles regorgeaient de talents ? Ou est-ce cela, être parents ? Sont-elles les vraies nobles ? »
Le visage d' se déforma d'une fureur indicible, pour des raisons que Rivelia ne pouvait saisir, et elle demanda :
« Qu'est-ce qui m'échappe ? Qu'ont-elles compris ? »
plongea son regard dans les yeux brûlants de Rivelia et claqua la langue, déçu.
« C'est ton devoir. Pourquoi ne le résoudrais-tu pas toi-même ? »
tapota aussi l'épaule de Laila.
« Réfléchis-y, toi aussi. Mais tu n'as pas à me donner la réponse. Garde-la pour toi quand tu l'auras trouvée. »
« Assez avec ce devoir stupide ! Je ne suis pas ton élève ! »
Rivelia hurla sa frustration. jeta un œil entre Laila et Rivelia avant de parler.
« Bien. Je te donnerai la réponse à mon devoir, rien que pour être équitable. Écoute bien. Tout pouvoir corrompt. Surtout quand on s'abrite derrière une grande cause du genre "seuls-nous-pouvons-sauver-ce-monde". Ça rend l'arrogance si facile à installer dans les crétins. »
« Qu'est-ce que tu veux dire par là ?! »
« Où est le démon ? Les traîtres ? Pourquoi la Centrale était-elle si sûre que Wolfgang était un démon ? »
« Il a dû y avoir une erreur dans les rapports. »
« Arrogante et innocente. Voilà le résultat de cette erreur. »
« ... »
ouvrit les bras pour désigner la salle du banquet, et Rivelia se tut.
« Permets-moi de te poser cette question. Le marquis Lichten ignorait-il vraiment que le comte Wolfgang était peut-être lié à un démon ? »
« ... »
Devant le silence de Rivelia, ricana comme si c'était toute la réponse dont il avait besoin.
« Il n'y avait que le doute dans mon esprit quand j'ai reçu cette mission. »
fit une pause pour tapoter Laila, qui fixait ses parents morts.
« Concentre-toi maintenant. Première leçon : questionne toujours le "pourquoi". Première question : le marquis Lichten ignorait-il vraiment l'implication de la Centrale, lui qui avait le plus à gagner si Wolfgang tombait ? Je l'ai testé en envoyant une seule lettre pour retarder la guerre d'un mois, et au lieu de la rejeter avec fureur, il l'a acceptée comme allant de soi. Pourquoi ? Parce que je suis le Directeur de la Centrale ? Ou parce qu'il sait que Wolfgang tombera quoi qu'il arrive ? »
« C'est... »
« Deuxième question : que la Centrale gagnera-t-elle à cette implication ? Aucune organisation ne bouge s'il n'y a pas de profit. Du point de vue de la Centrale, il est bien plus avantageux de garder le marquis coopératif au pouvoir et de maintenir un flux constant de fournitures, plutôt que de perdre du temps et de l'argent à surveiller ce nouveau pouvoir montant. Cela suffit amplement pour que la Centrale intervienne. »
« Le Grand Conseil ne le permettrait jamais. »
« Troisième question : les non-humains se soucieraient-ils d'une guerre entre humains ? »
« Si ne serait-ce qu'une bribe d'information fuyait, même la Centrale ne pourrait échapper aux accusations. »
« Quatrième question : tout cela est l'œuvre de l'organisation qui crée et maintient la loi de ce monde. Peut-on la contredire ? »
Quand la Centrale étiquette quelqu'un de traître ou de démon, il est traître et démon. Rivelia n'avait jamais remis cela en cause.
« Ce n'est que ton opinion personnelle, Directeur. Je refuse d'y croire. Je demanderai une réouverture d'enquête officielle. Il a dû y avoir une erreur dans l'information. Nous découvrirons la vraie raison si la Direction de l'Analyse mène une enquête approfondie. »
éclata de rire et regarda Rivelia refuser de l'écouter, campée sur sa foi aveugle que tout cela n'était qu'un complot diabolique d'un tiers qui serait puni au nom de la justice. Elle regardait toujours le monde du bon côté — sans doute parce qu'elle était encore jeune et innocente.
sortit une cigarette, l'alluma, et saisit l'air d'une main.
« Ceux qui détiennent le pouvoir ne le lâchent jamais avant de mourir. C'est pour ça qu'ils feront tout pour le garder. Si tu demandes une réouverture d'enquête, on te répondra qu'il n'y a pas eu d'implication démoniaque. Et alors ? »
« Alors nous découvrirons... »
« Donc c'est juste trop dommage pour tous ceux qui sont morts. »
« C'est impossible que la Centrale commette une violation aussi flagrante. »
Rivelia continuait de placer sa foi en la Centrale. Agacé, fit un pas vers Rivelia, et Rivelia recula instinctivement d'un pas.
« Tu as été lavée du cerveau ? Tu te plaignais de n'avoir jamais rejoint la Centrale sans moi, alors depuis quand cette foi aveugle a-t-elle pris racine ? Ne sois pas idiote. Rappelle-toi. La justice, c'est ce qui rapporte du profit à l'organisation à laquelle tu appartiens. »
À chaque pas d' vers l'avant, elle en faisait un en arrière.
« La Centrale n'est pas différente. Pourquoi le Grand Conseil fait-il l'autruche ? Parce que plus les humains continuent de s'entre-tuer, plus c'est rentable pour les non-humains. »
Un pas de plus, un pas en arrière.
« La cupidité de celui qui a le pouvoir est infinie. Et la peur de le perdre grandit avec l'acquisition du pouvoir. L'Empire serait-il différent ? Non, en fait, il serait encore plus paranoïaque. Ils peuvent sembler au sommet, mais en vérité, leurs dynasties peuvent être changées au bon vouloir du Grand Conseil. Tu dis que la Centrale ne ferait jamais ça ? Peut-être pas la Centrale. Mais l'Empire et la Direction de la Stratégie peuvent et feront tout ce qu'il faut pour protéger leur pouvoir. Tu crois que les Pendleton sont différents ? »
« C'est impossible. »
Rivelia extirpa quelques mots de résistance, mais sa voix était déjà broyée par l'élan de la voix d'.
« Ne sous-estime jamais la ténacité d'un humain au pouvoir. Prends le marquis pour exemple. Tout faire pour protéger un unique lambeau de pouvoir qui ne vaut rien, c'est ça, un humain. »
« ... Dégoûtant. »
Rivelia lâcha le mot sans le vouloir ; sa retraite était barrée par le mur. était maintenant tout près de Rivelia — intimement.
Il ne manquait plus grand-chose pour que leurs lèvres se touchent, pourtant Rivelia haletait, le corps raide. la fixa droit dans les yeux en parlant.
« C'est exact. Le monde est dégoûtant. Non, il ne l'est que pour les victimes. N'oublie jamais ça. Et arrête de me décevoir en continuant à te détourner de la vérité comme une lâche. J'ai l'air d'avoir mis la main sur une assurance potable, mais je n'ai pas le temps qu'elle grandisse pour jouer son rôle. C'est bien embêtant d'en chercher une autre à ce stade, alors s'il te plaît, ne te laisse pas distancer par le plan de secours. »
Tap tap !
avait tapoté l'épaule de Rivelia en prononçant ces phrases déconcertantes, et il chuchota maintenant à son oreille.
« J'espère vraiment que ce sera toi qui me tuera. Ne me déçois pas. »
« ... »
s'éloigna de Rivelia, qui s'était raidie comme une roche, et quitta la salle du banquet. En partant, il donna des ordres à ses agents, qui guettaient avec impatience.
« Nettoyez ça. Les forces du Comte et du Marquis ont uni leurs forces pour combattre les Bandits Noirs, qui les ont pris en embuscade lors de la bataille finale. Ils ont disparu avec les Bandits Noirs quand le château a explosé. Les seuls survivants... Hum. Oui. Disons que Rivelia, qui était une connaissance de la comtesse Elena, se trouvait là par hasard parce qu'on lui avait demandé de veiller sur ses enfants, et qu'elle a fini par les sauver. Voilà l'histoire. Dégagez. »
La dissolution simultanée du Comte et du Marquis aboutit à un scandale qui ébranla l'Empire. Beaucoup questionnèrent l'incapacité de la Centrale à stopper l'organisation des sorciers en amont, et la Centrale n'eut d'autre choix que de serrer les dents face à tout en faisant son maximum pour nettoyer la situation.
Pendant ce temps, gagna encore plus d'infamie auprès de l'Empire, en tentant d'absorber les terres de Wolfgang et de Lichten en brandissant leurs dettes.
, qui en était arrivé à un sommet d'infamie sans rival, ne fléchit pas et procede légalement à la reprise des deux territoires.
Le jugement du Département de la Justice confirmant les droits de propriété privée — et, par extension, la légalité des actions d' — déclencha maintes protestations dans tout l'Empire, mais ne s'arrêta pas. Et il semblait que son but était à portée de main — quand soudain, des survivants de la famille Wolfgang refirent surface.
Ces survivants n'étaient autres que les héritières officielles du comte Wolfgang, qui avaient été placées sous la protection de Rivelia. Bien sûr, les plans d' prirent du retard tandis que Rivelia recevait toutes sortes de louanges.
Rivelia annonça qu'en tant que leur tutrice, elle gérerait les terres de Wolfgang et de Lichten jusqu'à la majorité des deux filles, et que le moment venu, elle se porterait garante pour qu'elles soient titrées Duchesses de ces terres. Le monde célébra la seconde naissance d'un Duché héréditaire et loua Rivelia pour sa décision juste et pure.
La réputation des Pendleton s'envola, se distinguant du reste de la noblesse, tandis que l'autorité de l'Empire s'effondrait. Frustré, l'Empereur décréta que la Direction de la Stratégie ne ourdirait plus jamais de complot contre .
« Je le jure, je suis le prophète qui brise la croyance selon plus on t'insulte, plus tu vis longtemps. »
Note : C'est un dicton coréen : celui qui reçoit des insultes vivra longtemps. Cela indique que les méchants ont tendance à survivre aux gens bien.
sourit avec satisfaction tandis que la foule lui lançait des regards menaçants. Tout cela fonctionnait exactement comme l'avait prévu.
« Mais ne trouves-tu pas que c'est un peu trop ? »
Quoi que dise le monde, la Centrale était bien au courant de la manière dont avait accompli cette mission, et elle envoya un message clair — ne faites pas appel à sauf si c'est absolument nécessaire.
Cela seul aurait accompli la moitié de l'objectif d', mais la Centrale avait emprunté de la main-d'œuvre à la Direction de la Surveillance par l'intermédiaire de Saints et Rizzly, et découvert le plan directeur d' après la fin de la mission.
C'est pour cela que Rizzly estimait que la rage et la colère de la populace envers étaient injustes.
« Tu sais comment on appelle la personne que tout le monde déteste ? »
« Comment ? »
« Si tu es faible, on t'appelle crétin ; un peu plus fort, on t'appelle méchant ; plus fort encore, on t'appelle démoniaque ; encore plus fort, tu es un monstre ; et au sommet, tu deviens un seigneur démon. Je deviendrai un seigneur démon. »
Rizzly tressaillit quand prononça le mot « monstre », mais il pencha la tête quand mentionna « seigneur démon ».
« Un seigneur démon ? »
« Oui. Un seigneur démon, haï de tous mais trop fort pour qu'on s'y oppose. Je deviendrai le seigneur démon qui tombera face au héros. »
Rizzly se demanda si était encore sain d'esprit en le regardant osciller entre ricanement et réflexion sérieuse.
Non, comment déterminer s'il est normal alors qu'il ne l'a jamais été depuis le début ? Alors que Rizzly rumina ce problème, Rivelia monta sur le toit.