À travers LA Dimension d'Existence Krazhor-Nul... il y avait d'innombrables formes de vie aux histoires profondes et glorieuses.
Chacune avait son propre parcours et sa propre mort, car cette Dimension était unique en ce que des formes de vie extrêmement puissantes... mouraient régulièrement avec de courtes durées de vie.
Pouvez-vous imaginer une Forme de vie de l'Échelle Mésozoïque avec un Panthéon... ayant une Durée de vie de mille ans ? Cent ans ? C'était écrasant !
La forme de vie au centre de l'attention en cet instant était un être d'une patience profonde.
Son nom, dans la langue que les Descendants Maudits utilisaient pour leur propriété, était Hvitrmarr. La Blanche Monture !
Elle était un reptile ailé aux écailles d'un blanc pur, sa forme massive mettant même les montagnes flottantes de cette Dimension dans l'ombre, chaque écaille une plaque de lumière de perle superposée qui miroitait de faibles rivières d'argent quand elle respirait ! Ses cornes s'incurvaient en arrière depuis son crâne en doubles spirales d'ivoire translucide, et entre elles, une crinière de flamme blanche douce dérivait sans poids, ne s'éteignant jamais en tous ses siècles de chaînes. Ses yeux étaient sa caractéristique la plus majestueuse, de vastes bassins d'or liquide aux pupilles en forme d'anneaux tournant lentement, un anneau imbriqué dans un autre dans un autre, des motifs anciens qu'aucune autre Monture de cette Dimension ne portait.
Et autour de sa gorge, de ses ailes, et de ses quatre membres titanesques... il y avait des chaînes.
Des chaînes de métal cramoisi hurlant, forgées à partir des tissages défaits et des os de Montures mortes tandis qu'elles brûlaient éternellement contre ses écailles blanches ! Elle était l'une des neuf. Neuf Montures enchaînées de Ceux Qui Restent, attelées en formation devant un trône colossal à la dérive, et sur ce trône siégeait leur maître.
Jarl Skallagrim.
Si Jarl Erling avait noyé ses dernières années dans le plaisir, Jarl Skallagrim, lui, avait noyé les siennes dans la folie ! Le corps titanesque du Descendant Maudit avait commencé à pourrir à ses fissures alors que la mort rampait dans ses deux dernières années, et son esprit avait pourri plus vite que sa chair. Il n'expérimentait plus en quête d'un remède. Il ne croyait plus aux remèdes ! Il chevauchait simplement, sans fin, à travers la géographie sombre de LA Krazhor-Nul sur un trône tiré par neuf titans-de-bât mourants, et il les fouettait avec des lanières de maudit éclair pour le sport, et il riait de rien, et il hurlait sur des étoiles mortes.
C'était... une scène triste, vraiment.
CRAC !
Le fouet s'abattit sur la Monture à côté d'elle, une chose élan-montagneuse dont les bois avaient été brisés pour insolence il y a un siècle, et Hvitrmarr ne broncha pas tandis que son frère-de-chaînes frissonnait et tirait plus fort.
Elle ne broncha jamais. Elle tirait, et elle attendait, et elle observait.
Ce que personne ne savait, pas le Jarl fou sur son trône, pas les huit Montures mourantes à ses côtés, pas même les instruments anciens que les Descendants Maudits utilisaient pour cataloguer leur propriété, c'était que...
Hvitrmarr aurait pu partir à tout moment !
Les chaînes qui brûlaient contre ses écailles étaient des œuvres terrifiantes, forgées pour lier les Causes des Montures Maudites et boire leur force, et elles avaient brisé chaque créature qui les avait jamais portées. Mais sa Cause n'était pas comme celles de ses frères et sœurs. Là où les leurs étaient des tissages terminaux s'effondrant vers le silence, la sienne était des tissages terminaux s'effondrant lentement, obstinément, à une fraction de la vitesse, maintenus ensemble par quelque chose de stratifié profondément sous ses écailles blanches qu'aucun œil maudit n'avait jamais réussi à lire.
Car sa lignée était un secret plus ancien que les Jarls eux-mêmes.
Elle descendait, en ligne ininterrompue, de l'une des Premières Montures ! Non des couvées ratées qui suivirent, non des générations diluées que la Progéniture paysan avait élevées et réélevées dans leurs expériences désespérées, mais la lignée d'origine conçue, les premières Formes de vie que Ceux Qui Restent avaient cultivées comme Formes de vie aux Causes vivantes de leurs propres mains et de leur propre conception ! Son ancêtre avait porté l'un d'EUX à travers les interstices entre les Dimensions. La Cause de son ancêtre avait été personnellement installée, par des doigts qui prédataient l'idée même de puissance et d'Échelles ! Et bien que la grande malédiction se fût abattue sur toutes les Montures de la même façon quand la Progéniture avait transgressé, l'architecture de la Première lignée était simplement construite plus vraie, et elle échouait plus lentement, et elle se souvenait de plus.
Elle se souvenait de choses qu'elle n'avait jamais vécues. C'était l'héritage de la Première lignée ! Au fond de sa Cause, comme des gravures au fond d'un lac, il y avait des souvenirs qui ne lui appartenaient pas. La sensation d'un cavalier dont le poids était le poids de tout. Des routes entre les Dimensions qu'aucune Ancre ne pouvait trouver. Et une promesse, lissée par des générations de transmission jusqu'à ce qu'il ne reste que sa forme : les Premières Causes furent installées par des mains vivantes, et ce que des mains vivantes installent, des mains vivantes peuvent installer à nouveau.
Alors pourquoi était-elle restée ?
Pourquoi un être qui aurait pu briser ses chaînes avait-il passé trois mille ans à tirer le trône d'un fou ?
Parce que... la fuite n'était pas le salut. Elle avait observé les Montures libres à travers les âges, les non-revendiquées mourant seules dans les territoires lointains, et leur liberté ne changeait rien. Leurs Causes s'effondraient toujours. Leurs esprits s'effilochaient toujours dans la sauvagerie de la malédiction. La liberté n'était que mourir dans une cage plus grande. Et ainsi elle avait fait le calcul le plus froid qu'aucun être enchaîné n'ait jamais fait : si toutes les routes menaient à la même mort, alors la route qui coûtait le moins était celle où elle conservait tout. Sa force. Son secret. Sa Cause à l'échec lent. Elle tirait le trône, et elle endurait le fouet, et elle ne dépensait rien, car le souvenir le plus profond de sa lignée murmurait que quelque chose valait la peine d'être attendu, même si trois mille ans d'attente ne lui avaient jamais montré quoi.
Jusqu'à maintenant.
Cela lui vint en plein milieu d'une foulée, entre un tir des chaînes et le suivant.
Loin, plus loin que même ses yeux dorés ne pouvaient voir, à travers d'innombrables gigaparsecs de ténèbres orageuses... quelque chose toucha sa Cause. Pas une attaque. Pas une sonde. Une résonance ! Ses tissages terminaux, les fils à l'agonie lente qu'elle avait gardés pendant des millénaires, tremblèrent tous à la fois comme s'ils avaient entendu un son qu'ils reconnaissaient, et à travers l'endroit profond où gisaient gravés les souvenirs de son ancêtre, un unique sentiment s'éleva qu'elle n'avait jamais ressenti de toute sa longue vie.
La sensation d'une Cause vivante.
Ses pupilles-anneaux dorées se contractèrent.
C'était faible. C'était lointain. C'était en mouvement !
Et c'était exactement la forme de la promesse lissée au fond de sa lignée.
Le salut. Ou... eh bien, le mensonge le plus dangereux que sa malédiction lui ait jamais dit !
L'attrait de cela inonda son corps ancien tandis que ses flammes blanches dérivait plus vite entre ses cornes, et pour la première fois en trois millénaires, Hvitrmarr se trouva face à une véritable décision.
Bouger, c'était tout dépenser. L'instant où elle briserait ces chaînes, trois mille ans de conservation prendraient fin. Jarl Skallagrim, aussi fou fût-il, restait un Descendant Maudit d'une puissance terrifiante, et sa rage de perdre le joyau de la couronne de son attelage serait sans fond. Les autres Jarls apprendraient en quelques jours que la Blanche Monture s'était libérée, et beaucoup des titans mourants de cette Dimension se mobiliseraient, car une Monture capable de briser des chaînes cramoisies était une Monture dont la lignée valait la peine d'être disséquée pour le bien de la malédiction. Pour apprendre tout ce qu'ils pourraient de plus.
Ils étaient vraiment aussi désespérés.
Elle serait traquée.
Et la résonance pourrait n'être rien. Un bibelot de nouveau venu. Un écho mourant. Un piège !
Mais...
CRAC ! Le fouet s'abattit à nouveau, sur ses propres écailles blanches cette fois, alors qu'au-dessus d'elle le Jarl fou hurlait de rire face à ses propres pensées qui se dissoudraient, et Hvitrmarr tira le trône en avant à travers la tempête tandis que ses yeux dorés fixaient l'obscurité lointaine où la résonance pulsait, et pulsait, et pulsait comme le battement de cœur de tout ce que sa lignée avait jamais attendu.
Trois mille ans de patience.
Moins de quelques années avant que ses propres tissages ne finissent de s'effondrer, Première lignée ou non.
Et le salut, réel ou faux, se déplaçant à travers sa Dimension en cet instant même, s'estompant à chaque tir des chaînes.
Sa décision s'installa dans son corps ancien.
La prochaine fois que le fouet se lèverait...
La Blanche Monture bougerait !
...!