Dans les Friches, des mers d’éclats multicolores tourbillonnaient en contrebas tandis que des cours d’eau puissants se déversaient au-dessus.
La silhouette de Beowulf flottait au milieu de ce paysage transformé, son marteau massif posé contre une épaule blindée tandis qu’il observait la zone où le visage illusoire de LA CRÉATURE avait été projeté. Cette image s’était désormais estompée, mais ses implications demeuraient.
Horus était mort. LA CRÉATURE avait réclamé la victoire et affiché la preuve afin que toute l’Existence Observable soit témoin !
Ce décès fut lourd de conséquences, et il poussa Beowulf à réfléchir à bien des choses.
Il connaissait Horus depuis des éons. Désormais, cet ancien Architecte Primordial s’était tout simplement volatilisé, ses Yeux arrachés à l’existence et brandis tels des trophées par celui qui avait décidé que le temps de la tolérance était révolu.
À ce moment précis, quelque chose bougea dans son dos.
Depuis les mers d’Infini multicolore situées dans son dos, des singularités crépitaient et tournoyaient avec une agitation qui n’aurait dû être possible sans sa conscience. Les eaux de l’Époque Pluviale se tordaient pour adopter des configurations courbant l’espace, façonnant des chemins là où il n’en avait pas existé quelques instants auparavant. L’Autorité filtrait à travers ces passages avec une intention qui annonçait une arrivée plutôt que sollicitait une autorisation.
Deux silhouettes surgirent de cette clameur tourbillonnante.
Noah avançait en tête, sa cape impériale aux multiples couleurs ondulant sous les courants de l’Infini qui s’enroulaient autour de lui comme des serpents loyaux. Alexander se tenait à ses côtés, ses vêtements verts immaculés et son Ennéagramme tournant sur sa poitrine avec une détermination constante. Tous deux fixaient l’horizon d’un air froid et majestueux, comme s’ils étaient venus en ce lieu précisément pour défier ce qui les y attendait.
La massive silhouette blindée de Beowulf se retourna pour les observer, médusé.
Deux entités de la PREMIÈRE ÉCHELLE venaient de comparaître devant une existence de la DEUXIÈME ÉCHELLE, et elles se comportaient comme si l’écart de puissance n’avait aucune importance. Leurs attitudes ne trahissaient aucune déférence. Leur regard ne contenait aucune crainte. Ils flottaient devant lui avec l’assurance de combattants plutôt que celle de proies, comme si cette confrontation relevait d’un choix délibéré et non d’une fatalité subie !
Noah fixa le massif visage de Beowulf alors que l’Architecte Primordial achevait de se retourner.
En regardant cet être maintenant, il ne ressentait plus cette lourde sensation d’oppression qui l’avait accablé lors de leurs précédentes rencontres. Ses fondations avaient changé. Ses capacités avaient évolué. L’Organe Hadéen de la Civilisation pulsait au creux de sa poitrine avec une Autorité qui affirmait être prête à affronter ce qui viendrait ensuite.
À ses côtés, Alexander arborait un air d’une froideur extrême.
Il regardait Beowulf comme s’il démontait déjà la silhouette blindée pièce par pièce, comme si cet affrontement n’était qu’une formalité avant la violence qu’il anticipait depuis la fin de sa torture. Ses mains restaient immobiles à ses flancs, mais l’autorité qui s’agglutinait autour de lui suggérait qu’elles ne resteraient pas oisives longtemps.
Noah hocha la tête vers Beowulf.
« Grand type, tu nous as manqués ? Je ne voulais pas te faire attendre trop longtemps, alors je suis venu tenir ma promesse. »
... !
Il avait déclaré à cette existence méprisable qu’il reviendrait pour se faire rendre au centuple. Ce temps était maintenant arrivé. Les mots se firent entendre avec une assurance qui pesa sur le paysage transformé des Friches !
Beowulf les observa avec un air oscillant entre scepticisme et incrédulité.
Sa tête blindée pivota légèrement, balayant les environs comme à la recherche d’alliés cachés ou de pièges dissimulés. Ne voyant rien d’autre que les deux êtres flottant devant lui, un sourire tortueux étira ses traits, coutumiers d’intimider d’innombrables existances au fil d’éons de conflits.
« Tu es… franchement l’une des existances les plus uniques que j’aie croisées depuis un moment. »
Sa voix portait une pointe d’amusement incapable de masquer totalement sa méfiance.
La riposte de Noah fut immédiate.
« Et toi, l’un des plus chiants. T’as vu ton pote, Horus, et l’humiliation de son cadavre exhibé partout à travers l’Existence ? »
Il proféra ces mots avec une majesté détachée, les laissant planer dans l’air entre eux.
Le visage de Beowulf se contracta en un froncement de sourcils qui assombrit ses traits métalliques. Son marteau s’éleva au-dessus de ses épaules, et la seule présence de l’arme suffit à faire vibrer et trembler les alentours. L’Autorité s’accumula autour de sa silhouette avec une intensité démesurée.
« L’Existence est vaste et regorge de merveilles. »
Sa voix se fit glaciale.
« Certains d’entre nous mourront. D’autres triompheront. Avec ton arrivée ici même, je ne vais pas te laisser encore t’échapper. Je ne connaîtrai jamais le même sort qu’Horus. »
Sa tête blindée inclina légèrement.
« Une fois que j’aurais saisies tes tissages et tes secrets concernant l’Infini... »
La phrase s’effaça tandis que son sourire brutal refaisait surface.
« Hum. »
Une puissance d’échelle Protérozoïque s’épancha de sa forme, passant au crible le paysage transformé avec une autorité exigeant la soumission de tout ce qu’elle effleurait. Tous les cours d’eau tumultueux d’éclats multicolores qui les entourèrent arrêtèrent leur course. Les mers fluides en contrebas devinrent parfaitement calmes. Sur plusieurs années-lumière alentour, tout ce qui bougeait cessa net.
Même la pluie tombant du ciel s’immobilisa en l’air, chaque goutte de l’Époque Pluviale en suspension dans une atmosphère ayant perdu toute faculté à les accueillir.
Noah acquiesça brièvement face à cette démonstration de force.
« En voyant agir LA CRÉATURE, je me suis rappelé que lorsqu’il s’agit de véritablement briser ses ennemis et de montrer aux autres comment se conduire, voir vaut mieux que croire. »
Ses yeux brillèrent d’une ferme résolution.
« Donc... »
Il leva la main et ferma le poing.
Les mers multicolores de l’Infini vibrèrent en réponse à son geste. Autour d’eux, d’énormes turbulences parcoururent les eaux transformées tandis que quelque chose de colossal commençait à surgir des profondeurs. Trois écrans illusionnistes jaillirent de l’éclat, chacun offrant un diamètre d’une année-lumière, leur surface diffusant des images capturant intégralement ce qui se passait dans cet espace.
Ces écrans retransmettaient la silhouette de Beowulf ainsi que les leurs avec une clarté ne laissant aucun détail échapper.
« Mes tissages de l’Infini sont répartis partout à travers l’Existence Observable. »
La voix de Noah porta sur plusieurs années-lumière, couvrant la sphère englobée par ses écrans.
« Tout comme LA CRÉATURE a su révéler le destin d’Horus, je vais aller plus loin pour illuminer et illustrer. Je donnerai à toute l’Existence Observable la possibilité d’assister au sort réservé à ceux assez malavisés pour me traquer. »
Les écrans illusionnistes rayonnèrent d’une splendeur dépassant leur présence déjà colossale.
Ce qu’ils transmettaient commença à infuser l’ensemble de l’Existence Observable.
À travers les Friches, des écrans émergèrent des mers et des cours d’eau imprégnés de cette brillanteur transformée. Dans les Royaumes Primordiaux disséminés au sein de l’Existence, des projections similaires firent surface partout où l’Infini avait laissé une marque. Au sein des abris survivants du MÉTIER, des écrans apparurent devant des êtres qui se croyaient jusqu’alors discrets et protégés !
En Prima Indifferentia, des images illusoires forcèrent le passage à travers des barrières censées être infranchissables ! Les Territoires Errants ! Les Terres des Morts !
Partout où l’Infini détectait des Absolus ou les moindres reflets d’existances de la DEUXIÈME ÉCHELLE, ces écrans illusionnistes commencèrent à prendre forme.
Ils diffusaient en direct tout ce qui advenait à cet instant.
Noah leva les yeux lorsque les écrans illusionnistes grossirent son visage, Alexander restant visible derrière lui.
Des Infinis multicolores s’enroulèrent autour de son corps en rivières d’autorité sans fin. Sa cape impériale aux mille couleurs rayonnait d’une gloire éclatante !
Tandis qu’il fixait l’écran, il lança des propos destinés à toute l’Existence Observable.
« Que ceci serve de leçon et d’avertissement à tous. »
BOUM !
Il l’avait présenté comme un avertissement, mais il savait que nombreux seraient ceux à ne pas le prendre comme tel. Il savait que beaucoup y verraient un défi, ce qui, en retour...attirerait l’Adversité. Et cela...constituait aussi un autre de ses objectifs !
Beowulf observait cette mise en scène tandis que son regard devenait glaçant à l’extrême.
Sa masse corporelle se reflétait sur les écrans qui les encerclaient, sa silhouette blindée dominait Noah et Alexander tels un géant contemplant des fourmis !
Sa fierté, en tant qu’existence nettement supérieure, vibrait d’indignation en cette seconde, outrée d’être réduite au rang de spectacle pour les regards de l’Existence Observable !
« Je ne m’arrêterai pas à ta dissection existentielle. Je... »
À ce moment précis, les paroles de Noah l’interrompirent.
« Attends. »
... !
Car en cet instant, Noah commença à ressentir à l’intérieur de lui-même quelque chose d'une ampleur à la fois terrifiante et grandiose.
Un raz-de-marée de pouvoir issu de l’Observable jaillit de son intérieur d’une manière incompréhensible, sa densité surpassant de loin tout ce qu’il avait pu manipuler auparavant. Une lumière dorée et brumeuse explosa de ses fondations avec une intensité qui aurait dû le déchiqueter. La force était immense et accablante, une mer d’énergie observable déversée à travers des connexions qu’il n’avait jamais activées consciemment !
C’était irréel et absolument étouffant.
Il y en avait tellement que son existence fut presque submergée dans un premier temps par le simple poids de ce qui se déversait en lui. Ses fondations tremblèrent sous la pression, chacune de ses cellules embrasée d’une lumière dorée qui poussait de l’intérieur vers l’extérieur. Puis l’Organe Hadéen de la Civilisation se mit en rotation juste après, captant les terrifiantes mers dorées et brumeuses d’énergie observable avec une efficacité prévenant toute débâcle catastrophique.
Chaque cellule et chaque atome de son corps se mirent littéralement à brûler d’une lumière dorée issue de l’Observable !
Son existence se dépêcha de traiter ce qui advenait. L’Infini Destin Indifférencié chercha la connexion permettant de comprendre l’origine de ce déluge, mais il ne put mettre la main sur quoi que ce soit hormis le lien établi avec LE PARADOXE PRIMORDIAL.
Lorsqu’il approfondit sa recherche vers la source de ces vagues terrifiantes d’énergie observable, il sentit comme s’il se heurtait à des barrières résistant à sa perception.
Il décida alors d’utiliser le pouvoir de l’Observable lui-même, en plein débordement, pour enfin confirmer la vérité.
Des particules de sa Quintessence Infiniforce servaient de voie, tirant énergie d’une source précise. La connexion menait à... Eon. À L’ÉON SECRETIF !
Quoi...
« Ça va ? »
À ses côtés, Alexander posa la question tandis que Noah semblait figé sur place, les yeux brûlant d’une lueur dorée et l’expression traversée par la confusion puis le calcul mental.
Alors que Noah tâchait encore de saisir l’ensemble de cette situation, Beowulf se fit froid et détaché.
L’Architecte Primordial haussa son marteau. Ses traits métalliques ne trahissaient plus la moindre once d’humour, et aucune putain de tolérance envers ce que ses opposants pouvaient subir !
Il avait été interrompu, insulté, et réduit en spectacle pour les yeux de toute l’Existence Observable.
« Pas de plaisanterie cette fois. »
Sa voix sortit avec une froideur qui gela progressivement les gouttelettes suspendues autour d’eux.
« Je vais vous broyer et examiner les morceaux après. Permettez-moi de vous montrer à quel point l’abîme est vaste entre la DEUXIÈME ÉCHELLE et la PREMIÈRE ÉCHELLE. »
BOUM !
En prononçant ces mots, il abattit son marteau.
Les yeux de Noah perçaient l’ossature et la constitution de cette arme alors qu’elle fonçait droit sur lui et Alexander. Au cœur de la structure du marteau, un seul os d’obsidienne cramoisie et scintillante flamboyait d’une lumière oppressant le champ perceptif.
Un Os Protérozoïque, pleinement activé, canalisant la plénitude de la puissance d’une existence de la DEUXIÈME ÉCHELLE à travers un instrument forgé spécifiquement pour la destruction.
Le marteau s’abattit sur eux dans un fracas tonitruant !
Le temps sembla ralentir tandis que Noah assimilait ce qui se produisait. Le flot d’énergie observable continuait de consumer ses fondations. Le marteau poursuivait sa chute.
Alexander se tenait à ses côtés, prêt au combat mais dépourvu de la capacité d’arrêter ce qui arrivait. Les écrans illusionnistes diffusaient tout à l’Existence Observable, captant l’instant précis où LE PLUS JEUNE allait être broyé par une puissance qu’il n’aurait jamais dû défier !
Noah plaça sa main sur sa poitrine.
Ses doigts glissèrent sous sa cape impériale, cherchant l’Organe de la Civilisation qui tournait à pleine vitesse enragée en lui. Depuis cet Organe, il retira une arme qui n’aurait jamais dû exister à la PREMIÈRE ÉCHELLE.
LA Lance Hadéenne de la Civilisation jaillit de son sternum.
La lance kontos cristalline aux couleurs multicolores pris forme dans sa prise tandis que le marteau continuait de tomber !
Autour de son corps, les lumières vives de l’Observable et de l’Invisible commencèrent à tournoyer avec une intensité dépassant tout ce qu’il avait jusque-là canalisé. Brume dorée et fumée cristalline s’enroulèrent autour de sa silhouette, ces deux forces convergeant vers la pointe de sa lance avec une densité faisant vibrer l’air lui-même.
La pointe de la lance s’éleva pour intercepter le marteau géant !
Et...
CRAC !
L’impact fut stupéfiant, dévastateur et aveuglant !
Un bruit hideux résonna partout dans l’Existence quand l’Os Protérozoïque rencontra l’Armement Civilisationnel, quand la DEUXIÈME ÉCHELLE heurta quelque chose qui n’aurait jamais dû être possible à la PREMIÈRE ÉCHELLE.
Une lumière explosa au point de choc, dressant des éclairs qui teignirent les gouttes de pluie en suspension de couleurs que l’Existence ne voyait que rarement.
Noah continua de flotter exactement là où il se trouvait.
Il ne bougea pas. Il ne recula pas d’un millimètre. Il resta strictement immobile à l’endroit où il se tenait avant l’abattage du marteau.
À la place, le marteau colossal de Beowulf fut repoussé en arrière et vers le haut.
... !
Oh !
L’arme qui avait broyé un nombre incalculable d’existances au fil d’éons de conflit recula violemment sous le choc, son Os Protérozoïque vibrant de fréquences !
Les bras blindés de Beowulf absorbèrent le recul, sa silhouette massive étant poussée en arrière par une force qui n’aurait jamais dû provenir d’un être de la PREMIÈRE ÉCHELLE.
Médusage et stupeur suivirent.
Noah resta planté là dans le sillage de l’impact, sa lance tenue en biais.
La lumière de sa Quintessence Infiniforce flamboyait autour de lui en rivières d’éclats multicolores. L’Infini s’enroulait autour de sa forme, tandis que des énergies invisibles et observables tournoyaient autour de son arme en filets limpides et dorés qui écrasaient tout ce qu’elles effleuraient.
Il tenait cette lance !
CETTE lance !
LA Lance Hadéenne de la Civilisation !
Les écrans illusionnistes capturèrent chaque instant.
Ils diffusèrent son image à travers l’Existence Observable, montrant à d’innombrables êtres l’instant précis où LE MONARQUE DE LA GENÈSE bloqua de plein fouet le coup d’une entité d’échelle Protérozoïque et le repoussa sans quitter sa position.
Noah ramena la lance en arrière et parla le front plissé.
« Je t’ai dit d’attendre. Recule-toi un instant, putain. »
... !
Oh !
OH !
Même Alexander regarda Noah avec un mélange de stupeur et d’admiration !
Beowulf contempla d’abord son marteau, puis la lance de Noah.
Son regard alla de l’un à l’autre, va-et-vient frénétique !
Le corps de cet Architecte Primordial se mit alors à vibrer et trembler sous le coup de la fureur !