Quand les cieux se fendillent et que les Voiles s’amincissent,
quand les Morts et les Vivants ne font plus qu’un même sang,
que les Plis s’effondrent sous une obscurité écrasante,
le Métier préserve l’étincelle élue.
D’abord vient l’amincissement du Voile,
les Morts surgissent là où les Vivants succombent,
puis des déchirures apparaissent sur la couture de la Réalité,
tandis que les cauchemars marchent et que les rêveurs hurlent.
Les œuvres de LA CRÉATURE deviendront poussière,
les pouvoirs primordiaux se briseront comme de la rouille,
quadrillions et quintillions s’évanouiront dans le vide,
alors que les Touts sont tous détruits.
Mais nous, habitants du Cadre,
nous qui connaissons le nom du Tisseur,
nous qui avons payé le prix pour franchir le seuil,
restons indemnes au cœur immense du Métier.
Car lorsque les Retombées sonneront à la porte,
et que la Civilisation sombrera sous le joug,
quand l’Échelle Zéro rejoindra son repos ultime,
le Métier seul tiendra bon.
Nulle mâchoire de la Faim ne percera nos murailles,
le Métier nous préserve de la Chute.
Comptez vos chances, élus rares,
choisis parmi les innombrables qui,
affronteront la fin sans défense,
tandis que nous, à l’abri dans le Métier, sommes épargnés.
Souviens-toi de ceux qui bâtirent cette arche,
ceux qui virent arriver les ténèbres,
LE Paradoxe Vivant qui sut,
ce qu’aucun étranger ne put comprendre.
Ainsi, quand tu entendras les pleurs du dehors,
quand des billions supplieront avant de rendre l’âme,
souviens-toi que tu as gagné ton rang,
dans la grâce tutélaire du Métier.
Car l’Existence s’arrête au-delà de ces murs,
les puissants s’écroulent, les humbles chutent,
mais nous attendrons, forts et patients,
jusqu’à l’arrivée de l’Heure de la Floraison.
Quand les Retombées s’estomperont et que la renaissance commencera,
que ceux qui sont à l’intérieur du Métier avanceront,
pour combler le vide laissé par la fin,
tels les artisans du prochain cortège.
Tel est le serment, telle la croyance,
le Métier nourrit ceux qui en ont besoin,
ceux qui virent la vérité et choisirent de se cacher,
plutôt que d’affronter la vague montante.
Que les autres nous traitent de lâches et de faibles,
qu’ils cherchent leur gloire vouée à l’échec,
nous savons la vérité qu’ils refusent :
À l’extérieur du Métier, toute chose est condamnée à mourir.
Tout cela pour le bien de la Civilisation.
Tout cela pour le bien de la Civilisation.
Tout cela pour le bien de la Civilisation.
Tout cela pour le bien de la Civilisation.
—
<LE Métier, Lieu inconnu>
La pièce était un sanctuaire de silence et d’éclat stellaire.
Les murs n’étaient pas taillés dans la pierre ou le métal, mais forgés dans un bois blanc et scintillant qui vibrait d’une vie propre, une matière jadis courante dans les Premiers Plis, désormais réduite à un mythe oublié.
L’air était immobile, pur, et saturé d’une puissance si pure et si dense que respirer constituait en soi une forme de culture spirituelle !
Seule l’inhalation de cet air produirait les mêmes effets que l’ingestion d’Herbes Sacrées.
Le seul objet dans cet espace vaste et vide était un unique tapis cramoisi, dont le tissu était tissé de fils d’autorité solidifiée.
Il s’agissait d’un Outil Primordial, et il dégageait une chaleur douce et singulière, une aura passive qui accroissait de millions chaque seconde la complexité et la pureté de tout être venant s’y reposer… mais seulement jusqu’à un certain seuil, somme toute !
Sur ce tapis, une silhouette s’étira avec la grâce lente et féline d’un chat.
C’était une femme… une Créature Primordiale, dont la forme témoignait parfaitement d’une époque révolue de pouvoir primordial !
Ses cheveux formaient une cascade de rouge flamboyant et vibrants, chaque mèche un filament de lumière stellaire capturée semblant évoluer selon sa propre volonté.
Elle bâilla, un geste délicat et silencieux, et en faisant cela, sa puissance pulsa, une vague de complexité et de pureté si immense qu’elle fit frissonner le tissu même de la pièce. C’était une force largement supérieure à deux mille quadrillions, un chiffre devenu si colossal qu’il avait perdu toute signification concrète pour n’évoquer que la puissance absolue et indéniable.
Et elle était de taille !
Elle se leva, et la simple robe cramoisie qu’elle portait scintilla. Sur le côté gauche de la poitrine, la marque d’une unique flamme dorée brûlait d’un feu doux et contenu.
Elle sortit de la pièce, ses pieds nus glissant silencieusement sur le sol poli de bois blanc.
Elle pénétra dans un hall qui semblait s’étendre à l’infini, forgé dans le même matériau vivant, ses murs d’un blanc immaculé ornés de gravures complexes aux tons cramoisis et dorés représentant la naissance des Plis et la forge des Concepts.
À peine apparue, une entité faite de givre vivante et tourbillonnante glissa devant elle.
Il s’agissait d’un Élémentaire Vivant, sa forme étant une tempête de neige magnifique et terrifiante, contenue dans une silhouette vaguement humanoïde.
Il sourit, un geste qui fit scintiller l’air autour de lui de cristaux de glace. « Estimée Valkyrie », sa voix ressemblait au murmure d’un vent hivernal se glissant entre des arbres centenaires.
« Nous tenons un Creuset élémentaire aujourd’hui. Un petit tournoi, un test de maîtrise. Seules les Créatures Primordiales et les Élémentaires inférieurs à cinq cents quadrillions peuvent y participer. Viendrez-vous ? »
Valkyrie secoua la tête, un sourire doux et chaleureux aux lèvres. L’Élémentaire Vivant devant elle émettait des vagues de puissance fracassantes, atteignant un stupéfiant cent cinquante quadrillions, et pourtant, en ce lieu, il était considéré comme un participant pour un tournoi junior !
« Non », dit-elle, d’une voix douce et mélodieuse. « Amusez-vous bien. »
Elle poursuivit son chemin à travers le grand hall, sa présence imposant une autorité silencieuse et respectée.
Elle croisa d’autres Créatures Primordiales, leurs formes allant du parfait humaniforme à l’abstraction belle et parfaite.
Elle dépassa d’autres Élémentaires Vivants… une entité faite de terre vivante et changeante dont la simple présence possédait la gravité d’un Plis ; une autre de feu pur et conscient dont la chaleur offrait un baume réconfortant.
Chacune d’elles, Créature Primordiale ou Élémentaire Vivant confondu, détenait une puissance d’au moins cent quadrillions.
À chaque passage, chacune d’elles lui offrait un hochement de tête silencieux, signe d’un profond respect.
Finalement, elle parvint à une porte massive au bout du hall, une barrière qui s’ouvrit par une séparation silencieuse et consentie du tissu même de la Réalité.
Elle franchit le seuil pour entrer dans un espace si vaste qu’il défiait toute compréhension.
Il s’agissait d’une forêt faite de lumière et de puissance, un jardin s’étendant sur d’innombrables années-lumière. Des arbres massifs et radieux, chacun grand comme une galaxie, pulsèrent de l’énergie brute et indomptée des éléments.
Un arbre formait un pilier de feu vivant, ses feuilles étaient des éruptions solaires. Un autre était un glacier colossal, ses branches taillées dans une glace plus ancienne que le temps lui-même.
Des dizaines de milliers d’Éléments Vivants et des centaines d’auras de Créatures Primordiales pouvaient être senties, se déplaçant telles des lucioles dans cet arborétum cosmique et impossible !
Une voix calme et incorporelle résonna dans l’espace, un son présent partout et nulle part à la fois.
« Bienvenue à l’Arborétum Primus, Commandante Valkyrie. »
… !