En me promenant dans le couloir, un panier devenu nettement plus léger à la main, je remarquai que la cour intérieure était bruyante. En m'approchant de la direction d'où venaient les voix, celles-ci devinrent clairement audibles.
« Oui, c'est assez. Si vous creusez plus, ce sera trop. Alors maintenant, ce plant. »
« Ruck, Quartz. Vous aussi, Amande, qu'est-ce que vous faites ? »
« Irène-sama. »
Ruck, entouré de monstres — cela dit, uniquement des petits gabarits — se redressa avec un sourire, toujours vêtu de sa blouse blanche. Quartz lança un rapide coup d'œil par ici, puis reporta aussitôt son regard sur la terre retournée, et se mit à planter des plants en guise de démonstration pour les monstres qui piaffaient d'impatience.
« Qu'est-ce que vous faites ? »
« J'apprends le jardinage aux monstres. »
Des monstres qui font du jardinage. J'en restai coi, mais Amande, d'ordinaire si bruyante, fixait intensément les mains de Quartz.
« Quoi, faire ? »
« Fraises. »
« Demain, faire ? »
« Si demain se répète beaucoup, on pourra. »
« Roi Démon, manger ? »
« Ah. Il suffira que tout le monde récolte. »
Les monstres, Amande incluse, brillaient d'admiration face à l'explication laconique de Quartz.
Ruck s'extirpa discrètement du groupe pour venir jusqu'à moi.
« Les monstres proches des animaux s'y intéressent. On m'a demandé comment faire pour cultiver des fraises ou d'autres fruits. »
Je vois, c'est l'appétit qui parle.
« Dans la forêt aussi, les monstres tentent de cultiver des fleurs. En secret du Roi Démon. »
« Tiens... est-ce qu'ils comptent les offrir en cadeau ? »
« Apparemment. Ils voudraient faire un bouquet. »
« Une fois fini, ça va provoquer des intempéries. »
Claude risque d'être si ému que le soleil se couchera à l'est. Ruck acquiesça lui aussi, le regard perdu au loin.
« Je m'inquiète de l'impact sur les autres plantes. On prend un maximum de précautions, mais... »
« Vous vous donnez du mal... mais ça ne gêne pas vos recherches ? »
« Ça va. Quand certaines sont tombées malades et ont séché, ils ont fait un scandale, mais c'est très amusant. Quartz, malgré son air, est ravi au fond de lui. »
« Quartz, Quartz ! Insecte, il y a ! Tuer ? »
« ... C'est bon, celui-là est un bon. »
« Bon ! Pas tuer ! »
« Doucement la terre, Ruban. De ce côté, ne creuse pas trop. »
« Kyu. »
Le jeune homme au bandeau, entouré de monstres, est doux malgré son apparence sinistre. On comprend qu'il soit apprécié d'eux.
« Ça fait mauvais genre de vous déranger plus longtemps. Tiens, voilà. C'est pour la Saint-Valentin. Toi, tu en as cinq. »
« Ah, merci. Ah, mais j'ai un peu les mains pleines de boue. »
« C'est bon, je vais les laisser dans le pavillon. Quartz, il y en a pour toi aussi. »
Quand je les appelai, je vis Quartz, resté accroupi à travailler, hocher légèrement la tête en retour. Mais les monstres, qui n'ont d'yeux que pour les friandises, fondirent tous d'un coup.
« Choco ! Choco ! »
« Kyuikyuikyuikyuikyuikyui ! »
« Ah, mais taisez-vous donc. Votre part, je l'ai faite proprement avec Rachel. Je l'ai confiée à Keith-sama. »
« Keith !! »
À peine l'avaient-ils crié que les monstres s'élancèrent tous ensemble. Ils savent où il se trouve.
Face au nuage de poussière soulevé par la troupe qui s'envolait, Irène hurla :
« Hé, vous êtes en plein travail, vous !? »
« ... Peu importe. À la base, ils m'aidaient. Ils reviendront comme par hasard. »
Quartz se releva en tapotant la terre sur ses genoux. Puis il regarda les chocolats qu'Irène avait déposés dans le pavillon, et reporta son regard vers elle.
« ... Et pour le Roi Démon ? »
« Il est le dernier. C'est le principal, après tout. »
« ... Tu es heureuse ? »
Saisissant pleinement le sens de cette question abrupte, elle sourit sans la moindre fausse note.
« Énormément. »
« ... Tant mieux. »
« Mais déjà à l'époque, je n'étais pas malheureuse. Parce que vous étiez là. »
S'il n'y avait eu personne, Irène n'aurait peut-être gardé que des souvenirs blessés, à bouder dans son coin. Elle pense que c'est parce que tout le monde était là qu'elle peut se motiver en se disant « cette année, c'est la bonne ».
C'est pour ça.
« Cette Saint-Valentin, je compte approfondir mes liens avec Claude-sama. »
« ... Approfondir les liens en dopant, c'est discutable... »
« C'est nécessaire pour l'achever avec certitude. Je ne connais encore pas assez bien cette personne. »
« ... Je vois. »
« Irène-sama. Faites-nous un rapport sur l'efficacité, hein. »
« Bien sûr. »
Après avoir serré fermement la main de tous les deux, Irène fit demi-tour. Sa prochaine destination : Keith, vers qui les monstres s'étaient précipités.
L'ourlet de sa jupe, qui oscillait au rythme de ses pas, devait virevolter légèrement, tant Irène s'amusait vraiment.
En la voyant, on ressent une pointe de mélancolie, mais c'est vrai aussi qu'on est soulagé.
« J'espère que ça marchera, Irène-sama. »
« C'est mieux que ça marche ? »
« Mais oui. S'il la fait pleurer, nous, on l'achèvera avec certitude. »
« ... Ce médicament est encore en développement. Pas sûr que ce soit certain pour l'instant ? »
« Mais plus que ça, le prince Cédric, on peut bientôt l'achever, non ? »
Pas de réponse de Quartz. Il doit penser qu'on peut l'achever quand on veut, songea Ruck.
Plus jamais je ne veux revoir Irène comme ça.
« Il ne l'a pas accepté, Cédric-sama. »
« C'est notre chef qui l'a fait faire, non ? ... Faire mine de l'avoir fait soi-même, c'est pathétique. »
« Moi, je n'ai pas pu le dire. »
« Que je m'entraînais depuis toujours à faire des gâteaux maison pour ne pas perdre face à Lilia-sama, je n'ai pas pu le dire... »