Irene ne réfléchit à rien, se jeta dans un buisson proche et s'y cacha.
Tenant une brindille, se faisant passer pour une partie du buisson, elle scruta l'ombre qui s'approchait.
Seuls ses cheveux coulaient comme s'ils découpait le ciel nocturne, son corps parfait façonné selon le nombre d'or.
Un visage envoûtant qui trouble hommes et femmes, des yeux rouges qui brillent d'une mélancolie captivante.
Une voix de Roi Démon ensorcelante à laquelle on ne peut s'empêcher de prêter l'oreille.
Comme pétrifiées, ou comme ensorcelées, les étudiantes restaient figées.
(…… Claude-sama……)
En revoyant cette silhouette après si longtemps, son cœur battit la chamade.
Mais ce n'était pas le moment pour ça. Si on la découvrait, ce serait l'expulsion forcée.
Pour l'éviter, elle s'était déguisée en homme et enfilé par-dessus une combinaison de canard, un double déguisement. Elle-même n'y comprenait plus rien, alors Claude n'y comprendrait certainement pas non plus.
D'ailleurs, Isaac, au courant de ce plan, l'avait raillée : « Tu deviens vraiment trop bête quand il s'agit du Roi Démon ? » ; Ruck avait soupiré : « L'amour, c'est effrayant » ; et Quartz avait donné un conseil à côté de la plaque : « Si tu mets des fleurs, tu seras mignonne. »
(Tout le monde, sans même connaître mes efforts…)
« C'est une grande académie. Comme on s'y attend d'un établissement prestigieux. »
Claude le dit avec admiration. Il était guidé par Zeams, accompagné de Keith et Belzébuth.
« Les élèves sont bien élevés…… Je me disais qu'en tant que Roi Démon, je risquais de me faire lapider. »
« Roi. Bientôt la prochaine réunion. Pas de temps. »
Belzébuth, impeccable dans son uniforme militaire, sortit sa montre de poche et le dit. Lui, Belzébuth. Irene fut si émue qu'elle en eut les larmes aux yeux.
(Il lit bien les chiffres… De plus, il utilise une montre de poche pour gérer l'emploi du temps de Claude. Une croissance merveilleuse.)
« La visite n'est encore qu'à mi-chemin, mais c'est déjà l'heure de rentrer ? »
« Non, continue la visite. Le festival de l'académie approche. Je veux en saisir la structure. — Le problème, c'est comment attaquer si on devait prendre cet endroit. »
« Impossible d'attaquer. Il n'y a pas de monstre qui puisse rivaliser avec le Roi. »
« Alors pourquoi Ashtart a-t-il osé dire qu'il s'opposerait au serviteur du Roi Démon ? »
« C'est… »
« Jette tes préjugés et réfléchis, Bel. Tu en es capable. »
Claude guidait Belzébuth.
Ces deux-là, si surprotecteurs, si peu réfléchis autrefois. Keith devait ressentir la même émotion, car il essuya discrètement le coin de ses yeux.
Cela dit, c'était frustrant de ne pas voir la tête que faisait Zeams devant Claude. Alors qu'elle regardait autour d'elle pour changer de position, elle aperçut Serena qui s'avançait d'un pas chancelant.
« Tiens, il y a quelque chose que je veux demander. Dans cette académie, y a-t-il un canard… »
« — Président Zeams ! La pause déjeuner n'est pas finie, non ? Moi, je peux vous faire visiter si vous voulez ! »
Irene tressaillit au mot « canard », mais resta bouche bée devant Serena qui s'élançait gaîment.
Grâce à ce demi-tour de Serena, elle put voir le profil de Zeams — mais comme elle vit aussi Serena poser doucement la main sur le bras de Claude, ce n'était plus le moment de s'en préoccuper.
« Serena Gilbert. C'est bien ça ? »
« Oui. Ah, mais le directeur n'a pas encore déjeuné, lui non plus ? Si c'est le cas, je vous guide jusqu'à la cantine. Il y a un menu délicieux. »
En disant cela, Serena leva vers Claude un visage rougi.
(Att… attends, Serena est censée admirer la Vierge à l'Épée Sainte… ! Roi Démon ! Ennemi de la Vierge à l'Épée Sainte ! C'est bon !? Auguste… tout de suite, je veux le saisir par le col et lui faire un tsukkomi. Mais je ne peux pas.)
Claude fixa Serena un instant, puis ses yeux s'aiguisèrent soudain.
« Bel, toi, tu rentres. »
« Compris, Roi. »
« Keith, toi aussi, rentre et gère la réunion. Je vais encore me promener un peu dans l'académie avec elle. »
« Hein ? Bon, ça marche… »
« Je compte sur toi. — Alors, Secrétaire Gilbert ? »
« Appelez-moi Serena. »
À la réponse enjouée de Serena, acquiesça Claude.
« Alors Serena. Je te confie la visite. »
« O, oui. Comptez sur moi. Par ici…… euh, le directeur est par intérim, c'est ça ? Je peux t'appeler par ton prénom, Claude-sama ? »
Elle demandant timidement, les yeux levés vers lui. Irene cassa involontairement sa brindille d'un sec *crac*.
Mais Claude garda son air imperturbable et déclara :
« Ah, ça ne me dérange pas. Mais évite de m'appeler trop mignonnement. »
« M, mignonnement ? Pas du tout, une chose pareille… »
« Ma fiancée est étonnamment jalouse. »
Comme s'il se rappelait quelque chose, Claude sourit doucement.
La tête de Serena fit *pon* et sembla cuire sur place. Simultanément, ici et là, des cris et des étudiantes s'effondrant se succédèrent.
Même Irene, qui aurait dû être habituée, se tortilla et s'affaça sur place, car cela faisait longtemps.
Son visage reste une arme. Peut-être vaudrait-il mieux lui mettre un sac en papier sur la tête pour le cacher. Voire lui offrir la combinaison de canard — bref, passons.
(Quand ! Où ! Ai-je déjà été jalouse… ! Mince, ce soir-là où j'ai signé l'acte de rupture des fiançailles ! J'ai entendu dire que Lilia-sama et Claude-sama avaient parlé… ! Cette réaction, c'est normal qu'on la prenne pour de la jalousie. De rage, je frappe le sol à coups de poing. La prochaine fois, je devrai bien expliquer que je ne suis pas une femme si étriquée. Je deviendrai impératrice. J'ai la capacité d'accepter des concubines. Non, mais si ce visage se tourne vers quelqu'un d'autre que moi, c'est complexe.)
Après une dizaine de grandes inspirations, elle retrouva enfin son calme, mais Claude et les autres étaient déjà partis.
Lorsqu'elle se releva, les étudiantes tressaillirent face au canard qui surgissait soudain du buisson.
(… Mais ça, c'est un malentendu, non ? … On ne va pas croire que…)
En espérant que ça ne devienne pas compliqué, Irene, en tenue de canard, se précipita sur les lieux pour asséner un coup de pied sauté à un garçon qui pressait de trop près une étudiante.