« C'est décidé, donne-moi des cosmétiques rares, genre prototypes pas encore sortis. »
« Arriver sans prévenir chez la personne concernée et oser dire ça avec tant d'aplomb, c'est un enseignement de l'Église ? Ou bien la politique du Roi Démon ? »
« Les deux. »
Alors qu'il faisait le pitre, Isaac, qui travaillait dans le bureau du président au dernier étage du siège de la société Oberon, posa ses documents et poussa un soupir.
Face à cette attitude non coopérative, Walt haussa les épaules.
« C'est vous qui avez porté cette affaire à l'Empereur et à l'Impératrice. La coopération va de soi, non ? »
« Mais de là à amener d'un coup le prétendant à une rencontre arrangée ? Et si ça se sait, tu fais comment ? »
« Isaac Lombard a reçu officiellement la présidence de la société Oberon de la part de Sa Majesté l'Impératrice récemment. En réalité, beaucoup d'employés ne connaissent pas le visage d'Isaac, non ? Donc si on demande : "Comporte-toi en client pour qu'on ne te reconnaisse pas, comme ça l'inspection cachée ne sera pas démasquée", y a pas de problème. Les gamins de cet âge aiment bien ce genre de truc. »
Isaac, la joue appuyée sur sa main, fit la grimace et demanda :
« …… Et si, se croyant tout permis, on te fait acheter les produits de la boutique à crédit ? »
« C'est des frais nécessaires, non ? Je viens de le dire, c'est vous qui avez apporté l'affaire de ce côté. »
« Et si, quand tout sera réglé, on vient te chercher en débarquant à la boutique en disant "Fais-nous le rencontrer" ? »
« Waah, on dirait qu'Isaac a trompé sa femme, pauvre Rachel-chan, je vais la consoler. Et après, Serena-chan va hurler "Divorce vite fait !" ? »
Isaac releva légèrement les sourcils. Walt leva les deux mains en l'air, faisant le pitre.
« Moi non plus j'ai pas envie de faire ça, mais c'est le boulot. »
« Hein. Laisser la cible toute seule en la confiant aux employés, c'est pas une bêtise, ça ? »
« C'est une gamine têtue. J'lui ai dit : "Si tu dis que t'es ma fiancée, on te traitera spécialement", et elle m'a répondu : "Bien sûr que je ferais pas un truc pareil". Ce genre de gamine, elle peut pas revenir sur ce qu'elle a dit elle-même, donc pour l'instant c'est safe. »
« Tout est déjà manipulé, hein…… T'as une sale méthode. »
Son air ahuri, je le prendrai pour un compliment. Effectivement, Isaac sortit un trousseau de clefs du tiroir de son bureau, se leva et se dirigea vers le coffre-fort dans le coin de la pièce.
En le regardant avec reconnaissance, il continua sur un ton plaintif :
« Au contraire, j'aimerais presque qu'elle fasse un scandale en criant "Je suis la fiancée d'Isaac Lombard !" Comme ça, l'affaire serait réglée vite. »
« Elle se méfie ? Le bel homme garde du corps du Roi Démon est pas si terrible que ça, en fait. »
« Elle n'est pas bête, cette gamine. »
À l'appréciation de Walt, Isaac, qui fouillait le coffre, arrêta son geste.
« D'après ce que j'ai entendu, j'peux pas croire ça. »
« Isaac, t'étais au bal en question ? »
« Y avais aucune chance. Si y avait eu le risque de se croiser là-bas, j'aurais pas pu prêter mon nom pour l'enquête, voyons. —— Ah, comme je pensais, la plupart c'est du côté du vieux château. Y a juste des prototypes de rouge à lèvres. »
« Si c'est des nouveaux produits pas encore sortis, ça suffit. »
Isaac referma le coffre et montra les deux rouges à lèvres qu'il tenait en main.
« Les couleurs sont différentes, mais tu comptes en emporter lequel ? »
« C'est un mystère comment t'as pu te marier. »
« Hein ? »
Il arracha les deux rouges à lèvres des mains d'Isaac qui grimacait.
« Pour ce genre de truc, on prend les deux, on lui met du rouge à lèvres, on compare, et on réfléchit bien à lequel est le mieux. La réponse paresseuse "Tout lui va" n'est permise qu'au Roi Démon, à qui son visage pardonne tout. »
……
« Mais comme ça, y a pas de luxe. T'as rien qui ferait "spécial" ? »
« Y a des plateaux pour présenter aux clients, mais…… »
« Ah, c'est trop théâtral. Pour faire une ambiance d'amoureux, vaut mieux faire genre "en catimini dans un coin". —— Ah, tu peux me prêter ce mouchoir ? »
Ce devait être ce qu'utilise la société Oberon pour sortir les produits de luxe, un mouchoir en soie brillante. Walt le repéra du coin de l'œil et Isaac haussa les épaules.
« Fais comme tu veux. »
« Alors je l'embarque. Merci pour le dérangement. Ah, j'vais peut-être acheter d'autres trucs, mais mettez tout sur le compte de mon maître. »
« Toi, même si une femme te poignarde, t'auras pas le droit de te plaindre. »
Walt, qui s'apprêtait à partir en agitant la main, s'arrêta, se retourna vers Isaac ahuri et lui lança avec un sourire :
« Isaac, c'est toi qui risques de te faire larguer par ta femme parce que t'es trop absorbé par le boulot. »
« Ta gueule, casse-toi ! »