Quatrième jour de congé, dernier jour. De retour dans sa chambre du Vieux château en début d'après-midi, Élefas était exténué sans avoir fait grand-chose.
« Écoutez bien. Ne provoquez surtout pas de scandale, le Saint Roi est là, sans compter le Roi Démon ! »
« Je ne vais pas saccager le lieu de travail de mon mari. Allez, guidez-moi vite. »
« Ah, j'ai vraiment un mauvais pressentiment... »
Mais c'était toujours mieux qu'elle ne débarque pendant qu'il travaillait, alors il l'avait emmenée lui-même.
Neifa, qui avait pris le contrôle de l'atelier de fabrication d'artefacts magiques et sacrés, avait décidé la veille d'entreprendre le développement d'un dispositif de transfert comme recherche à long terme. Une fois achevé, on ne savait pas quand elle pourrait débarquer. Autant l'amener lui-même.
D'ailleurs, les artisans vétérans, complètement abattus par l'explosion de l'atelier, s'étaient réjouis de la décision de Neifa. Hier, troisième jour de congé, Élefas observait Neifa et les artisans, mais il était déjà totalement mis à l'écart. On ne pouvait pas dire que Neifa était acceptée de bon cœur, mais l'opposition n'était plus qu'une question d'orgueil et de rancœur.
Une acceptation après un rejet total. La carotte et le bâton, songea Élefas, se contentant de le penser.
« Tiens, Élefas ? Déjà de retour... heu, c'est qui cette beauté !? »
Au tournant du couloir, il tomba nez à nez avec Walt et Kyle.
Supposant que le Roi Démon était en ce moment en train de s'amuser avec le Saint Roi ou Irène, Élefas demanda confirmation.
« Excusez-moi, je suis pressé. Où est Baal ? »
« Il est avec Claude au bureau. C'est l'heure du déjeuner, alors on a relevé Arès. »
Tout en se souciant de Neifa, Kyle répondit correctement. Mais Walt ne semblait pas décidé à le laisser partir.
« Dis, c'est pas ta femme dont on parle, par hasard ? »
« ... C-Ce n'est pas le moment, on en reparlera... aïe ! »
Neifa lui tira les cheveux par-derrière. Sans même se retourner, il ressentit une pression phénoménale.
« Qu'essayez-vous de cacher, mon mari ? Y a-t-il une raison pour laquelle vous ne pouvez pas me présenter ? »
« Su-Suivez... euh, c'est Neifa-san. Elle m'a fait l'honneur de m'épouser. »
« ... Élefas, viens un peu. »
« Qu-Qu'est-ce qu'il y a ? »
Walt l'entraîna dans un coin du couloir. Il lui passa solidement le bras sur l'épaule et le fixa sérieusement.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est qui cette beauté ? »
« ... B-Ben, vu qu'elle était dans le harem arrière du Saint Roi, c'est normal qu'elle soit belle... »
« Tu sais bien que c'est pas la question ! C'est quoi ça, j'suis jaloux ! Mais c'est quoi, cette poitrine !? »
« Où est-ce que vous regardez !? »
« Hé... vous, là-bas. »
Ignorant la conversation qui s'entendait parfaitement, Neifa s'adressa à Kyle.
« J'ai à parler à Baal. Par où dois-je aller pour le rejoindre ? »
« Je suis désolé, mais Baal est un hôte d'honneur. Pour des raisons de sécurité, je ne peux pas indiquer sa localisation à une personne inconnue. Veuillez en prendre note, madame. »
Face à la réponse sérieuse de Kyle, Neifa acquiesça avec admiration.
« C'est vrai. C'est moi qui devrais m'excuser. Vous êtes un collègue de mon mari, n'est-ce pas ? Puis-je connaître votre nom ? »
« Je m'appelle Kyle Elford. Comme vous l'imaginez, je suis collègue d'Élefas. Vous êtes l'épouse d'Élefas ? Celle qui est venue d'Ashmeil par mariage ? »
« Oui. Je m'appelle Neifa. Je compte sur vous pour la suite. »
« C'est moi. Élefas traîne des circonstances compliquées, mais c'est un bon gars. »
Élefas fut touché par cet échange on ne peut plus normal. Neifa sourit.
« Si quelqu'un comme vous est son collègue, je suis rassurée. — Vous, là-bas, aussi. »
« Ah oui !? Euh, moi c'est Walt Rizannis. »
« Si vous voulez regarder, faites-le en cachette. C'est la politesse. Comportez-vous en gentleman. »
Neifa posa la main sur son décolleté largement ouvert et sourit doucement.
Walt, qui devait pourtant être habitué aux femmes, resta bouche bée, hébété.
« Allons-y, mon mari. »
« Ah, oui. Désolé, à plus tard. »
Appelé par Neifa, Élefas s'échappa du bras de Walt qui avait perdu sa vigueur.
Au tournant du couloir, des cris lui parvinrent par-derrière.
« C'était quoi cette nana de ouf !? Échange ! Moi aussi je veux une femme comme ça !! »
« T'as pas été rappelé à l'ordre pour ton attitude, tout à l'heure... »
« Quand même !! C'est trop envieux, Élefas, je te étrangle plus tard, c'est sûr !! »
Il trouva que c'était de la pure mauvaise foi, mais la responsable, Neifa, gardait un air décontracté.
« Ce sont des gens adorables. »
« Haa... Neifa-san, vous êtes mature. Vous avez l'habitude... »
« Vous n'êtes pas jalouse, par hasard ? »
« ... »
« C'est vous qui vous faites moine ascète tout seul, non ? »
« C'est exact !! »
Il avait acquiescé par dépit, mais ce n'était que vide.
Mais bon, la poitrine que Neifa exhibait sans retenue et son corps envoûtant appartenaient à Élefas. Il n'avait pas le choix de le croire pour tenir le coup.
D'autant plus qu'on lui demandait de la faire rencontrer son ex-mari.
« Neifa. Quoi, tu m'as manqué ? »
« Ma foi, Baal... »
Au moment où la porte du bureau s'ouvrit, face au Saint Roi arborant un sourire plein d'assurance et à Neifa qui souriait avec une douceur inhabituelle, Élefas détourna les yeux sur le côté et s'inclina d'abord devant son seigneur.
« Claude, je m'excuse de vous déranger pendant votre entretien. »
« Ça ne dérange pas. Qu'est-ce qui t'amène ? Tu es censé être en congé. »
« ... Elle a dit vouloir rencontrer le Saint Roi... »
« Neifa. La Pierre Sacrée que je t'ai donnée s'est brisée, non ? Qu'est-il arrivé ? »
« Comme prévu, vous l'avez remarqué. Il s'est passé beaucoup de choses. Mais ne vous inquiétez pas. Comme vous voyez, Neifa va très bien. »
Les échanges derrière lui résonnaient anormalement fort, et Claude plissa les yeux en voyant Élefas figé dans son sourire.
« Je vois. Toi aussi, tu es faible avec ta femme. »
« Ce n'est pas exactement ça. J'envisage même de revoir ma position en ce moment. »
« Je suis de ton côté. »
« Arrêtez, Claude. Je suis triste d'avoir failli fondre tout à l'heure. »
« T'inquiète pas, mon mage ne perdra pas contre un Saint Roi. »
À ces mots, Élefas retint légèrement son souffle. Alors qu'auparavant il aurait ri en disant « C'est impossible », il posa la question.
« Cela veut dire... que vous placez des espoirs en moi ? »
« Bien sûr. Quoi, tu commences enfin à comprendre ? »
« Haa... Disons que depuis avant-hier, on ne cesse de me botter les fesses avec ce genre de propos... »
Claude croisa les jambes, posa sa joue sur son poing et regarda du côté de Baal. Ou peut-être regardait-il Neifa.
« Alors, tu as pris la décision de devenir Grand Duc ? »
« ... J'ai commencé à me dire que je n'avais pas d'autre choix que de le devenir. »
« Dans ce cas, en tant que ta femme, elle est reçue. »
« Reçue... Elle m'a insultée à outrance : "Si tu n'y arrives pas, tu es irresponsable, un idiot, jusqu'où va ton esprit de perdant ?" et j'en passe... »
— À part toi, qui d'autre pourrait le devenir ?
Entendu avec une telle assurance, il pensa sincèrement : « Haa, c'est peut-être vrai. »
Et Neifa comblait les fossés extérieurs à une vitesse phénoménale. Selon elle, il suffit de commencer par la forme. C'est sûrement juste.
Il y a des choses qu'on commence par la forme. Ce n'est pas dire qu'on n'est pas en règle. C'est la détermination à devenir digne.
L'amour, au fond, doit être pareil.
« Il n'y a pas d'autre Grand Duc Lévi que toi. Si tu en as conscience, elle ne me sert plus à rien, ceci dit ? »
Avec une lueur taquine, Claude ne tourna que les yeux vers lui. Élefas réfléchit un peu et soupira.
« Le Saint Roi comme ex-mari, c'est quand même vachement dur, vous savez. »
« C'est bon, tu gagneras. Surtout par la perfidie. »
« C'est pas un compliment, ça !? — Hé, c'est pas un peu trop proche, là !! »
Au moment où il hurlait malgré lui, la silhouette de Neifa et Baal entra dans son champ de vision. Pour une raison quelconque, sa femme était assise sur les genoux du Saint Roi, les bras passés autour de son cou.