Qu'est-ce que cela veut dire, changer ?
Est-ce vraiment quelque chose qu'on peut faire si facilement ?
Pourtant, il y a des choses qu'il faut bien finir par entreprendre.
Par exemple, accepter l'Empire d'Elmeia. Avaler de nouvelles valeurs et reconstruire le pays. Quoi qu'on pleure et qu'on crie, on ne peut pas revenir en arrière, on ne fait que se laisser distancer par l'avenir.
C'est Irène qui m'a appris à avancer même après un échec.
C'est Claude qui m'a souhaité de ne pas devenir Grand Duc simplement par inertie.
« Allez, partez et revenez », m'ont-ils dit, les monstres et mes compagnons me voyant partir.
(... Ce n'est pas que « deviens humain » voulait dire ça, non ?)
Tout en rumant, Élefas finit par acheter une seule fleur, vantée comme une « vente de fleurs épanouies ». Et lorsqu'il se téléporta chez lui, le soir tombait déjà.
De plus, le point d'arrivée n'était pas la maison, mais devant l'entrée.
« Je suis encore plus lâche que je l'imaginais, moi... »
Le soleil couchant lui piquait les yeux et il en rit lui-même.
Cela dit, ruminer le fatiguait, alors il entra prestement. Apparemment, acculé, il a tendance à devenir désespéré.
Pour ne pas perdre son élan, il’ouvrit la porte. C’était silencieux, immobile.
« ... Personne ? »
Le jour à peine commençait à décliner. Ils sont sortis, pensa-t-il, mais il n'avait pas le courage de se téléporter jusqu'au salon.
C'est là qu'il remarqua l'anomalie.
Un tapis piétiné. Des éclats de vase brisé et de l'eau qui s'étalait.
Une chaise renversée, une table au pied cassé. Des rideaux comme lacérés, un papier peint comme brûlé — des résidus de puissance magique.
Dans la cheminée grise de cendres gisaient des bribes de plans consumées.
« Neifa-san !? Où êtes-vous ! »
En faisant demi-tour, Élefas eut envie de se gifler.
Elle possède des artefacts sacrés, elle a le savoir, elle peut les fabriquer. Mais elle n'en reste pas moins une simple humaine. Un outil a l'avantage de pouvoir être utilisé par n'importe qui, mais en contrepartie c'est un consommable.
Et ici, c'est le village du clan Lévi. Un endroit où ceux qui manient la puissance magique sont la norme.
Vu le tumulte d'hier, Neifa s'est attiré pas mal d'animosité. Quels que soient les artefacts sacrés qu'elle utilise, si on la submerge par le nombre, elle n'a aucune chance, seule. Le fait qu'elle soit une donation du Saint Roi a peut-être fini par convaincre les villageois de sa valeur comme otage.
À la base, c'était un clan étroit d'esprit, sans avenir, qui tentait une charge suicide contre le Roi Démon. Beaucoup se méfient encore de l'Empereur Claude. Ce sont ceux qui, incapables de supporter l'endurance, tentaient de s'emballer, et qu'Élefas a retenus dans l'ombre jusqu'ici.
Oui, parce qu'Élefas a étouffé les incidents, ils ont pu conserver des idées déconnectées de la réalité jusqu'ici.
Les paroles de Neifa étaient dures, mais ce qui faisait mal aux oreilles était souvent juste. Le fait qu'ils se complaisent dans l'idée qu'ils n'ont pas à changer, c'est la faute d'Élefas qui a cru pouvoir gérer le clan tout seul.
Mais s'il arrivait quelque chose à Neifa et qu'ils attiraient la colère du Saint Roi, la situation dépasserait les capacités d'Élefas.
(putain, avec ce caractère explosif, c'était prévisible. Ne pas surestimer les artefacts sacrés, ne pas sous-estimer le clan Lévi, Élefas aurait dû lui rabâcher davantage.)
« Grand frère Élefas ! Tu es là, tant mieux ! »
Dès qu'il sortit, son camarade d'enfance, plus jeune, accourut. Son teint confirma à Élefas que ses craintes étaient fondées.
« Les artisans n'ont emmené personne d'ici !? »
« Euh, oui. Ils disaient qu'ils allaient renvoyer ta femme, ou quelque chose comme ça, et ils l'ont emmenée... »
« Où !? »
« À l'atelier inutilisé ! Celui au bord du village, là-bas, le plus grand. »
C'était l'atelier où ils construisaient le dispositif de téléportation géant. Vont-ils l'abandonner quelque part ?
À l'instant où il se tourna dans cette direction, une détonation retentit.
Le vent se leva, le sable et les feuilles mortes tourbillonnèrent dans le ciel. Une seconde explosion, plus forte encore, fit s'élever un champignon. Le gamin venu le prévenir resta bouche bée, le regardant monter.
C'est peut-être à Neifa qu'il aurait dû songer en premier.
Mais l'œil d'Élefas, affûté par Irène et Lilia, regardait ailleurs.
« — Et si c'était les villageois qui étaient en danger !? »
« ... Euh, oui. Moi aussi j'ai ce pressentiment... »
Le garçon, qui connaissait la silhouette d'Irène maniant l'Épée Sainte pour mater le village, acquiesça frénétiquement.
Élefas, à moitié coupable, se téléporta d'abord devant l'atelier.
Des artisans en fuite et des gens courant éteindre l'incendie y régnaient déjà dans la confusion. Mais nulle trace d'elle, qui dégage une présence si intense quand elle est là.
Élefas agrippa l'épaule d'un artisan fuyant le bâtiment enfumé.
« Hé, elle est où !? »
« J'en sais rien, moi, une femme pareille ! »
« Ça ne suffit pas de dire qu'on ne sait pas ! C'est une envoyée du Saint Roi ! Si on... »
« On s'en fout, on s'en fout, on s'en fout, c'est pas notre faute !! »
Un artisan d'âge mûr braillait comme un gamin. Les autres ne faisaient qu'éviter son regard.
Élefas claqua de la langue et se téléporta sans hésiter.
S'ils ne veulent pas du mariage, pour sauver le clan comme d'habitude, il suffirait qu'un malheureux accident survienne ici, et que Neifa y perde la vie. Son fonds de lui, inhumain, calculait froidement.
Mais il ne pensait plus que ce soit la bonne solution.