À peine l'audience terminée et le couple rentré dans la pièce attenante au trône, le mari apparut en lévitation.
« Irène. Tu es sérieuse à l'idée de les faire devenir mes concubines ? »
« Claude-sama »
« Pourquoi... »
Elle l'enlaça fermement des deux bras, s'accrochant à lui. Claude cessa net de bouger.
« Moi aussi, j'essaye de patienter ! Mais je ne peux pas refuser ! »
Devant le cri d'Irène, Claude adopta une expression grave.
Doucement, sa main large et douce retira l'ornement qui maintenait les cheveux relevés d'Irène, puis caressa la chevelure qui s'éparpillait.
« Irène... »
« Et en plus, on utilise le mari d'autrui comme matériel pour un examen de reine... J'avais prévu de choisir moi-même des filles bien plus mignonnes pour être les concubines de Claude-sama ! »
« ... Non, Irène. Ce que je veux dire, c'est que je n'ai pas besoin de concubines, moi. »
« Mais je patienterai ! Parce que je suis la femme de Claude-sama ! »
« Est-ce impossible de faire comprendre que je dis que je n'en veux pas ? »
« Même si mon "destiné" s'en mêle, je la mettrai K.O. ! »
« À chaque fois, je me demande pourquoi tu ne m'écoutes pas. »
« C'est pourquoi il faut trouver une "raison de refuser" parfaitement irréprochable, qui ne froisse personne. Il nous faut des informations et du temps. Pour rattraper le coup de l'attaque surprise, je vais me dépêcher. »
On sentit la tension quitter le corps de Claude.
Ses deux bras, posés légèrement dans le dos d'Irène, firent comprendre qu'il avait saisi ses sentiments.
« ... Ne pouvons-nous pas les renvoyer de force par ma puissance magique ? »
« Elles possèdent toutes un pouvoir sacré, ça risque de ne pas marcher. Et il y a les regards des autres pays. Si nous refusons de coopérer à l'examen de reine de Hauzel après qu'on nous a apporté une si belle opportunité, cela suscitera des soupçons inutiles. »
« On se méfiera à nouveau du Roi Démon. -- Je suis simplement dévoué à ma femme, pourtant. »
« Pour l'instant, on fera croire que Claude-sama est absent. Je ne te laisserai pas partir si facilement. »
Quand elle serra plus fort ses bras, Claude posa son menton sur le sommet de sa tête et esquissa un sourire amer.
« C'est ça. Tu ne me laisses pas partir. »
« Évidemment. Essayer d'obtenir Claude-sama pour le prix modique de reine de Hauzel, c'est de la vente au rabais abusif. »
« J'ai parfois l'impression d'avoir été vendu à la sauvette par personne d'autre que toi... »
« Où as-tu attrapé un tel malentendu ? Je ne suis pas une femme assez large d'esprit pour brader mon mari. »
« -- J'aurais dû te prendre dans mes bras plus tôt. »
« ? Vous m'étreignez déjà en ce moment même... »
Au moment où Irène comprit le sens de ces mots, elle écarta vivement les bras pour s'éloigner de Claude, mais ne fit que se faire enlacer plus fort.
« Mais je pense qu'il n'est pas trop tard, même maintenant. »
« H-hors de question de dire ce genre de choses en plein jour... Tout le monde nous entend ! »
« Claude-sama. Irène-sama, vous changez dans la chambre à coucher ? »
Elle chercha du secours du côté de Rachel, mais se vit renvoyer une question incongrue avec un sourire. Derrière Rachel, les dames de compagnie hochaient la tête vigoureusement ou brandissaient le poing en l'air.
Jamais cela n'était arrivé, mais depuis l'apparition du concept de concubines, elles semblaient s'être liguées dans cette direction.
« C'est parfait. C'est moi qui t'habillerai. »
« Certainement. »
« Rachel ! Claude-sama ! »
Tandis qu'elle criait, elle se fit soulever en princesse sans effort. D'un mouvement d'une fluidité parfaite, les dames de compagnie libérèrent le passage depuis la pièce attenante.
La cloche annonçant l'ouverture de la porte tintinnabula, la porte donnant sur le couloir s'ouvrit, et un messager s'élança.
« Voici Son Altesse le Prince héritier et la Princesse ! »
« C'est l'heure du repos. »
« Les préparatifs de la chambre à coucher sont terminés. »
Quelle efficacité, en plein jour. Pendant qu'Irène restait interdite, les dames de compagnie alignées le long du mur s'inclinèrent toutes ensemble.
« « « Bonne route » » » »
« Où ça ! ? Claude-sama, posez-moi ! Ce n'est pas le moment pour ça ! »
« Je suis maintenant un Prince héritier qui ne devrait pas être dans ce château. Autrement dit, même si je ne sors pas de la chambre, il n'y a aucun problème. Vu sous cet angle, une épouse qui s'invite n'est pas si mal ? »
« Ce n'est pas pour ça que vous vous rendez absent ! Et moi, j'ai un endroit où je dois aller ! »
« Où ? »
Elle se tut. Ce silence seul suffit à faire naître un sourire rafraîchissant sur les lèvres de Claude.
« Encore un secret ? »
Ce genre d'échanges avait récemment déclenché une dispute conjugale, souvenir encore frais.
Elle bougea la bouche en bredouillant des excuses.
« Ce n-n'est pas un secret... C'est pour l'Épée Sainte, j'ai un peu à parler à... Lilia-sama. »
« Quel genre de conversation ? »
« ... Une confirmation sur le fait que l'Épée Sainte est incomplète... Tout à l'heure, votre père n'a-t-il pas dit que seules les femmes au pouvoir sacré fort peuvent concevoir l'enfant du Roi Démon ? »
L'Épée Sainte d'Irène lui avait été prise par Lilia, et son pouvoir sacré était une force acquise après coup, conférée par cette fameuse Épée Sainte. Si on lui disait qu'elle était incomplète, l'inquiétude la gagnait.
« Je risque de ne pas pouvoir concevoir l'enfant de Claude-sama... »
« Ne t'inquiète pas, Irène. C'est une chose à laquelle on pensera après avoir fait ce qu'il faut. »
En même temps que cette réplique, la porte de la chambre s'ouvrit.
D'excellentes dames de compagnie tirèrent prestement les rideaux de la chambre baignée de lumière, faisant baisser la clarté du jour.
Claude, sans hésiter, fila droit vers le lit. Elle cria involontairement :
« Vous ne êtes pas sérieux ! ? En plein jour comme ça ! ? »
« Notre amour n'a cure du jour, de la nuit ou du matin. »
« De la retenue ! Je vous en prie, de la retenue ! »
Tandis qu'elle criait, elle fut déposée sur le lit d'un geste doux.
Claude dénoua la cravate à son cou, écarta les draps d'un blanc éclatant dans la pénombre qui barrait le soleil éclatant, et murmura lentement :
« De la retenue ? Tu es l'épouse du Roi Démon. Tu peux être plus dépravée. »
« Précisément parce que je suis l'épouse du Roi Démon, je veux garder de la retenue... »
Ses doigts heurtèrent quelque chose de chaud. À la présence qui remuait sous les draps, Irène comme Claude figèrent et tournèrent les yeux.
Il y avait un humain.
« Je vous attendais, Claude-sama. »
Faisant onduler son corps, une femme vêtue d'une robe blanche identique aux draps se redressa.
« Le lit est déjà réchauffé. »
Et ce n'était pas une seule personne, mais deux.
Pas de visage connu. Seule certitude : il s'agissait de deux des candidates reines alignées dans la salle d'audience.
S'extirpant prestement des draps, les deux femmes s'empressèrent d'ouvrir leur encolure ou de défaire leur ceinture.
« Je vous aime, Claude-sama. »
« J'ai l'impression de vous connaître depuis toujours. Que faire, mon cœur bat si fort. »
« Une seule fois suffit, ayez pitié de cette misérable femme. »
« Cette fièvre dans mon corps ne peut être apaisée que par vous. »
L'une, les yeux humides de larmes, jouait l'ingénue ; l'autre, en femme mûre enivrée d'amour, rapprochait la distance.
« « S'il vous plaît, Claude-sama » » »
Le but était évident.
Irène, qui avait repris ses esprits avant Claude, resté figé, hurla :
« Claude-sama, fuyez ! »