Une explosion souffle.
La nappe se soulève, la vaisselle d'argent vole en éclats. Les chaises se tordent, les vitres des fenêtres volent en éclats.
Au milieu de ce silence où même pas un cri ne s'élève, cette voix résonne d'une manière anormale.
« … A… mon… »
Claude, le regard fixé dans le vide, murmure cela, hébété.
Mais l'instant d'après, il grimace de douleur et se cache le visage.
« Ah… aaa, a, aaaa !! »
Avec ce cri, le vent se déchaîne encore plus.
Ramper sur le sol pour ne pas être emportée, Irene crie de toutes ses forces.
« Claude-sama ! »
Le vent s'arrête net, comme un mensonge. En se tournant vers elle, le visage de Claude fait retenir son souffle à Irene.
L'œil droit est toujours noir. Mais l'œil gauche… est rouge.
« … Irene ? »
C'est l'appel habituel, comme pour demander s'il s'est passé quelque chose.
Irene répond, hébétée.
« … Claude-sama. Votre mémoire… »
« Tuez cette fille sur-le-champ ! C'est une rebelle qui a ramené mon fils au rang de Roi Démon !! »
Plus vite que quiconque, l'Empereur au visage terrifié se dresse et hurle.
« Exterminez aussi les monstres de la forêt, immédiatement !! Appelez l'Ordre des Chevaliers Saints, mobilisez l'armée ! »
Claude tente de dire quelque chose, mais se plie aussitôt en deux. Son visage se tord de douleur. Irene essaie de courir vers lui, mais est retenue par derrière.
« Lâche-moi, Isaac ! Claude-sama… »
« C'est inutile, tu as entendu l'ordre de l'Empereur, maintenant on fuit ! »
« Mais… »
« Fuis… Irene… les monstres… ! Moi… Keisuke, Walt, Kyle ! »
Tout en se cachant le visage de la main droite, Claude laisse entendre une voix qui ressemble à une supplication.
« Les monstres et Irene, vite… ! Jusqu'à ce que je revienne… »
« Elephas, ordre de l'Empereur ! Tuez cette gamine sur-le-champ ! »
D'une voix perçante, l'Impératrice douairière crie. Elephas se tourne vers eux, sans expression.
Devant la magie qui part de sa paume, James se dresse et la neutralise. Revenu à lui, les gardes se mettent en mouvement, mais Walt et Kyle, qui ont volé vers eux, les renversent de coups de pied. Avec Keith qui a sorti sa dague, ils ouvrent la voie en tête. Irene, traînée de force par Isaac, tente de se retourner.
« Claude-sama… »
À cet instant, le paysage change.
« Irene ! »
Elle reprend ses esprits lorsque Belzebuth l'appelle. C'est le bureau de Claude au château de la forêt. En regardant autour d'elle, tous ceux qui participaient au bal sont là.
Ils ont été téléportés de force. Par Claude.
Hébétée, Irene pose les mains sur le sol.
Le sol où Amande gisait dans une mare de sang n'existe plus.
« Tout à l'heure ! Tout à l'heure, j'ai senti la présence du Roi un instant ! Mais c'est bizarre. La présence d'Amande a disparu. Il s'est passé quelque chose ? »
Belzebuth, toujours affalé, croise le regard d'Irene et s'accroupit.
Elle ne pouvait pas supporter de voir ce visage en face.
Elle ne pouvait pas dire qu'elle n'avait pas pu le sauver.
« Amande est maintenant auprès du Maître. »
Keisuke répond calmement. Comme pour l'instruire, il hoche la tête vers Irene qui relève le visage.
« Donc c'est bon. Mais il y a quelque chose à faire. Hein, Irene-sama ? »
« Hé, si vous restez à ne rien faire, les Chevaliers Saints vont arriver. »
Isaac, qui est sorti le premier sur la terrasse pour vérifier les abords du château, annonce cela en secouant sa tête trempée. Rachel lui tend une serviette en paniquant. James soupire.
« De la pluie. Si ça peut nous faire gagner du temps, tant mieux. »
« Hé, reprends-toi. Tu vas devenir la femme du Roi Démon, non ? »
À cette seule phrase, elle n'a d'autre choix que de regarder vers l'avant. Irene, les lèvres serrées, se lève.
Claude lui a confié les monstres.
« … Isaac. Y a-t-il un moyen pour que tout le monde s'enfuie ? »
« En principe, c'était prévu pour aujourd'hui, mais si ça tombe à pic, on peut l'utiliser. »
« Ah, Isaac-san ! C'est fini ! »
Celui qui ouvre la porte avec fracas sans lire l'atmosphère, c'est Doni. Il est couvert de boue, mais ses yeux brillent. S'agit-il d'excitation ? Il commence à parler avant qu'on ne lui demande.
« Avec ça, on peut aller et venir librement de ce château jusqu'à l'extérieur de la capitale impériale ! J'ai bien fait rentrer les provisions, on pourrait tenir un siège pendant six mois ~ ! Et j'ai mis tout plein de pièges tout autour du château, autant que j'ai pu en imaginer ! Il faudra les tester plus tard, par contre. »
« Ah, rassurez-vous, les gentils Chevaliers Saints vont sûrement nous aider à les tester dès maintenant. »
« Oh, Doni ! C'est enfin fini ! Les grosses taupes vont être contentes… »
« Oui ! Je l'ai fait avec une ambiance bien lugubre comme l'a demandé Bel-san ! Puisque c'est l'occasion, je pensais qu'on pourrait tous trinquer pour l'inauguration, alors je suis venu… »
Alors qu'il parle sans s'arrêter, Doni semble un peu retrouver son calme. Il regarde autour de lui et penche la tête.
« … Huh ? Au fait, tout le monde, vous n'étiez pas au bal ? Le Roi Démon est où ? »
« … Avant ça, Doni. Qu'est-ce que t'as fabriqué, au juste ? »
« Quoi ? Un donjon souterrain ! »
Le donjon final du Roi Démon, ni plus ni moins.
Après avoir tiré une grimace, Irene sourit avec audace. Ses subordonnés sont vraiment excellents.
« C'est déjà utilisable ? »
« Oui ! Ah, on va le voir tout de suite ? »
« Oui, guide-nous. — On va faire sortir les monstres qui sont dans la capitale à l'extérieur ! »
■
Repoussant toutes les mains qui tentaient de le soigner, Claude est à genoux dans le large corridor. Les portraits des empereurs successifs y sont alignés, c'est le secteur résidentiel de la famille impériale. D'ici, les poursuivants seront limités.
Le bal est fini. De plus, à cause de la pluie torrentielle soudaine, les invités semblent bloqués. L'Ordre des Chevaliers Saints et l'armée ne pourront pas bouger tout de suite. S'il peut gagner ne serait-ce qu'un peu de temps, c'est bien. Ce changement soudain de temps serait-il l'exaucement de ce vœu ?
Une cascade d'eau coule sur la grande vitre. S'y reflète son visage, seul l'œil gauche devenu rouge.
La marque du Roi Démon. Il le comprend à peine, mais c'est tout. L'aperçu de mémoire n'a duré qu'un instant, rien n'est revenu. Il serre simplement dans ses bras le corbeau monstre qui ne bouge plus dans son bras.
( Irene )
Est-elle saine et sauve ? Au moment où il y pense, son œil droit noir lui lance une douleur et il se cache le visage. Au moment où sa main couvre son œil droit, le sol du corridor se transforme en autre chose.
« … Qu'est-ce que c'est ? »
Il voit Irene et les autres courir dans un souterrain sombre. Il voit grâce à sa puissance magique. Il n'a pas mis de temps à comprendre.
( Bien, ils sont sains et saufs… )
En regardant bien, Irene et les autres sont poursuivis par un rocher géant et rond. Ils ont pris le mauvais chemin, ou bien Jasper-san a appuyé de son propre chef, des bouts de conversation parviennent comme des hallucinations auditives. Il s'inquiète de savoir s'ils vont bien, mais il voit Belzebuth pulvériser le rocher d'un coup de poing et ferme les yeux, soulagé.
Et quand il les rouvre, cette fois, c'est sa grand-mère qui apparaît, déchaînée comme une folle.
« Si ma peau, mon visage devenaient laids, comment ferais-tu ! »
« Cet inutile, tu crois que grâce à qui ton clan a pu survivre aussi longtemps ! »
« Amenez-moi cette fille immédiatement. Sinon, je tue tous les otages !! »
« C'est pas bien, Claude-sama. Regarder en cachette, c'est mal. »
Comme si la connexion était coupée net, la vision revient à la réalité. Au fond du corridor, arrive en faisant cliqueter ses pas la fiancée de son demi-frère.
L'ancienne Vierge à l'Épée Sainte. Elle lui a fait les yeux doux une fois, et puis… sa tête lui fait mal.
Devant Claude qui grimace de souffrance, Lilia lui parle doucement.
« C'est douloureux, hein ? Tu ferais mieux de ne pas forcer, d'autant plus qu'on t'a déjà volé une grande quantité de pouvoir magique, et le faire tourner de force… En plus, la triche, c'est pas bien. Parce que l'héroïne, c'est Irene-sama ? Toi, t'es un second rôle. Revenir Roi Démon maintenant, c'est une erreur de taille, non ? »
De quoi elle parle. Adossé au mur, Claude regarde la jeune fille.
« Mais je suis surprise. J'avais bien enclenché le drapeau, pourtant, et tu choisis Irene-sama. »
Le visage de la future et mignonne belle-sœur a disparu. Ce qu'on voit, c'est l'innocence de celui qui écrase les insectes un par un pour jouer. Ou la cruauté du vainqueur qui use ses pions sur l'échiquier pour les jeter.
« Je revois un peu Claude-sama. Comme on s'y attend de celui qu'Irene-sama a choisi. C'est un otome game, alors peu importe que ce soit de la facilité ou quoi que ce soit, il faut bien la force de l'amour, non ? — Alors, Claude-sama. »
Avec le tonnerre, un rayon de lumière tombe du ciel.
Dans le contre-jour, ce qui brille dans la main de la jeune fille qui arbore un sourire en croissant de lune, c'est… l'Épée Sainte.
« Je vais faire de toi l'héroïne. »
Sur le réflexe, Claude fait disparaître le corbeau monstre dans ses bras. Au même instant, son épaule est transpercée par l'Épée Sainte.
Le pouvoir magique de tout le corps de Claude s'épuise rapidement. Comme son épaule et le mur sont cloués par l'Épée Sainte, il ne peut même pas s'effondrer.
« T'inquiète pas, Claude-sama. Je vais juste te pomper ton pouvoir magique pour que le parfum magique agisse plus facilement, je ne te tuerai pas. Parce qu'il faut qu'Irene-sama vienne te sauver. L'héroïne qui vient sauver le protagoniste qui se fait grignoter la vie par le parfum magique, c'est pas cool, ça ? »
Avec cette fille, les valeurs ne s'accorderont jamais.
C'est la seule certitude qu'il a, et Claude lève les yeux vers la fiole que la jeune fille tient. Il comprend ce qu'on va lui faire, et ce qu'on va lui faire faire.
« … C'est toi qui as volé ma mémoire ? »
« Fufu, secret. Les mystères, c'est le protagoniste qui les perce et les juge. »
« … Est-ce que tu aimes… Cédric ? »
À la question soudaine, la jeune fille regarde Claude avec un air bête. Cette seule réaction est la réponse.
( C'est pour ça que Cédric… se débat )
Le stupide et mignon demi-frère. Ce qu'il a obtenu en jetant sa fiancée excellente qui stimulait son complexe d'infériorité, c'est un rôle de pion sans amour, exploité dans son complexe. Ce doit être dur d'avaler que c'est la vie qui lui va.
« … Retiens-le bien. Je… nous, on n'est pas tes pions. »
« Ça, on appelle ça de la mauvaise foi, tu sais ? »
« C'est sûr ? Puisqu'on ne peut de toute façon pas gagner contre la force de l'amour. »
Avec un air déplaisant, Lilia ouvre le bouchon de la fiole.
Claude baisse lentement les paupières.