Claude, penché nonchalamment contre la voiture, vit les monstres qui l'observaient de loin s'affoler.
« Roi Démon ! Roi Démon ! »
« Roi, Roi, ça va ! Ne meurs pas, Roi…… ! »
« Arrêtez de pleurnicher, c'est insupportable, ce n'est que le mal des transports. Hé, vous n'avez pas de médicament contre ça ? »
« Ah, si, en voilà. »
James, le seul à garder son calme, récupéra le médicament dans son sac à dos, puis fit un pas en avant comme s'il venait de prendre une décision. En le voyant, Irène comprit enfin.
Pourtant bruyants, les monstres n'essayaient pas d'approcher Claude. Comme s'ils connaissaient son rejet, ils retenaient leur souffle et gardaient leurs distances.
James était le seul à avancer lentement.
Claude leva la tête comme s'il avait perçu une présence — et écarquilla les yeux.
« R, Oi... Roi... Aider... »
Irène se retourna vers le monstre qui se relevait derrière elle.
Mais déjà, rassemblant ses dernières forces, le monstre avait écrasé la charrette pour s'élancer. Son esprit encore trouble lui fit mal juger la distance ; il trébucha et s'effondra. Sous le choc, Lilia évanouie roula devant ses yeux.
La laisser tuer par un monstre les arrangerait mal. Voyant la large paume s'abattre sur Lilia, Irène claqua la langue et s'élança d'une poussée au sol.
« Non, ne le tuez pas ! »
Au commandement de Claude, le monstre figea net.
Claude se releva, courut, souleva Lilia dans ses bras et fixa le monstre. Sans reculer d'un pas, il ordonna :
« Ne blessez pas les humains. Reculer. »
Le monstre baissa hésitamment sa main levée, regarda Claude avec perplexité et murmura.
« ... D-o-n-c, Q-u-i ? H-u-m-a-i-n i-n-u-t-i-l-e... V-o-l-o-n-t-é d-u R-o-i... »
« — Qu'est-ce que tu racontes ? »
Un instant, les yeux de Claude tremblèrent comme saisis de frayeur.
Le monstre suivit ce regard et se tourna vers Irène, la dévisageant.
« T-o-i. »
Prise en plein visage par ce regard hostil, Irène en resta bouche bée.
« R-o-i, T-o-u-r-m-e-n-t-e-r. »
— Les monstres reflètent fidèlement les émotions du Roi Démon.
« R-o-i, G-e-n-a-n-t. D-i-s-p-a-r-a-i-t. »
Donc ces mots sont exactement ceux de Claude.
'(Moi ?)'
Le monstre fonça. Les yeux grands ouverts, Irène ne bougea pas. Pourtant, les options ne manquaient pas.
'(Moi, femme inutile ?)'
Parce qu'il a perdu la mémoire. Parce qu'il ne m'aime plus. Parce que c'est un amour à sens unique.
Bientôt, je vais rompre les fiançailles.
« Irène ! Qu'est-ce que tu fais, idiote, bouge ! »
Au cri de James, un sourire déformé fleurit sur les lèvres d'Irène.
À quoi bon bouger ?
Il ne prononce même plus mon nom.
« Walt, Kyle ! Tuez-le ! »
« ... Non. Ne le tuez pas. »
Pourtant, elle le dit. Même face au monstre qui l'attaque, elle éprouve de la tendresse.
« Claude-sama en serait peinée. »
Car c'est quelque chose de cher à la personne qu'elle aime. Même si elle n'est pas aimée en retour.
« — Idiote. »
Une voix grave, et l'instant d'après le monstre s'effondrait au sol.
« Par amour pour le Roi, tu as mal interprété l'ordre. »
« ... Belzébuth... »
Cheveux longs flottants, Belzébuth dévoila la même beauté que le Roi Démon. Ses yeux rouges se posèrent sur Irène, puis se détournèrent aussitôt.
« J'emmène celui-ci. — Roi. »
Belzébuth se tourna vers Claude et s'agenouilla.
« Nous suivons votre volonté. Si vous dites que nous sommes inutiles, nous disparaissons de votre vue. »
Claude, tenant toujours Lilia, lui rendit un regard indéchiffrable. Belzébuth se releva, tourna le dos et partit.
Les monstres reprirent leur tâche : emporter le monstre évanoui dans la forêt.
'(... Belzébuth est incroyable)'
Même qualifiée d'inutile, elle ne se lamente pas, elle se dévoue simplement. Voilà ce qu'est l'amour.
Irène en est incapable. Elle pivota, croisa les bras et lança une voix délibérément gaie.
« ... Voyons, Claude-sama. Au point de vouloir me faire éliminer par un monstre, je vous préoccupez donc terriblement ! »
« Je n'ai pas... ce n'est pas que je me soucie de toi... »
Allez, ris.
Comme toujours. Même quand Cédric m'a annoncé la rupture, j'ai su le faire.
Sans même remarquer que Claude retenait son souffle, les yeux d'Irène tombèrent sur Lilia dans ses bras.
Amour à sens unique. Je sais. C'est déplacé. Et pourtant — sa main se leva.
Un claquement sec résonna dans le vide.
Claude, la main sur la joue frappée, restait hébété. Ce visage qui ne comprenait rien était pourtant beau, et cela la mit hors d'elle.
« Puisque je vous gêne tant, très bien, je disparaîtrai. Je n'irai même pas au bal ! »
— Elle a ce défaut : quand le sang lui monte à la tête, elle fonce tête baissée.
Mais une fois dit, impossible de revenir en arrière. Irène recula pas à pas en fusillant Claude du regard, puis fit demi-tour.