L'intérieur de la garde-robe était encombré des vestes et des robes de Claude, ce qui la rendait étroite et gênante, mais pas au point d'empêcher tout mouvement.
Irene replia les genoux et jeta discrètement un coup d'œil dans la pièce. Une fine dentelle voilait la fenêtre, pourtant elle vit distinctement Cedric et Lilia entrer par la porte.
« Comment allez-vous, Claude-sama ? »
« Ah, Lilia. Ça va beaucoup mieux, maintenant. Toi aussi, Cedric, tu es venu ? »
« Oui, le programme de l'inspection a changé, je viens vous en rendre compte. »
« Commençons par le thé, j'ai fait des cookies ! ―― Ah ? Ce panier... »
C'était le panier de tarte aux pommes qu'Irene avait apporté. Claude s'en empara avec une vélocité驚人 et le cacha derrière son dos.
« C-c'est... j'ai demandé aux domestiques de me le préparer. »
« Tu aurais pu me le dire, pourtant... Que vais-je faire de ces cookies ? Vous n'en voulez pas ? »
« N-non,既然你一片好意。我就收下了。可以让人送茶来吗? »
« Bien sûr ! »
Lilia répondit avec un sourire radieux et se mit immédiatement à préparer le thé. Claude poussa un soupir d'épaules et relégua le panier dans un coin de la pièce.
(Il a dit qu'il n voulait pas de ma tarte aux pommes, et voilà...)
Évidemment, il se méfiait vu tout ce qu'elle y avait glissé, mais ça n'en restait pas moins désagréable.
(Est-ce que je devrais enfoncer la porte d'un coup de pied ? De toute façon Cedric-sama est déjà au courant, et Lilia-sama ne me fera pas game over avant le bal... mais lui dire exprès que je suis là, ça m'irrite.)
« Au fait, Claude-sama, vous n'avez pas rencontré Irene-sama, ces temps-ci ? »
On dirait bien qu'il est déjà au courant. Bien sûr, elle n'avait pas l'intention de sortir sur un simple appel.
« Bien sûr que non, Lilia. Je ne ferai rien qui pourrait vous attrister, toi ou Cedric. »
« C'est bien. Mais faites attention, hein. Depuis toujours, c'est comme ça... Irene-sama, elle ne recule devant aucun moyen pour arriver à ses fins... »
« Ah... oui... enfin... »
Décider que l'acquiescement profond de Claude n'était que de la comédie, voilà ce qu'elle choisit de croire.
« "Oui, enfin", qu'est-ce que tu as soudain rappelé, mon frère ? »
« J-je... pas ? En vous écoutant, je me dis que ça doit être ça. »
Claude sans souvenirs était un piètre menteur. C'était mignon, donc elle lui pardonnait, mais ce qui la tracassait vraiment, c'était Cedric. À en juger par son attitude, il n'avait pas avoué à Claude lui-même qu'il l'avait fait entrer.
En plus, elle avait l'impression qu'il la regardait par ici. Impossible qu'il ait repéré sa présence ? Depuis tout à l'heure, la correction « ami d'enfance » était terrible. Ça ne lui faisait absolument pas plaisir.
« Ah, non. Comme ça, on dirait que je suis en train de dire du mal d'Irene-sama à Claude-sama... Ce n'est pas mon intention. Enfin, Irene-sama est une femme incroyable, vous savez. »
« Je le sais, Lilia. Tu es la seule à prendre le parti de moi qui n'ai plus de mémoire. »
« Mais moi... moi, j'ai peur que Claude-sama redevienne le Roi Démon. On vient juste de bien s'entendre, alors s'il redevient le Roi Démon... »
Vraiment digne de l'héroïne d'un otome game : ses répliques, l'inclinaison de son visage, la façon dont elle retenait ses larmes, tout était parfait. Elle aurait voulu en prendre de la graine. Claude fronça les sourcils, l'air embarrassé. Cedric lui tapa sur l'épaule.
« Lilia, ça va. Regarde, le thé que tu as pris la peine de préparer va refroidir. »
« Ah... c'est vrai. Je suis bête, moi, à m'inquiéter tout de suite. Il faut que je devienne plus forte, hein. »
Avec un sourire qui montrait qu'elle refoulait son angoisse, Lilia dit cela.
(... Est-ce que c'est ça, la technique du "recul" dont parlait Isaac... ? Mais si c'est moi qui adopte cette attitude, on me regarde juste avec des yeux suspicieux... Quelle est la différence, au juste ?)
Incompréhensible. Pendant qu'elle penchait la tête dans la garde-robe, le thé commença.
« Ah ? Ces documents... c'est vous qui les avez faits, Claude-sama ! ? »
« Ah, oui. Puisque le travail de Prince héritier est assuré par Cedric en ce moment, je me suis dit que je pouvais au moins proposer quelque chose... C'est encore grossier, toutefois. »
« Pas du tout, c'est incroyable ! L'Impératrice douairière et l'Empereur en seront sûrement ravis. »
« J'espère. »
« Montrez-les-moi plus tard, toi aussi, mon frère. Au fait, pour l'inspection, on signale beaucoup d'apparitions de monstres récemment, donc pour renforcer la sécurité, le parcours a été modifié. »
« Des monstres... »
Au murmure de Claude, Irene aiguisa son regard. Claude baissa les yeux, l'air un peu sombre.
« On a évoqué la possibilité de mobiliser l'Ordre des Chevaliers Saints, mais le commandant est absent en expédition. Même s'il était là, c'est le second fils de la maison ducale Dautriche, et il y a aussi des chevaliers qui ont rejoint l'ordre sous l'influence d'Irene. Le risque de fuite d'informations est trop grand. C'est pourquoi la garde de l'inspection sera assurée par des recrues du cadre civil, aspirants chevaliers, recrutées par appel général. »
« Donc des apprentis chevaliers pas encore entraînés ? C'est dangereux. »
« Ça ira. Comme ils visent l'Ordre des Chevaliers, ils maîtrisent l'épée, et le commandement sera tenu par l'Ordre. En plus, même s'il y a des monstres dans la capitale, ce ne seront que des petits fry. »
Là, Irene vit le coin de la bouche de Lilia se relever imperceptiblement.
(Effectivement, il y aura des monstres pendant l'inspection ! Et en plus, des gros !)
Elle voulait connaître le parcours. Mais Cedric devança sa question.
« Par précaution, on a aussi obtenu de l'Empereur l'autorisation de sortir l'Ordre des Chevaliers Saints, donc ne vous en faites pas. Marks et les autres vrais chevaliers sont bien sûr postés aux points stratégiques. »
« Marks, il est super fort, Claude-sama ! Tu peux être tranquille. »
« C'est vrai... alors je m'en remets à vous. »
Voilà que celui qui avait terrassé ce même Marks d'un seul regard, sans même le regarder, disait quelque chose. L'ignorer, c'est cruel. Bon, même s'il retrouvait la mémoire, Claude ne s'en souviendrait pas de toute façon.
(Ne t'inquiète pas, Marks. Je n'ai pas oublié ta misère.) Elle retint ses larmes et continua d'écouter.
Apparemment, le parcours serait décidé le jour même de l'inspection. Simplement, les principaux lieux de visite étaient déjà fixés, et elle parvint à les apprendre. Ce qui méritait surtout l'attention, c'était le grand parc au centre du troisième secteur. Le parc avec sa grande fontaine servait d'aire de jeux pour les enfants, et y affluaient foule de monde : conteurs de kamishibai, vendeurs de tartes, etc. Surtout, la forêt qui l'entourait était prisée, connue comme lieu de rendez-vous secret où les nobles venaient en cachette. Lilia s'était mise à trépigner en disant qu'elle voulait absolument y aller, et Irene ne l'avait pas manqué.
(C'est un endroit bondé. Il faut que je prépare des contre-mesures avec Isaac et les autres...)
Pour l'instant, elle ne pouvait pas permettre que des victimes humaines soient causées par les monstres.
Pendant l'absence de Claude, protéger les monstres jusqu'au bout était son rôle. C'était l'orgueil d'Irene en tant que fiancée de Claude.