En plein vu de l'ennemi, ils lanceraient l'assaut.
Datia et Renma se demandaient si ce n'était pas un pari bien trop risqué.
S'ils étaient vus en train d'attaquer, l'armée humaine retranchée dans le filon viendrait sans faute à la rescousse.
C'était une évidence.
Pourtant, Nichirin avait délibérément choisi de se montrer en train de mener l'assaut.
« Pourquoi ? C'est bien trop dangereux. Les ennemis qui acheminent les vivres sont ni plus ni moins des renforts. Déjà que ça va être dur, en plus vous voulez leur montrer la scène de l'attaque, c'est impensable. »
« Moi aussi je le pense, Nichirin. Comme ça, c'est juste une guerre d'usure. Cibler seulement les vivres, c'est peut-être facile pour des démons qui volent, mais si on se fait repérer, on se retrouve d'un coup en très mauvaise posture. »
« Si on arrive à faire rien que ça, ça suffit. »
« …… J'pige pas. Explique-toi en détail. »
Nichirin fit un petit signe de tête et se mit à manipuler les poupées d'eau qu'elle avait façonnées.
« Dans ce plan, deux points sont cruciaux. Montrer l'assaut depuis une position hors de portée des attaques de l'ennemi retranché dans la chaîne de montagnes. Et ne détruire que les vivres. »
« …… Vous dites d'laisser les humains tranquilles ? »
« Exact. S'ils n'ont plus de vivres et que leur nombre augmente, la consommation de nourriture va s'emballer. »
La poupée démon attaqua la poupée humaine qui transportait les vivres.
Elle ne détruisit que les chargements, puis s'envola haut dans le ciel.
Au même instant, des poupées humaines déboulèrent de la chaîne de montagnes en renfort.
Ensuite, elle fit pénétrer la poupée démon à l'intérieur de la chaîne.
« Voilà le plan. »
« Haa, je vois. Vous montrez l'attaque pour faire sortir les renforts, et vous envoyez les démons dans la montagne qui s'est vidée de ses humains…… Descendre c'est facile, mais remonter c'est dur. D'ici le moment où ils renverront du monde dans la montagne, les démons auront fait le ménage, c'est ça ? »
« N, nan mais… c'est vrai que… »
« Si les démons fonçaient sur le filon, il suffirait de privilégier la destruction de la nourriture plutôt que celle des humains. …… Cela dit, ce serait trop beau pour être vrai. Prudence oblige, on prépare une parade de plus. »
« Laquelle ? »
« Le cas où l'ennemi ne sortirait pas de renforts de la montagne… »
S'ils constataient visuellement l'attaque, la plupart penseraient qu'ils doivent porter secours.
Mais il faut aussi envisager l'hypothèse où ils perceraient que c'est justement le but recherché.
Cela dit, la parade, dans ce cas, est d'une simplicité extrême.
« Ne rien faire. »
« …… Hein ? »
« "Il ne faut rien faire" serait plus exact. On détruit seulement les vivres, et on bat en retraite avec les troupes qu'on tenait en réserve. »
« Hé, attendez attendez ! Là, ça veut plus rien dire ! Y a quand même autre chose qu'on peut faire, non ? »
« Dans ce cas de figure, on ne vise pas à réduire leurs effectifs. On vise à briser leurs liens. »
« Leurs liens ? »
Nichirin acquiesça et recommença à manipuler les poupées.
La poupée démolissait les vivres, tandis qu'on montrait l'image de l'armée humaine qui ne bougeait pas de la montagne.
Les poupées démons en attente replièrent de concert avec celle qui s'était chargée de la destruction des vivres.
Et ce sont les renforts restés sur place qui finirent par pénétrer dans la montagne.
« C'est ça, non ? Ça finit comme ça, hein ? Regarde bien, Nichirin. Les effectifs ennemis à l'intérieur ont augmenté ! Si en plus on se retrouve dans une situation où on ne peut plus détruire les vivres, avec tout ce monde rentré dedans, c'est pas la merde, ça ? »
« Mais les humains qui ont apporté les vivres penseront forcément : "Pourquoi ne sont-ils pas venus nous aider ?" »
« …… Ah. »
« Hoo… »
Puisqu'ils ont tout vu de leurs yeux, la prise de conscience sera immédiate.
Ils regardaient, et pourtant ils n'ont pas envoyé de renforts.
Dès lors, l'apparition d'une fissure est la chose la plus naturelle qui soit.
Devenir "ceux qui n'ont pas secouru des gens qu'ils voyaient se faire attaquer" alors qu'on a risqué sa vie pour acheminer les vivres, ça suffit à créer du ressentiment au sein de l'armée humaine.
Et si les renforts venaient d'un autre pays, l'effet serait d'autant plus dévastateur.
À cet instant, toute l'eau fut versée sur les fleurs dehors.
Explications terminées, Nichirin posa son regard sur Datia.
« Alors, quoi qu'il en soit ? Même si on n'arrive pas à détruire les vivres, on peut toujours jouer la seconde carte. Quel que soit le scénario, l'ennemi en pâtit. La forme change, c'est tout. »
« …… Une question, si je peux. »
« Autant que tu veux. »
« Si la destruction des vivres rate, que les renforts de la montagne ne sortent pas, et qu'on se retrouve à les avoir laissé entrer quand même… on fait quoi ? »
Même si une brouille éclate, si les vivres et les renforts n'ont pas subi de gros dégâts, tout ça n'aura été que du harcèlement stérile.
On compte bien faire en sorte que ça n'arrive pas, mais mieux vaut prévoir le pire.
C'est certain, l'anticipation est essentielle.
Mais dans ce cas précis…
« Ça veut dire que le plan a échoué. Il ne restera plus qu'à prendre le temps de reprendre le filon aux démons. »
« Hé, ho… Faut pas le dire comme ça, quand même… »
« L'ennemi n'est pas bête non plus. Et le point vital de ce plan, c'est la destruction des vivres. Si on s'y met corps et âme, le plan réussit. Si on n'y arrive pas, c'est l'échec. Il n'y a pas d'autre moyen de limiter la casse. Une fois le plan décidé, il n'y a plus qu'à le réussir, fût-ce au prix de notre vie. …… Renma, la guerre n'attend pas. »
« Haha, c'est vrai que si ça arrive, c'est qu'on a pas été à la hauteur. Bon, on tente le coup. »
Datia sortit une pierre violette de sa besace d'objets magiques.
Elle la croqua, posa un doigt sur son front.
Elle resta silencieuse un moment, puis remit la pierre dans sa besace.
« C'est fait. J'ai fait chercher les renforts qui convoyent les vivres. »
« Je souhaite que la chance vous sourie. »
« Ouais. Je mise sur ton plan, moi. »
*Suu…*
C'est seulement alors qu'Enma entra, accompagné d'Hinata.
« Vous avez l'air de vous amuser, là. »
« Ma foi, tout un tas de choses. Allez, Datia. C'est pour le fer que t'es venu, non ? »
« En effet. Seigneur Enma, pourriez-vous m'en céder une partie ? »
La suite de la discussion se déroula sans accroc, et Datia put obtenir le fer nécessaire à l'assaut.
Comme contrepartie, on lui demanda du sable de fer et de l'acier ; il parut clair qu'il n'avait d'autre choix que de reprendre le filon, coûte que coûte.
Nichirin, qui tablait sur la réussite du plan tant que les démons n'étaient pas trop faibles, attendait avec impatience les nouvelles qu'il apporterait.
Les renforts humains ne devaient pas encore être arrivés, aussi Datia passa-t-il la nuit sur place.
Les communications ayant été lancées, un retour tardif ne posait pas de problème.
Cette nuit-là, les villageois de la Porte des Démons, Datia inclus, virent un oiseau enveloppé de flammes.