« Hnn, attendez ! J'ai vraiment l'impression qu'on m'exécute. »
« Alors restez tranquille. Je vais vous couvrir le visage. »
On me traite comme une cliente indésirable de salon de coiffure. Dans ma vie d'avant, le personnel me couvrait toujours le visage d'une serviette pour le shampooing. C'est un peu triste.
Je me suis retournée et je suis restée immobile. Il a fait mousser le shampooing dans mes cheveux et m'a demandé si la température de l'eau me convenait.
« Oui... »
C'est le paradis. Je me suis vite assoupie sous le contact de ses mains qui me lavaient les cheveux. J'ai trouvé qu'il en faisait un peu trop en me lavant aussi le visage, mais dans l'ensemble, j'étais satisfaite.
« C'est tellement agréable. Vous avez travaillé dans un institut de massage ? »
« Je n'ai jamais fait cela pour personne. »
Mon compliment a eu l'air de lui plaire, et la pression a augmenté.
« Ça commence à faire un peu mal. »
« Je croyais que vous aimiez la manière forte. »
C'est sa spécialité, les remarques à double sens ?
C'est alors que c'est arrivé.
« Quel spectacle ridicule. »
La voix cynique caractéristique de Mathias est venue de quelque part.
Quand j'ai arraché la serviette qui me couvrait le visage, j'ai vu Mathias dans mon champ de vision à l'envers. Il se tenait bras croisés et me toisait.
« Bonjour. Bien le bonjour. »
« Vous saluez qui ? »
À la question de Dante, je me suis contentée de lever les yeux vers lui.
« Oh, le propriétaire du manoir dont je vous ai parlé. »
« ...Assurons-nous que vous alliez bien à l'hôpital aujourd'hui. »
Il a l'air de me trouver un peu bizarre.
J'ai tourné la tête pour demander à Mathias pourquoi il ne m'avait pas sauvée la veille, mais il avait disparu depuis longtemps.
Je suis vraiment devenue quelqu'un d'étrange.
Avant de sortir, j'ai enroulé un foulard autour de ma tête. Des rumeurs malveillantes ont apparemment circulé dans la capitale, alors je dois cacher mes cheveux bruns.
« Il n'est pas nécessaire de cacher vos cheveux. C'est une couleur relativement commune. »
C'était l'avis de Dante, qui portait de fines lunettes cerclées d'argent à ma demande.
Il a l'air très intellectuel avec son feutre de gentleman et son trois-pièces.
« Dante, les lunettes vous vont bien. »
« Cela vous va bien aussi. Ce... foulard. »
Il me complimente par simple courtoisie ?
Nous nous sommes bientôt dirigés vers la grand-place de la capitale à vélo. Dante conduisait, et moi j'étais assise derrière.
Sa taille est fine pour quelqu'un avec des épaules et un torse aussi larges. Très ferme. Ce sont les muscles bâtis par les travaux ménagers...
« Arrêtez, s'il vous plaît. Cela chatouille. »
Il m'a réprimandée parce que j'avais passé mes bras autour de sa taille et que je gigotais.
« Oui... »
Je me suis retenue et j'ai crispé le bout de mes doigts, qui bougeaient tout seuls.
Dante, qui pédalait avec force, a dit :
« Ce vélo peut être imprégné de Puissance magique. »
« Quoi ? Ce n'est pas un vélo ordinaire ? »
« C'est un Outil magique de transport. Nous sommes déjà arrivés. »
Cet homme est arrivé encore plus vite que quand je pédalais moi-même. Pas étonnant que ça n'ait pas pris longtemps malgré la distance.
C'était un vélo spécial. Mais je n'ai aucune Puissance magique ? Si j'en avais, j'aurais obtenu une licence nationale d'Utilisateur de Capacités.
« J'ai pu m'en servir alors que je n'ai pas de Puissance magique. »
« Il devait contenir de la Puissance magique résiduelle. La personne qui l'utilisait avant devait être une Utilisatrice de Capacités. »
Après avoir garé le vélo sur la place, nous sommes allés directement à l'hôpital. Les guérisseurs sont peu nombreux et coûteux, donc les roturiers comme moi consultent en général un médecin généraliste.
Un vieux médecin a examiné ma cheville et mon poignet parfaitement valides, puis m'a lancé un regard qui demandait pourquoi j'étais venue.
« J'ai été un peu blessée quand un voleur s'est introduit chez moi la nuit dernière. Je vais au poste de police. »
J'ai fait passer mes intentions par le regard.
Heureusement, c'était un médecin doté d'une longue expérience et de sagesse.
« Bien, je vais vous rédiger un certificat pour entorses et contusions. Huit semaines, cela ira ? »
« Oui, c'est exactement ça. »
Je lui ai fait un pouce levé sous le bureau, et le médecin m'a enroulé un bandage autour du bras pour la forme.
Après avoir réglé la consultation, nous avons quitté l'hôpital et rejoint le poste de police du pâté de maisons voisin.
J'ai raconté les dégâts de la nuit précédente à l'agent de police, qui semblait souffrir de somnolence postprandiale.
« Donc, vous dites que vous avez été retenue en otage ? »
L'agent apathique se frottait les yeux et bâillait à répétition. Ma confiance s'érodait à chaque bâillement.
« Oui, allez les arrêter immédiatement, s'il vous plaît. »
« Tout le monde est en mission en ce moment, nous manquons d'effectifs. Nous irons demain. Tenez bon un jour de plus. »
J'ai fait une tête ahurie. Pourquoi cet agent est-il aussi irresponsable ? Il croit que ce sont de petits voleurs à la tire ?
Dante s'est alors renversé nonchalamment sur sa chaise et a relevé le menton.
« Puis-je m'en charger moi-même, dans ce cas ? Il se trouve que demain, c'est le jour de la collecte des déchets incinérables. »
Les yeux de l'agent se sont écarquillés devant la remarque dangereuse de cet homme manifestement intimidant.
« Qu'est-ce que vous... »
« Je suis le général de brigade Dante Van Dyke, des Forces spéciales magiques. Même maintenu sous les drapeaux, mon droit de justice sommaire et mon droit d'enquête restent valides. »
Quand il a sorti son insigne de sa poche et l'a présenté, l'agent s'est redressé comme s'il venait de se réveiller pour de bon.
« Ah, mon commandant, je ne vous avais pas reconnu. Toutes mes excuses. Nous serons dépêchés sur place avant ce soir, veuillez patienter. »
Il a complètement changé d'attitude une fois son identité révélée. Il aurait dû faire ça dès le début. Le monde tourne vraiment à l'argent et au pouvoir ?
Je profite d'avoir un excellent homme de ménage. J'ai reniflé d'un air triomphant et je me suis levée.
Ah, attendez une minute. À bien y réfléchir, ça rend mon déguisement inutile. La police sait désormais que je suis liée à cet homme, non ?
J'ai soupiré et laissé retomber mes épaules. Maintenant que j'ai laissé entrer ce révolutionnaire dans mon manoir, il semble que je ne pourrai pas éviter d'être profondément mêlée à lui. Je peux seulement espérer que mes craintes ne se réalisent pas.
Après la déclaration, nous sommes retournés sur la place.
Il m'a offert son bras comme pour m'escorter. J'ai un peu hésité avant de m'y accrocher.
Ouah, son bras est tellement ferme...
« Toucher les choses est une habitude chez vous ? »
« Oui. Ce n'est pas permis ? »
Mes doigts bougeaient tout seuls. J'ai décidé d'assumer sans complexe.
Il a alors hoché la tête comme s'il n'y pouvait rien.
« Alors je suppose que c'est ainsi. Je dois me plier aux désirs de ma maîtresse de maison. »
« Au fait, vous êtes maintenu sous les drapeaux ? Vous aviez écrit "ancien commandant" sur votre CV. Je croyais que vous aviez complètement quitté l'armée. »
À ma question, il a pris un air contrarié.
« Je le croyais aussi, mais j'ai reçu une lettre m'informant de mon maintien sous les drapeaux. L'armée n'a pas l'air de vouloir me laisser partir. »
Je ne voudrais pas le laisser partir non plus, à leur place. Cet homme est un talent incroyable.
En marchant dans la rue, j'ai repéré un café qui vendait toutes sortes de desserts et de boissons, et je me suis arrêtée.
« Dante, vous voulez qu'on y aille ? »
« Entendu. »
Dès notre entrée dans la boutique, une odeur sucrée nous a accueillis. Des parts de gâteau, des chocolats et des viennoiseries étaient exposés en tous genres.
Mais les places ont l'air un peu, disons, très inconfortables. Les petites chaises et les tables basses avaient l'air de rompre en dix minutes sous des gens musclés. Tout le monde était voûté, buvant son thé à grand-peine.
« C'est plutôt... un café tendance... »
J'ai chassé ces pensées inutiles et je me suis approchée du personnel pour commander. Mais est-ce seulement la bonne langue ? C'est écrit dans une sorte de langue ancienne. Je n'ai pas eu d'autre choix que de désigner les gâteaux en vitrine.
« Euh, deux de ceux-là et deux cafés, s'il vous plaît. »
L'employé en tablier a alors joint les mains et laissé retomber ses sourcils.
« Chère cliente, veuillez indiquer l'intitulé exact de la commande. »
« Je... »
Comment veux-tu que je lise ça, espèce de dingue !
À cet instant, Dante s'est approché et a parcouru la carte.
« Pouvons-nous avoir deux φρουλα τορτα et deux καφ ? »
Comment il a fait pour lire ça !
L'employé n'a pas desserré ses mains jointes, même devant la prononciation correcte de Dante.
« Cher client, veuillez rester poli dans vos questions et vos commandes. C'est difficile. »
« S'il vous plaît. »
Dante s'est montré étonnamment patient. Grâce à lui, nous allons pouvoir commander sans encombre. J'ai sorti mon porte-monnaie et j'ai demandé à l'employé combien ça coûtait, puisque les prix n'étaient pas affichés.
« Ils figurent dans le magazine Instellar, publié quotidiennement. Beaucoup de clients demandent seulement le prix sans commander, c'est difficile. Sachez par avance que nous n'acceptons pas les questions sans intention d'achat. »
Ce fils de chien. J'ai envie de le frapper. J'ai dissimulé mes vrais sentiments et j'ai forcé un sourire.
« Faites-moi juste le calcul... »
« Oui, chère cliente. Cela fera 80 000 Give. »
Ils tiennent tant que ça à la politesse qu'ils vouvoient même l'argent ?
Dante a réglé cette somme scandaleuse.
Après toutes ces péripéties, nous avons enfin pu manger le dessert et boire le café, une fois achevé ce difficile processus de commande.
« Dante, merci pour le repas. »
« Hmm, le café est bon. L'orthographe de la carte est un désastre, en revanche. »
Dante, né et élevé en ville, avait l'air habitué à ce genre de choses et n'a formulé aucune plainte particulière.
« Votre bras a l'air d'aller mieux. »
Dante a dit cela en regardant mon bras qui bougeait librement devant la nourriture.
Je me suis gratté la joue, gênée, et j'ai ri.
« Le médecin de l'hôpital où nous sommes allés doit être un maître. Tout est guéri. »
« C'est un soulagement. »
Après avoir fini le gâteau et bu tout le café, je me suis levée pour partir. Le processus de commande était pénible, mais le gâteau était plutôt délicieux, alors j'avais aussi passé une commande à emporter entre-temps.
Avant de quitter le café, je me suis approchée de l'employé pour récupérer le gâteau commandé à emporter.
« Excusez-moi, estimé employé. J'ai commandé un gâteau à emporter, pourriez-vous me l'apporter ? »
« φρουλα τορτα ? »
« Ah, oui, celui-là. »
À ma réponse, l'employé a joint les mains et pris une mine pitoyable. Qu'est-ce qu'il y a encore !
« Nous venons d'être en rupture de stock. Nous l'avons annoncé dans le magazine publié demain. »
Espèce de...
La vie à la capitale est trop dure. Je ne remettrai jamais les pieds ici.
Je me suis retrouvée avec le cerveau de l'ombre comme homme de ménage.