Le choc fut tel qu'un pieu m'aurait transpercé le cœur, et j'en ai presque perdu connaissance.
« H, haak… »
Mes deux yeux et mes deux oreilles m'en apportaient la preuve. Je n'arrivais plus à respirer correctement, j'avais l'impression qu'on m'avait arraché le cœur de la poitrine, et mes se fermèrent d'elles-mêmes pour fuir la réalité.
« C, comme… n'est-ce pas un peu trop ? »
Je voulais refuser ce qui se tenait devant moi. Bien que je sache que c'était faux, je ne pouvais toujours pas le regarder.
« Hé, frérot. Ça fait un moment. »
« Putain de merde… »
C'était un type d'apparence asiatique aux cheveux d'un noir d'encre, contrairement à moi qui les avais légèrement bleu marine. C'était le vrai joueur de ce jeu, celui dont j'avais peur de prononcer le nom.
« Park Sihu… »
« Ouais. Je suis Park Sihu, celui que tu as tué. »
« Tu es un faux. »
« Bien sûr. »
Il s'approcha de moi en grinçant des dents. Sa seule présence intense suffisait à faire battre mon cœur à tout rompre.
« Sauver le monde, hein. Quelle idée intéressante tu as eue. Mais frérot, t'es confiant ? Tu penses pouvoir faire mieux que moi ? »
« … »
« J'ai échoué après avoir tout accaparé. Qui tu crois être, frérot ? Qu'est-ce que tu peux faire avec ta fenêtre de système à moitié foutue ? Tu penses vraiment pouvoir battre Tates Valtazar ? »
Exact. C'était quelque chose dont je n'étais pas sûr non plus.
Park Sihu.
Joueur principal.
Le protagoniste légitime de ce monde.
Bien que ses méthodes fussent mauvaises, le pouvoir qu'il détenait était définitivement réel.
Il avait la force de retourner le monde tout seul. Avant la bataille finale, il était si puissant et hors du commun qu'il n'aurait pas été étrange que d'autres le vénèrent comme un dieu.
Et pourtant, même lui a échoué.
Park Sihu n'a pas réussi à sauver le monde et a été vaincu par Tates Valtazar.
Il a probablement basé sa stratégie sur notre expérience du jeu pour remplir ses préceptes et affaiblir Tates Valtazar jusqu'à le ramener au niveau humain, et pourtant…
« Tu n'aurais pas dû me tuer, frérot. Ce que tu aurais dû faire, c'est me persuader. Tu aurais dû faire de ton mieux pour t'accrocher à moi et retenter le coup. »
« Ma chasteté aurait été en danger, ceci dit. »
« Et en quoi c'est important ? Frérot, tu n'aimes pas sauver les gens ? Tu te sacrifies facilement pour essayer de sauver les autres, alors pourquoi tu ne peux même pas faire ça ? »
D'un geste de la main, le monde changea. Le monde transformé… avait l'air extrêmement paisible.
C'était la scène du générique de fin de ❰Légendes Héroïques d'Arhan❱… qui montrait le monde retrouvant sa paix après la tentative ratée d'amener le Paradis des Ombres.
« Tu vois ça ? C'est le monde qu'on aurait pu avoir, frérot, si seulement tu n'avais pas tué le joueur principal. »
Tu vas échouer. Misérablement.
« Qui se soucie de la mort de quelques PNJ ? C'est rien comparé au grand objectif de sauver le monde. »
« Regarde-toi parler. »
« Quoi ? »
« Une illusion basée sur mes souvenirs, hein. C'est assez intéressant mais… »
J'activai le noyau démoniaque de Sebancia en moi, et concentra la puissance des ténèbres sur mon bras droit.
« Je ne sais pas ce que ce truc essaie de tester, mais tu n'auras pas de réponse différente de ma part. »
Lance Démoniaque des Ténèbres.
L'aura était censée rester dans une arme, mais là, j'avais envie de lancer un poing peu importe le retour de flamme. Cette fois, l'adversaire n'avait pas un Corps Vajra Inébranlable comme Hua Ran, donc je n'aurais probablement que quelques fractures qui guériraient en une journée au pire.
« Hé, putain de fils de pute. Qui tu crois être pour mettre des valeurs arbitraires sur la vie des gens ? Qu'est-ce qui te dit que c'est un jeu et pas la vraie vie ? Et comment tu peux faire des trucs comme ça ? »
Même si je devais revenir dans le temps, je referais certainement la même chose.
– Kwang !
Des fissures apparurent dans la dimension tandis que le monde tangible devant moi commençait à s'effondrer.
Je n'étais pas sûr si c'était à cause de ma réponse ou du poing que j'avais lancé de toutes mes forces, mais ce que je savais, c'était ceci.
« Je vais dans la bonne direction. »
Il n'y aura aucun regret.
Marie Dunareff.
Alicia Arden.
Hua et Ran.
C'étaient les gens que j'avais sauvés, et il y en avait encore beaucoup d'autres que je sauverais peu importe l'inefficacité.
〚Je sauverai le monde.〛
Le monde que je sauve doit contenir tout le monde.
****
Je considérais Park Sihu comme un bon gars.
Il avait été tiré dans un autre monde contre son gré, et avait dû agir en héros qui sauverait le monde. Même s'il était un peu grossier et faisait gamin gâté, je le laissais faire.
Ce que ça voulait dire, c'est que la plupart de mes souvenirs étaient de bonnes évaluations de Park Sihu. Le twist choquant à la fin ne durait que 10 minutes.
« Pas étonnant qu'il n'y avait aucune toxicité dans ses yeux. »
Entendre cette voix m'appeler « Frérot » me donna la chair de poule, mais son illusion n'était rien comparée à celle d'avant. Elle faisait pâle figure à côté de l'expression qu'il avait quand il parlait de son journal de cent mille meurtres.
C'était probablement la limite d'une illusion formée sur mes souvenirs.
« Tu es éliminé. »
Quand je me réveillai, je trouvai Yuel et Lunia debout devant moi. Yuel était une druide, donc c'était normal, mais Lunia…
« Comment t'as fait pour sortir aussi vite ? »
« Un truc sous la forme du vieux parlait n'importe quoi, alors je l'ai tranché. Il était bien trop faible comparé au vrai. »
Par « vieux », elle faisait probablement référence à son grand-père, l'Empereur de l'Épée.
Quant à moi, j'étais comme ça parce que je savais que c'était une illusion, mais il semblait que Lunia n'était même pas sûre que ce soit une illusion quand elle a décidé de trancher son grand-père, ce qui… pourrait être légèrement discutable.
« Et Alicia ? »
Lunia porta son regard derrière moi. Me retournant, je vis Alicia immobile, les yeux vitreux. C'était probablement à quoi ça ressemblait de l'extérieur quand on subissait l'effet de l'illusion.
« Rien d'étonnant vu qu'elle est la plus faible face à ce genre d'illusions. »
« …Je suppose. »
Me retournant vers l'avant, je m'approchai de Yuel, qui semblait agitée depuis un moment.
« D, désolée. Je ne savais pas… que ça existait. »
« C'est pas de ta faute, calme-toi. Au fait, qu'est-ce qui arrive si on ne se réveille pas de ça ? »
« Je pense… qu'on sera expulsé à l'extérieur. »
« C'est pas bon. »
« De toute façon, ça va prendre un peu de temps avant qu'Alicia ne se réveille, alors portons-la et avançons. »
Disant ça, Lunia referma les yeux vacants d'Alicia tout en la portant sur son épaule.
« Elle devrait se réveiller bientôt, non ? » demanda Yuel.
« Tout ce qu'on peut faire, c'est lui faire confiance. Ce qui pourrait être un peu compliqué », répondis-je.
« Alicia serait furieuse si elle entendait ça. »
Après avoir avancé un peu plus, nous arrivâmes enfin au pays secret des druides.
« Waouh~. »
« Hmm. Y avait un endroit comme ça dans cette chaîne de montagnes… »
Devant nous, à une courte distance, s'étendait une ville. Le paysage mystique fait uniquement de nature avait une beauté à couper le souffle.
« Ce sont tous des résidents de la forêt… des druides ? »
« Oui. C'est une ville de druides après tout. »
C'est alors qu'on sentit une présence proche. Lunia et moi portâmes immédiatement la main à nos armes. Une bête apparut d'un endroit qui était assurément l'entrée du pays secret de Findias.
« De penser que vous traverseriez le brouillard aussi vite. On a l'air d'avoir des invités extraordinaires. »
Un magnifique léopard à la fourrure noire luisante parla en langage humain en nous toisant.
« Ça ressemble pas à une bête démoniaque. »
« Une technique secrète de druide, je suppose. »
Nos hypothèses semblaient correctes, vu comment Yuel ouvrait la bouche pour dire quelque chose, pour la refermer aussitôt après avoir entendu nos suppositions.
« Ça doit être tout le monde. Excusez-moi pour mes mauvaises manières. »
Le léopard se changea bientôt en figure humanoïde. Son apparence changea en un clin d'œil en un vieux druide si âgé qu'on aurait dit qu'il lui fallait une canne où qu'il aille.
« Enchantés, jeune druide et amis. Je suis le druide qui protège ce Findias, et je m'appelle Uzkias. »
Uzkias.
C'était le protecteur de Findias, la cachette de l'un des quatre grands trésors, Claiomh Solais, le soleil.
Enfin, nous l'avions rencontré.
****
En suivant Uzkias, nous entrâmes dans les terres mystifiantes de Findias.
Il n'y avait pas un seul bâtiment artificiel, et toute la ville était remplie d'arbres immenses aux racines profondes. Chacun des citoyens avait l'air élégant et mystérieux.
Leurs yeux étaient sur nous, les étrangers. Cependant, il n'y avait aucune hostilité dans leurs regards, ils semblaient simplement intrigués par notre présence. C'était le même regard que j'avais vu sur le visage de Yuel quand on allait parfois en ville manger.
« Intéressant. Une ville faite uniquement d'arbres. »
Ce n'était pas surprenant que Lunia soit impressionnée, car cet endroit appelé Findias était littéralement une ville naturellement formée uniquement de grands arbres épais.
Chaque arbre semblait avoir ses branches entrelacées pour former un abri. Ça serait définitivement dans le Top 15 des maisons les plus intéressantes sur les réseaux sociaux.
« Toutes les maisons sont comme ça pour les druides ? »
« Oui. Enfin, les arbres et les esprits nous font juste nos maisons. »
« Putain. J'en veux une si c'est possible. »
« C'est ce qu'on appellerait une "zone verte¹ Zone verte : Terminologie immobilière désignant une zone dans une ville où la construction est interdite. »though. Ça te va ? T'aimes pas l'argent, M. Korin ? »
« L'immobilier… c'est un investissement à long terme. »
C'était dommage. Mon esprit était déjà parti à réfléchir à construire un complexe ici avec plein de magasins et le développer en attraction touristique mais… ça semblait impossible.
« Par ici. »
En suivant Uzkias, nous entrâmes dans une petite maison d'arbre bien rangée et nous assîmes pour discuter.
« C'est la première fois que je vous vois vraiment. Enchanté, Sage de Findias. »
« Oui, jeune druide d'Avelorn. Je suis désolé pour la tragédie qui s'est produite là-bas. »
« Ça va. »
Yuel était l'une des druides vivant dans la forêt d'Avelorn, qui a été détruite par des hordes de bêtes démoniaques. Bien qu'elles viennent d'endroits totalement différents, Uzkias accueillit Yuel comme si elle était sa parente lointaine.
« Bien. J'ai entendu des esprits qu'une jeune druide cherchait cet endroit. Sur la demande d'un certain Korin Lork, si je me souviens bien. »
« Je suis Korin Lork. »
« Donc tu es Korin Lork. Le karma que tu portes sur tes épaules est vraiment digne d'une saga. »
Uzkias commenta en me regardant. Malgré les rides près de ses yeux, la vitalité dans ses pupilles n'était pas différente de celle d'un jeune homme.
« Alors, jeune héros. Qu'est-ce qui t'amène dans un coin reculé comme celui-ci ? »
« L'Épée du Soleil. »
« Hmm ? »
« Je suis venu trouver l'un des 4 grands trésors laissés par les Danus, Claiomh Solais, l'Épée du Soleil. »
« Comment tu… »
Il me fixa d'un regard perçant, m'examinant malgré sa perplexité.
« J'en ai le droit, parce que je suis ici en tant que première lance de la Reine du Paradis, Erin Danua. »
C'était un mensonge, mais en même temps ce n'en était pas un. J'étais le successeur légitime d'Erin Danua, ma maître. Cela seul était un fait immuable même après mon retour dans le temps.
C'était exactement au moment où je me désignais comme la première lance de ma maître.
« Kukh, hahk ! Hahk ! Kya, ha, he, hi… Ho. »
Avec un rire impossible à oublier une fois entendu, un homme portant un duster entrouvrit la porte en bois et entra.
L'homme mince était long comme un serpent. Son corps était couvert par le long duster, ce qui ne faisait qu'accentuer ses yeux.
Ses yeux étaient fendus et fins comme ceux d'un serpent. Ces yeux violets contenaient une notion de venin différente de celle d'un vampire, et semblaient contenir une dose mortelle de poison.
« Salut, les gamins. »
Il nous salua comme des amis, mais ne cacha pas la lumière féroce dans ses yeux. Je savais qui était cette personne.
« Je m'attendais à ce que quelqu'un vienne, mais pas à ce que ce soit la personne la plus dingue. »
« Tu sais qui je suis, ô fidèle chien de garde de la reine ? Kuhihih… ! »
« Qu'est-ce qui amène M. Dun Scaith, le roi des bêtes, en ce lieu ? »
« La même raison que vous, jeune ami qui a tué Fermack. »
Roi des Bêtes, Dun Scaith.
Le monstre de « Murias », et le roi de l'ombre sombre. Il était connu mondialement comme un célèbre terroriste homme-bête mais…
« Tuer Fermack ? Quoi ? Tu connais notre prof ? »
Tout comme Fermack Daman, il était l'un des sujets du Roi du Paradis, Tates Valtazar, qui serait devenu le maître des mid-boss, Ren et Ron.
« Ne fais pas l'idiot, gamin. Je sens son sang sur toi ; et l'odeur d'un combat à mort intense. Comment quelqu'un d'aussi faible que toi a pu le tuer ? »
« Peut-être qu'il était encore plus faible que moi. »
« Ku, kuhuk ! Kuhuhuhk… ! Fai… faible ! Kukukuk… ! »
Scaith gloussa en tenant son ventre. Après avoir soudainement arrêté son sourire, il me regarda avec des yeux de serpent.
« Il n'y a qu'un seul trône au Paradis des Ombres, gamin. Une ère de ténèbres dévorera le monde et les dieux choisis descendront personnellement sur le monde.
Moi, Dun Scaith le roi des bêtes, je mènerai toutes les bêtes à dévorer votre déesse, sans laisser un seul os… Quand ce moment viendra, je trancherai ta tête et la servirai sur le plus beau des plateaux.
« Regarde mes yeux, gamin, et retiens-le. Ce sont les yeux d'un homme qui dit la vérité. »
J'entendis des gens haleter derrière moi, mais je n'étais pas assez inexpérimenté pour tomber dans de tels pièges.
« Ton haleine pue. Ferme-la. »
« Kuhihirk ! »
Il se mit à grinner comme un fou. Il gloussa en me regardant, avant de se tourner soudain sur le côté avec un claquement.
« Arrête de m'appeler !
« Je t'ai dit de pas m'appeler ! »
Scaith fit une crise de colère. Il n'y avait personne au bout de son regard, mais son éclat était définitivement ciblé sur quelqu'un.
« Oh, désolé les amis. Y'avait un copain bruyant, tu vois. Kuhihihik… ! »
Il recula de quelques pas en gloussant, s'assit de l'autre côté, et rejoignit notre conversation comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? Je suis là pour le soleil aussi. »
« Ouais. J'avais compris. »
C'était la terre des druides. Les druides étaient dans une position neutre, et étaient une force séparée de moi et de Tates Valtazar. Faire du grabuge ici ne ferait que baisser nos chances d'obtenir le Claiomh Solais.
« T'as des ennemis assez inhabituels, Korin. »
« J'espère que ça montre à quel point ma vie est dure. »
Après une courte guerre des nerfs, Uzkias reprit là où il s'était arrêté après une toux sèche.
« Bien que vous vouliez tous les deux le Claiomh Solais, je n'ai pas le droit de vous le donner. Tout ce que je fais, c'est tester si vous avez le droit de poser la main sur le soleil ou non.
En tant que tel, moi Uzkias, protecteur de Findias, je vous donnerai un test approprié. »
« Test ? »
« Hihihi. Test… J'adore les tests. »
Un test, hein.
C'est probablement ce qu'ils ont fait la dernière fois aussi. La plupart des protecteurs des terres secrètes étaient en vie lors de la dernière itération, et étaient tous neutres.
C'étaient des protecteurs de la nature qui ne suivaient ni la reine ni le roi. C'est pour ça que Tates Valtazar ne s'embêtait pas avec les druides non plus.
Ce devait quand même être Scaith qui était venu ici lors de la dernière itération, et le problème c'est que Valtazar possédait les 4 trésors vers la fin. En d'autres termes… ça voulait dire que Scaith avait passé ce test.
« Attendez s'il vous plaît dans vos hébergements respectifs. Je vous dirai le contenu du test après une discussion. »
C'était différent du scénario principal. Ce n'était pas inclus dans l'intrigue originale du jeu, et c'était un incident qui se passait hors du champ d'expérience du joueur.
« J'attends beaucoup de toi, tueur de Fermack. »
Je m'attendais à croiser les sujets du Roi assez vite, mais ce que je n'attendais pas, c'était de devoir les affronter de cette manière.
****
La nuit, je rendis visite à la chambre d'Alicia pour voir comment elle allait. Mon plan était de l'inviter à dîner si elle s'était réveillée de l'illusion.
« Alicia. Tu t'es levée ? »
En ouvrant la porte, je regardai le lit de druides dans la pièce qui ne contenait aucune source de lumière à part la lune. Là, je vis qu'Alicia dormait encore profondément.
Elle ne s'était toujours pas réveillée de son illusion ? J'espère qu'elle ne restera pas comme ça jusqu'au bout.
« Ehew. Réveille-toi d'ici demain… »
C'est quand je me retournai pour aller dîner.
– Tuhp !
Une main attrapa soudain ma manche et m'empêcha de partir. Elle s'était réveillée ?
« Alicia ? Tu es… uahhak ?! »
Elle me tira brusquement vers elle. Ça arriva si abruptement que je me retrouvai plaqué sur le lit sans avoir le temps de me défendre.
« Chut… »
« A, Alicia ? »
Un paire d'yeux flous me fixaient d'en haut. Son visage sous la lumière de la lune arborait un rouge vif.
« …Beau-frère. »
« Hein ? Quoi ? »
Alicia chuchota doucement à mon oreille. Elle fit ensuite semblant de retirer quelque chose de mon annulaire gauche… et continua son murmure.
« Beau-frère… Sœur ne rentrera pas ce soir. »
« Hein ? Pardon ? Quoi ? »
C'était si abasourdissant que j'eus du mal à respirer correctement. Qu'est-ce qui se passait, bordel ?
Malgré mon trouble, Alicia continua de me regarder d'un regard sensuel. Ses vêtements glissèrent sur sa peau… et elle s'effondra soudain sur ma poitrine avec un flop.
– Zzzzzzzzzz
Elle s'évanouit dans un sommeil profond et ne se réveilla plus.
« ????? »
Qu'est-ce qui vient de se passer ?
****
À l'aube, Alicia ouvrit les yeux.
Son dos lui faisait mal et sa tête bourdonnait de douleur à cause du lit sans matelas. En fait, c'était juste une excuse, et elle savait mieux que quiconque la raison de son mal de tête.
« …… »
Tout son corps était lourd, mais sans s'en soucier, Alicia fixa le plafond vide. Le plafond noir sans rien dessus agissait comme un écran qui repassait l'illusion qu'elle avait vue à midi.
Ce qu'elle vit était une famille heureuse et harmonieuse. Les deux personnes qu'elle admirait firent un engagement à vie et partagèrent leur amour. Elle avait douze neveux qui couraient vers elle en l'appelant « tante ».
C'était une forme de bonheur qui ne devrait jamais être brisée. Sa grande sœur était une personne extrêmement diligente, et Korin n'était pas du genre à faire pleurer sa conjointe non plus.
Donc, c'était la fin la plus heureuse possible qui devait satisfaire tout le monde.
Alors… pourquoi ne se sentait-elle pas très à l'aise ? Pourquoi…
『Beau-frère… Sœur ne rentrera pas ce soir.』
– Gliss… !
« UGYAAAAAKKKK !! »
Pourquoi j'ai fait ça ? Pourquoi j'ai dit ça ? Genre, pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ?!
« J, je suis désoléeee… Je suis désoléeee Sœur. M. Korinnn… »
La fille gagna un nouveau secret qu'elle ne pourrait partager avec personne d'autre.
Notes de bas de page :