La « Dame de Fer », ancienne vétéran qui servait l'Académie Merkarva depuis quatre-vingts ans, la dame Joséphine, se tordait les doigts face aux incessantes plaintes.
『Notre Ordre ne peut permettre l'admission de démons à l'Académie ! C'est un crime grave contre l'humanité !』
『La famille royale s'inquiète beaucoup de la politique d'accueil des démons menée sans relâche par le Président.』
『La Tour des Mage vous demande votre coopération pour mener des recherches sur une vampyre vivante.』
『Accueillir des démons comme étudiants ? Vous jouez avec le feu, là.』
Telles étaient les positions de la Vioi Foi, de la famille royale, de la Tour des Mage et de l'Alliance, mais cela ne représentait pas une difficulté insurmontable.
Mis à part la Vioi Foi, rassemblement de fondamentalistes, le Président Eriu tenait bien la famille royale et l'Alliance, tandis que les mage voraces de la Tour pouvaient être négociés.
La Vioi Foi était la seule à opposer une vive résistance, mais ses forces n'avaient rien à voir avec ce qu'elles étaient autrefois.
『Notre Ordre soutient les récentes actions du Président. Je pense que chacun devrait bénéficier des mêmes chances.』
Beaucoup de fidèles avaient fui le carcan corrompu de la Vioi Foi grâce à la révolution religieuse et fondé la Nouvelle Foi. Devenus aujourd'hui la religion principale du monde, ils annoncèrent qu'ils emprunteraient une voie différente de celle de la Vioi Foi.
L'une de leurs idéologies représentatives était leur attitude amicale envers les demi-humains. Grâce à cela, l'Académie avait pu s'appuyer sur le pouvoir religieux pour calmer le jeu temporairement, mais…
« Clara. »
« Président. »
Le jeune homme vêtu d'un costume impeccable et appuyé sur une canne – le Président – vint lui dire au revoir en posant son chapeau haut-de-forme sur sa tête.
« Je devrai partir pour un certain temps, déclara-t-il. »
« Souhaitez-vous que j'y aille à votre place ? »
Le Président allait désormais rendre visite à diverses organisations, accompagné de documents concernant Marie, préparés par les professeurs du département de Magie.
Plusieurs professeurs, dont Ronan, suivraient le Président Eriu et utiliseraient ces pièces justificatives pour prouver que Marie pouvait contrôler son instinct de vampirisme.
« Pour les autres endroits, ça pourrait aller, mais tu ne voudrais tout de même pas te rendre à la Vioi Foi, n'est-ce pas ? »
« … »
Les yeux fermés, Joséphine songea à la chasse aux sorcières frénétique qui avait eu lieu il y a un siècle. Ce paysage brutal de sa jeunesse restait encore parfaitement vivant dans ses souvenirs.
« Veille sur cet endroit pendant mon absence. »
Joséphine se rendit à l'entrée de la ville pour accompagner le Président. Sa magie dimensionnelle ne lui prit que moins de dix secondes pour l'y transporter.
« Si quoi que ce soit arrive, utilise le contact d'urgence. »
« Je le ferai. Je te souhaite un bon voyage. »
Après l'avoir conduit, Joséphine reprit son rôle et continua son travail.
L'une des questions concernait une nouvelle expérience sur une bête démoniaque confiée au professeur Deina, en collaboration avec le professeur Fermack. Comme il s'agissait d'expérimenter une bête démoniaque de grade Unique scellée, il était difficile d'autoriser des enseignants avec moins de dix ans d'ancienneté.
'Ce sera la dixième année du professeur Fermack. Cela devrait convenir de l'autoriser.'
Vint ensuite la requête du vieux Haman, qui travaillait à l'Académie depuis trente ans, incluant ses projets de séance d'entraînement conjointe pendant les vacances d'été. S'agissant d'un événement annuel, Joséphine l'autorisa sans grande hésitation.
« Une expérience sur la régénération d'une vampyre ? Le professeur Jack ? Il se croit toujours à la Tour des Mage ? »
Rejeté.
« Construction du 3e dortoir ? Hum… »
Discutable.
« Autorisation pour un nouveau restaurant ? Eh bien… »
À en juger par la description, il s'agissait d'un restaurant de poisson oriental. On y semblait servir du poisson cru sur du riz, une tendance récente chez les jeunes.
Josépine aurait pu tenir un long discours sur le caractère barbare de manger du poisson cru, mais songeant qu'il s'agissait probablement d'une culture juvénile incompréhensible, elle remit son verdict à plus tard.
'Hua Ran n'était-elle donc pas tant passionnée par cette cuisine barbare ?'
Elle s'était même rendue en ville récemment après avoir demandé un permis de sortie officiel. Compte tenu de son hésitation passée à en obtenir un, craignant de devoir porter constamment un artefact de traçage, on était surpris de voir à quel point elle s'était montrée obéissante.
'Korin Lork…'
Il était évident que le récent changement de l'enfant était dû à ce jeune chevalier.
Il avait mis fin rapidement à l'incident de Marie au début du semestre, livré un combat équilibré contre la Maîtresse d'Épée Lunia Arden et aidé à soumettre l'infâme tueur John Doe. Autant de faits marquants, et récemment, plusieurs débats animés avaient surgi parmi les professeurs du département de Chevalerie concernant Korin Lork.
Il s'agissait de savoir s'ils devaient laisser un élève évoluer à ce niveau sous le label de « grade 5 » ou non.
Josépine s'intéressait aussi à cet élève doué pour une raison légèrement différente.
Un chevalier de grade 5 qui avait arrêté Marie comme s'il l'avait prévue, puis avait livré un combat surprenamment à armes égales contre Lunia Arden. Et après ça, il avait même participé à la chute de l'infâme John Doe.
« …Une demande d'autorisation pour récolter une mandragore ? »
En voyant le nom d'une personne dont elle venait justement de penser, Josépine étudia attentivement la demande.
Mandragore.
La graine échangeable contre cent points lors du cours pratique sur les terrains de chasse était précisément une Graine de Mandragore.
Bien que le professeur Lulara d'Alchimie ait dû expliquer aux élèves comment cultiver les mandragores, la récolte relevait d'une autre problématique.
Car les mandragores ont tendance à pousser des hurlements ridicules dès qu'on les arrache du sol.
Ce cri infligeait même des dégâts magiques. Ainsi, peu importe la robustesse d'un chevalier, ses tympans pouvaient encore éclater, voire entraîner sa mort dans les cas les plus graves.
C'était pourquoi des demandes d'autorisation devaient être soumises au moment venu pour les récolter.
« …Rien de fautif, mais… »
Au vu du risque potentiel lié à la récolte d'une mandragore, il était normal qu'une demande soit déposée. D'ailleurs, Korin avait également joint un plan indiquant comment il la transformerait en ragoût après la cueillette.
La demande présentait aucun vice de forme, mais un détail pesait sur son esprit : l'emplacement indiqué.
« …Ça ne peut pas être ça. »
Savait-il où cela se trouvait ? Joséphine secoua immédiatement la tête en se disant que c'était impossible.
Car seuls elle-même, le Président et… le traître d'il y a quatre-vingts ans connaissaient ce secret.
****
À l'ouest de l'Académie, au-delà de la Grande Bibliothèque Merkarva, se dressait un immense laboratoire très apprécié par le département de Magie.
Situés près du dortoir des étudiants en magie, en avançant vers les laboratoires des professeurs, on distinguait un parfum très prononcé d'herbes médicinales.
« Nous allons récolter les mandragores dans un endroit pareil ? »
demanda Alicia, sceptique, tout en observant avec méfiance la parcelle de terrain vague alentour qui n'abritait que des feuilles mortes. L'endroit dégageait effectivement une aura bien sombre.
« Que sais-tu exactement sur les mandragores ? »
« Hum… Je sais qu'elles hurlent beaucoup quand on les arrache. »
« Exactement. Quand tu récoltes des mandragores, il faut veiller à ce que tes tympans n'éclatent pas. Des boules Quiétives sont indispensables, et il vaut mieux le faire sur une parcelle isolée. »
« Ne serait-il pas préférable de le faire à l'intérieur afin de protéger les alentours des effets du cri ? »
Sa question était parfaitement logique, mais il existait une raison scientifique à l'impossibilité de pratiquer l'exercice en intérieur.
« Tu vois… le son rebondit. »
« … Rebondit ? »
J'ai déjà été fanatique de l'audio. Ayant acheté les meilleurs haut-parleurs de huit pouces et caissons de basses de douze pouces, j'avais calibré la pièce en collant des panneaux absorbants partout autour.
Ce que j'avais compris durant cette démarche, c'est que le « son » se réfléchissait après avoir percuté un mur.
Dès lors, que se passerait-il si le cri d'une mandragore, aussi puissant qu'un sono concert lancé à plein volume, résonnait dans une pièce close ? Et si cette fréquence élevée ajoutait un bonus de dégâts magiques ?
« Ce serait des dégâts de zone infinis… »
« Dégâts de zone ? »
« Oui enfin. De toute façon, récolter une mandragore à l'intérieur revient à se suicider. »
Dans le jeu, cela nécessitait juste quelques clics, alors je n'en étais pas conscient jusqu'à ce que le professeur Lulara, qui expérimentait avec les mandragores, me l'explique lors de la dernière itération.
Elle évoqua une expérience terrifiante ayant tué une bête démoniaque en dix secondes. C'est à ce moment-là que j'ai compris qu'un monstre pouvait mourir à cause de tympans explosés.
« As-tu vérifié s'il y avait du monde aux alentours ? »
« Oui. J'ai apposé des pancartes d'avertissement. Au fait, pourquoi avoir choisi l'arrière du laboratoire ? »
« Parce que personne ne vient ici. »
J'avais choisi cet emplacement derrière le laboratoire occidental de l'Académie. Autrefois entretenu pour cultiver divers organismes magiques, le terrain avait fini par être contaminé à cause d'une erreur lors du test d'un prototype, entraînant son abandon.
…Ou du moins, c'était l'excuse officielle invoquée pour justifier la fermeture du site.
'En fait, un passage secret relie ce lieu au laboratoire souterrain.'
Ce laboratoire souterrain spécial, accessible uniquement à quelques professeurs, abritait toutes sortes de bêtes démoniaques et d'esprits scellés, et cet endroit disposait d'un couloir reliant ladite installation.
Hormis moi, environ quatre personnes seulement dans ce monde connaissaient l'existence de ce passage secret.
Néanmoins, une explication s'imposait pour justifier la présence d'un endroit si hostile au sein du campus académique.
Plusieurs bêtes démoniaques et esprits de grade Unique ne pouvaient être tués physiquement. Prenons l'exemple du Roi de la Montagne de Fer, invulnérable sans compétence spécifique.
Ces créatures devaient être scellées quelque part. Or, étant donné qu'elles seraient volées instantanément si gardées à un endroit quelconque, elles devaient rester sous la surveillance directe de personnes puissantes et consorts, mais…
« Elles ne s'échappent-elles pas de toute façon à chaque fois ? Est-ce que tout ça a vraiment un sens ? »
« Pardon ? »
« Rien. »
Aussi bien lors de ma phase de jeu que pendant la dernière itération, je m'étais trop habitué à voir des monstres forts et scellés déscellés. En fait, le boss final du deuxième arc, le « Roi de la Montagne de Fer », illustre parfaitement ce type d'incident survenant pendant une expérience, n'est-ce pas ?
« On commence. »
« Gnflk ! »
« Ne lance pas ça par derrière, s'il te plaît. »
« C'est pour… nous assurer de rester vigilants. »
Je posai les pots contenant les mandragores. Chacun abritait des variétés or, argent et normales. Enfin, une mandragore était déjà bien loin de la normale.
Quoi qu'il en soit, je sortis une boule Quiétive spéciale, confectionnée à partir de peau de Renard Blanc des Neiges. Alicia et moi en enfilâmes une dans chaque oreille et nous préparâmes.
« Ranger Alicia ! Es-tu prête ? »
« Je suis prête, Capitaine ! »
Les mandragores ne se récoltaient pas seul. Il fallait une personne pour saisir la fleur et arracher la plante, ainsi qu'un assistant pour trancher immédiatement les racines de la tige. Tant que les racines restaient intactes à la tige, la mandragore poursuivrait son hurlonnement ridicule.
« Ouah… Tu trembles ? »
« M-moi aussi, je suis nerveuse. »
C'était ma quatrième tentative de récolte. Lors de la précédente itération, cela nécessitait la collaboration entre moi et M. Park.
Je l'arrachais pendant qu'il la tranchait avec sa magie.
« Ouah… ! Allons-y ! »
« Allons-y ! »
Je saisis la tige de la mandragore plantée et…
« Ça y est ! »
– Fssshh !
Je l'extirpai d'un coup sec.
« Kiiih ? »
Dès que je la dégageai du sol, le visage dénudé de la mandragore apparut. C'était une tronche affreuse, semblable à un bébé nouveau-né ayant vieilli de deux siècles.
« Bonjour, ami ? »
« Kiiih… »
La créature sembla légèrement surprise par la lumière soudaine, mais ouvrit immédiatement la gueule.
« KIEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE——!! »
« Kwaaah ?! »
Son hurlement résonna comme un fou partout alentour. Si c'avait été mon propre enfant qui poussait un tel cri, j'aurais été ravi de sa puissance vocale, et j'aurais pensé qu'il incarnait la réincarnation d'Alexandre le Grand ou un truc dans le genre.
« Fonce maintenant, Alicia ! Aliciiiiia ?! »
C'est ton heure de gloire, véritable Alicia ! Montre-nous cette maîtrise de l'épée capable de rejoindre le Domai… !
– Gnf…
« Alicia ? »
Je ne savais pas quand ça s'était produit, mais Alicia gisait au sol, le visage contre terre et les babines pleines d'écume. En voyant qu'une de ses boules Quiétives s'était desserré, je compris que ses oreilles n'avaient été protégées qu'à moitié.
Cette idiote ne portait pas correctement ses protections auriculaires !
« KIEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE——-!! »
J'étais le seul ici doté d'une protection efficace et à ce stade, je n'avais d'autre choix que de trancher moi-même les tiges des mandragores !
Sortant un couteau de ma poche, je passai la lame d'avant en arrière sur la tige, telle une scie, tandis que le sujet commençait à monter dans les aigus.
« KIEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE——-!! »
« Kouhuk… ! »
Tiendrais-je jusqu'à la fin de la coupe ? La voix de la mandragore s'intensifiait sans cesse.
« Mec, tu crois que tu es doué pour les aigus ou quoi ? »
Œil pour œil, dent pour dent ! Je vais neutraliser ton son avec le mien – je viens de Corée, le pays qui possède IU ! Je vais te montrer ce qu'est un trio d'aigus ! [TLN : Good Day d'IU, célèbre chanteuse coréenne, est réputée pour posséder trois notes hautes consécutives vers la fin de la chanson.] !!
« KIEEEEEEEEEEE ! JE PERDS DES CELLLLLULES DE CEREBELLEEEEEE !!! »
« KIEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE——?! »
– Frac frac !
« KIEEEEEEEEEEEEE———–!! »
« KIEEEEEEEEEEEEE———–!! »
– Frac frac ! Cric !
Tout en annulant le cri de la mandragore avec le mien, je parvins enfin à couper sa tige.
« Kiiihhh… »
Le hurlement s'amortit lentement et je laissai tomber sa vilaine tronche avant de m'effondrer moi aussi sur le sol.
« Haa… Haa… ! »
J'avais l'impression d'avoir les oreilles remplies de sang. Mes tympans auraient-ils un peu souffert ?
Ouais, si je me souviens bien, les mandragores Or Jaune et Argent Blanc étaient nettement plus bruyantes que les normales, pourtant…
« Hé. Lève-toi. »
Tape ! Je tapotai l'Alicia tombée au sol, qui se releva aussitôt.
« Houhkk… ! M-moi, je ne dormais pas ! »
« Comme si… Essuie ta bave avant de dire ça. »
« Groumk… »
Alicia baissa la tête, gênée, tout en essuyant l'écume qui coulait de sa bouche.
« P-pardon… »
« Ne t'en fais pas. Je comptais récolter jusqu'au grade Argent aujourd'hui, mais… »
Pouvais-je lui faire confiance ? En la voyant tituber dès qu'elle fut debout, pour s'effondrer aussitôt, mes doutes grandirent.
– Gloup !
C'est à ce moment-là que j'entendis le bruit d'une chute en hauteur et tournai les yeux sur le côté. Des pancartes interdisant l'accès étaient censées y être affichées, alors pourquoi quelqu'un marchait vers nous ?
« Bonjour, Korin. Que faites-vous deux ici ? »
L'intruse s'avéra en vérité être une personne complètement inattendue. Plutôt qu'une intruse, il serait plus juste de dire qu'il s'agissait d'une invitée surprise.
« Aînée Marie ? N'avez-vous pas dit que vous aviez une expérience au laboratoire aujourd'hui ? »
« Mhm. C'était bruyant, alors j'ai sauté. »
Saute ? D'où ?
Je levai inconsciemment les yeux et constatai que l'une des fenêtres du bâtiment du laboratoire, assez haut, était ouverte selon un angle bizarre.
Ça tourne autour du douzième étage. Elle a sauté d'ici ?
« …Aînée. Vous devriez sérieusement envisager de devenir chevalière. »
« Mhm… Peut-être si tu m'enseignes, Korin. Je t'ai vu trainer avec la cadette Alicia dans les salles d'entraînement toute la journée. »
« Eh bien, c'est parce qu'on est tous les deux chevaliers. »
« Alors, que faisiez-vous deux ici ? »
Sa question sonnait plutôt catégorique. Exagérais-je ? Quoi qu'il en soit, je lui montrai la mandragore morte en l'extrayant du sol.
« Je t'ai dit la dernière fois, non ? Qu'il était temps de récolter les mandragores. »
« Ahah ~ Compris ! »
Ce n'est qu'alors que Marie détendit son visage et bondit vers nous.
« Vous allez extraire le reste aussi ? »
« On a pris un coup aujourd'hui, je pensais le faire plus tard. »
« Avec la cadette Alicia ? »
« Hum… Il nous en faut deux pour ça, donc c'est plus facile pour moi de m'allier à Alicia. »
« Laissez-moi m'en charger à votre place ! »
« Heu, attends. Ça va être dur de couper ça si tu n'es pas chev… »
– Toc !
« Kiiih ? »
« Hmm ~ ? Argent ? Intéressant. »
C'était foutu ! Elle l'avait arrachée trop tôt ! La mandragore Argent Blanc s'apprêtait à lâcher un cri strident !
« KIEEEEE—– »
« Silence. »
« Tic ! »
« … »
« ??? »
M, mais qu'est-ce que c'était que ça ? La mandragore venait de faire un hoquet ?
« Nous avons une ferme de mandragores à la maison, tu vois ~. Même si nous en produisons moins de trente par an, j'en ai beaucoup récolté quand j'étais petite ! »
« Heu… Comment ça explique qu'elles ne hurlent pas… ? »
« Hum… »
Marie porta un doigt à ses lèvres et pencha la tête, avant de lâcher d'un coup, comme si elle n'en était pas certaine elle-même.
« Après cinq années de récolte, elles se contentent de ne plus hurler quand je les extirpe ! »
« Tic ! »
« Hugick ! »
Hum, est-ce que c'était comme lorsque les chiens deviennent dociles en voyant le vétérinaire ?
La mandragore n'osait même plus hurler et faisait des hoquets, le regard sombre.
« Regarde, Korin. Pour les mandragores, tu saisis la tige comme ça. »
Marie utilisa ses mains minuscules, moitié moins grandes que les miennes, pour saisir adroitement la tige et les racines, et fit pivoter le tout d'un coup pour dissocier instantanément la tige.
« Kii… ! »
La mandragore périt avec un unique cri sourd. Son cadavre pendouillait faiblement suite à un décès barbare.
« Korin. Tu vas le mijoter en ragoût ? Ou tu comptes le manger cru ? »
« Hum… Les pétillantes seront mangées crues et la normale servira pour un ragoût. »
« Vraiment ? Ça prendra du temps alors. Cadette Alicia ? »
« Ah oui, oui ! Oui ! Aînée ! »
« Je m'occupe du ragoût, donc en attendant, peux-tu nous apporter autre chose à grignoter ? Hum… De la viande de lapin et des pommes de terre feront l'affaire. »
« Pardon ? Heu… F-faut-il le faire ? »
« Oui. Je te prépare un ragoût de lapin ! »
« Un ragoût de lapin ! Roger, Capitaine ! »
Alicia s'élança rapidement après un salut. Pourquoi avais-je soudainement perdu mon poste de capitaine ?
« Hum… Aînée Marie ? Que dois-je faire ? »
« Tu n'as rien à faire, Korin. »
« …Pardon ? »
« Tu n'as rien à faire. Je m'occupe de tout pour toi. »
Ses paroles… dégageaient un charme étrange qui rendait difficile de les refuser.
Maman.