L’enquête n’avançait pas.
Aussitôt après la chute de la Tour des Mages, Estelle se lança dans une chasse aux sorcières au sein de sa propre fraction. Il y avait un traître parmi les rangs de l’Ordre qui avait fabriqué un artefact capable de sceller son énergie sacrée, et elle était déterminée à mettre la main sur ce rat pour l’interroger personnellement avant qu’il ne trahisse plus leur foi et ne livre la Sainte aux mages.
« Sainte. Le père Morrison, qui devait être interrogé aujourd’hui… a été retrouvé mort. »
« Encore ? »
« …Toutes mes sincères excuses, Sainte. »
Des membres de l’Inquisition jusqu’aux prêtres subalternes, chaque fois qu’Estelle s’apprêtait à les soupçonner, ils étaient soit retrouvés morts, soit parvenus à fuir le Royaume. Et même ceux qui avaient réussi à s’enfuir avaient peu de chances d’être encore en vie.
Le rat qui l’avait trahie semblait occuper un rang très élevé pour orchestrer tout cela. Elle commençait à sérieusement envisager qu’il s’agisse au minimum d’un cardinal.
Quand vous menez vos enquêtes, passez aussi par les cardinaux. Ils doivent bien être à ce niveau pour s’offrir un objet de cette taille pour un usage personnel.
Non. Ça ne peut pas être ça.
Les cardinaux étaient des hommes de haute foi, dont la dévotion avait été vérifiée. Comment auraient-ils pu trahir la Sainte bénie par les dieux ?
Si tel était le cas, ils ne devraient même plus pouvoir utiliser leur énergie sacrée, preuve vivante de leur croyance…
« Je dois voir Sa Sainteté. »
La position de Sainte ne lui permettait plus de mener ses propres enquêtes. Avec la probabilité élevée qu’un haut prêtre de l’Ordre soit le traître, elle avait impérativement besoin de l’autorisation du pape.
« Bienvenue, Sainte Estelle. »
Estelle se rendit auprès du pape Sicarii pour formuler sa requête, mais il répondit par la négative.
« Cela sera impossible, Sainte. »
« …Pour quelle raison ? »
« Il est impensable qu’un traître se cache parmi les cardinaux. Tous sont des croyants pieux dont la foi a été validée. Vous souvenez-vous de la Fête Solennelle qui a eu lieu juste avant votre enlèvement ? »
Il avait raison. Chaque année, une cérémonie se tenait sur la terre sacrée où les hauts prêtres se portaient volontaires pour soigner les malades. Cette année-là, elle avait eu lieu quelques jours avant la disparition d’Estelle. Un grand événement qui mobilisait non seulement les cardinaux, mais aussi la Sainte et le pape, afin de prier pour et de purifier les malades, les blessés et les possédés par des esprits démoniaques.
À la connaissance d’Estelle, aucun des dix-huit cardinaux n’avait été incapable d’invoquer son énergie sacrée lors de cette scène.
« Leur foi est intangible. »
Il disait la vérité. Son regard, habitué à discerner les mensonges, lui confirma que le pape ne mentait pas.
« Ce qui s’est produit est malheureux, mais comment pouvons-nous tourner le dos à la volonté divine ? »
Encore une fois, il disait la vérité.
« Le coupable pourrait provenir de l’Ancienne Foi. Ils maîtrisent eux aussi une technique similaire. »
« Hein ? »
« Sainte ? »
« Ri, rien. Veuillez continuer. »
Qu’était-ce donc que ce sentiment bizarre ? Estelle s’y attarda un instant, mais d’autres questions arrivèrent.
« Les cardinaux sont tous innocents. Aucun haut prêtre, du moins au sein de notre Ordre, ne porterait atteinte à la Sainte. »
Un mensonge…
« Mais… nous ne pouvons pas l’affirmer avec certitude, n’est-ce pas ? Un fanatique aurait peut-être trahi sa foi pour… »
« Une telle hypothèse est impossible. »
Vérité.
Estelle était perplexe.
En tant que Sainte choisie par les dieux, ses sens dépassaient ceux d’une humaine ordinaire.
Son regard pouvait discerner le vrai et détecter le faux. Or, le pape, censé atteindre l’apogée de la foi, venait de mêler vérité et mensonges, ce qui la désorientait profondément.
C’est pourquoi elle ajouta une nouvelle question.
Une question audacieuse, formulée dans l’espoir de se rapprocher de la vérité.
« Votre Sainteté. Pensez-vous vraiment qu’aucun cardinal ne soit un traître ? »
« Aucun. Leur foi est attestée par leur énergie sacrée. »
Un mensonge, suivi d’une vérité.
Estelle saisit fermement l’ourlet de sa robe.
« Je comprends. Je vérifierai alors s’il y a des espions de l’Ancienne Foi parmi nous. »
L’homme devant elle lui mentait. Après avoir pris conscience de cette réalité, Estelle maintint son visage impassible et contraignit ses lèvres à esquisser un sourire naturel.
« Ne devriez-vous pas regagner la capitale ? Laissez-moi gérer la suite et reposez-vous convenablement au palais. »
Dès qu’elle sortit de la salle d’audience, Estelle dut se retenir de plus tomber sur ses genoux. Rien n’était certain ; aucune preuve, aucun motif logique ne se dessinait clairement à son esprit.
Pourtant, son instinct inné et son intuition… l’intuition de cet enfant élu des dieux pointaient vers une seule conclusion.
Le pape était un traître.
…Seigneur.
Soudain, un souvenir du passé refit surface – ce moment précis où elle avait senti la Divinité du Soleil. Ses pensées, qu’elle avait rejetées à l’époque, remontèrent à la surface d’une manière qu’elle ne s’expliquait pas.
« Je suis dans un petit… pétrin. »
Je pus immédiatement identifier la nature de ce pétrin.
Après notre victoire contre la Tour des Mages, elle était rentrée au sein de l’Ordre, jurant de traquer les traîtres de la Nouvelle Foi.
La raison pour laquelle elle paraissait si abattue devait être qu’elle prenait maintenant conscience d’une partie de la vérité.
« Il nous reste du temps avant le banquet, non ? On peut discuter un instant ? »
« Bien sûr. »
Nous nous assîmes sur le canapé.
« Les choses ne se passent pas bien dans l’ouest ? »
« …C’est déjà visible comme ça ? »
« Un peu. Je me disais simplement qu’il n’y avait pas d’autre souci majeur pour toi en ce moment, Ton Altesse. »
« Huhu. Je t’ai pourtant dit de m’appeler Noona… »
Sa voix manquait de son énergie habituelle. Comme prévu… tout se déroulait exactement selon le scénario initial.
« Regarde ceci, Junior. »
Soulevant sa main droite, elle transforma l’énergie sacrée qui coulait en elle en une sphère de lumière. Une manifestation d’énergie sacrée, chose aussi naturelle pour elle que de respirer.
« Que penses-tu être l’énergie sacrée ? », demanda-t-elle.
« N’est-ce pas la preuve de la foi ? »
C’était à la fois vrai et faux. La foi et la croyance… la question résidait en fait dans l’origine et la source de ce pouvoir.
« Si l’énergie sacrée est la preuve de la foi, l’origine doit nécessairement être ce « Seigneur » en qui nous croyons, n’est-ce pas ? »
« J’imagine que oui ? »
Je n’avais nullement l’intention d’engager un débat théologique avec une religieuse, mais c’est alors qu’elle me surprit par sa réponse.
« Tu vois, je ne crois plus en ce « Seigneur », pour l’instant. Honnêtement, je m’en suis même légèrement détournée. »
« Quoi ? »
« J’ai vu autre chose… et j’ai cherché Dieu chez une autre existence. »
Que voulait-elle dire ? Même si Estelle était la Sainte Rebelle, elle n’était pas le genre à renier son dieu. Comment pouvait-elle se détourner de son « Seigneur » ?
« Et pourtant, cette énergie sacrée ne m’a pas quittée. Elle est toujours aussi présente qu’avant. Les traîtres qui m’ont livrée en subiront probablement la même chose. »
D’une voix sérène et posée, elle remettait en cause la foi tout en expliquant comment elle conservait son énergie sacrée malgré ce renoncement.
« N’est-ce pas étrange ? Comment des non-croyants du « Seigneur » peuvent-ils encore canaliser l’énergie sacrée ? »
Elle posait là une question épineuse : si l’énergie sacrée était la preuve de la foi, la foi ne devrait-elle pas précéder l’énergie ?
« Peut-être que… le dieu, le « Seigneur », diffère de ce que nous pensions jusque-là. »
Je connaissais la vraie réponse à cette interrogation.
Dans ce monde, les seuls êtres pouvant prétendre au titre de dieux étaient les Titans du Ciel qui avaient façonné la terre, et les Danaans qui l’avaient décorée et enrichie jusqu’à l’état actuel.
Ceux qui veillaient sur le monde avant l’arrivée des humains chassés par les Goidels – des êtres conceptuels portant en eux la divinité de ces terres.
Danaan de la Lumière, Lugh.
Danaan de la Terre, Dagda.
Danaan du Soleil, Nuada.
Que la lumière chasse l’obscurité.
Que la terre accorde une moisson abondante.
Que le soleil purifie tout mal….
La foi permettait aux fidèles d’accéder à ces principes, et l’accumulation de tels concepts finissait par constituer un dieu dans ce monde.
Pourtant, les Goidels avaient chassé les dieux ; ils les avaient tués et rejétés.
La terre avait perdu sa divinité et devenait stérile. Le monde fut pollué par des créatures maléfiques, et ce n’est qu’après avoir oublié les dieux mêmes qu’ils avaient expulsés que les humains commencèrent de nouveau à croire en « Seigneur ».
Parmi des milliers de fidèles, seuls ceux dont le sang d’un Danaan ou d’un Titan coulait faiblement furent capables d’éveiller leurs talents et d’accéder au rang de haut prêtre.
Au final, l’origine véritable de la foi résidait dans la Divinité des Danaans.
Telle était l’histoire mythologique cachée des Légendes Héroïques d'Arhan. Le monde était condamné à sombrer dans le chaos dès que cette révélation serait publique.
Même dans la dernière itération, Park Sihu et moi avons dû y réfléchir longuement.
Et si nous révélions l’existence des Danaans dans le but d’écraser les factions religieuses ? Le problème était qu’il était impossible de répandre cette croyance ou de la prouver, et surtout…
Les adeptes du Paradis… les hauts prêtres de l’Ancienne et de la Nouvelle Foi le savaient déjà.
La raison pour laquelle ils pouvaient toujours utiliser l’énergie sacrée après s’être détournés du « Seigneur », c’est qu’ils avaient simplement changé l’objet de leur adoration, passant du « Seigneur » aux « Danaans ».
« Que vas-tu faire ? »
« …Je ne sais pas. Je récolte toutes sortes de preuves qui contredisent ce en quoi j’ai cru toute ma vie. »
Que ce soit dans le jeu ou lors de la dernière itération, Estelle réussit à découvrir les aspects sombres de la Nouvelle Foi, mais n’eut jamais le temps de régler le problème.
De même, lors de la précédente boucle, elle finit par comprendre la vérité derrière la trahison des cardinaux et celle du pape, mais ne put intervenir avant la bataille finale.
Si la même chose se reproduisait cette fois-ci…
Rien n’est certain, mais ça vaut le coup d’essayer.
« Sainte… enfin, Estelle-Noona. »
« Hein ? E, est-ce que tu viens de m’appeler « Noona » ? »
Les yeux écarquillés, elle s’attendait visiblement peu à ce que je la désigne ainsi. Si elle me portait réellement de l’intérêt et si nous avions effectivement tissé un lien de confiance durant notre fuite…
« Pourrais-tu me consacrer un peu de temps à la fin du banquet ? »
« …Tu sais quelque chose ? »
« Tout dépendra de ta décision, une fois que tu auras vu les choses par toi-même. »
Accepterait-elle la vérité ? Si oui, quel serait son avenir ?
J’eus une intuition étrange : quel que soit son choix futur, elle ne deviendrait jamais mon ennemie.
Le banquet royal débuta. Nombreux nobles, chevaliers et mages furent convoqués, et leurs titres, statuts et régions respectives furent présentés.
« Korin. Notre tour approche. »
« Aiya~. Je ne pensais vraiment pas un jour assister à un banquet royal juste avant l’entrée de la famille royale. »
Notre entrée était prévue en toute fin de procession, uniquement précédée par celle de la famille royale.
« Kuhum… ! Tais-toi ! »
« Allons, chéri. Pourquoi traiter notre Korin comme ça ? »
« H, chérie ?! »
Le duc Marde se recroquevilla aussitôt après la réprimande de la duchesse Elencia. Cet homme faisait manifestement peur à toute sa famille.
Quant à la raison pour laquelle j’entrais aux côtés de Marie et du couple ducal…
« Korin peut simplement rester à mes côtés ! Nous sommes partenaires, après tout ! »
Tout simplement parce que je faisais fonction de partenaire officiel de la fille de la maison Dunareff lors de cette réception.
« Nous lierons-nous les bras alors ? Tout le monde semble le faire. »
« Haht ! O, on lie ? C, croise les bras ? Juste ça ? C’est normal, hein ? O, oui ! C’est courant pour un gentleman d’accompagner une dame… ! »
Marie parlait les joues rougies. C’était pourtant quelque chose de parfaitement banal, et je ne comprenais pas pourquoi elle était si gênée.
« M, misérable ! Comment oses-tu essayer de draguer Mari… ! »
« Je trouve toutefois normal de tenir la main de son partenaire. »
« Eeeek… ! »
Le visage du duc Marde passa par les couleurs d’un métal en fusion, mais conformément au protocole que je connaissais, je gardai mon aplomb.
« Oh, tu dois avoir beaucoup travaillé. »
Contrairement à son mari, la duchesse Elencia sourit et claqua brièvement des mains.
« C’était attendu de notre gendre… eh, désolée, pas encore officiellement. »
« Chérie ? Chérie ?! »
La duchesse continua sans prêter attention à son époux.
« Prends soin de Marie. C’est la première fois qu’elle assiste à un événement social accompagnée d’un homme de son âge, tu sais. »
« K, kuhum… J’en prendrai note. »
La belle duchesse, parfaite copie d’une version vieillie de Marie, murmura avec un sourire rusé.
« Au fait, quand tu entreras dans une chambre de repos à numéro impair du deuxième étage de la salle de banquet, une lumière rouge s’allumera, et le protocole veut que tu ne te mêles pas de ce qui s’y passe. »
« Pardonne-moi ? »
E, euh… Je le savais déjà, mais pourquoi m’indiquer ça… ?
« J’y ai souvent venu avec mon mari lorsque nous étions jeunes. C’est là-bas que nous avons donné naissance à Mari- »
« M, maman ?! »
A, ah… Quelle franchise directe. Cette famille va bien ?
« Qu’as-tu ? Maman aspire maintenant à devenir grand-mère. Je t’ai eu quand j’avais ton âge- »
« Chérie. S’il te plaît. Arrête-toi là. Je m’excuse », intervint le duc Marde.
« Viens… Mari est majeure maintenant. Ce n’est pas gênant d’en parler non plus, hein ? »
« B, c’est vrai que je suis majeure, mais Korin attend encore un an, d’accord !? »
« Ah~. Pas de souci. Contrairement aux femmes, les hommes sont généralement mieux tolérés même s’il circule des rumeurs obscènes à leur sujet. »
« Maman ! S’il te plaît… ! »
Quelle famille incroyable. Personnellement, je serais tentée de soutenir la mère.
Les Dunareff menaient cette conversation stupéfiante lorsqu’un serviteur du palais s’approcha de nous.
« Mon Duc… L’heure est venue. »
« Kuhum… Nous sommes prêts. »
Finalement, c’était notre tour.
« Le vicomte de Crancia, le comte de Card Riole, le marquis de Rangol et – entre autres – le duc de Dunareff, propriétaire de deux millions d’hectares de terres, 5,6 millions d’hectares de cultures, protecteur de 25 cités, 47 mines et 67 exploitations agricoles, le duc Marde Dunareff, ainsi que le haut chevalier officiellement approuvé par la cour royale, seigneur féodal de Card Riole, chevalier gardien de Vanane et la duchesse de Dunareff, sir Elencia… ! »
… Long.
Pourquoi donc aussi long ?
Même en étant le soi-disant Empire du Sud, fallait-il vraiment passer par tant de formules protocolaires à chaque fois ?
J’avais assisté à des banquets lors de la dernière itération, et j’avais entendu plusieurs présentations de nobles avec de longs titres et possessions, mais c’était la première fois que j’entendais une annonce prendre autant de temps. Pourquoi cette fois-ci… Ah.
Les Dunareff s’étaient sans doute repliés sur le sud depuis la disparition de Marie ou un incident similaire. Il n’y avait eu aucune mention officielle les concernant depuis…
Le huissier enchaîna ensuite avec les titres de Marie.
« Le baron de Collon, le comte de Mongwol, un gardien de grade quasi-unique approuvé par la cour royale et– »
« Baron ? Comte ? », demandai-je.
« Kuhum… ! Je les ai hérités quelques années plus tôt que prévu à cause de la fiscalité… »
Des abattements fiscaux, hein. Compris.
L’énumération pour Marie était également assez longue.
« – entre autres – la fille aînée de la lignée Dunareff, Grande Mage Marie Dunareff et– »
Ho ? On la considérait déjà comme une Grande Mage ? Honnêtement, Marie n’avait pas encore atteint ce niveau, sauf si on parle exclusivement de puissance destructive… Mais ils la nommaient probablement ainsi par respect envers sa famille.
Enfin, ce fut mon tour ensuite en tant que partenaire. Possédant moi-même quelques titres, j’étais curieux de connaître la présentation !
« – et son partenaire, le baron Korin Lork. »
……
……
Bon… Je vois comment ils jouent le jeu. Un grade 1 ne mérite même pas d’être mentionné, huh ?
« Ahht… Korin, c’est louche. Pourquoi ne parlent-ils pas de ton statut de gardien et du fait que tu sois un Magistrat de grade 1 ? »
« Hmpf ! Une annonce pour ton titre de baron obtenu gratuitement amplement suffit. Allons-y. »
-SLAP!
« Ahkk… ! H, chérie ? »
Le duc Marde se retourna sous le choc pour regarder la duchesse Elencia qui venait de gifler son dos… Enfin, c’était plutôt une tape sonore.
« Je n’arrive pas à croire que tu aies choisi ce moment au lieu de sauver la face de ton gendre. »
Euh… techniquement, je ne suis pas encore son gendre, mais…
Sans se soucier des détails, Elencia interpella le garde-porte qui nous observait avec un regard semblant demander : « Pourquoi n’entrez-vous pas ? »
« Toi. »
« Oui ? »
« Recommence. »
« Excusez-moi ? »
Son visage semblait demander : « Je dois répéter la présentation ? » Mais la duchesse resta ferme.
« Présente, mon gendre, à nouveau. »
« Ah, o, oui madame ! »
E, je ne suis pas votre gendre, pourtant ?
« B, bah… ! Un haut-chevalier approuvé par la famille royale et… ! »
« Pas comme ça. Commence par le fait qu’il est le partenaire de Mari. »
« Ah… oui ! Le PARTENAIRE de Lady Marie Dunareff… ! Un haut-chevalier approuvé par la famille royale, un Magistrat de grade 1 ayant à son actif des exploits incroyables et– »
………
……
…
Ce n’est qu’après cette présentation embarrassante que nous pûmes finalement entrer dans la salle du banquet.
J’étais particulièrement gêné d’être ainsi réduit à néant après avoir été salué comme maître de la meilleure Guilde de Gardiens de l’univers entier, tandis que le duc Marde affichait un air contrarié après s’être fait gifler pour avoir agi comme un adolescent face au petit ami de sa fille.
Alors que le duc Marde et moi arborions des expressions patibulaires, les deux dames du duché semblaient, elles, extrêmement satisfaites.
« Voilà bien mon gendre. »
« A, ahht… M, maman. Ne dis pas ça… Il n’est pas encore le gendre… yet~. Hehe… »
« … »
« … »
En observant les deux jeunes gens descendre le tapis rouge le visage fier, le duc Marde et moi restâmes silencieux un moment, jusqu’à ce que je rompe la glace.
« On ira boire un verre plus tard, Père ? »
« Je ne suis pas ton père. »
Quoi qu’il en soit, nous étions enfin au banquet royal. Recevoir les projecteurs et voir toutes nos réalisations reconnues, être nommé héros officiel du royaume… n’était pas si déplaisant.
Je pénétrai dans la salle de banquet bras dessus bras dessous avec Marie, et aperçus une beauté aux allures familières vêtue d’une séduisante robe noire en discussion avec la personne à ses côtés.
Renya Claire.
Elle faisait partie de notre guilde et dirigeait une section de la Guilde du Renseignement. L’interlocutrice qu’elle abordait portait une robe au premier abord simple.
Cette femme n’était autre que l’officière gouvernementale de grade 4 du royaume, Ednar.
Sa véritable identité était celle d’une dominatrice contrôlant les bas-fonds de la capitale.
Lors de la dernière itération, deux personnes avaient tenté de m’assaillir. L’une avait échoué, l’autre avait réussi.
Ednar était celle qui avait échoué.