Boum !
La baleine géante qui survolait le ciel s'écrasa lourdement à la surface du lac, à une centaine de mètres du canot rapide.
Le fracas fut énorme, soulevant des vagues titanesques qui déferlèrent en tous sens avec un rugissement assourdissant !
Le spectacle n'avait rien à envier à un raz-de-marée.
De larges gerbes d'eau pleuvaient du ciel. Le lac, fou et démonté, était devenu l'épicentre du raz-de-marée, effrayant le vieux capitaine qui manœuvra à toute allure pour virer de bord. Il profita de l'inertie de la vague pour éloigner leur embarcation de la baleine.
Même si les baleines géantes étaient naturellement pacifiques et ne chassaient pas les humains, leur seule présence imposait un respect mêlé de crainte. Rien qu'en se déplaçant avec nonchalance, elles pouvaient générer des forces terrifiantes.
Ce petit canot rapide n'aurait tenu le choc.
Wouuuu~
Celle qui venait de plonger dans le lac poussa un nouveau cri retentissant et balaya l'air d'un coup de queue.
Gao Jing, tenant à la main sa lance en fer noir, perçut vaguement quelque chose. Il eut le sentiment que cette baleine géante se moquait du canot qui prenait la fuite, ravie de son vilain tour.
Cette intuition ne relevait pas simplement de son imagination. À travers les cris de la baleine, il parvenait réellement à saisir ce que pensait le colosse.
C'était incroyablement étrange.
« Papa ! »
Le jeune matelot s'écria, le visage pâle. « Elle revient ! »
Peut-être n'avait-elle pas encore assez ri, ou peut-être rencontrait-elle rarement une créature aussi amusante, mais la baleine géante se mit à nager au côté du canot. Elle hocha la tête et remua joyeusement la queue en leur courant après.
En dépit de ses intentions inoffensives, ses manoeuvres remplissaient d'effroi le père et son fils.
Pire encore, le vent sur le lac faiblit davantage à cet instant précis, faisant chuter la vitesse du bateau.
Ils risquaient à nouveau de se faire rattraper par la baleine !
Dans ces conditions, Gao Jing décida de ne plus rester spectateur.
Bien entendu, il n'envisageait nullement de combattre la baleine ; après tout, elle ne faisait que jouer.
Gao Jing s'appliqua à canaliser son énergie spirituelle, envoyant des ondes de bienveillance et de paix vers la baleine géante qui les suivait.
L'Art de Raffinage de l'Esprit Shan Yue qu'il cultivait avait atteint le quatrième étage montagne. Sa force spirituelle était désormais suffisamment puissante pour rayonner vers l'extérieur, capable d'influer sur le réel à une certaine mesure.
C'était de la pensée spirituelle pure !
Si sa puissance de pensée spirituelle actuelle n'atteignait pas le niveau nécessaire pour briser des techniques de combat contre des adversaires, elle suffisait largement à transmettre ses pensées à des êtres doués d'intelligence.
La seule limite résidait dans la portée de cette transmission.
Les bêtes monstrueuses différaient des bêtes sauvages. La plupart possédaient un degré d'intelligence, certaines même égalant celui de l'homme.
Une communication était donc envisageable.
Seule restait la question de savoir si la baleine géante capterait son « signal » et mettrait fin à ce jeu dangereux.
Gao Jing n'en était pas certain.
Mais à l'instant suivant, quelque chose de merveilleux se produisit.
Dès que Gao Jing lança sa pensée, il reçut aussitôt une réponse de la baleine.
C'était une présence d'une étrange complexité, informe et insaisissable, mais indéniablement réelle, et non une pure illusion.
« Qui es-tu ? »
Gao Jing mit cinq bonnes secondes pour « traduire » précisément la réponse de la baleine.
Pouvoir communiquer directement, c'était formidable !
Son moral remonta d'un coup. « Je suis humain. »
« Je connais des humains », répondit la baleine. « Tu veux jouer avec moi ? »
Gao Jing resta sans voix.
Il comprenait enfin : il avait fait face à un bébé baleine géante !
Ce spécimen n'était clairement pas un adulte ; ses pensées étaient vives et enfannines.
Elle était entièrement obsédée par le jeu !
En comprenant cela, la chair de poule lui monta le long du corps. « Nous sommes trop petits pour jouer avec toi. Pourquoi ne cherches-tu pas les tiens ? »
Au regard des Géants, les habitants de l'Abîme semblaient démesurément petits. Et les Géants eux-mêmes n'évoluaient pas à la même échelle que les baleines géantes.
Même en poussant la puissance de son Totem Titan à l'extrême, confronté à ce jeune colosse, Gao Jing se sentait à nouveau réduit à une taille infime.
La baleine mis quelques instants avant de répondre. « Je me suis séparée de ma harde. Je ne retrouve pas ma famille. »
Ses pensées émanaient une tristesse et un désarroi profonds.
Gao Jing lui-même éprouva une pointe de pitié.
Il ne put s'empêcher de demander : « Depuis combien de temps es-tu séparée des tiens ? »
La baleine répondit. « Depuis que le soleil s'est levé. »
Cela ne faisait pas longtemps !
Gao Jing réfléchit un instant. « Peut-être puis-je t'aider à retrouver les tiens. »
La baleine s'illumina. « Vraiment ? »
« Je vais essayer. »
Emporté par un caprice soudain, Gao Jing décida d'aider cette baleine géante égarée à renouer avec sa harde.
Il ordonna au vieux capitaine de stopper.
Le vieux capitaine ignorait que Gao Jing venait de converser avec la baleine, mais il n'aurait jamais osé désobéir à un tel ordre. Tremblant légèrement, il fit baisser les voiles au garçon.
La baleine géante approcha lentement, telle une chienne abandonnée retrouvant un étrange bienfaiteur.
Elle plaça tout l'espoir d'une réunion familiale sur Gao Jing.
Le plan de Gao Jing était des plus simples.
Il regagna immédiatement le Monde Principal.
De retour dans le Monde Principal, Gao Jing contacta Xu Chengzhi.
Xu Chengzhi était l'héritier du grand clan Xu à Pékin, futur patriarche de la lignée. Il avait également pris la relève de Shen Qian, l'intermédiaire précédent de Gao Jing. Grâce à lui, Gao Jing jouissait d'un accès direct aux plus hautes autorités, capables de faire remonter ses demandes jusqu'au sommet de la chaîne décisionnelle.
Cette fois-ci, Gao Jing sollicitait un lot complet d'équipements militaires de renseignement sans pilote.
Plus précisément, un drone de reconnaissance autonome.
Lors de sa première incursion dans le Grand Monde, il avait eu recours à un drone civil modifié pour sonder la zone.
Mais un appareil civil n'avait rien à voir avec le matériel militaire. Pour aider la baleine à retrouver sa harde, des outils de renseignement militaires s'imposaient comme la meilleure solution.
À peine instruit de la demande de Gao Jing, Xu Chengzhi obtint rapidement l'autorisation hiérarchique.
Un ensemble complet des équipements de renseignement militaire les plus performants fut livré secrètement à Gao Jing, dans les plus brefs délais.
Du personnel militaire spécialisé l'accompagnait pour assurer le transfert.
Leur rôle était de l'aider à maîtriser parfaitement l'utilisation du matériel.
La capacité d'apprentissage de Gao Jing surpassait celle d'une personne normale, voire d'un génie commun.
Il assimila les procédures à une vitesse phénoménale.
Une fois qu'il eût parfaitement intégré le fonctionnement de l'équipement, Gao Jing ne se pressa pas de revenir dans le Grand Monde.
Soucieux des contraintes opérationnelles régnant dans le Grand Monde, il soumit une nouvelle requête aux autorités : intégrer l'équipement de renseignement à son Armure du Dieu de la Guerre, afin de pouvoir piloter le drone depuis l'intérieur du cockpit.
Cette demande fut également acceptée.
Après près d'un mois passés dans le Monde Principal et l'obtention des nouveaux modules, Gao Jing regagna définitivement le Grand Monde.
Il était, bien sûr, revenu sous sa forme originelle, pilotant son armure divine. Le spectacle stupéfia le capitaine et son fils.
Gao Jing ignora complètement leur réaction. Il sortit aussitôt le drone de reconnaissance de son Espace de Stockage et le lança. Depuis le cockpit, il le contrôla grâce à un écran tactile.
Il entama alors la prospection des eaux alentour.
Le drone militaire volait beaucoup plus haut qu'aucun modèle civil, et son système de surveillance embarqué relevait de l'ultra-performant. Son champ de couverture était immense, rendant la mission d'une efficacité redoutable.
Ainsi, en l'espace de quelques heures seulement, Gao Jing repéra quelque chose !
Il s'adressa au vieux capitaine, qui patientait nerveusement non loin. « Mettez les voiles. On file droit vers cet endroit. »
Le vieux capitaine eut l'air interloqué. « L'île de l'Abîme n'est pas dans cette direction. »
Gao Jing esquissa un sourire. « Je le sais. D'abord, on aide ce petit à retrouver les siens ! »