« Waouh, y'a une foule incroyable », dit Tia.
« Ben oui. La sélection du Héros, c'est un grand événement. »
Trois jours avant le début de la compétition, nous sommes arrivés dans la grande ville de Punir, où elle devait avoir lieu. L'animation de la ville surpassait de loin celle de toutes celles que nous avions traversées. Même la rue principale, où dix personnes pouvaient marcher de front, était si bondée qu'on ne pouvait pas avancer librement.
« Ça va aller ? Pour l'hébergement et tout ? Je parie que toutes les auberges sont pleines, non ? » demanda Tia.
« Pas de souci ! Vous êtes mes amis à tous les deux, donc vous pouvez loger à la même auberge que moi ! »
« Ah bon. Tant mieux », dit Tia.
« Alors, allons d'abord signaler notre arrivée. J'ai pas envie d'accumuler encore plus de retard sur celui que j'ai déjà », dis-je.
« Wafuu ! Alors, direction l'arène tout de suite ! »
Waffer nous mena vers l'arène au centre de la ville. L'arène, qui se targuait de plus de cinq cents ans d'histoire et pouvait accueillir cent mille personnes, devenait de plus en plus impressionnante à mesure qu'on s'en approchait. Rien qu'en levant les yeux depuis le bas, je ne pus m'empêcher de laisser échapper un soupir.
« C'est vraiment incroyable », dis-je.
« Fufu~, c'est sûr que ça en impose, quand c'est aussi majestueux », répondit Tia.
« Hé, vous deux ! Par ici ! »
Quand Waffer nous appela, nous traversâmes la file des spectateurs et passâmes par la porte latérale jusqu'au bureau. Peu après, une femme — qui semblait être une employée, une belle Chémonienne de type chien aux poils blancs et duveteux — s'approcha de nous.
« Que puis-je pour vous, monsieur ? Ceci est notre bureau, donc si vous souhaitez assister au spectacle, vous pouvez aller au guichet à l'entrée », demanda-t-elle.
« Non, pas ça ! Je suis Waffer ! Je suis un candidat héros recommandé par Burute-sama ! »
« Je vous demande pardon. Nous avons vérifié votre lettre. Veuillez vous rendre au guichet. »
« Compris ! »
On lui indiqua une chaise, et Waffer écrivit son nom et apposa sa patte sur les documents qu'on lui tendait.
Au passage, il y avait deux espèces de Chémoniens : ceux aux doigts longs et fins comme les humains, et ceux aux mains plus animales, comme Waffer... En résumé, deux espèces dont les mains n'étaient pas adaptées pour tenir des outils, mais chez les deux, divers types d'outils avaient été développés, si bien qu'il n'y avait pénurie ni de nourriture, ni de boisson, ni de stylos.
Là, Waffer inséra un anneau métallique entre ses doigts courts. Cela lui permettait d'y fixer un stylo et d'écrire sans le serrer avec ses doigts, et il griffonna sa signature sur les documents avec une dextérité surprenante.
« Ça va ? »
« Oui, merci. Alors―― »
« Hé hé, même un p'tit gabarit comme lui est candidat héros ? »
Soudain, une voix vint du fond du bureau. Nous tournâmes la tête dans sa direction. Un grand gaillard d'un mètre quatre-vingt-dix se tenait là. Un Chémonien aux poils noirs, très courts et luisants.
« Hein ? C'est qui, vous ? »
« Quoi ? Vous me connaissez pas !? Le premier candidat héros, maître Doben-sama ! »
« Non, je sais pas un seul truc sur vous ! »
« Argh ! T'as du culot, toi... »
L'homme qui se présenta comme Doben s'approcha de Waffer, visiblement agité mais sans méchanceté. Les deux étaient aussi différents en taille qu'un adulte et un enfant, mais Doben se baissa et fixa le visage de Waffer de près... sa bouche formant un rictus.
« ... hé, t'es costaud, dis donc ? »
« C'est normal. Je suis candidat héros, y'a pas moyen que je sois faible. »
« Si t'étais juste un candidat poussé par les hautes sphères, je t'aurais mis un coup de poing dans la figure direct, mais si t'es vraiment fort, j'ai aucun souci avec ça ! Waffer, c'est ça ? J'ai hâte de me battre contre toi ! »
« Moi aussi ! Je vais te faire rebondir avec mes pattes ! »
« Keh, sale morveux ! »
Malgré son langage grossier, Doben quitta le bureau en riant franchement. Tandis que je le regardais partir, Tia s'approcha de moi en douce.
(Dis, Ed. Ce type...)
(Ah. Il est pas mal, ce type.)
一Au premier tour, mes yeux n'étaient pas assez aiguisés pour évaluer précisément la force des Chémoniens, une race différente des humains. Maintenant, je le voyais clairement.
(Probablement aussi fort que Waffer)
(Eh ? Mais c'est bizarre, non ? Maintenant, Waffer est bien plus fort que le Waffer du monde du rêve, non ?)
Tia fronça les sourcils à mes mots et me posa la question.
Oui, être aussi fort que Waffer, qui s'était entraîné à l'avance avec la connaissance du futur, signifiait que Doben était bien plus fort que le Waffer du premier tour, avant qu'il ne s'entraîne. En fait, au premier tour, Waffer avait été très affecté quand on lui avait dit de « rentrer chez toi avant de te ridiculiser ».
(Comment a-t-il fait pour gagner ? Ah. C'est un truc du genre éveil des pouvoirs du Héros ?)
(J'aimerais bien. … Je t'expliquerai en détail plus tard.)
« C'est bon ! »
Avec Waffer de retour après avoir fini les formalités, Tia et moi coupâmes court à notre conversation privée. Cependant, l'expression de Tia montrait clairement qu'elle n'était pas convaincue, donc une explication supplémentaire serait nécessaire plus tard. Bon, c'était pratique, vu que je comptais lui dire de toute façon.
« Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » demandai-je à Waffer.
« Oui. Pour l'instant, après être allé à l'auberge et avoir posé mes affaires, j'aimerais demander à Ed et sa compagne d'être mes partenaires d'entraînement ! Trois jours d'entraînement de base tout seul, ça émousserait mon sens de la compétition ! »
« Bien sûr. Tia, t'es d'accord aussi, hein ? »
« Quoi !? Euh, ouais. D'accord. »
« Bien ! Maintenant on peut battre ce Doben ou peu importe son nom ! »
Waffer, la queue frétillante et fanfaronnant, était honnête jusqu'au bout. J'étais impressionné qu'il en soit arrivé là sans se laisser corrompre, mais... c'était sa façon de fonctionner. Cette pureté était, à mon avis, l'essence même de Waffer.
Après ça, nous avons de nouveau traversé la ville. Cette fois ensemble, et nous nous sommes installés dans une auberge moins luxueuse mais plus solidement construite. Ce soir-là, un léger coup frappa à ma porte, et quand je l'ouvris, Tia se tenait là, vêtue d'une fine robe de nuit.
« ... J'arrive à point pour une visite nocturne1 ? »
« Espèce d'idiot ! Entre dans la chambre ! Vite ! »
« Mou~, je rigolais... Aïe aïe. »
Je fis entrer Tia dans la chambre, en frottant son front rougi par le coup de doigt que je lui avais mis. J'avais déjà prévu qu'elle viendrait, alors je lui offris une tasse de thé d'une théière maintenue au chaud par un dispositif magique, et elle en but une gorgée en frissonnant.
« Fuu~~ Ça détend. Il fait un peu frais la nuit. »
« C'est parce que t'es habillée comme ça. Pourquoi t'es habillée comme ça, d'ailleurs ? »
C'eût été une chose si j'étais allé chez elle sans prévenir, mais comme c'est elle qui est venue, y'avait aucune raison de porter une robe de nuit. Pourquoi pas des vêtements normaux ?
« »
« ? Parce qu'on va se coucher juste après, non ? Alors. ce serait chiant de se changer à chaque fois. »
« Non, du coup pourquoi t'as pas juste attendu d'être habillée après qu'on ait fini de parler ? »
« Non. Comme ça je pourrai pas m'allonger sur le lit alors que je serais dans ma chambre. »
« Ah, oui. Je vois. …… »
Apparemment, dans l'esprit de Tia, se détendre dans sa chambre primait sur le fait de me montrer sa robe de nuit. Bon, ouais. Enfin, c'était très Tia, mais pour une fille qui a probablement l'âge... de se marier, je sais pas si c'est approprié...
« ... Je te dis, la seule fois où je m'habille comme ça, c'est devant Ed, d'accord ? Tu es comme un petit frère pour moi. … Mais bref, dis-moi plus sur ce que t'as dit dans la journée ! Pourquoi Waffer et ce Do, Do... »
« Doben. »
« Oui, Doben ! Il a battu ce Doben !? Ed ne me dit jamais les trucs importants qu'au dernier moment, et ça me travaille ! »
« Non, parce que si je le dis à Tia, ça se voit sur ton visage. … et t'es pas douée pour faire semblant de pas savoir, hein ? »
« Guuu~. … »
À mes mots, Tia devint farouchement réticente. Ça dépendait du contenu, mais en gros, Tia n'était pas douée pour mentir. Elle était plus que peu fiable quand il s'agissait de partager des secrets qui auraient pu être embarrassants s'ils étaient découverts.
« J-Je ferai de mon mieux. … »
« Alors, je compte sur toi. Je vais te le dire cette fois. J'aurai besoin de la coopération de Tia. »
Tandis que je la regardais avec un sourire amer, les sourcils froncés, les oreilles qui tressaillaient, je commençai à parler de Waffer, de Doben, et du futur qui les attendait tous les deux.
Notes
1. Visite nocturne ou Yobai (en japonais) : la nuit, de jeunes hommes célibataires entraient silencieusement dans les maisons de jeunes femmes célibataires. Un homme rampait silencieusement dans la chambre d'une femme et faisait connaître ses intentions. Si la femme consentait, ils dormaient ensemble. Au matin, il partait. La famille de la fille pouvait le savoir, mais faisait semblant de ne pas savoir. C'était un moyen courant pour les jeunes de trouver un mari/une femme.