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Chapitre 115 : Le précepteur est arrivé

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Chapitre 115

Chapitre 115 : Le précepteur est arrivé

Chapitre 115/12691%~7 min de lecture1 316 mots

Vers l'époque où la cour du manoir eut retrouvé son aspect d'avant, ou plutôt un aspect meilleur encore, Hugo dut enfin se rendre au château.

Victor protesta jusqu'au bout, mais il fut finalement décidé que Hugo travaillerait comme bibliothécaire à la bibliothèque du château, exactement comme il le souhaitait.

Cela tenait à ce que Hugo, en découvrant le service de Victor, où on l'avait emmené sous couvert de visite, avait déclaré sans ciller : « Si vous comptez me faire travailler ici, je ne remettrai plus jamais les pieds au château. »

Il n'était pas souhaitable de casser l'élan du deuxième fils, qui venait enfin de se lever de son fauteuil. C'est ce que se dit Père, et il décida de procéder de manière à exaucer le vœu de Hugo.

Je pense moi aussi que la décision de Père était la bonne.

Hugo a visiblement pris grand goût à la bibliothèque du château, pleine d'odeurs de vieux livres et d'une atmosphère paisible, et il s'y rend chaque jour sans se plaindre le moins du monde.

Victor, qui le surveillait d'abord de près en le soupçonnant de vouloir tirer au flanc, s'est mis à dire que c'était peut-être une bonne chose qu'il soit devenu bibliothécaire, à le voir travailler avec application jour après jour.

« Je n'aurais jamais cru que Hugo travaillerait avec autant de sérieux. »

Un thé entre frères et sœur, à la bibliothèque.

Tout en buvant le thé préparé par Luke, Victor prononça ces mots avec beaucoup d'émotion.

Hugo, assis à côté de lui, le regarda d'un air profondément contrarié.

« Écoute, mon frère. Je ne suis pas un enfant. Alors, s'il te plaît, pourrais-tu cesser de venir me surveiller plusieurs fois par jour ? C'est inquiétant. »

« Je m'inquiète simplement que tu rencontres des difficultés dans un château royal que tu connais mal. »

Devant cette réponse détachée, Hugo se leva, incapable de se contenir plus longtemps.

« C'est bien le problème ! Mon frère, tu te fais beaucoup trop remarquer ! Chaque jour que Dieu fait, tu traverses tout le château jusqu'à la bibliothèque comme si tu n'avais rien de mieux à faire. As-tu la moindre idée de ce que tu as l'air surprotecteur ? C'est gênant, franchement ! Je suis un homme adulte, je te signale ! »

« Victor… qu'est-ce que tu fabriques, au juste ? »

En entendant la supplique de Hugo, je ne pus m'empêcher de dévisager Victor.

Victor, quant à lui, buvait son thé avec une expression posée, comme si de rien n'était.

« Qu'y a-t-il de mal à ce qu'un aîné se soucie de son cadet ? »

« Dans ton cas, mon frère, ce souci est excessif… Je n'en peux plus. »

Hugo laissa retomber ses épaules et se rassit dans son fauteuil, l'air épuisé.

Ces derniers temps, j'ai l'impression que l'obsession de Victor pour sa famille ne cesse de s'aggraver. Et ce n'est certainement pas mon imagination.

Il y a quelques mois, il semblait nous en vouloir, à moi, à Hugo, et même à nos parents ; puis il s'est mis peu à peu à échanger avec nous, et il a changé au point de paraître un autre homme.

Nous nous sommes tous réjouis de ce changement, lui qui prend désormais le thé avec nous tous les trois jours et parle à nos parents avec un visage doux. Mais il semble qu'à force d'avoir nourri son amour familial de travers pendant si longtemps, il en soit devenu envahissant à l'excès.

C'est une bonne chose qu'il se soucie de sa famille.

Cependant, une affection excessive devient un peu… pesante. Pardonne-moi, Victor.

L'affection de Victor se porte le plus souvent sur Hugo, qui paraît quelque peu détaché des choses de ce monde. (Comme je suis fiancée à Al, il estime apparemment n'avoir pas tellement besoin de s'inquiéter pour moi.)

Soulagé de son côté, Hugo vient pleurer sur mon épaule presque tous les jours en ce moment.

Il me cherchait encore du regard pour que je vienne à son secours, mais de peur que l'attention ne se reporte sur moi, je fis mine de ne rien voir et tendis la main vers une gourmandise.

Je suis désolée, mon frère. Mais moi non plus, je n'aime pas ça.

En un mot, c'est encombrant.

Au début, il est agréable qu'on s'occupe de vous, mais une fois qu'on s'y habitue, l'ingérence excessive devient agaçante.

Je ne suis pas du genre à aimer qu'on me colle (sauf Al), et je tiens à garder une certaine distance.

Bien sûr, Hugo doit ressentir exactement la même chose.

Hugo, avec son tempérament d'artiste, garde un fond d'étourderie malgré les pieds sur terre qu'il a gagnés. C'est sans doute ce qui déclenche l'instinct protecteur de Victor.

Hugo a bon cœur, si bien que malgré son agacement apparent, il finit toujours par ne pas repousser son frère. Sa formule du moment, c'est invariablement : « Mon frère… je suppose qu'on n'y peut rien. »

Alors que je savourais le spectacle de leur échange, Luke, qui se tenait en retrait, s'approcha de moi.

« Mademoiselle. Votre précepteur ne va plus tarder… »

« Oh, c'est déjà l'heure ? Mes frères, j'ai des études qui m'attendent, je vais donc prendre congé. »

Le précepteur en question est le maître qui doit m'enseigner le contrôle magique.

Je devais rencontrer aujourd'hui, pour la première fois, cet homme que Père avait déniché.

Je quittai mes frères et regagnai ma chambre.

Je demandai à Luke, derrière moi :

« Dis-moi, Luke. As-tu entendu quoi que ce soit au sujet de mon précepteur ? »

J'espérais glaner quelques renseignements, mais Luke répondit d'un ton navré.

« Malheureusement non. Monsieur le duc semble lui être tout dévoué, il le décrit comme “un homme remarquable”, mais quant à son caractère réel… »

« Je vois. Connaissant Père, il n'aura pas choisi quelqu'un d'étrange. »

Je me demande bien qui il compte m'amener.

Comme on m'avait dit d'attendre dans ma chambre, je décidai de patienter au bureau de la pièce principale.

Cinq minutes environ après l'heure convenue, j'entendis frapper, puis la voix de Père.

« Lili. Je t'amène ton précepteur. »

« Un instant, je vous prie. »

J'échangeai un regard avec Luke ; il hocha la tête, puis alla ouvrir la porte.

Je me levai à mon tour et me dirigeai vers l'entrée pour accueillir le maître.

Père entra le premier.

« Ah, Lili. Je t'amène ton professeur. »

Père, m'apercevant, parla avec un sourire. J'allais lui répondre, mais mon corps se figea en découvrant le visage de celui qui le suivait.

« Hein !? »

« Que se passe-t-il ? Salue donc ton professeur. »

« M-mais… »

Poussée par l'air perplexe de mon père, je cherchai instinctivement du secours auprès de Luke.

Luke me rendit mon regard, comme s'il ne pouvait rien y faire.

« Mademoiselle… »

Sans doute impatienté par mon immobilité prolongée, Père présenta « le précepteur ».

« Qu'avez-vous donc, tous les deux ? Vous faites des têtes bien étranges. Voici maître Luno, un mage rattaché à “l'Institut de Spécialisation Magique”. »

« Je suis Luno☆ Enchanté☆ »

« … »

« Lili ! »

Père me réprimanda, moi qui restais sans voix. Sa voix me fit sursauter et je parvins à le saluer.

« J-je suis Liz Bertrand… Veuillez… excuser mes manières… »

Je butai sur mes mots.

Car celui que Père avait amené n'était autre que Noel, revenu à sa forme de Haut Elfe.

C'est tout bonnement impossible.

Noel, qui m'adressait un signe de la main tout guilleret, portait une robe de mage crème, ample, descendant jusqu'au sol. Elle était bordée d'or, ce qui la rendait étonnamment élégante. L'épaisse ceinture qui la fermait était également dorée, ornée de gravures d'une finesse admirable.

Noel est beau garçon, si bien qu'habillé correctement, il n'a rien de déplacé en professeur.

Mais comment, et surtout pourquoi, s'est-il retrouvé mon précepteur ?

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