Chaton ? Je n'en reviens pas de l'avoir croisée dans un endroit pareil… C'est amusant. Les commissures de Paku s'étirèrent. Il détourna immédiatement le regard et s'avança vers l'empereur comme si de rien n'était.
Il n'y avait pas moyen de ne pas reconnaître son sourire. M'avait-il reconnue ?
Je fus profondément embarrassée. Celui que je connaissais comme un obsédé sexuel était le prince de l'Empire de Kelteman… réputé pour sa barbarie.
J'ai failli avoir des ennuis, non ?
Comme prévu, j'ai bien fait. Je poussai un soupir de soulagement, songeant que j'avais failli me retrouver dans une mauvaise passe. Je ne savais même pas que c'était le début de ce qui allait advenir…
« Mais est-ce que le prince aime jouer avec les femmes ? »
À mes paroles involontaires, Charter me renvoya : « Arianne ? Que veux-tu dire ? »
Mince. Mes pensées avaient dû sortir de ma bouche.
« Ce n'est rien. Au fait, pourquoi les émissaires sont-ils soudain venus de l'Empire de Kelteman ? »
« Je ne sais pas. Je pense… non, ce n'est rien. Ils songent peut-être à signer un traité de paix », dit Charter en regardant le prince de l'Empire de Kelteman avec une expression indéchiffrable.
Est-ce ainsi ? Je ne m'attardai pas sur la suite parce que je savais ce qui inquiétait Charter.
J'étais inexpérimentée, mais pas dénuée de savoir ni de culture. Au contraire, mon niveau de connaissance surpassait celui de la plupart des nobles hommes. J'étais une femme qui avait lu presque tous les livres qui ne prenaient que la poussière dans la bibliothèque du manoir. J'avais lu toutes sortes d'ouvrages, des humanités à la politique en passant par les traités tactiques.
Comme j'étais enfermée dans le manoir, j'avais du temps de sobra, et ce que je pouvais faire était limité. Parmi cela, j'avais investi le plus de temps dans le tir et la lecture. Aussi pouvais-je voir ce qui préoccupait Charter. Il n'y a aucune raison pour que les émissaires de Kelteman signent un traité de paix avec l'Empire d'Harpion, qui a reculé en temps de paix.
Plus ou moins tard, une guerre pourrait éclater. En regardant le prince Paku face à l'empereur, Arianne et Charter pensaient à la même chose.
L'empereur présenta le prince Paku après l'avoir fait monter.
« Bienvenue au prince Paku, qui a conduit les émissaires pour établir des relations amicales avec l'Empire d'Harpion. »
Le prince Paku acquiesça brièvement et descendit. Lorsque l'empereur fit signe aux musiciens, ceux-ci se mirent à jouer, et le banquet commença véritablement. Une fois le banquet lancé, le second prince s'approcha de Charter et de moi comme s'il attendait cela.
« Charter, présente-nous donc. »
Charter me présenta d'un visage indifférent au second prince, qui souriait :
« Arianne, voici Luiden Sederian Harpion, le second prince. Altesse, voici Arianne Bornes, ma fiancée. »
Ce fut une présentation qui parut un brin raide.
Sont-ils vraiment si proches ? Au point que je me demande s'ils le sont véritablement.
« Dame Arianne, comment avez-vous fait pour décider d'épouser ce genre de type ? »
« Oui, j'ai consenti un petit sacrifice. »
« Hein ? Ahahaha ! Oh ! Vous êtes vraiment extraordinaire. Du coup, cet ami… »
Luiden coupa court à sa phrase sous le regard glacial de Charter.
Je fus perplexe en voyant le second prince me louer avec un sourire aux lèvres.
Il doit savoir que nous nous marions par contrat… Impossible. Charter ne le lui aurait pas dit, par hasard ?
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Arianne, qui ne connaissait pas la particularité de la famille impériale d'Harpion — l'effronterie —, nourrissait un malentendu légitime.
Voilà qui recommence. Charter était las de Luiden. Bien qu'ils fussent amis proches depuis plus de dix ans, il se fatiguait à chaque rencontre à cause de leurs personnalités opposées.
Luiden, qui vit le froncement de Charter, reprit ses mots.
« Je peux garantir la personnalité de cet ami. Espérons que vous ne vous tournerez pas le dos l'un à l'autre. »
Les yeux que Luiden posait sur Arianne avaient pas mal changé par rapport à avant. Arianne fut un instant offensée par la froideur de son regard, comme si elle n'était pas à la hauteur ou pas assez belle. Elle comprit ce que le second prince voulait dire.
« Bien sûr. Cela n'arrivera pas si vous tenez ce que vous devez tenir. »
Occupez-vous seulement de vous-même.
« Je m'absente un instant. »
Charter, qui lut l'expression désagréable d'Arianne, emmena Luiden dans un coin.
« Qu'est-ce qui te prend ? Ce n'est pas comme si j'avais dit l'indicible », dit Luiden, mécontent.
« Je sais ce qui t'inquiète. Mais elle est ma fiancée pour l'instant. Je veux que tu sois poli. »
Luiden resta coi devant les paroles fermes de Charter.
« Même si tu tombes sous le charme, tu ne dois pas tomber sérieusement. Pense à la grande cause. »
Luiden secoua la tête et s'éloigna. Il ne comprenait pas pourquoi Charter en était venu là, lui qui ne comprenait rien encore à l'amour ni aux femmes.
On dit que les voleurs qui apprennent le vol tard ne réalisent pas les levers de soleil. Il semblait que lui, qui avait découvert les femmes sur le tard, s'y était perdu.
<b>Note du traducteur : Cela signifie que lorsqu'on n'a aucun intérêt pour un passe-temps ou un centre d'intérêt, on en devient accro plus tard quand on commence à le pratiquer.</b>
Il espérait seulement que Charter ne trahirait pas sa confiance.
* * *
Laissée seule, je promenai mon regard sur la salle et lus l'atmosphère gênée. En regardant le groupe du prince Paku, qui occupait un côté de la salle, les émissaires avaient allure de nobles. La plupart des nobles laissaient voir leur mécontentement. Hormis les nobles d'âge mûr rompus à l'exercice, les jeunes nobles affichaient une hostilité ouverte.
Ce sont des incompétents incapables de maîtriser leurs émotions.
Quelle que soit leur barbarie, ils étaient les invités de l'empereur, conviés par l'empereur lui-même en tant qu'hôtes de marque. Mais les nobles semblent exprimer ouvertement leur déplaisir…
L'avenir de l'Empire d'Harpion est sombre.
Enfin… ce n'est pas mon affaire.
Après tout, je comptais quitter l'empire avec la pension. Peu m'importait que cet empire s'effondre de lui-même ou soit envahi. Si cet empire a une conscience, il ne devrait certainement pas attendre de patriotisme de ma part.
L'ambiance ici était glaciale. Et de l'autre côté ? En détournant le regard, madame Kaien causait avec ses connaissances, et rien ne semblait se passer. En regardant à nouveau alentour, il n'y avait personne que je connaisse. Non, il y avait une personne.
Dame Sosime ? C'était elle, à en juger par son dos voûté, absent, aux cheveux bruns. Elle tournoyait autour d'un groupe de femmes. Peut-être tournoyait-elle parce qu'elle ne parvenait pas à s'intégrer ? Je n'avais rien à faire de toute façon, alors je marchai vers elle.
« Mon Dieu. Pourquoi ces barbares viennent-ils ici ? »
« Ils sont barbares, mais ils sont vraiment beaux, non ? Regardez ces corps grands et musclés, ces traits distincts, ces yeux bestiaux. Comment pourrait-on… »
La femme qui regardait la fascinée dit : « C'est parce qu'ils sont des bêtes. »
La fascinée, qui perçut le ton de ses paroles, changea prestement d'attitude et dit : « C'est vrai ! Ils ont même une coutume d'enlever une femme et de la forcer à se marier, non ? »
« Parce qu'ils sont comme ça ! Organiser un banquet pour ces barbares ? Qu'est-ce que Sa Majesté a bien pu penser… »
À cet instant, Sosime parla à voix basse, à peine audible.
« Quoi qu'il en soit… n'est-ce pas impoli de parler ainsi à des hôtes distingués de l'empire… »
La femme qui parvint à comprendre ses mots fixa Sosime et dit : « Quoi ? Dame Sosime ! Vous me faites la leçon maintenant ? »
L'épaule de Sosime, déjà courbée, se rentra davantage sous le reproche de la femme.
« Non… Ce n'est pas ça… »
Sa voix rampante et ses épaules qui se rétractaient leur donnaient envie de l'embêter davantage.
« Si ce n'est pas ça, qu'est-ce que c'est ? Pas possible ! Tu aurais un faible pour ce barbare ? »
« Quoi ? N-non ! »
Voyant l'air décontenancé de Sosime, la femme haussa les sourcils, couvrit sa bouche avec son éventail et se mit à la railler.
« Je te croyais calme, mais je suppose que c'est là ton goût ? »
Une main se posa sur l'épaule de Sosime, qui tremblait sans pouvoir répliquer.
« Oh ! Dame Sosime. Je vous retrouve. Que faisiez-vous ici sans même venir me voir ? »
Je redressai l'épaule lourdement courbée de Sosime et passai mon bras sur le sien. Puis je tapotai sa main pour la rassurer, lui enjoignant de ne pas oublier de sourire à la femme.
Il n'y avait personne au banquet aujourd'hui qui ne connût Arianne. La femme face à Arianne savait aussi qu'elle serait celle qui deviendrait la future duchesse. C'était une occasion en or pour elles de se montrer sous leur meilleur jour devant Arianne. Le fait qu'Arianne s'accoude à Sosime la gêna, mais elle n'avait jamais entendu dire que Sosime avait une amie.
« Enchantée, Dame Arianne. Je m'appelle Namie, fille aînée du comte Jebron. »
« C'est un honneur. Je m'appelle Amina, seconde fille du vicomte Tarahe. »
Namie couda Amina dans le flanc comme si elle n'appréciait pas son amie, trop effacée.
« On dirait que vous parlez de quelque chose d'intéressant. Puis-je me joindre à vous ? »
Namie accueillit les paroles d'Arianne.
« Oui. Eh bien, nous parlions de ces barbares, mais dame Sosime a pris leur parti. »
« Ah, vraiment ? »
Namie, qui interpréta les mots d'Arianne dans un sens positif, dit d'une voix encore plus enthousiaste.
« Comment peut-elle défendre ces barbares en tant que peuple d'Harpion ? Je me disais que c'était peut-être parce que ce prince est du goût de dame Sosime. »
« Je vois. Dame Sosime, est-il vrai que vous avez défendu le prince de Kelteman ? »
À la question d'Arianne, Sosime tressaillit et parla d'une voix rampante.
« Ce n'est pas ça… ils sont venus en tant qu'hôtes honorés de l'empire, mais je pensais qu'ils ne devaient pas parler d'eux à la légère… »
Comment une femme si timide pouvait-elle tenir de tels propos… Sosime était peut-être une personne plus forte que je ne le pensais.
Je cherchais juste à m'acquitter de ma dette d'avant… mais je me sentis mieux parce qu'elle me semblait meilleure que je ne le croyais. Alors il était temps de payer ma dette comme il faut.
Je parlai d'une voix modérée : « Dame Namie, Dame Amina. Nous sommes ici sur invitation de Sa Majesté l'Empereur. Vous ignorez probablement qu'aujourd'hui est le banquet pour les hôtes distingués de Sa Majesté, n'est-ce pas ? »
De mon ton, Namie et Amina commencèrent à sentir qu'il y avait un problème.
« Alors, que voulez-vous dire en insultant les hôtes distingués de Sa Majesté l'Empereur ? Savez-vous que cela revient à insulter Sa Majesté l'Empereur lui-même ? »
Le visage des deux femmes pâlit à mes mots.
« Non ! Dame Arianne, ce n'est pas ce que nous voulions dire. Honnêtement, ce sont des hôtes distingués, mais il est vrai qu'ils étaient barbares, non ? »
Je soupirai intérieurement.
Ces femmes semblaient n'avoir aucune idée de la puissance des barbares dont nous parlions et de la menace qu'ils représentaient pour notre empire. C'est sans doute pourquoi elle disait de telles sottises.
« Prenez garde à vos mots. Que voulez-vous dire par barbares ? La puissance de l'Empire de Kelteman est égale à la nôtre. Savez-vous que vos paroles sont une affaire grave qui pourrait créer des fissures entre les deux empires ? »
Plutôt, je devrais leur dire que l'Empire de Kelteman pourrait être plus fort que le nôtre… Mais cela pourrait me mener au crime de lèse-majesté si je le disais précipitamment.
« Oui ? C-Cela… »
Namie rumina mes mots. Son visage, qui rumina, se durcit comme si elle avait vu un messager de la mort, puis elle tenta précipitamment de quitter les lieux.
Hein ? Qu'est-ce qui lui prend ?
« Oh ! Je ne savais pas que Dame aurait une telle opinion. Il y a donc encore quelqu'un dans l'Empire d'Harpion qui conserve cette idée. »
Quand est-il arrivé jusqu'ici ? Je suis mal.
Après avoir mordu mes lèvres et composé mon expression, je me retournai. Se tenait là le prince Paku, qui me souriait avec intérêt.