Le cœur humain est vraiment volage. Ébranlée par les paroles de la femme du chef de village, elle eut un bref instant l'impression d'être devenue une membre de ce village.
Mais elle comprit que ce n'était pas le cas dès que la femme continua de parler.
La femme du chef de village lui prit la main et parla avec une fausse tendresse.
— Quand tu chasseras, apporte la viande au village. Je l'échangerai contre de la farine ou du pain. Ce serait une telle peine pour toi d'aller jusqu'ailleurs depuis ici. En plus, tu ne sais même pas encore comment séparer la viande de la peau, n'est-ce pas ?
La femme du chef de village débita force arguments sur le fait qu'il y avait quelqu'un pour s'occuper du travail du cuir, qu'il suffisait de l'apporter, et que quelqu'un dans le village lui vendrait des arcs et des flèches à bon prix.
Ce que la femme du chef de village voulait vraiment dire, c'était probablement ceci :
Elle tissa un long discours plausible, mais au final, le chef et sa femme voulaient simplement se procurer viande et peaux — qui se vendraient bien plus cher dans les villages ou les villes voisines — à prix cassé.
Ils comptaient probablement les échanger contre des denrées et des biens de première nécessité au lieu de donner de l'argent.
— Ton nom était Lizzie, n'est-ce pas ? Écoute-moi bien, Lizzie, quand il s'agit d'être un couple, l'affection grandit une fois qu'on a des enfants et qu'on vit ensemble. Tout est dans la façon dont on voit les choses. Ne te prends pas la tête. C'est ça, si tu as des difficultés plus tard, viens m'en parler. Que ce soit pour la vie de couple ou pour faire des achats, n'importe quoi.
Dit la femme du chef de village en souriant, arborant un visage de fausse bienveillance.
« Je plains le garde-chasse qui va devenir mon mari, aussi. Normalement, il aurait pu prendre une bien meilleure femme pour épouse. »
Le garde-chasse est la seule personne autorisée à prélever du gibier sur la montagne du Seigneur. Si quelqu'un d'autre se fait prendre à chasser sans permission, il encourt une peine sévère. Elle avait entendu dire que certains étaient tués sur le spot après avoir été surpris en braconnage.
À l'origine, des chasseurs professionnels expérimentés servaient de gardes-chasse, mais récemment, avec la pénurie d'hommes due à la guerre, les chasseurs sont devenus difficiles à trouver.
Ainsi, disait-on que dans certaines régions, on autorisait même des gens sans qualification à devenir gardes-chasse. Ce village semblait bénéficier d'une telle permission.
Cependant, le travail de garde-chasse est dangereux. Il y a des bêtes sauvages et des bêtes magiques dans les montagnes.
Les cas de mort ou de blessure sont fréquents.
De plus, bien qu'elle n'en connaisse pas les détails, elle avait entendu dire que si l'on ne remplit pas correctement ses devoirs de garde-chasse, on peut être puni par le Seigneur.
Personne dans le village n'aurait voulu faire un travail aussi dangereux. Mais la montagne ne pouvait pas être laissée sans surveillance. Le chef de village était également chargé de trouver un garde-chasse pour assurer une bonne gestion de la forêt.
L'homme qui apparut juste quand un nouveau garde-chasse était nécessaire dut être une aubaine pour le chef et les villageois.
Cependant, ils ne pouvaient pas forcer quelqu'un à rester s'il n'était pas un criminel.
Pour le faire travailler comme garde-chasse, ils devaient remplir certaines conditions.
Dans ce cas, le meilleur moyen de retenir un homme au village était de lui donner une femme du village et de le faire fonder une famille. Beaucoup de villages faisaient cela depuis longtemps.
« C'est une histoire simple. »
Personne n'aurait voulu donner sa fille sans savoir quel genre d'homme était le futur garde-chasse. Alors Lizzie — que personne ne perdrait même si elle se faisait battre ou tuer par le garde-chasse — devint la cible.
« Si ce garde-chasse meurt, je serai probablement donnée à un autre garde-chasse. »
C'était une histoire qu'un enfant pouvait comprendre.
Lizzie fixa le visage de la femme du chef de village d'un air vide. Pourquoi avait-elle pensé, ne serait-ce qu'un instant fugace, que l'expression de cette femme était bienveillante ? Elle était si pleine de cupidité.
« Je suis vraiment une idiote. »
Toc, toc. Quelqu'un frappa à la porte. La porta s'ouvrit immédiatement, et un homme du village passa la tête et parla.
— Le garde-chasse est arrivé.
Son corps tressaillit comme ramené à la réalité par ces mots. Lizzie avala sa salive. Son ventre et ses épaules se raidirent instinctivement.
La femme du chef de village lui serra les épaules fort avant de les relâcher, comme si elle était sa propre fille.
— Vous devez être inquiets, toi et ton futur mari, puisque vous ne connaissez rien encore au métier de garde-chasse, mais ce n'est pas grave. Nous vous aiderons de toutes nos forces. Une fois que tu auras attrapé une bête, viens au village immédiatement. La qualité baisse si on ne la traite pas vite.
Compris ?
La femme du chef de village lui chuchota à l'oreille. Une odeur de mauvaise haleine rance lui parvint.
Avec un visage gras et luisant, la femme du chef de village plongea son regard dans le sien et sourit.
À y repenser, son père avait aussi souri le jour où il s'était séparé d'elle.
« ... »
Ne pleure pas. Ne pleure pas, Lizzie. Tu ne dois pas pleurer.
Lizzie répéta dans son esprit les mots qu'elle se disait constamment.
Tout comme son père avait vendu Lizzie au garde-chasse, les villageois l'avaient simplement vendue au nouveau garde-chasse. Cette fois, une cabane et un enfant avaient juste été vendus avec elle ; il n'y avait rien de nouveau. Pas la peine de se lamenter sur pourquoi sa vie était comme ça.
« ... »
Elle n'espérait pas grand-chose. Elle espérait seulement que son nouveau mari ne soit pas trop violent. Elle espérait qu'il serait du genre à la laisser, elle et l'enfant, tranquilles dans un coin de la maison.
Avant même qu'elle ne soit pleinement prête, la porte s'ouvrit grand.
Lizzie leva les yeux, tendue. Ses yeux devinrent ronds.
Un homme bien plus grand que quiconque se tenait là, planté dans l'embrasure.
« ... »
Il était incroyablement massif. Elle n'avait jamais vu une personne aussi imposante. Ses vêtements étaient étranges, aussi. Il portait des couches de petits vêtements, ce qui faisait ressortir ses muscles. Il ressemblait exactement à un ours portant des habits d'homme.
L'homme était si grand qu'on avait l'impression que sa tête touchait le ciel lointain.
Lizzie renversa la tête en arrière autant qu'elle put pour regarder l'homme.
Elle comprit pourquoi les gens voulaient garder cet homme au village comme garde-chasse.
Il n'y avait personne d'aussi grand et costaud même en cherchant dans tout le village. Sûrement, cet homme pourrait faire le travail de deux ou trois personnes ordinaires.
« ... »
Mais il était trop terrifiant. S'il frappait une fois de ces mains massives, une femme comme elle aurait les os brisés sur le coup. Elle pourrait même en mourir. Sans s'en rendre compte, la force la quitta aux reins.
***
Joo-hwan fut conduit par le chef de village et les hommes vers la périphérie du village.
Le chef l'emmena dans un endroit assez loin du centre du village.
L'endroit où ils arrivèrent était une vieille maison qui semblait prête à s'effondrer à tout moment.
« Qu'est-ce que c'est ? Ça peut même pas s'appeler une maison ? »
Des parties du toit s'effritaient, et de la moisissure couvrait toute la maison. Elle paraissait si vieille qu'on aurait dit qu'elle se transformerait en sable si on la touchait.
Des traces de vignes qui avaient grimpé le long des murs restaient. Vu que les marques des vignes n'avaient pas disparu même en plein hiver, toute la maison serait probablement couverte d'herbes et de vignes au printemps.
En baissant le regard, il vit le sol et les coins où de petits trous s'étaient formés par effritement.
« On dirait pas un endroit où des humains peuvent vivre. »
C'est là qu'il devrait vivre à partir de maintenant ? Il risquait d'être utilisé comme un serviteur en vivant avec le vieux chasseur. Joo-hwan laissa échapper un soupir caché aux autres.
Le chef lui fit signe d'entrer.
Un autre homme lui ouvrit grand la porte.
Ça ne pouvait pas être évité. Avoir un toit, même une maison comme celle-ci, en plein hiver, c'était déjà ça. Les hommes qui étaient en chaînes vivraient probablement en esclaves.
Il décida de se considérer chanceux de ne pas être à leur place.
« ... »
Joo-hwan, qui s'apprêtait à entrer, s'arrêta. Il pensait qu'il n'y aurait personne, mais il y avait des femmes dans la maison.
Il y en avait trois : une femme qui semblait un peu passée la cinquantaine, une femme qui avait l'air d'être sa fille, et une très petite fille.
En voyant Joo-hwan, la femme qui ressemblait à la fille resta bouche bée.
Elle fixa Joo-hwan un instant, puis tressaillit et trembla. Elle semblait très timide. En voyant ses grands yeux ronds grands ouverts, il eut l'impression qu'elle ressemblait à un lapin.
La petite fille debout derrière elle comme pour se cacher avait aussi la bouche grande ouverte — assez large pour qu'une mouche y entre.
Elle semblait très choquée de le voir.
« J'ai toujours eu du mal à m'entendre avec les gamins. »
La plupart des gamins étaient pareils. Ils pleuraient en voyant Joo-hwan. Comme Joo-hwan était déjà massif, il devait leur faire l'effet d'un géant effrayant de conte de fées. Pas un bon, mais un méchant géant qui pourchasse et tyrannise le protagoniste.
Joo-hwan affichait une expression gênée planté dans l'embrasure. L'idée que le petit puisse pleurer rendait difficile pour lui d'entrer dans la maison sans hésiter.
Pendant qu'il restait là immobile à se demander quoi faire, la femme d'âge moyen sourit maladroitement et lui fit un grand signe de la main pour qu'il entre. Elle portait un sourire qui paraissait terriblement faux.
« #####. »
La femme d'âge moyen fit un nouveau geste de tout son corps pour l'inviter à entrer.
Vérifiant les réactions de ceux autour de lui, les hommes hochèrent aussi la tête et firent des gestes comme pour lui pousser le dos et le presser d'entrer.
Comme Joo-hwan fit quelques pas à l'intérieur, le chef et plusieurs hommes le suivirent dans la maison.
Les hommes armés et le vieux chasseur n'entrèrent pas et restèrent dehors.
La femme d'âge moyen échangea un regard avec le chef et fit un léger hochement de tête. Elle prit doucement la main de la femme qui ressemblait à sa fille et se tint devant Joo-hwan.
« ## ####. »
Elle continuait de sourire en disant quelque chose. Était-ce son imagination ou l'ambiance ressemblait à un rendez-vous arrangé ?
Portant son regard sur les hommes à côté pour vérifier leurs réactions, l'homme qui avait fait des mouvements de hanche avant-arrière plus tôt ricannait. Il semblait que ce genre d'ambiance était bien le bon.
Il se sentit misérable. Joo-hwan avait vingt-neuf ans cette année. Le Nouvel An était-il déjà passé ? Si c'était le cas, il en avait trente — encore jeune. Mais... Joo-hwan regarda la femme d'âge moyen devant lui le cœur dévasté.
« Je suis censé épouser cette femme ? Et assumer deux filles en plus ? »
Épouser cette femme et vivre avec elle valait peut-être mieux que de devenir esclave ou d'être utilisé comme serviteur. Non, ce serait définitivement mieux.
Cependant, en tant que célibataire, il avait une vie dont il avait rêvé à sa manière.
Le vœu qu'il avait fait au Père Noël n'était pas un mensonge. Il avait sincèrement rêvé d'un avenir avec une adorable épouse lapin et une fille. Depuis très longtemps. Bien sûr, encore maintenant.
« ... »
Elle n'avait pas besoin d'avoir une beauté extraordinaire. Il croyait que s'il l'aimait, n'importe quelle femme lui paraîtrait belle.
« Mais là... »
Peu importe comment il y réfléchissait, il ne pensait pas pouvoir trouver cette femme d'âge moyen adorable. Honnêtement, il n'y avait aucun espoir. On avait l'impression que ça n'arriverait jamais de sa vie.
« Si elle était au moins proche de mon âge, je pourrais faire des efforts. »
Les soupirs semblaient s'empiler. Peut-être parce que son expression avait l'air assez insatisfaisante, la femme d'âge moyen dit quelque chose en paraissant légèrement décontenancée.
Puis, comme frustrée, elle saisit la main de la fille et la tira plus près de Joo-hwan. Elle prit la main de la fille et celle de Joo-hwan et les joignit ensemble.
« ... »
Joo-hwan, qui se retrouvait soudain à tenir la main de la fille aînée, ne réalisa qu'alors qu'il s'était trompé. C'était la fille, pas la femme d'âge moyen, qui était sa partenaire.
Ayant réalisé cela, il regarda à nouveau la jeune femme.
Il ne l'avait pas remarqué au début parce qu'il était focalisé sur la femme d'âge moyen, mais peut-être n'était-elle pas la fille de cette femme.
Il avait pensé qu'elle avait simplement peur de lui, mais en la regardant maintenant, la jeune femme semblait intimidée par tous ceux qui l'entouraient.
« Puisqu'on la marie à un homme comme moi, sa situation ici doit être bien misérable. »
Si ses circonstances avaient été correctes, elle n'aurait pas épousé un homme apparu de nulle part. Bien que ce ne soit pas intentionnel, il eut l'impression d'avoir fait quelque chose pour lequel il devrait s'excuser.
« ## ####. »
Quand la femme d'âge moyen lui parla d'une voix basse comme pour la gronder de quelque chose, son expression devint visiblement anxieuse. De ses grands yeux, elle le regarda timidement, l'air terrifiée.
Peut-être que la femme d'âge moyen l'avait grondée parce qu'il avait l'air de ne pas l'aimer. Ce n'était pas vraiment le cas, cela dit.
Alors qu'il affichait un air troublé, la petite fille qui se tenait là comme cachée s'accrocha à la taille de la femme avec un visage en larmes.
À y repenser, qui était exactement cet enfant ? La femme était trop jeune pour être sa mère, et elles étaient trop écartées en âge pour être sœurs.
Il fixa la petite fille. Ses yeux et son nez étaient groupés légèrement près l'un de l'autre. Contrairement à la femme dont la peau était blanche comme un lapin des neiges, l'enfant était légèrement mate, ce qui la faisait vaguement ressembler à une mangouste.
Soudain, les mots que le Père Noël lui avait dits après qu'il eut avoué son vœu lui revinrent en mémoire.
[Je t'arrangerai une épouse au cœur pur comme la neige et une belle fille qui respecte et suit vraiment son père.]
« Pas possible. »
Joo-hwan regarda à nouveau le visage de la jeune femme.
Il l'avait pensé dès le premier instant où il l'avait vue. Même en la regardant maintenant, ses yeux ronds et son visage légèrement effrayé étaient comme un lapin mignon.
Une épouse comme un lapin et une fille mignonne comme une mangouste.
« Ce Père Noël... c'était pour de vrai ? Un vrai Père Noël a vraiment essayé d'exaucer mon vœu ? »
C'était certainement un vœu qu'il avait chéri très longtemps. Cependant, ce n'était pas quelque chose qu'il voulait au point d'aller dans un autre monde. On avait l'impression de recevoir un cadeau et de se prendre un marteau sur la tête en même temps.
Les jours où il avait craint de mourir dans un chariot immonde tout nu défilèrent dans son esprit.
« ... »
Ce Père Noël — si je le revois un jour, je le tue définitivement.