Elisha fixa Richard, hébétée. Surprise, son cœur se mit à battre la chamade. Seul le bruit de son cœur résonnait dans ses oreilles. Ils s'étaient échangé des baisers bien plus profonds lors de leurs étreintes. Mais pourquoi ? Pourquoi le cœur d'Elisha battait-il si fort pour un simple baiser ?
Sans comprendre ce qui lui arrivait, Elisha agrippa le tissu qui couvrait sa poitrine de sa main libre. Elle craignait que ses yeux, qui la dévisageaient dangereusement comme s'il allait la dévorer à tout instant, ne percent le secret de son cœur qui s'affolait. Elle ne voulait pas qu'il le sache.
« Je me sens bizarre. » Les lèvres d'Elisha tressaillirent et s'entrouvrirent sous ce regard tenace qui ne la quittait pas.
« Si soudain, qu'est-ce que cela ve... » Au moment où elle allait demander le sens de ses mots, elle sentit un mouvement dans son ventre. Lorsqu'Elisha s'arrêta net, Richard, sentant que quelque chose n'allait pas, l'appela.
« … Elisha ? »
« Love a bougé. »
Elisha saisit vivement la main de Richard et la posa sur son ventre. Au début, ce n'était qu'une sensation faible, comme une goutte d'eau qui éclate, mais cela allait en s'intensifiant jour après jour. Grâce à cela, Elisha prenait un malin plaisir à converser avec son enfant à naître ces derniers temps. Richard, lui, absorbé par les préparatifs de la fête de la fondation, n'avait pas encore ressenti les mouvements fœtaux. Car l'enfant, comme pour le narguer, ne bougeait ni le matin ni le soir quand il était présent. Elisha, qui savait qu'il attendait ce moment, voulait lui faire ressentir cette merveilleuse sensation au plus vite. Mais dès que Richard posa la main sur son ventre, l'enfant se tut comme s'il avait fait vœu de silence.
Contrairement à Richard, surpris par ce brusque changement de sujet, Elisha, qui commençait à s'impatienter, s'allongea sur le lit. Elle ressentirait mieux les mouvements fœtaux allongée bien à plat.
« Love~ appelle-le comme ça. »
Précipitamment. Elisha repositionna la main de Richard sur son ventre et l'exhorta à appeler le bébé. Après une hésitation, il se racla la gorge et prononça le nom de l'enfant.
« Love. »
Mais même après un moment d'attente, l'enfant ne répondit pas.
« Hmm, tu veux jouer à cache-cache avec Papa ? »
Plutôt que Richard, qui n'attendait pas grand-chose, Elisha afficha une déception marquée. Richard tenta de retirer sa main, cherchant à masquer sa propre déception modérée. Soudain,
Gloup~ Comme un ballon d'eau, un minuscule mouvement se fit sentir. Au même instant, Richard, qui allait reprendre sa main, figea. Puis, cette fois, le ventre d'Elisha ondula comme une vague. Les yeux de Richard trembèrent face à ce mouvement. Remarquant sa réaction, Elisha sourit et s'adressa à l'enfant.
« Love, Papa a tant attendu que tu dises bonjour. »
Comme en réponse aux mots d'Elisha, l'enfant donna un nouveau coup de pied dans son ventre. Juste là où reposait la paume de Richard. Il fixa le ventre d'Elisha, hébété.
« Bébé… » Ce fut seulement alors qu'il le réalisa. Dans le ventre d'Elisha, leur enfant grandissait. Il comprit soudain qu'il serait le père de ce petit être pour le reste de sa vie. Jusqu'ici, il n'avait pas vraiment songé à l'existence de cet enfant. À l'origine, ce n'était qu'un lien entre Elisha et lui. Mais cet enfant, qui s'était développé pendant qu'il ne faisait pas attention, manifestait sa présence. Avec des mains et des pieds plus petits que la phalange de ses doigts, il leur faisait savoir qu'il grandissait bien. Au moment où il sentit la présence de l'enfant, son cœur se serra. Autant qu'il ressentait le poids de la vie qu'il avait créée, et la responsabilité, il éprouvait aussi un sentiment indescriptible, émouvant, qui pesait sur son cœur.
« Qu'est-ce que tu fais ? Papa doit dire bonjour lui aussi. » Elisha murmura en observant la réaction de Richard, figé sans un mot. Sur ce, il se pencha vers son ventre et dit :
« Bonjour, Love. »
Ce prénom de grossesse, qu'il avait toujours appelé distraitement, par habitude, lui parut soudain maladroit dans sa bouche.
« C'est papa. » Il s'appela « Papa ». L'enfant répondit à son appel d'un coup de pied, un temps plus tard. Il bougea un moment, puis se tut.
Richard contempla le ventre d'Elisha un long moment après que les mouvements de l'enfant eurent cessé. Elisha, rassurée par sa réaction, sourit. Contrairement à l'histoire originale, elle avait le sentiment qu'il n'haïssait pas les enfants, mais elle craignait que son avis ne change une fois qu'il aurait pris conscience de l'existence de son propre enfant. Cependant, après avoir vu sa réaction à l'instant, il semblait que de telles inquiétudes puissent être mises de côté.
« Comment ça fait de dire bonjour au bébé pour la première fois ?
« … »
« Richard ? »
Alors qu'elle s'étonnait de son silence, Richard enlça Elisha.
« Merci, Elisha. »
Il ne savait pas comment expliquer ce sentiment qu'il ressentait pour la première fois de sa vie à l'instant, mais il pensa qu'il devait dire merci à Elisha. C'était une émotion qu'il n'aurait jamais connue de toute sa vie sans elle.
Elle cligna des yeux, décontenancée par cette étreinte soudaine, puis sourit et le serra dans ses bras.
Ce fut la première nuit où tous deux comprirent le sens du mot « famille ».
* * *
Au cœur de la nuit, quand même les domestiques dormaient, le marquis Dion rentra chez lui.
Mikaela, qui s'apprêtait à s'endormir, entendit le bruit de la calèche et descendit dans le hall du rez-de-chaussée. Le marquis Dion, la voyant, marmonna une salutation.
« Votre Altesse la Princesse. Vous n'êtes pas encore couchée ? »
Mikaela fronça involontairement les sourcils à l'odeur d'alcool. Vu son visage rougeaud et sa démarche titubante, on aurait dit qu'il avait bu quelque part.
« Pourquoi avez-vous bu jusqu'à cet état ? Ce n'est pas bon pour votre santé non plus. »
« J'étais contrarié, alors j'ai bu. »
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Ce petit bâtard immature, hein ? On le félicite une fois et le voilà arrogant, il va en ignorant les gens. »
« De qui parlez-vous ? »
« De ce salaud, le duc de Rubellin. Comme il m'ignore en réunion ! »
Le marquis Dion grinta des dents en se remémorant un souvenir de plusieurs jours plus tôt.
« N'est-ce pas le devoir du président d'écarter de l'ordre du jour tout ce qui ne mérite pas d'être discuté et de concentrer tout le monde sur le sujet principal ? »
« Qu-quoi ? »
Les yeux qui l'avaient regardé avec pitié, balayant son avis sur la préparation d'un cadeau pour l'Empereur pour dire clairement que c'était « pas la peine d'en discuter », étaient encore frais dans sa mémoire et ses dents grinçaient. Le marquis Dion haussa la voix et injuria Richard.
« Ce n'est pas comme si je le disais pour mon propre bien, mais puisqu'il reste un petit budget, j'ai pensé faire quelque chose pour Sa Majesté l'Empereur, la lumière de cet Empire, mais il m'a ignoré pour ne s'occuper que de quelques mendiants. »
Mikaela fronça les sourcils face aux divagations du marquis Dion. Elle portait de l'affection à Richard depuis l'époque où il était apparu en tant que Jeune Duc.
Combien elle avait été excitée intérieurement quand on annonça que son Père Royal la marierait à lui. Cependant, Albert, qui avait percé le stratagème de l'Empereur, avait pris une fille issue d'une modeste famille vicomtale sans nom et l'avait mariée à Richard. À cause de cela, Mikaela avait eu l'impression d'avoir été rejetée par Richard. C'était encore plus déchirant de voir comment Richard, qui semblait incapable de se donner à qui que ce soit, s'entendait bien avec Elisha.
Elle haïssait non seulement Elisha pour avoir épousé Richard, mais aussi lui, qui vivait bien sans elle. De plus, c'était frustrant d'apprendre qu'il avait ignoré les suggestions de son mari concernant un cadeau pour son Père Royal.
Mikaela répondit sèchement aux paroles du marquis Dion.
« Il a toujours été comme ça. Il ne peut s'empêcher d'être arrogant dans sa propre force. Il en va de même pour cette femme, la duchesse. »
« Cette fille aussi ? »
« Ces deux-là se ressemblent beaucoup. Que ce soit au festival de chasse ou au goûter il n'y a pas longtemps, n'importe qui aurait cru que cette femme était l'Impératrice. »
« Tsk, tsk. On dirait que cette fille ne connaît pas sa place. Comme dit le proverbe, qui se ressemble s'assemble. Cela semble parfait. »
« Vous devez être bien offensé, chéri. Je suis sûre que vous avez dû être bien contrarié de devoir supporter cela. »
« C'est ce que je veux te dire. »
Les deux se répondirent et se consolèrent mutuellement. À ce moment, le majordome qui se tenait à ses côtés s'approcha.
« Votre Grâce, le vicomte Magenta est venu cet après-midi. »
« Encore ? »
Au nom du vicomte Magenta, le marquis Dion fronça les sourcils. Le vicomte Magenta était son oncle. Il avait hérité d'une partie de la succession du défunt grand-père du marquis Dion et s'était lancé dans les affaires, mais avait échoué l'une après l'autre et subi plusieurs pertes. Malgré une série de déficits, il était incapable d'abandonner son entreprise et mendiait pour emprunter le capital de départ en faisant le tour des maisons de plusieurs parents. Il était venu voir le marquis Dion il y a environ trois mois, mais semblait être revenu.
« Oui. Seigneur, il m'a demandé de le prévenir quand Votre Grâce rentrerait et a dit qu'il souhaitait vous rencontrer. »
Il était évident de quoi ils parleraient. Il dirait qu'il avait une idée d'affaires extraordinaire, et qu'il fallait investir parce que cette fois-ci ça marcherait sûrement.
« Ne dites rien, ignorez-le. J'ai l'air d'une œuvre de charité ? »
Le marquis Dion, qui s'apprêtait à monter directement dans sa chambre avec Mikaela après cette réponse amère, se souvint soudain de l'histoire du vicomte Magenta, qu'il avait rencontré trois mois plus tôt.
« Les produits fabriqués sont de très bonne qualité, mais peut-être parce que la sécurité s'est améliorée ces temps-ci, ça ne se vend pas bien. »
Le vicomte Magenta avait affiché une expression déçue et présenté les articles qu'il avait fabriqués. Une idée fulgurante frappa le marquis Dion qui se remémora cet « article ».
« Alors, je peux porter un grand coup à ce salaud arrogant. »
Le marquis Dio releva un coin de sa bouche, se tourna vers le majordome et lui ordonna.
« Envoyez une lettre à mon oncle tout de suite. Dites-lui que je voudrais le voir demain. »