Elisha fit un pas en avant, leva les yeux vers l'enfant qui la dépassait de la tête, et dit : « C'est bien. »
« … Quoi ? »
« Tu m'as demandé comment je vivais le fait de partager la vie de Richard, alors je réponds : c'est bien. »
Désarçonné par la réaction inattendue d'Elisha, l'enfant bredouilla et recula d'un pas.
Elisha en fit un de plus et demanda : « Alors je vais vous poser une question, moi. Vous trouvez cette conversation minable amusante ? Comment osez-vous médire sur le dos de quelqu'un en riant ? »
« Quoi ? Minable ? On dit des bêtises ? Tout est vrai. C'est le fils d'une prostituée, et c'était un mercenaire ! »
« Vraiment ? Si vous êtes si fiers de vos propos, pourquoi ne pas essayer de parler comme ça devant des adultes ? »
Quelques nobles du camp de l'Empereur penchaient pour les Rubelin après avoir vu les capacités de Richard au terrain de chasse royal. Les parents de certains de ces enfants avaient déjà rallié Albert. Et même s'ils restaient du côté de l'Empereur, aucun ne pouvait se permettre d'être totalement hostile aux Rubelin.
« Vous êtes devenus bien arrogants depuis l'incident au terrain de chasse royal. » dit une fillette aux cheveux argentés, qui observait Elisha en silence.
C'était celle qu'Elisha avait entendue parler sur le balcon un peu plus tôt. Rose. Elisha mit un nom sur son visage. 'Épouse de Christian et belle-mère du protagoniste masculin.' Pour l'instant, elle était encore la fiancée de Christian, et peut-être la meneuse de ce groupe d'enfants.
Comme Elisha s'y attendait, un autre enfant s'avança comme pour défendre Rose. « Oh, ma pauvre, tu ne sais sans doute pas, vu que tu n'as quitté le domaine des Loengrin que récemment, mais Rose est l'honorable fille du marquis de Felice. C'est la fiancée du prince héritier, qui régnera sur cet empire à l'avenir. Soigne tes manières ! »
« Et alors ? »
« Tu viens de dire "et alors" ? »
« Elle n'en reste pas moins Rose Felice. Moi, je suis Elisha Rubelin. » Elisha appuya délibérément sur les mots « Felice » et « Rubelin ». Puis elle planta son regard dans celui de Rose et demanda : « Vous ne savez toujours pas qui, vraiment, doit soigner ses manières, Lady Rose Felice ? »
Surprises par l'aplomb d'Elisha, Rose et les autres enfants ne trouvèrent rien pour répliquer et restèrent sans voix. Elisha, qui les fixait, se tourna lentement. Elle remarqua que ses mains tremblaient légèrement, alors elle les serra fortement. À ce moment, elle entendit les voix des enfants derrière son dos.
« Comment oses-tu te vanter d'avoir un métis pour mari ! »
Les enfants, qui s'apprêtaient à en rajouter, furent surpris de voir la personne devant Elisha et se turent.
Elisha, qui allait s'éloigner, s'arrêta net et fit un pas en arrière. « … Richard ? »
Richard se tenait devant elle, les yeux froids. « Je me demandais pourquoi tu ne venais pas. On dirait que tu t'es fait attraper par les insectes. » Richard considéra les enfants avec dédain et saisit la main d'Elisha. « Allons-y. »
Les enfants, qui riaient d'Elisha tout à l'heure, n'osaient pas rire de Richard. Ils n'osaient même pas contester qu'il les traite d'« insectes ». Ils le dévisageaient simplement, effrayés, en serrant les lèvres.
Richard emmena Elisha loin de là. La main d'Elisha dans la sienne tremblait légèrement. Il en fut irrité en s'en rendant compte.
'Tu as un petit foie.' (Note : expression coréenne qui signifie qu'on est peureux ou lâche) Richard dit en serrant fermement la main d'Elisha. « N'interviens pas, contente-toi d'ignorer. Ce ne sont que des conneries de toute façon. »
« Non. » Elisha s'arrêta net.
Richard s'arrêta aussi et la regarda, stupéfait.
Elisha continua. « C'est comme la goutte d'eau sur le roc. Au début, on croit que c'est inutile. Mais un jour, elle finit par percer la pierre, car une goutte constante creuse le roc. »
« …… »
« Alors, je ne resterai pas sans rien faire. » La voix et les yeux d'Elisha étaient pleins de détermination. « Je te l'ai déjà dit. Je serai de ton côté. » Alors, ne fais pas semblant que tout va bien.
Richard fixa Elisha, hébété. Une petite fille, incapable de se battre, terrifiée au point de trembler, se battait désespérément. Pour lui, pas pour un autre.
« Enfin, quand je n'ai personne de mon côté, c'est toi qui dois me défendre. Si tu croises quelqu'un qui me médit, souffle-le avec ton vent, d'accord ? » dit Elisha en agrippant le bras de Richard.
Richard regarda Elisha, qui parlait d'un air ferme comme si elle n'avait pas tremblé un instant plus tôt, et éclata de rire malgré lui. Puis, alors qu'ils reprenaient leur marche, il fronça les sourcils en remarquant qu'Elisha boitait. Il s'agenouilla aussitôt, le dos tourné vers Elisha.
Elisha le regarda, confuse.
« Monte sur mon dos. »
« Hein ? »
« Tes pieds, ils te font mal ? »
« Ça va pourtant… »
Malgré son refus, Richard resta dans cette position. Elisha, qui hésita un instant, monta sur le dos de Richard. Elle craignait qu'il ne parvienne pas à la soulever parce qu'elle était lourde, mais il se redressa sans la moindre difficulté.
'Enfin, il est plus âgé que moi. C'est rassurant de l'avoir à ses côtés dans ce genre de moment.' Richard, qu'elle avait toujours considéré comme son petit frère adolescent, lui parut un peu plus mature aujourd'hui. En même temps, elle se sentit déroutée par la chaleur de son large dos.
« Les bras. »
« Hein ? »
« Passe-les autour de mon cou, sinon je ne saurai pas si tu tombes. »
Elisha enroula prestement ses bras autour du cou de Richard. Ce qui les rapprocha un peu plus, amplifiant la chaleur entre eux. Les commissures des lèvres de Richard s'étirèrent, mais Elisha ne le vit pas. Sous la lune, la douce brise de la nuit printanière chatouilla le cœur de ces deux-là.
*****
Après le banquet, un bon moment s'était écoulé.
« Le printemps est vraiment là. » En chemin vers la bibliothèque, Elisha marmonna en apercevant par la fenêtre un paysage tout en verdure. Le vent qui entrait par la fenêtre était tiède et doux.
Puis, elle perçut un bourdonnement d'hommes venant d'en bas de la fenêtre. 'Qu'est-ce qui se passe ?' Les yeux d'Elisha se portèrent naturellement vers la source du bruit. Quelques chevaliers de Rubelin s'y rassemblaient.
Il semblait qu'après longtemps, ils aient décidé de s'entraîner dehors vu que le temps s'était réchauffé. Les chevaliers ne portaient que de fins sweats. Certains avaient même ôté leur haut. Elisha, qui observait leurs corps musclés, détourna le regard avec une toux : « Hem… »
Pourtant, comme attirée par l'odeur d'une viande délicieuse, son regard revint vers eux instinctivement. 'Hmm. En tant que maîtresse de maison, n'est-ce pas ma responsabilité de superviser l'entraînement des chevaliers et de vérifier s'ils manquent à quelque chose ?'
Elisha décida de reporter son projet d'aller à la bibliothèque pour regarder l'entraînement des chevaliers. Peu après, deux chevaliers commencèrent à s'affronter. Cette fois, tous les deux avaient ôté leur haut. À chaque choc de leurs épées, leurs muscles se mouvaient visiblement. Leurs corps masculins étaient vraiment bien développés.
Alors qu'Elisha observait la scène les yeux brillants, une voix familière retentit derrière elle.
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Ah ! » Elisha sursauta comme un enfant pris la main dans le sac quand Richard apparut soudain.
Richard fut lui aussi surpris par la réaction inattendue d'Elisha.
Elisha, embarrassée, répondit en hâte à Richard pour l'empêcher de deviner ses pensées : « E-et bien, l'entraînement à l'épée a l'air cool, alors je regardais. C'est trop cool. J'aimerais bien l'apprendre moi aussi. »
« Tu veux vraiment l'apprendre ? »
À la question de Richard, qui semblait ne rien comprendre, Elisha eut un pincement au cœur. Elle se sentait coupable, mais elle ne pouvait toujours pas dire la vérité à son innocent mari de quinze ans. « N-non. Je disais ça comme ça. »
« Je peux t'apprendre. »
« Tu es doué à l'escrime ? »
Richard fronça les sourcils à la question d'Elisha. Sa fierté était blessée qu'Elisha sous-estime son niveau à l'épée. « … Tu crois que je suis mauvais ? »
« Tu es un mage, alors je pensais que tu ne pouvais pas. »
« J'utilise la magie parce que c'est bien plus efficace, pas parce que je suis nul à l'épée. »
« Ah, je vois. » Elisha répondit à moitié. Elle fut soulagée de ne pas s'être fait prendre à mater les chevaliers. Elle n'était de toute façon pas vraiment intéressée par l'escrime, et ce n'était pas surprenant que Richard, qui avait infiltré de nombreuses guildes pendant son enfance, sache manier l'épée. « Alors je vais y aller. À plus tard. » Elisha fit demi-tour et disparut.
En regardant son dos, Richard, qui souriait, finit par soupirer. Ce n'était pas la réaction qu'il espérait. Richard baissa les yeux vers les chevaliers qu'Elisha fixait les yeux brillants un instant plus tôt. Ses yeux rouges s'assombrirent dans de profondes pensées.
*****
Ce soir-là, l'un des chevaliers de Rubelin, Thompson, regagnait sa chambre après le repas. Il resta stupéfait en voyant le successeur du duc devant sa porte. « … Jeune Maître Richard ? »
Richard l'attendait, les bras croisés, adossé au mur. Thompson fut nerveux en voyant Richard s'approcher. 'Qu'est-ce qui se passe ?'
Cela faisait environ un an que Richard avait rejoint le duché. À l'époque, Richard ne s'intéressait guère aux affaires de la famille, donc il ne s'immisçait pas beaucoup dans celles des chevaliers. Naturellement, il n'avait pas besoin de parler directement aux chevaliers, surtout pas à Thompson, qui n'était qu'un chevalier insignifiant.
Il ne pouvait pas croire que Richard soit venu jusqu'au dortoir. Si Richard voulait lui confier une tâche précise, il aurait pu envoyer un serviteur à sa chambre ou transmettre les instructions au commandant. C'était vraiment bizarre de le voir venir en personne avec un air si froid.
'Est-ce que je l'ai offensé d'une manière ou d'une autre ?' Tout ce qu'il avait fait aujourd'hui, c'était s'entraîner et faire des assauts avec ses collègues dans la cour arrière après le déjeuner. Thompson repassa sa journée en revue et se demanda s'il avait fait quelque chose qui aurait pu agacer Richard.
Mais les mots qui sortirent de la bouche de Richard furent totalement inattendus. « Tu feras un assaut avec moi demain. Vers deux heures, après le déjeuner, dans la cour arrière. »
« Oui… ? » Surpris par l'ordre soudain de Richard, Thompson le regarda avec des yeux perplexes, mais Richard était déjà parti loin.
(Note du traducteur : Oh mince, après Ansel, c'est la deuxième victime de la jalousie de Richard.)