« Papa, réveille-toi ! Quelqu'un m'a donné cinq yuans. Maintenant, je peux t'acheter à manger, alors arrête de dormir ! »
Avec un mal de tête fracassant, Su Yuyang entrouvrit à peine les yeux. Juste devant lui, un enfant à l'air sale, qui semblait avoir deux ou trois ans. Pourtant, ses yeux recelaient une lueur soupçonneuse, prouvant qu'il n'était pas aussi innocent qu'un autre de son âge. Ils étaient pleins d'inquiétude.
« Hmm. »
Su Yuyang répondit à contrecœur. Au lieu de choisir de recevoir l'intrigue tout de suite, il se redressa sur les coudes et s'assit à reculons.
Il ne supportait pas qu'un si petit enfant s'inquiète pour lui.
« Papa, regarde, on a de l'argent ! »
Quand Su Yuyang fut assis, le petit garçon sauta immédiatement dans ses bras, fourra son argent sous son nez et eut l'air de réclamer des éloges.
« Baobao est vraiment trop fort. »
(Note du traducteur : Baobao = trésor / chéri / bébé.)
Sans avoir aucun souvenir de cette vie, Su Yuyang ne connaissait pas le nom de l'enfant, alors il se contenta de le louanger comme ça.
« Papa, comment tu m'as appelé ? »
Le petit garçon se figea.
« Baobao. »
Est-ce que c'était démodé d'appeler les enfants « Baobao » de nos jours ?
« Je croyais que je m'appelais Petit Salaud ? Tu m'as toujours appelé comme ça, et tu disais que c'était un nom spécial pour moi et Papa, et qu'il fallait le garder secret pour Maman. »
Le petit garçon était perplexe.
« … »
Merde, quel genre de dingue appelle son gosse salaud ! ?
« Papa a eu tort. Tu t'appelles Baobao. Petit Salaud, c'est une insulte. Papa était confus tout à l'heure, je ne t'appellerai plus comme ça. »
Su Yuyang serra immédiatement l'enfant contre lui de bon cœur. Pas étonnant qu'il soit si petit, si maigre et si frêle. Il était sûr que le père était une ordure.
Mais le gamin sentait vraiment mauvais, il l'avait ramassé dans la poubelle ou quoi ?
« Oh. »
Le garçon hocha la tête et parut comprendre.
Puis Su Yuyang entendit un gargouillis sourd. Évidemment, il provenait d'un estomac affamé, ou de deux, le sien et celui de l'enfant.
« Baobao a faim ? On va s'acheter à manger. »
Su Yuyang vit qu'il y avait une boutique de brioches à la vapeur de l'autre côté de la rue, mais il ne savait pas à quoi ressemblaient les dépenses quotidiennes à cette époque. Combien de brioches pouvait-on acheter pour dix yuans ?
« D'accord ! »
En entendant qu'ils allaient acheter à manger, le visage du petit garçon s'illumina d'un sourire, et toutes ses inquiétudes furent balayées au fond de sa mémoire.
Effectivement, le monde d'un enfant est le plus simple.
Même s'il savait qu'il entrerait dans le corps du père du méchant à chaque fois, Su Yuyang ne considéra jamais ses enfants comme des méchants.
Quoi qu'il arrive dans le futur, pour l'instant, il n'était qu'un enfant ordinaire et précieux.
Cinq yuans lui rapportèrent six grosses brioches à la viande et deux bouteilles d'eau, avec un yuan de reste.
Après y avoir réfléchi, il ne tendit pas immédiatement l'eau et la brioche à son fils aux yeux écarquillés.
« Baobao, Papa est fatigué. Je veux rentrer m'asseoir et manger avec Baobao, d'accord ? »
« D'accord. »
Son fils était très obéissant. Il hocha la tête, avala sa salive en retenant l'envie de piquer les brioches, et prit les devants sans attendre que Su Yuyang n'ajoute quoi que ce soit.
De retour dans la rue où il s'était réveillé plus tôt, son fils s'assit alors sur le morceau de carton, leva les yeux et le fixa avec anxiété tout en tapotant le sol à côté de lui.
« Papa, assieds-toi et mange. »
« … »
C'est-à-dire que cet abri en carton était leur maison ? !
Mon Dieu ! À quel point le propriétaire d'origine était-il pourri ? Un homme en pleine forme, en bonne santé, vivant ici avec son fils ? ! Est-il débile ?
Après avoir englouti l'eau et la nourriture ensemble, Su Yuyang prévoyait de simplement fermer les yeux et d'absorber l'intrigue ici. Personne ne les embêterait, lui et son fils, d'ailleurs, les passants les regardaient comme s'ils avaient vu de la crasse.
Quant à son fils, il mangea et but à satiété et s'endormit, heureux, inconscient de son environnement.
Quand il rouvrit les yeux, son fils ne s'était pas encore réveillé.
Pourtant, il ne put s'empêcher de ressentir de la tristesse. Effectivement, l'enfance des méchants était très misérable. Du moins, la plupart des méchants dans le monde de mission qu'il avait vécus étaient devenus méchants à cause de leurs traumatismes d'enfance.
***
Le propriétaire d'origine de ce monde était un homme phénix qui avait épousé sa femme en ville et avait commencé à poignarder dans le dos ses frères et sœurs et ses proches.
(Note du traducteur : homme phénix = hommes qui ont réussi / sont devenus riches grâce au soutien de leur femme. Ou hommes qui ne peuvent compter que sur leur femme, parce qu'ils n'ont que leur belle gueule.)
Puis, il dilapida la fortune de la famille de sa femme, la poussant à divorcer. Après ça, il perdit son travail sur l'ordre de son beau-père.
Il retourna alors dans sa ville natale, mais à ce moment-là, ceux qui l'avaient autrefois vu avec affection, un par un, le raillèrent de toutes les manières, pressés qu'il parte.
En réalité, son beau-père et sa femme voulaient juste lui montrer la vraie nature de sa famille qui le traitait comme un trésor et ne voulait pas vraiment lui faire du tort juste pour sa position d'homme phénix.
Cependant, il reprocha tous ces problèmes à sa femme et à son beau-père, et dans un accès de rage, revint enlever son fils et s'enfuit dans une autre ville.
Quand il y avait de quoi manger, il mangeait avec son fils. Quand ils n'avaient rien à manger, en revanche, il engueulait son fils par impatience et colère démesurées. Avec le temps, son fils devint progressivement un vrai petit mendiant, quémandant de l'argent partout, et finissant par élever son père en retour.
Un jour, il fut ciblé et enlevé par un trafiquant qui voulait le revendre à prix d'or, mais il fit semblant d'être handicapé pour retrouver son père, ce qui fit que personne ne l'acheta.
À la fin, il fut forcé de continuer à mendier par les trafiquants.
Après de nombreuses tentatives d'évasion ratées, il apprit à faire l'obéissant, et au bout d'un moment, il devint lentement le chef des trafiquants d'êtres humains.
Plus tard, il mourut après être tombé amoureux d'une policière et avoir aidé celle-ci à détruire l'organisation de trafic.
Quand il mourut, il lui restait deux vœux non exaucés : retrouver ses parents et rendre la policière heureuse.
Maintenant, pour Su Yuyang, la première tâche était assez facile à accomplir, mais la deuxième était un peu casse-tête. Son fils ne connaissait pas du tout le nom de la policière. Elle travaillait en infiltration, toutes les informations qu'elle lui avait laissées filtrer étaient fausses.
La seule partie authentique d'elle qu'il connaissait, c'était son visage.
Même alors, il avait scellé ce souvenir parce qu'il était trop important. Ainsi, Su Yuyang ne savait même pas à quoi ressemblait la policière et détermina qu'il ne pourrait pas accomplir la deuxième tâche.
Cependant, ça n'avait pas tant d'importance. Peut-être que la policière et son fils sont des amis prédestinés. Une fois son fils grandi, ils parviendraient naturellement à l'identifier ensemble.
Pour l'instant, ce qu'il avait le plus besoin de faire, c'était de trouver un endroit sûr et propre pour vivre avec son fils.
Il n'avait pas un seul sou, et il ne pouvait pas rentrer chez lui retrouver sa femme.
À présent, cela faisait plus d'un demi-mois que le propriétaire d'origine avait fui avec son fils. À ce moment-là, sa femme pensait qu'il s'ennuyait de son fils, donc ce n'était rien qu'ils s'entendent bien pendant quelques jours.
Dans l'original, ce ne fut que lorsque le propriétaire d'origine retourna voir sa femme pour vérifier si elle avait emmené leur enfant qu'ils furent certains que leur enfant avait disparu.
Donc, comme il n'y avait pas d'urgence, il ne voulait pas retourner la voir si vite. Même s'il y retournait maintenant, le couple ne serait pas au mieux dans cette spirale descendante.
Mieux valait qu'il essaie d'opérer quelques changements avant d'y retourner.
Jetant un coup d'œil à la poubelle à côté de lui, il se leva et s'en approcha, tendant la main pour la fouiller.
Peu après, il trouva un grand sac. Ensuite, après en avoir vidé le contenu, il fouilla les poubelles pour y récupérer des bouteilles de boissons jetées et des cartons de papier usagé.
Le propriétaire d'origine n'avait aucune compétence de survie, il n'avait pas un sou sur lui ni de moyen de s'enrichir, mais il était confiant dans sa capacité à sortir de ce pétrin.
« Hôte, hôte, qu'est-ce que tu fais ? Tu veux manger des ordures ? »
Le système ne comprenait pas.
« J'essaie de gagner de l'argent ! Manger des ordures, quoi ? ! Tu veux que je t'emprunte encore des points ? »
En vérité, il n'était pas sans cervelle en empruntant des points. De plus, il avait fini par comprendre certaines règles qui régissaient l'emprunt de points. Premièrement, il y avait une limite supérieure au montant total de points qui pouvaient être prêtés. Deuxièmement, quand il demande au système d'emprunter des points pour accomplir la tâche, le score et les points qu'il recevra en accomplissant les tâches diminueront. Il l'avait remarqué en comparant les scores et points gagnés dans les deux mondes précédents.
Le système était bête de ne pas s'en rendre compte, mais lui ne l'était pas.
Effectivement, le Seigneur Dieu appelé Jinjiang n'était pas bête. Sinon, avec un ou deux hôtes de plus comme lui, qui avaient le culot de faire ça et tombaient sur un système bête, ce Seigneur Dieu ne serait-il pas ruiné ?
En plus, les règles ne stipulaient pas que l'hôte ne pouvait pas emprunter de points. Au contraire, elles énoncent le montant maximum de crédit qui peut être accordé dans le manuel du système, faisant croire aux hôtes exécutants qu'on peut emprunter à la légère.
Simplement, quand l'hôte emprunte des points, il découvre que les points de tâche gagnés à la fin auront eu des intérêts déduits, avec des taux absolument défavorables aux hôtes.
C'était clairement un piège pour les hôtes.
Donc, cette fois, il remboursera d'abord les points de crédit, puis ira voir le système pour en emprunter.
Quant au reste des règles, il aurait besoin de les comprendre après avoir accompli plusieurs autres tâches.
Bien sûr, si la situation l'exige, il se tournera vers le système pour obtenir de l'aide.
« Non, je ne veux pas ! C'est juste que l'hôte agit de manière si bizarre comme ça, comme une personne complètement différente. »
Après avoir dit ça, le système disparut rapidement. C'était rare que l'hôte fasse preuve de gentillesse. Donc, il ne voulait pas rester là, se demandant si l'hôte allait l'arnaquer ?
« … C'était si bizarre que ça ? »
Su Yuyang resta sans voix. Cependant, après y avoir réfléchi un instant, il réalisa qu'il s'en fichait pas mal. Il jeta un autre coup d'œil à son fils et vit qu'il dormait toujours profondément là-bas, avant de reprendre ce qu'il faisait plus tôt.
***
Le temps passa, et ce n'était plus qu'une question de jours avant que le trafiquant ne soit presque prêt à enlever son fils.
Il devait rester en alerte maximale.
Aussi, ce qu'il faisait avant n'était pas manger des ordures. Il récupérait des matériaux recyclables dans les poubelles.
Les gens de cette époque ne connaissaient toujours pas le concept de recyclage des déchets, sans parler du fait que ces choses étaient des ressources renouvelables. Cependant, le pays commençait maintenant à promouvoir vigoureusement la protection de l'environnement et à subventionner fortement cette industrie.
Tant qu'il était prêt à endurer la peine et à réutiliser les connaissances dans sa tête, il n'aurait aucun problème à en tirer profit.
Il était complètement différent du propriétaire d'origine, qui ne pouvait travailler que comme manœuvre dans l'usine d'un ami de son beau-père, s'usant à la tâche chaque jour, puisque son plus haut diplôme était un certificat de technicien obtenu après avoir été diplômé d'une école secondaire technique. Heureusement, il avait rencontré sa femme lors d'une exposition. Il était beau, donc il avait réussi à charmer la fille.
C'était la seule raison pour laquelle il avait pu épouser cette femme issue d'une très bonne famille, et avoir un enfant avec elle, même s'il n'avait rien, et que sa famille était une famille rurale.
Grâce à son barreau, il passa pour quelqu'un d'important. Aussi, il était bon parleur, amadouant lentement son beau-père et sa femme pour obtenir de plus en plus d'argent. Sinon, comment auraient-ils pu perdre toutes leurs économies ? Après avoir réalisé ses manigances, son beau-père et sa femme devinrent plus durs avec lui.
Cette fois, il voulait tourner la page complètement, pour que sa femme et son beau-père voient les changements en lui et pour qu'il puisse se remettre avec sa femme.
En y pensant, Su Yuyang ressentit une déception totale envers le propriétaire d'origine. Il avait les deux mains et les deux pieds, et ne souffrait d'aucune maladie ni d'aucun problème. Il aurait pu travailler pour vivre après avoir divorcé de sa femme. Au lieu de ça, il erra sans but avec son fils, devint mendiant, et laissa un jeune enfant mendier pour le nourrir. Quel vrai morceau de merde !
De nos jours, personne ne fouillait les poubelles, et certaines personnes s'éloignaient même quand elles en voyaient une. Sans concurrence, les gains de recyclage de Su Yuyang ne pouvaient pas être plus juteux.
Avec une seule poubelle, il trouvait, en moyenne, un demi-sac de canettes en aluminium et de bouteilles en plastique, ainsi que trois ou quatre livres et un petit fagot de cartons.
Aussi, les poubelles de cette époque étaient assez grandes, contrairement à son temps, où il y avait de petites poubelles partout, et les ordures éparpillées.
Dire que c'était une poubelle, en fait c'était juste une grande boîte en métal vert. Les voisins des alentours y déposaient les déchets de leur maison. De temps en temps, un camion-benne venait tout emporter vers une décharge.
Une fois fini, il rangea les sacs de matériaux recyclables, et son fils se réveilla.
Quand son fils se réveilla et ne vit pas son père à côté, il se figea de peur. Cependant, après avoir regardé autour de lui avec anxiété, il relâcha le souffle coincé dans sa gorge quand il aperçut Su Yuyang en train de trier une grande pile d'ordures pas très loin.