Dans les bois, Siderius suivit le courant de la rivière. Le terrain s'ouvrit lentement sur une vaste prairie où rochers et sable recouvraient les berges.
La prairie était déserte à cet instant, aucune bête en vue.
Siderius s'assit dans un buisson. Il comptait attendre.
Cette grande clairière était un endroit idéal pour que les gros animaux et les prédateurs viennent boire. La rivière était en outre assez peu profonde pour laisser voir son eau fraîche et claire.
Tôt ou tard, un gros animal apparaîtrait.
Siderius attendit un bon moment. La lune flottait silencieusement au-dessus des nuages, projetant sa lumière sur les bois sombres. Pas une âme en vue près de la rivière.
Siderius ferma les yeux. Guetter un animal sauvage demandait du temps et de la patience ; en attendant, il médita.
Sa bouche marmonna une fois encore le verset de l'Anneau des Sens.
« Par le toucher et le goût, par l'odorat et l'ouïe. Point de chaos posé, sur le sol sacré. »
L'espace sombre dans son esprit se révéla à nouveau. Le hibou était toujours là, avec la sphère bleue l'entourant et l'anneau diffus.
Une fois la bête localisée grâce à l'Œil du Nord et un Anneau posé, il n'était plus nécessaire de répéter le Signe Alchimique. Siderius n'avait qu'à évoquer l'espace en récitant le verset et à concentrer son esprit.
Siderius ralentit sa respiration et manipula de nouveau son énergie mentale.
L'Anneau des Sens absorba lentement la sphère bleue diffuse.
Siderius resta à genoux dans le buisson pendant un long moment. Son corps ne bougea pas d'un millimètre. Il demeura immobile comme un roc et se fondit dans le paysage environnant.
Une heure. Aucune baisse de psychose.
Deux heures. Enfin un effet.
[NIVEAU DE PSYCHOSE : 61/125]
Les Neuf Anneaux étaient moins efficaces qu'au début. Maintenant, ils ne faisaient baisser que d'un point toutes les deux heures. C'était conforme aux attentes de Siderius.
Il continua de méditer deux heures de plus.
[NIVEAU DE PSYCHOSE : 60/125]
Après la quatrième heure, la méditation perdit la majeure partie de son efficacité. Siderius sentit qu'il lui faudrait plus de deux heures pour faire baisser d'un seul point la Psychose.
C'était un inconvénient courant des techniques de méditation. Elles n'étaient profitables que pendant les premières heures.
Soudain, un bruit d'éclaboussures retentit.
Siderius'ouvrit les yeux, interrompant sa méditation.
La nuit touchait à sa fin et l'aube pointait à l'horizon, à l'est. Sur la berge, un gros buffle d'eau noir buvait dans la rivière.
Le buffle était énorme. Sa hauteur au garrot atteignait presque deux mètres. Ses muscles saillants ondulaient sous sa peau noire et lisse.
Siderius sortit du buisson et s'approcha prudemment du buffle, posant ses pieds avec douceur et marchant sur la pointe des pieds, pour faire le moins de bruit possible.
Quand la distance fut bonne, il s'accroupit et ramassa une pierre pour la lancer sur le buffle.
Le buffle buvait encore. Il n'avait pas conscience du danger. Ce type de créature était bien moins méfiant que les petites proies que Siderius avait croisées.
Mais il entendit le bruit de la pierre. Le buffle d'eau releva la tête pour recevoir le projectile en plein.
La pierre ne causa aucun dégât. Le buffle ne recula même pas sous l'impact. En revanche, il s'irrita. Ses yeux se braquèrent sur Siderius avec une pression meurtrière dense.
C'était exactement ce qu'espérait Siderius. Il craignait que le buffle ne s'enfuie. Mais une bête agressive ne fuit jamais. Pas tant qu'elle ne sent pas sa vie en jeu.
Le buffle baissa la tête et pointa ses deux grandes cornes vers Siderius. Ses pattes avant raclèrent le sol, adressant un avertissement au petit humain.
Comparé à son corps énorme, Siderius ne semblait représenter aucun danger. Il ne le considérait pas comme une menace.
Siderius ignora l'avertissement et lança une autre pierre. Elle heurta la corne du buffle et se brisa en éclats. Poussière et débris se dispersèrent dans l'air.
Un souffle d'air humide jaillit de ses narines. L'acte irrespectueux de Siderius l'avait officiellement mis en rage. Le buffle fonça sur lui.
Il resta immobile, les yeux fixés sur la bête.
Les siens étaient bruns et pleins de colère.
Les yeux de Siderius étaient noirs, avec une lueur d'amusement léger.
Sa main gauche se leva, le brassard d'argent se matérialisa autour de son poignet.
Une fois le buffle assez près, Siderius traça le sigil dans les airs. Il le chronometra avec maestria.
Le buffle fut pris de vertige et s'effondra immédiatement la face la première sur la berge sablonneuse, glissant sur plusieurs mètres avant de s'arrêter.
Il chargeait à très grande vitesse et, une fois l'effet produit, le buffle n'eut d'autre choix que de perdre l'équilibre.
Siderius grimpa sur la bête sauvage. Il enfonça le grand couteau de chasse dans son cou et le tordit.
Le buffle poussa un beuglement bas et douloureux. Il se releva presque aussitôt et s'enfuit. La main droite de Siderius serrait fermement le couteau tandis que sa paume gauche martelait répétitivement le pommeau.
La lame s'enfonça plus profondément dans la bête, ouvrant la blessure à son cou. Le sang jaillit encore plus abondamment, mais il ne renonça pas.
Le buffle s'engouffra dans les bois. Il comptait utiliser les arbres pour désarçonner Siderius. Mais ce dernier le savait déjà.
Siderius pencha tout son corps sur le côté et tira le couteau vers lui. La lame tailla une ligne sur le cou du buffle.
La bête fut déviée de sa trajectoire. Puis elle fut tirée vers le bas. Sa face claqua à nouveau sur la berge sablonneuse.
Siderius avait déjà sauté. Il roula plusieurs fois pour amortir l'impact.
Siderius se releva vite et s'approcha du buffle.
« Ne te débats pas. Laisse-moi mettre fin à tes souffrances. » dit Siderius. Sa voix était apaisante et calme. On aurait dit qu'il faisait ses adieux à un ami au lieu de tuer une bête.
Siderius planta à nouveau son couteau dans la bête. Cette fois, une estocade nette dans le cœur, le tuant presque instantanément. Le buffle mugit une dernière fois avant que son corps ne devienne inerte.
Siderius posa doucement la main sur sa tête.
Le buffle fut tué avec miséricorde et rapidité. Ses yeux se fermèrent.
Siderius passa immédiatement au dépeçage du buffle. Le laisser trop longtemps permettrait aux bactéries de ses entrailles de gâcher sa précieuse viande. Il n'avait qu'une trentaine de minutes à une heure pour vider l'intérieur.
Avec douceur et précision, il incisa une ligne droite au milieu du buffle, partant de la poitrine jusqu'au bas-ventre.
Il veilla à ne pas couper trop profond pour éviter d'entailler les organes à l'intérieur.
Puis, il retira lentement tous les organes internes.
Siderius, le Maître Chasseur de Sorcières, vida le buffle avec une belle dextérité.
Il jeta un dernier coup d'œil à l'intérieur du buffle pour s'assurer qu'il était parfaitement nettoyé.
Le travail n'était pas fini. Il devait maintenant découper la viande pour qu'elle ne tourne pas à cause de la chaleur.
La première chose était de lui couper la tête. Le cerveau ne ferait peut-être pas tourner la viande aussi vite que les autres organes, mais il dégageait tout de même beaucoup de chaleur. L'enlever était essentiel.
Après cela, Siderius s'attaqua à sa peau. La peau du buffle servait d'incubateur, la laisser aurait rendu la viande trop chaude et rapide à tourner.
Le couteau de chasse était conçu spécifiquement pour ce travail et Siderius était un chasseur expérimenté. Il n'eut aucune difficulté à le dépecer entièrement.
Siderius obtint une peau de buffle entière. Cette peau serait idéale pour faire des vêtements ou concevoir une armure en cuir plus tard. Le fait qu'elle ait complètement bloqué la pierre lancée était un bon signe de sa résistance.
L'étape finale était facile. Siderius découpa la carcasse en quatre, chaque quartier correspondant à un membre. Ce découpage réduirait grandement la chaleur emmagasinée. Plus un objet est gros, plus il retient la chaleur.
Après avoir terminé chaque étape, Siderius ramena tout à son camp. N'avoir pas de cheval rendait la tâche ardue. Même après transformation, la viande de buffle était très lourde et Siderius dut faire plusieurs allers-retours pour tout déplacer.
L'effort en valait la peine. Ce buffle garantirait que Siderius n'aurait pas à se soucier de nourriture pendant longtemps. Et il avait maintenant le matériel nécessaire pour son nouvel uniforme.