'Heureusement que je n'ai pas perdu tous mes bijoux à cause de Charlotte.'
Avec ses deux escroqueries à l'investissement à son actif, Roella avait subi des pertes massives. À part cela, il ne lui restait pas beaucoup de bijoux.
Comparée aux gens normaux, elle en avait bien sûr encore une quantité respectable (c'est bien pour cela que Charlotte en avait eu les yeux qui se retournaient), mais les bijoux en ma possession représentaient à peine la moitié de ce que Roella avait possédé.
Et c'est justement pour cela que je devais réfléchir posément à la manière et au moment de les répartir et de les vendre.
En guise de test, je n'en avais apporté que cinq aujourd'hui.
Tandis que je réfléchissais, la voiture finit par arriver dans le quartier commerçant.
« Laissez-moi descendre ici. »
Je regardais par la fenêtre quand j'aperçus une petite bijouterie le long de la rue. Je demandai aussitôt qu'on arrête la voiture.
« Êtes-vous certaine de vouloir y aller seule, Mademoiselle ? »
En me regardant rabattre ma capuche avant de descendre, Jane posa la question d'un air inquiet.
Je répondis malgré tout d'un sourire nonchalant.
« Oui. Quel genre de bonne action ce serait, si je la faisais faire par quelqu'un d'autre ? Je dois assumer mes propres actes. »
Honnêtement, je pensais surtout à ce qui m'arriverait plus tard, quand je finirais par être mise à la porte. J'aimais autant repérer par précaution la boutique où l'on peut écouler des biens volés, mais ça, je ne pouvais pas vraiment le dire ici, alors j'avais improvisé une couverture à la va-vite.
Jane l'interpréta à sa façon et me regarda les larmes aux yeux.
'Mmh. J'ai l'habitude, maintenant.'
En m'efforçant d'ignorer ce regard léger qui s'attardait sur mon dos, je me dirigeai vers la bijouterie que j'avais repérée de loin.
Dring !
« Bienvenue. »
Aussi joyeux que sa clochette, le patron à la longue moustache me salua d'un ton enjoué.
Je regardai autour de moi avec attention et hochai la tête pour moi-même.
'C'est petit, mais l'intérieur a de la prestance.'
Comme il se doit pour une boutique censée traiter des articles de valeur, une certaine atmosphère laissait deviner qu'elle cherchait à paraître luxueuse.
Contrairement à ces efforts, cela ne faisait au contraire que la rendre plus bon marché.
Parce que tous les articles ici étaient des imitations.
Ah, je perds d'un coup toute confiance dans cette boutique.
« Cherchez-vous quelque chose en particulier ? »
« Non, j'aimerais vendre des bijoux. »
« Oh. Vous venez vendre. »
Dès qu'il comprit que je ne venais pas acheter, la voix enjouée du patron tomba d'un cran.
Son déplaisir devint palpable quand je hochai la tête au lieu de répondre à voix haute. Il sortit alors un monocle et une paire de gants.
« Donne. »
Non mais, regardez-moi ce type.
Contrairement à son premier accueil, il ne parlait plus sur un ton respectueux.
Au bout du compte, quiconque fait du commerce devrait toujours garder son sourire professionnel, et se mettre au niveau de ses clients s'il veut réussir.
« On se connaît assez pour que tu me tutoies ? »
« Quoi ? »
« Peu importe. Je ne suis pas douée pour les manières, de toute façon. Tiens. »
Sans y penser, j'étais sur le point de lâcher quelques mots bien sentis, mais je les retins péniblement et m'empêchai de les dire.
À la place, je suivis son exemple et me mis à le tutoyer aussi.
Puisque l'autre avait commencé, il n'était que juste de lui rendre la politesse, non ?
Le patron me fixa comme si cela ne lui plaisait pas trop, mais il ne prit pas la peine de me contredire.
Il sortit bientôt les bijoux de la pochette et les examina.
'Combien va-t-il en donner ?'
Impatiente, j'attendis le verdict du patron.
« Un million de shillings. »
En entendant le prix, je baissai les yeux sur le patron, les miens grands ouverts.
« Un million de shillings ? »
« U... Un million cent mille shillings ? »
J'avais été si surprise que je l'avais aussitôt fait répéter, la voix montant d'un coup, mais le patron avait timidement relevé son prix sur-le-champ.
J'avais une capuche sur la tête à cet instant, et le bref contact de nos regards avait dû l'intimider.
Au repos, on pouvait dire que Roella avait un visage doux. Mais c'est quand elle ouvrait grand les yeux qu'elle avait l'air d'une véritable vilaine.
Je toussai et rabattis ma capuche plus bas.
Contrairement à mon apparente sérénité, mes pensées, elles, tournaient à grand bruit dans ma tête.
'Un million. Non, un million cent mille shillings. Soit un million cent mille wons de mon ancienne vie.'
Je n'avais même rien choisi de particulier, juste un bijou qui avait l'air assez présentable pour être vendu, et voilà le prix qu'on m'en donnait, alors qu'il s'agit d'un article d'occasion.
'Roella... Tu ne connaissais vraiment aucune limite, toi.'
Après m'être d'abord calmée, je m'éclaircis la voix avant de parler.
« J'ai d'autres bijoux en plus de celui-là, tu peux me les payer tous d'un coup ? »
Le patron sourit et revint à son ton respectueux du début.
« Bien sûr. Tous ces bijoux, je vous aiderai à vous en débarrasser, Madame. »
* * *
« Cependant, des bijoux de valeur comme les vôtres seraient difficiles à traiter pour une petite boutique comme la mienne. Je connais bien une autre bijouterie, je vais donc vous y présenter. Vous y trouverez d'excellentes conditions. »
Et c'est ainsi que le patron me conduisit dans une autre boutique pour m'aider à vendre d'un seul coup tous les bijoux que j'avais apportés.
Je suivis l'homme sans y réfléchir plus avant.
Je me disais aussi que la petite boutique ne pourrait de toute façon pas absorber tous mes bijoux, alors je suivis l'homme sans que le moindre doute ne se forme dans mon esprit.
Pendant tout le trajet jusqu'à l'autre boutique, le patron n'arrêta pas de me servir des blagues navrantes.
« Vous savez pourquoi les oranges sont toujours pressées ? Parce qu'elles n'ont pas le temps ! Hahaha. »
« Ah, oui. »
Après avoir répondu à sa blague de cette manière parfaitement inerte, je me concentrai uniquement sur ma marche. C'est alors que nous entrâmes bientôt dans une ruelle sombre.
Note : en version originale, le jeu de mots repose sur le coréen, où « ça fait longtemps » sonne comme « orange ». Intraduisible tel quel, d'où une blague navrante française d'effet équivalent.