Entendre une chose pareille toucherait n'importe quel cœur.
Une bonté pure, tournée vers le temple et vers le peuple de l'empire !
'En vérité, elle est bien la Sainte !'
Le grand prêtre déplora toutes ces fois où il avait douté qu'elle fût réellement la sainte.
La princesse ducale était encore immature, mais elle avait indéniablement le cœur d'une sainte.
« Vous a-t-elle dit s'il y avait quelque chose que je puisse faire ? » demanda le grand prêtre.
« C'est précisément la raison pour laquelle je vous ai parlé de la fontaine. »
« Alors quoi ! Dites-le-moi sur-le-champ. »
Victor cligna des yeux, hébété, quand le grand prêtre bondit de son siège pour le presser.
Il avait été élevé sous la garde du grand prêtre depuis l'enfance, mais il l'avait rarement vu aussi excité.
La dernière fois qu'il l'avait été à ce point, c'était en recevant la révélation que la sainte allait descendre en ce monde, mais...
Depuis lors, il n'avait plus trouvé une seule raison de sourire. Après la bonne nouvelle de l'apparition de la « sainte », seules les mauvaises nouvelles s'étaient enchaînées, des années durant.
Et puis, ce qui était arrivé à cette époque n'était que...
'Ah, ce n'est pas le moment de penser à cela.'
Victor rappela ses pensées fugitives, puis ouvrit la bouche pour parler.
« Ce n'est pas très difficile. Mademoiselle a demandé votre consentement écrit, attestant que la fontaine servira à recueillir des dons pour le temple. Elle dit qu'il lui est nécessaire pour le dossier qu'elle enverra au Palais impérial. »
« Hoh... »
Le grand prêtre frémissait d'excitation, mais il s'arrêta bientôt net et murmura, désorienté.
Il avait la tête qui tournait, tant les émotions se pressaient en lui.
C'était une faveur qu'on lui confiait, et tout au plus ce consentement écrit valait-il une garantie prouvant que l'opération était purement destinée à faire des dons au temple.
Dès l'instant où cette pièce serait remise au palais impérial, la fontaine serait exclusivement et inconditionnellement affectée aux dons du temple.
Autrement dit, ce n'était rien de moins qu'un engagement juridique.
« Je vais le préparer sur-le-champ. Mais pour quand a-t-elle dit qu'il lui fallait ? »
« Elle m'a simplement demandé de le lui apporter à notre prochain cours, alors... »
« Parfait ! Alors je dois l'écrire sur-le-champ ! »
Le grand prêtre coupa Victor au milieu de sa phrase et se leva d'un bond.
Le dos du vieil homme, tandis qu'il regagnait lourdement son bureau, avait quelque chose d'étrangement fébrile.
'Combien de fois vient-il de dire sur-le-champ, je me le demande.'
Victor se leva de son siège, un léger sourire aux lèvres.
Alors même qu'il franchissait déjà la porte du bureau, le grand prêtre ne parut le congédier que d'un geste de la main. Il était bien trop occupé à rédiger sa garantie.
Une fois dehors, Victor descendit le corridor désert.
Au-delà des arches soutenues par des colonnes blanches bien ordonnées, ce qui s'offrit à sa vue, ce furent les roses en fleurs du début de l'été.
Ces roses aux pétales roses étaient aussi appelées les fleurs préférées de Dieu.
Maintenant qu'il y songeait, cette nuance ressemblait à la couleur des cheveux de la princesse ducale.
'La princesse ducale Roella. Non, Son Éminence la Sainte...'
Bien droit, il se remémora la princesse ducale qu'il avait rencontrée aujourd'hui.
S'il devait être parfaitement honnête, en entendant toutes les rumeurs qui l'entouraient, il ne l'avait pas considérée comme la sainte.
Ses attentes à son égard en étaient tombées à près de zéro.
Cependant, lorsqu'il avait enfin eu l'occasion de l'affronter en personne, son impression avait été la suivante : elle ne paraissait pas assez instruite, mais elle avait au moins assez de passion pour l'étude.
Il ne savait pas ce qu'elle avait été jusqu'ici, mais l'impression personnelle que lui laissait la princesse ducale rencontrée aujourd'hui n'était pas si mauvaise.
Et par-dessus le marché, elle avait même trouvé une manière unique et ingénieuse de permettre aux gens de faire des dons au temple.
'D'une façon ou d'une autre, elle semble avoir de quoi devenir une sainte tout à fait recommandable.'
Et, chose étrange, il attendait leur prochain cours avec impatience.
* * *
« Hum, hum. »
Après avoir accompagné mon professeur jusqu'à sa voiture et l'avoir regardé partir, je regagnai directement mes appartements.
Je portais dans mes bras quelques livres empruntés à la bibliothèque.
Je comptais réviser ce que j'avais appris aujourd'hui, et aussi lire grossièrement de quoi maîtriser les bases de la théologie.
C'est gênant d'être à peine au niveau de la maternelle à mon âge, alors j'avais décidé de prendre de l'avance.
Il ne se révéla pourtant pas si facile de lire mes livres une fois revenue dans ma chambre.
Parce que je n'arrivais pas à m'arrêter de sourire.
'J'ai peut-être réussi à faire bonne impression, exactement comme prévu ?'
Le cours, et le don.
C'était par pur hasard que l'idée de la fontaine aux souhaits m'était venue.
En me promenant dans le jardin avant le cours, la fontaine qui se trouvait là-bas m'avait soudain sauté aux yeux.
'Mais oui, c'est ça !'
Dès l'instant où j'avais vu cette fontaine, l'idée du don par fontaine s'était allumée dans ma tête.
Dans mon ancienne vie, il y avait un endroit où je voulais aller plus que tout.
Rome, en Italie.
Et le célèbre lieu touristique qu'on y trouve.
'La Fontana di Trevi !'
La Fontana di Trevi était aussi connue comme la fontaine aux souhaits.
Ce surnom lui venait de l'idée qu'en jetant des pièces tout en priant pour ce qu'on désire, ses vœux se réalisent à coup sûr.
Je ne sais pas si c'est vrai ou non, mais la fontaine elle-même est devenue une attraction touristique si célèbre que, d'après ce que j'ai lu, les seules pièces qu'on y jette représenteraient environ 1,7 milliard de wons coréens par an. (Environ 1,2 million de dollars.)
Un milliard sept cents millions.
Cette somme ne suffisait-elle pas à faire battre le cœur de n'importe qui ?
Bien sûr, je ne crois pas qu'il se jettera pour 1,7 milliard de pièces dans ma fontaine aux souhaits.
D'abord parce que je n'avais même pas encore décidé où l'installer.
Et malgré tout.
'Du moment que le peuple de l'Empire ou les voyageurs viennent y jeter des pièces, même si ce n'est pas 1,7 milliard...'
C'est en gros une tirelire qui se remplit toute seule.
Et par-dessus, il y a même 10 % d'intérêts.
'Le détail de ma mission disait seulement de faire un don, alors je prendrai tout ce que la fontaine aux souhaits pourra récolter.'
Il n'a jamais été précisé nulle part que je devais donner mon propre argent.