Victor s'assit, sec dans son hochement de tête.
Le sourire aux lèvres, je fis un serment intérieur.
'Je vais marquer des points avec toi d'une manière ou d'une autre, comme ça tu me détesteras moins plus tard.'
Puisqu'il était du côté de l'héroïne, cela signifiait qu'il était l'ennemi de la vilaine.
Aucun intérêt à me faire activement un ennemi d'un homme comme lui.
Pour améliorer notre relation vouée au désastre, il fallait que je prenne le problème par le tout début, de manière à ce qu'on n'en arrive jamais là.
'Et puis, être en bons termes avec Victor servira mon projet de don. C'est bon pour ma réputation, après tout.'
Ce type était une relation rentable à bien des égards.
Tandis que mon cerveau tournait à double régime, Victor ouvrit le livre qu'il tenait à la main.
« Bien. Commençons notre cours. »
« Oui, Professeur. Je suis une élève encore très imparfaite, mais je compte beaucoup apprendre à vos côtés. »
Et c'est ainsi que, sous les dehors d'une élève studieuse devant son maître, je répondis poliment.
Voilà comment notre cours commença.
Mais, quelques minutes plus tard...
Contrairement à ma belle résolution de laisser une bonne impression, mon regard était juste.
Complètement vide.
'Ah, c'est bien trop dur. Je ne comprends pas un traître mot de ce que vous racontez.'
Je croyais avoir suffisamment étudié seule à la bibliothèque, mais maintenant que j'étais au milieu d'un vrai cours, tout me paraissait inédit.
Je ne savais absolument rien.
Même en essayant de puiser un peu d'aide dans les connaissances de Roella, l'exercice n'était pas simple : il ne restait en moi que quelques bribes de ses souvenirs.
'Et je ne crois pas qu'aucune d'elles puisse m'être utile ici.'
Et tandis que je continuais de me torturer les méninges...
« Mademoiselle. »
Victor attira mon attention, accompagné du claquement sonore du livre de Théologie avancée qu'il refermait entre ses mains.
« P-Professeur ? »
J'avais la bouche si sèche que je ne pus retenir une déglutition.
Sans me répondre, Victor se leva de son siège et disparut derrière une étagère.
Puis, alors que je m'agitais sur ma chaise en me demandant ce qu'il tramait, Victor revint avec un autre livre.
Ce qu'il tenait entre les mains à son retour, c'était...
Le premier tome de Théologie élémentaire pour les enfants.
'... Ah, purée, la honte.'
Ha, c'était vraiment la honte.
« Connaissez-vous l'histoire de l'Empire ? »
Il ouvrit le livre en grand pendant que je hochais timidement la tête en réponse à sa question.
Les grandes illustrations, très mignonnes, m'aidaient à mieux saisir les concepts, mais elles me faisaient en même temps mourir de honte.
Mais qu'est-ce que j'y pouvais, hein.
C'était mon niveau, point.
« Oui. Dans les grandes lignes. Quand le monde a sombré dans le chaos, Dieu est apparu et a sauvé le monde, c'est bien cela ? »
« Littéralement dans les très grandes li... Oui, Mademoiselle. Vous savez cela très bien. »
Je détournai le regard.
Je vous avais prévenu que je ne connaissais l'histoire que dans les grandes lignes, moi.
« C'est notre premier cours, je vais donc vous l'expliquer brièvement. »
« Oui ! Cette fois, je m'en souviendrai. »
À ce stade, je ne lui aurais pas tenu rigueur d'un soupir d'exaspération. Mais l'expression de Victor ne changea pas une seule fois.
Digne du plus jeune successeur du grand prêtre.
Au lieu de se fâcher contre moi, il poursuivit sa leçon et m'expliqua les choses pas à pas, depuis le tout début.
« Quand le monde fut créé, et quand les hommes vinrent au monde, il existait un équilibre entre le bien et le mal. »
« Oui. »
« Cependant, à un moment donné, le dieu maléfique Arhopev intervint dans le royaume des hommes, et le mal lui-même commença à franchir la juste limite. L'équilibre du monde étant en péril, le chaos ne tarda pas à venir. Le monde, en ce temps-là, était un enfer sur terre. »
« Un enfer ? »
« Oui, un enfer. Des failles s'ouvrirent, et il en sortit des créatures impies qui troublèrent le monde. Les hommes se mirent à douter les uns des autres et à se défier, et ils mouraient ou s'entretuaient. »
Et voici la suite.
Au milieu de ce chaos terrible, Luqera descendit des cieux et sauva les hommes.
Luqera prit les hommes en pitié et leur vint en aide.
Le corps et l'âme. La lumière et les ténèbres.
Luqera sépara ces quatre choses et les scella à l'est, à l'ouest, au nord et au sud de l'empire. Et pour finir, la divinité scella le cœur d'Arhopev, ainsi que sa propre personne¹.
Dieu avait consenti à un tel sacrifice pour la paix du monde.
Alors que je m'appliquais à prendre des notes, je relevai la tête pour poser une question.
« À ce propos, vous avez dit que ces quatre choses avaient été scellées à l'est, à l'ouest, au nord et au sud de l'Empire. »
« Oui, c'est exact. »
« Et le cœur, alors ? Où est-ce que le cœur a été scellé ? »
Devant la question, le professeur resta un instant silencieux.
Je commençais à douter de moi et à me dire que j'avais peut-être demandé une chose inutile, mais j'obtins finalement une réponse.
« Personne ne sait exactement où se trouve le cœur. Luqera l'a caché pour qu'il ne tombe pas entre les mains de quelqu'un qui abuserait de sa puissance. On croit toutefois, approximativement, qu'il se trouve dans la capitale. »
« Parce que la capitale est le centre de l'Empire ? »
« C'est exact. Et au centre exact de la capitale se trouve la résidence de la Famille impériale. »
Le professeur rajusta une fois son monocle et poursuivit son explication.
« Bien qu'il existe un lien avec le cœur du dieu maléfique, la Famille impériale est appelée la lignée des gardiens bienveillants. De génération en génération, ses membres reçoivent la bénédiction de Dieu, et ils ont donc le devoir de protéger le sceau qui tient le dieu maléfique en respect. C'est pourquoi ils sont un peu différents des gens ordinaires. »
Note ¹ : le texte original ne précise pas le genre de Luqera, l'ambiguïté a donc été conservée.