« AAAAAARGH ! »
En rentrant chez elle, Helena se jeta aussitôt tête la première dans son lit et hurla.
« Il faut que je rentre, maintenant, grande sœur. »
« Pourquoi. Reste donc encore un peu, ne pars pas. »
« …Ce serait grossier de m'imposer alors que tu es encore souffrante, grande sœur. Alors je vais y aller. »
« Oh, quel dommage. Bon, à bientôt, alors, quand je serai rétablie, Helena. »
En se remémorant le calme avec lequel Roella l'avait raccompagnée, Helena se remit aussitôt en rage.
'Folle. Elle est devenue folle, c'est sûr.'
Sinon, il n'y a absolument aucune chance qu'une personne change du jour au lendemain comme ça.
Le regard lourd de fureur, Helena lança un oreiller de toutes ses forces.
Pour autant, son humeur ne parvenait pas à s'apaiser.
C'était Helena qui essayait de faire enrager Roella, mais la seule à s'être brûlée, c'était Helena elle-même.
Comme elle soufflait ainsi toute seule depuis un bon moment, elle entendit alors quelqu'un frapper à la porte de sa chambre.
« QUOI ! »
« Mademoiselle, une lettre est arrivée. »
« Une lettre ? »
« Oui, Mademoiselle. Il semble que ce soit la lettre que vous attendiez… »
Celle qu'elle attendait ?
C'est pas vrai…
« Dépêche-toi de me la donner ! »
« Oui, Mademoiselle ! »
La femme de chambre lui remit vite la lettre, puis quitta bientôt la pièce, parce qu'Helena l'avait chassée sans délai.
Helena décacheta la lettre en toute hâte, l'excitation lui électrisant les veines.
'…Ça !'
Quand elle eut vérifié le contenu de la lettre, un sourire tordu se fraya un chemin sur ses lèvres rouges.
Sans attendre, elle se précipita sur le siège devant son bureau et sortit une feuille de papier à lettres blanc. Puis elle entreprit d'écrire une réponse.
« Ha, tu as osé m'humilier aujourd'hui. Mais on verra bien à notre prochaine rencontre, Roella. »
En effet, même si Roella avait réussi à marquer un point tout à l'heure, Helena ne pouvait que se demander si cette femme serait capable d'être aussi détendue qu'aujourd'hui la prochaine fois.
Les yeux bleus d'Helena lancèrent un éclair inquiétant.
* * *
Pendant ce temps, à peu près à la même heure, au bureau du duc —
« On dirait qu'il y a eu du bruit dehors. »
Le duc fit cette remarque tandis que Graham refermait la porte derrière lui après être entré.
« Mademoiselle Dioter est venue en visite. »
« …Avions-nous un rendez-vous ensemble ? »
« Non, monsieur. Elle est venue voir Mademoiselle Roella après avoir appris qu'elle était souffrante. »
Après avoir entendu l'objet de la visite de la jeune fille, le duc hocha la tête.
Helena semblait vouloir bien s'entendre avec Roella, il était donc naturel qu'elle vienne en visite.
« Cependant, Votre Grâce, j'ai surpris leur conversation et… Mademoiselle Helena a mentionné je ne sais quelles rumeurs qui circuleraient au sujet de Mademoiselle Roella. »
« Des rumeurs ? Quel genre de rumeurs ? »
« Des rumeurs liées à l'affaire Hargan, et à la façon dont Mademoiselle s'est fait escroquer par lui. En outre, sur le fait que ces rumeurs finiront forcément par arriver aux oreilles du jeune duc Killian… »
« Hoh. »
« Mademoiselle Helena a également dit quelque chose sur le jeune duc, qui aurait exprimé publiquement sa déception envers Mademoiselle. »
« Non mais, qui est-il pour être déçu d'elle ! »
« Mais Votre Grâce est déçu de Mademoiselle, lui aussi. »
« C'est parce que je suis son père ! »
« Ah. Oui, je comprends. »
Graham répondit d'un ton détaché, quoiqu'il eût l'air assez content de lui. Là-dessus, le duc évita son regard.
'C'est vrai. Ce n'est pas à cela que je devrais penser en ce moment.'
Le duc, lui aussi, n'ignorait rien de l'obsession de Roella pour Demos.
Et vu à quel point elle était entichée du jeune duc, si elle venait à découvrir qu'il était déçu d'elle…
« Houuu, alors Helena et Roella ont dû se disputer encore une fois. Pourquoi Helena lui a-t-elle apporté une nouvelle aussi inutile ? »
« Non, Votre Grâce. Elles ne se sont pas disputées. »
Le duc envisageait déjà le pire des dénouements possibles à la rencontre des deux jeunes filles, mais Graham répondit calmement.
« Au contraire, Mademoiselle a paru s'en moquer. »
« Quoi ? Tu parles de Roella ? »
Le duc reposa la question, incrédule.
« Oui, monsieur. Plutôt que de s'agiter, elle a prêté davantage attention à une autre partie de la nouvelle apportée par Mademoiselle Helena. »
« Quelle partie ? »
« La partie où, malgré l'avertissement que constituaient les actes de Votre Grâce, Mademoiselle Helena s'est mise à parler de Mademoiselle à d'autres, dans son dos. Elle a saisi vos intentions avec une justesse remarquable. »
Cependant, les doutes du duc ne cessaient de s'épaissir. Cela se lisait sur son visage.
Il n'arrivait pas du tout à y croire.
Cette fille à problèmes était follement éprise de Demos Killian.
Comme si la nouvelle de son escroquerie colportée en ragot de bas étage ne suffisait pas, elle n'aurait pas non plus explosé de colère en apprenant que ces rumeurs étaient parvenues aux oreilles du jeune duc Killian ?
Et en plus de cela, elle aurait même saisi avec exactitude les intentions de son père, tout en s'en servant pour blâmer la conduite de ces nobles imbéciles ?
« …Ce n'est pas certain. N'est-il pas possible qu'elle ait seulement fait semblant d'être calme devant Helena, alors qu'elle bouillonne en réalité ? »
« Cela n'en avait pas l'air. Si je puis me permettre, Votre Grâce, on dirait que la personnalité de Mademoiselle s'est complètement retournée aujourd'hui. Ce n'est pas une simple affaire, il s'agit du jeune duc Killian. »
« …En effet, c'est vrai. »
Le duc hocha la tête.
Si tant est que ce soit possible, le tempérament de feu de Roella se serait embrasé sur-le-champ, et d'autant plus qu'il ne s'agissait de nul autre que du jeune duc.
…Avait-elle vraiment retrouvé ses esprits ?
'Si c'est le cas, alors c'est une bonne chose. Mais…'
À l'instant même où le duc pensait cela, Graham prit tranquillement la parole.
« Votre Grâce, à vrai dire, j'ai une hypothèse sur la raison de tout cela. »
« Quoi ? »
« Sur la raison pour laquelle Mademoiselle est si calme face aux rumeurs. »
Comme Graham disait cela, il y avait un sourire diabolique sur ses lèvres.
Et tandis que les coins de ses lèvres remontaient, sa moustache soigneusement taillée suivit le mouvement.