C'est ma spécialité.
Ce petit truc qu'on appelle « le jeu d'actrice appliqué ».
Parmi tout ce qu'elle savait jouer, ses spécialités étaient « faire pitié » et « s'excuser sans le penser ». Elle pratiquait les deux à longueur de journée devant les clients, du temps où elle enchaînait les petits boulots.
Et l'heure était venue de déchaîner son talent dans toute sa splendeur.
« Tout… ta faute ? »
Le duc posa la question, ébranlé, ce qui ne lui ressemblait pas.
C'était à cause de l'onde de choc du numéro d'agenouillement vertigineux qu'elle venait de servir à son public, et cela l'avait assez marqué pour qu'il ne pût rester calme.
Roella hocha la tête en réponse à sa question.
Et avant que quiconque pût seulement réagir, en une fraction de seconde, ses yeux se mirent à déborder de larmes.
« Oui, tout est de ma faute. Pour commencer, rien de tout cela ne serait arrivé si je n'avais pas créé ce point faible. »
Et peu après, elle laissa échapper de grands sanglots sonores.
Le jeu d'actrice tourbillonnant de Roella ne s'arrêta pas là.
« Peu importe que Charlotte se soit emparée de mon point faible et qu'elle ait commencé à me menacer avec ! Peu importe qu'elle me rançonne pour de l'argent et des objets de valeur ! Peu importe qu'elle soit partie avant d'avoir fini tout son travail ! Et peu importe qu'elle ait emporté avec elle le présent que j'avais reçu du Grand Prêtre ! »
Ses cris montaient de plus en plus haut.
Roella, déchaînée, marqua une pause et expira.
Après ce profond soupir, elle poursuivit d'un ton différent de celui qu'elle avait employé jusque-là.
« J'aurais dû vous dire la vérité, Père, ou j'aurais dû essayer de dissuader Charlotte de se laisser tenter… Je devrais être déchue de mon titre de fille estimée de ce duché, et de mon titre de Sainte. »
Et à cet instant précis, les larmes retenues finirent par couler de ses yeux bleus.
'…C'est quoi, cette situation ?'
Une sueur froide se mit à couler dans le dos de Charlotte.
Les choses devenaient étranges.
À ce rythme-là, il était certain qu'elle allait être désignée comme le monstre qui avait osé faire chanter la demoiselle du duché.
Non, enfin, c'était vrai au bout du compte.
Mais Charlotte se hâta de prendre la parole et de tenir bon.
« M-Mademoiselle, pourquoi vous faites ça. Vraiment ?! Et q-qu'est-ce que vous voulez dire par, par le présent du Grand Prêtre ? Je n'ai jamais touché à rien de ce gen… »
Mais à cet instant.
Ce qui traversa l'esprit de Charlotte, ce fut cette bague à l'aspect particulièrement grossier.
'C'est pas vrai. C'était un présent du Grand Prêtre, ça ?'
En réalité, cette bague avait été offerte à Roella par le temple avant même que Charlotte n'entre au service de la maison Brietta.
Pour cette raison, elle n'avait aucune idée de ce à quoi ressemblait le présent du Grand Prêtre.
Roella ne le lui avait jamais dit.
Et il s'avérait que c'était cette bague.
Elle ne s'y attendait pas. Pas du tout.
Pour commencer, d'ailleurs, celle qui lui avait recommandé de prendre la bague, c'était…
'Mademoiselle elle-même !'
Après avoir enfin réalisé cela, Charlotte essaya d'expliquer l'injustice dont elle était victime, mais c'était difficile.
Depuis le début, n'était-il pas vrai qu'elle faisait chanter la demoiselle du duché tout en lui soutirant de l'argent et des objets de valeur ?
'Mais je n'ai réclamé que quelques babioles ! C'est Mademoiselle elle-même qui m'a donné cette bague !'
Elle ne pouvait tout de même pas se servir de ça comme excuse…
Non, et en plus de ça, il était même difficile de trouver le bon moment pour ouvrir la bouche.
Quoi qu'elle pût essayer de dire —
« Non, enfin, je ne sais vraiment pas… »
« Ouinnn ! Je suis vraiment irrécupérable ! Je me suis même fait menacer par une femme de chambre pour que je garde tout cela secret vis-à-vis de Père ! »
…et la conversation se poursuivait ainsi, immanquablement.
Chaque fois que Charlotte essayait d'exposer sa version, Roella se mettait à pleurer et à dire des choses comme : « Je ne suis qu'un caillou qui roule par terre. Ma tête est aussi lourde qu'un bloc de fer. Mon cerveau est infiniment lisse. » Si bien que Charlotte ne pouvait rien dire du tout tant que Roella ne s'arrêtait pas.
Elle n'avait jamais vu personne d'autre employer des méthodes d'autodénigrement aussi uniques et aussi variées.
'Mais qu'est-ce qui cloche chez vous, sérieusement !'
Pour ne rien arranger, ce fut peu après cela que les chevaliers firent leur apparition. C'étaient les mêmes chevaliers qui avaient traîné Charlotte hors de sa chambre plus tôt.
« Votre Grâce, nous avons trouvé tout ceci dans la chambre de la femme de chambre. »
Ils présentèrent au duc diverses pièces de joaillerie. Parmi elles se trouvait la bague en question.
C'était une preuve décisive.
Le duc jeta un regard glacé sur les bijoux, puis eut un léger geste de la main.
Comme s'ils n'avaient attendu que ce signal, les chevaliers saisirent Charlotte par les bras.
Le visage de la femme de chambre devint blanc comme un linge.
Elle regarda tour à tour les chevaliers, le duc et Roella, en criant à travers ses larmes.
« P-Pitié, attendez ! Mademoiselle, Mademoiselle ! Aidez-moi, je vous en prie ! Je peux très bien révéler votre point faib— »
« Jusqu'au bout, tu ne connais pas ta place. Comment oses-tu menacer la demoiselle de cette maison devant moi. »
Le duc la coupa froidement.
« Cette femme n'a plus rien à faire ici. Emmenez-la. »
Alors seulement, Charlotte réalisa à quel point elle avait été inconsciente.
Les regrets tardifs déferlèrent comme des vagues, mais après tout, ils étaient bel et bien « tardifs ».
Charlotte essaya de toutes ses forces de se raccrocher à Roella.
« J'ai eu tort, Mademoiselle ! Je vivrai honnêtement à partir de maintenant ! Pardonnez-moi, je vous en prie ! »
Cependant, ses mains désespérées retombèrent dans le vide, sans même parvenir à toucher l'ourlet de la robe de Roella.
Les chevaliers l'emmenèrent de force.
« Je vivrai honnêtement ! Mademoiselle ! Pardonnez-moi, rien que cette fois ! »
Des cris pleins de regret et de repentir emplirent les couloirs, mais rien n'y changea rien.
Roella se couvrit la bouche des deux mains et regarda vaguement Charlotte pendant qu'on la traînait au loin.
'Oui, Charlotte. Vis honnêtement. Il est regrettable que nous ayons dû nous rencontrer, alors ne nous revoyons pas.'
Les lèvres que ces mains recouvraient s'étirèrent en un rictus.