« Es-tu occupée aujourd'hui ? »
« Un peu. Et toi ? »
« Moi… enfin, je vais écrire une lettre à une amie. »
« Amie… qui ? La princesse Ari ? »
Hein, comment le sais-tu ? Non, plus que ça. Qu'est-ce que ce ton insignifiant veut dire ?
Oui. Je n'ai pas d'amies ! La seule personne avec qui je joue est une princesse de six ans… merde.
« En fait, la princesse m'a donné une carte postale. »
« Si tu n'as rien d'autre à faire, pourquoi ne viendrais-tu pas au temple à l'heure du déjeuner ? »
« Quoi… ? »
« Ils sont impatients de te recevoir. Je suis également libre à ce moment-là, je peux simplement passer. »
J'ai douté de mes oreilles un instant.
Qu'est-ce que tu viens de dire, mon mari ?
(NdT : j'espère que vous acceptez que j'écrive « mon mari », parce que « mon époux » sonne bizarre parfois xD surtout dans ses pensées.)
« Es-tu… d'accord avec ça ? »
« Tu es la fille du Pape. Ce n'est pas excessif qu'ils soient anxieux de te rencontrer. »
« Mais, c'est… »
« Tu pourrais te tromper si tu y allais seule, mais avec moi, cela n'a pas d'importance. »
C'est vrai. Si j'étais la seule à fréquenter le temple et à me lier d'amitié avec les prêtres, on m'étiquetterait comme une espionne. Mais c'était un peu différent si je m'y rendais avec Izek. C'était plutôt bien… qu'avait-il en tête ? Pourquoi disait-il cela, tout d'un coup ?
Parmi les prêtres d'Elendale, certains feraient partie du réseau d'espions de mon père et de mon frère. Il n'y avait aucune chance qu'Izek l'ignore.
Essaye-t-il de me donner un avertissement ? Ne pense même pas à comploter quelque chose parce qu'il me surveille ? Ne sous-estime pas le Nord ou quelque chose comme ça ? Ou cherchait-il à me tester ?
« Vraiment ? »
« Oui, vraiment. »
« Vraiment, vraiment ? »
« …termine ton repas. »
D'accord. Beurk, mon estomac allait exploser.
J'ai entendu un cri.
Les cris des gens dans la douleur et la peur résonnaient aussi vivement que les cris de l'abîme, mais la femme ne semblait pas perturbée le moins du monde.
Bien qu'on ne la distinguât pas clairement dans l'obscurité, la femme qui s'appuyait sur le balcon et contemplait la ville ravagée par son père paraissait claire et joyeuse, comme si elle attendait la lune lors d'une paisible nuit d'été.
Un homme s'approcha lentement d'elle par derrière, tenant une épée ensanglantée au lieu d'un bouquet de fleurs.
L'apparence du balcon et le paysage environnant me semblaient familiers. Était-ce un rêve ? Rêvais-je ?
« Tu es là. »
« …… »
« Je savais que tu viendrais comme ça. Ça valait la peine de m'être mis sur mon trente-et-un. »
L'homme ne dit rien. Il regarda seulement en silence la femme qui le regardait en retour et souriait. Finalement, une voix aussi douloureuse et lamentable que celle d'une bête blessée s'éleva : « J'ai déjà renoncé à l'espoir d'entendre une réponse. »
« ……. »
« Quelle est la raison ? »
« Dois-je te le dire ? »
La femme haussa les épaules et sourit comme une idiote. C'était un sourire qui donnait l'impression qu'elle pleurait, même si ses lèvres étaient arquées vers le haut.
L'homme serra les dents : « Arrête de trouver des excuses que tu n'as pas pu faire autrement. Tu aurais pu faire un choix différent. »
« Oui, j'aurais pu faire un choix différent. Je t'aurais pu le dire, j'aurais pu trahir ma famille. Mais c'est mon choix. »
« Est-ce ton choix de me faire massacrer les prêtres ? Es-tu si sûre que ma lame t'épargnerait ? »
« Tu ne le sais toujours pas ? Je ne suis pas le genre de personne qui tombe dans de telles illusions. »
« Quoi… »
« Tu le sais déjà. Je sais, tu t'en es probablement rendu compte. »
Ses yeux étaient injectés de sang.
Comme pour l'avertir, un signe de déni.
Quoi qu'il en soit, elle s'approcha de lui avec un sourire étrange.
« Mon frère, qui courait en rond, a décidé de tuer la princesse d'Omerta à cause de ce mariage. N'est-ce pas bizarre ? Hein ? S'il voulait juste briser un mariage, c'est trop téméraire et stupide, non ? »
« Arrête …… »
« Je dis juste ça pour que ça fasse un peu plus mal. C'était un peu difficile de faire avancer le mariage, mais pas au point qu'il doive la tuer. Tu comprends ce que je veux dire ? »
« ….. »
« C'est moi qui ai tué ta sœur. Pas ma famille, mais moi. »
Quel genre de conversation horrible était-ce ?
Pendant un long silence lourd, je craignis que l'homme ne plante simplement l'épée dans son corps. Mais cela n'arriva pas.
« Pourquoi… Pourquoi diable as-tu fait ça… »
Contrairement aux attentes, sa voix grave ne contenait pas d'émotions telles que la colère ou la haine.
Elle sonnait juste misérable. Indescriptiblement terrifiante.
La voix de la femme en réponse était aussi gaie que jamais.
« Eh bien, je ne sais pas. Pourquoi diable l'ai-je fait ? Ce n'était pas que je haïssais ta sœur. »
« Toi… »
« Eh bien, à y réfléchir, je pense que je voulais que tu me poursuives comme ça. »
« …As-tu volé le Saint-Graal aussi ? »
« Oh non, je me suis fait prendre. Ha, qui d'autre pourrait le voler et l'utiliser pour t'atteindre ? Hein ? »
Elle ajouta avec un rictus et sortit un paquet de papiers de ses vêtements.
Il ne fit que le fixer en silence.
« Ce sont des papiers d'annulation de mariage. Je ne les ai pas encore signés. Donc, nous sommes encore un couple. »
« ….. »
« Laisse-moi jouer le rôle de ta femme pour la dernière fois. C'est un peu tard, mais considère ça comme un cadeau de jeunes mariés. »
« Un couple. »
Il rit.
Il était difficile de dire s'il riait ou s'il pleurait.
« En attendant, tout ce qu'on a fait, c'est se harceler, se méprendre et se battre. Tu as tué ma famille et j'en suis venue à tuer la tienne, mais tu continues de nous appeler un couple ? »
« Idiot, c'est la preuve qu'on est un vrai couple. »
Le taquinant, elle écarta les bras comme pour désigner le balcon. Vers la ville en flammes.
« Regarde cette splendide dispute de couple. Haa. Chaque jour, je rêvais du moment où ce maudit endroit deviendrait une mer de sang, et tu as exaucé mon souhait en un clin d'œil. En échange, je te présenterai cette ville. La position du prochain pape ou quoi que ce soit, est entre tes mains. »
Il y eut le silence.
Alors qu'elle avançait lentement dans le silence pesant, ses mains s'étendirent doucement et saisirent la lame d'une épée trempée de sang. Elle la pointa près de sa poitrine. L'homme ne broncha pas. Il ne la repoussa pas et ne bougea pas l'épée.
« Tu me rends fou jusqu'au bout. »
« ……. »
« Est-ce ma faute de ne pas t'avoir fait confiance ? Dis-le, avais-tu l'intention de faire ça depuis le début ? »
« Je suis désolé. »
« ……. »
« Je suis si désolé de te forcer à faire ça. Ne me pardonne jamais. »
« Je… »
Il cessa de parler et retint son souffle. Comme s'il lui était douloureux de dire ne serait-ce qu'un mot de plus.
« J'aurais pu faire quelque chose. Si tu n'avais pas fait ça, j'aurais… »
Elle sourit à nouveau.
Chaleureuse et lumineuse, comme quelqu'un qui aurait entendu une désespérée confession d'amour.
« Il n'y a pas d'autre issue pour moi de toute façon. Même si tu avais essayé de me protéger, les ennemis de ma famille auraient tenté de se venger sur moi. Et moi, je t'aurais mis à l'épreuve comme ça à chaque fois. Peu importe tes efforts, tu ne m'aurais pas fait confiance. Regarde, j'ai fini par tuer ta sœur. »
« Arrête… »
« Dieu sait quoi d'autre je ferai dans le futur. J'ai testé ton esprit, testé ta patience, et tu as confirmé de tes propres yeux que je continuerai à faire des choses folles pour m'assurer d'être sur la voie de l'enfer. Mieux vaut en finir comme ça… alors s'il te plaît – n'hésite pas. »
« …Ruby. Ruby ? »
« Ha ! »
Je bondis sur mes pieds, surprise par la douce secousse sur mon épaule. Alors que j'essayais de reprendre mon esprit à demi endormi et me frottais les yeux de mes mains, je vis Ellenia me regarder, perplexe pour une raison quelconque.
« Ça va ? »
« Oh, oui, mais où… »
« C'est la chambre de Ruby. »
Ah, oui. Je n'avais aucune idée de ce que je pensais. Peut-être parce que je n'avais pas dormi de la nuit, j'étais si fatiguée que je m'étais allongée un moment.
Huu, j'avais dormi profondément un instant. C'était comme si j'avais fait un rêve vraiment compliqué.
« Je suppose que tu n'as pas bien dormi la nuit dernière. »
« Ah, oui… »
Combien de gens peuvent dormir paisiblement à côté d'un monstre ? Au fait, quelle heure était-il maintenant ?
« Maintenant… »
« J'ai entendu que tu sors pour le déjeuner. Je pense que tu dois te préparer. Ça va ? »
« Je vais bien. J'étais juste un peu fatiguée et je me suis allongée un moment. »
Je ne pouvais pas gâcher une chance que je n'avais pas eue depuis un moment. Je ne savais pas quel genre de signe mon impitoyable mari essayait de montrer, mais je présenterais la même image de toujours. Essayer de me tester ne lui servirait à rien.
Ellenia, qui était assise gracieusement et me regardait, changea bientôt de sujet.
« Une lettre est arrivée de Romagne. »
« Oh… »
« Elle a été envoyée par le cardinal Valentino. J'ai pensé qu'il valait mieux te la remettre, alors je l'ai apportée ici. »
« Merci, Ellen. »
C'était une attention délicate. Pensait-elle que quelqu'un pourrait essayer de la voler ? Non seulement les domestiques, mais toute la famille surveillait mon courrier. Ce n'était pas étrange de faire ça. Surtout si c'était de la part de Cesare.
Ha, la lettre de Cesare me déprimait déjà avant même de l'ouvrir.
J'étais inquiète pour la réponse. Un contenu trop court posait problème, et un contenu trop long aussi. Il était si difficile à satisfaire que c'était un problème si je manquais d'écriture ou si j'en faisais trop.
NdT : j'ai été un peu émue en lisant le rêve – Juste,,,, je sais pas pourquoi, mais mon cœur est si triste hshsjsjshs ;-;