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Houkai Sekai no Mahou Tsue Shokunin

Chapitre 169

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Chapitre 169

Chapitre 169

Chapitre 169/18094%~18 min de lecture3 483 mots

Les rues de Bagdad que nous avions atteintes après avoir enchaîné les bateaux à vapeur et voyagé un peu vers le nord par terre dégageaient une atmosphère des plus antiquaires.

De vieux bâtiments massifs en pierre grise bordaient les artères principales, tandis que des hommes tiraient des chariots surchargés de sacs de légumes ou de céréales. Bien qu’il s’agît encore du printemps, la chaleur insensée du vent moyen-oriental était coupée nette par le froid magique enveloppant Hiyori, et lorsqu’elle s’en rendit compte, une foule de passants se pressait déjà derrière nous pour profiter d’un peu de fraîcheur.

Dispersionnez-vous donc ! Allez vous rafraîchir avec vos propres techniques de magie glaciaire !

Hiyori avait fini par se retourner plusieurs fois pour les intimider et disperser la foule, mais au bout de quelques minutes seulement, les gens recommençaient à affluer tranquillement, attirés par l’air glacé.

Le spectacle n’ayant aucune fin prévue, nous n’y tînmes plus et fûmes contraints de nous réfugier dans le premier hôtel venu.

Tandis que Hiyori effectuait les formalités d’enregistrement, j’examinais l’intérieur de l’hôtel et me rendis compte que Bagdad conservait encore bon nombre de constructions de l’ère précédente.

Ce qui est dingue, c’est que cet hôtel semblait être un bâtiment en béton armé construit avant la catastrophe des gobelins.

En observant le paysage urbain, je m’étais demandé pourquoi il y avait autant d’édifices imposants en pierre, mais je supposai désormais qu’ils dataient tous de cette époque révolue.

Tokyo conservait elle aussi des vestiges de cette période, mais les invasions de kaijus destructrices, les séismes récurrents et les flambées de zombies avaient fini par remplacer presque intégralement le parc immobilier. À cela s’ajoutait le fort taux de précipitations qui abîmait vite les structures.

En revanche, depuis immédiatement après la catastrophe, les magiciens défendaient farouchement Bagdad. Il n’y avait ni séisme, ni pluies abondantes – moins d’un dixième de celles du Japon –, et la stabilité politique empêchait tout vandalisme lié aux émeutes. La conséquence directe fut la préservation durable des bâtisses anciennes.

Bon sang, ce n’était pas sans rappeler les sites classés au patrimoine mondial. Serait-il même exister ailleurs un ensemble architectural de cette époque aussi bien préservé ? Je trouvais personnellement que Bagdad devrait miser sérieusement sur le tourisme.

C’est ainsi que nous convînmes de rester sept jours à Bagdad. Au départ, Hiyori, dont le regard filait vers Tsubaki, proposa même un séjour de six mois, mais nous étions deux contre elle. Elle dut accepter.

Pourtant, tu avais l’habitude de limiter tes séjours à une semaine lors de l’aventure du Bâton Fuyusagi et dans l’Empire souterrain des taupes. Une si longue période ne ferait rien avancer. Tu supportais surtout mal l’idée de te séparer de Tsubaki.

Il était temps de lui passer le relai, sinon tu deviendrais vite insupportable à ses yeux.

Non sans grogner, Hiyori accepta finalement cette durée d’une semaine. Elle me tendit la clé de la chambre, me prévint qu’elle irait chercher de l’huile de barometz de Souyoul, puis sortit d’un pas décidé.

Convaincue qu’elle devait offrir le meilleur cadeau possible à sa fille en notre absence, cette mère adorante comptait dénicher une huile extrafine louée comme étant la meilleure au monde – selon les dires mêmes de Tsubaki.

Extrait d’une plante magique rare poussant dans les steppes bordant la mer Noire, cette huile était réputée pour son goût et son arôme uniques, ainsi que pour sa rareté et son prix exorbitant, indépendamment de sa saveur. Surnommée or liquide, elle valait autant qu’un poids équivalent de métaux précieux, au point que Tsubaki, spécialiste reconnue en dégustation lipidique, n’en avait jamais croqué le moindre fragment.

Bagdad se situant près de la zone de récolte, il restait une maigre chance qu’on en trouve sur les marchés. Avec de la chance et assez d’argent, nous devrions réussir à nous en procurer.

Tandis que Hiyori partait en quête, nous autres restés à l’hôtel avions nos propres missions.

Car Hiyori n’était pas la seule à préparer un présent : il s’agissait bel et bien d’une échange de cadeaux. Elle en préparait pour Tsubaki, j’en faisais un, et apparemment, Tsubaki voulait nous en offrir aussi.

Sur le modèle d’Hiyori qui courait çà et là pour rassembler ses paquets, nous prîmes nous aussi notre travail en main.

« Qu’est-ce que tu lui offres exactement ? Un éclat de brique réfractaire ? Une dent de monstre vaincu ? »

Les souvenirs des cadeaux rapportés dans leur gueule par les jeunes salamandres surgirent alors que je demandais à Tsubaki, assise par terre au milieu de la chambre.

Tsubaki répondit en souriant largement, fièrement campée sur ses deux jambes.

« Ça reste des trésors, mais… Mi-mi-mi ! Quelque chose de bien mieux. De génial ! »

« Vraiment ? Ça promet d’être incroyable. »

Habituée à déclarer « Je suis géniale ! » après avoir effectivement maîtrisé Hiyori grâce à un sceau magique, je savais que l’adjectif employé par Tsubaki méritait probablement toute son importance.

Tsubaki possédait vraiment cette renommée de puissance inégalée. Cette promesse laissait place à une légitime impatience concernant son propre cadeau.

Il s’agissait visiblement d’un objet confectionné plutôt qu’acheté. Restée accrochée au sol, Tsubaki commença à manipuler frénétiquement des flammes dans tous les sens.

Appliquant la technique de modification chromatique des flammes qu’elle avait apprise durant la représentation pyrotechnique avec les taupes, elle émettait des trilles en projetant des jets multicolores autour de son corps pour les concentrer entre ses mains jointes, formant une sorte d’orbe imaginaire. Entre ses paumes, les braises tourbillonnaient avec vigueur, suggérant lentement la naissance d’une forme précise.

J’observai un moment la danse ignée de Tsubaki, sans pour autant comprendre quoi que ce soit.

Je ne saisissais ni ce qu’elle fabriquait, ni quelle destination elle visait.

Il semblerait qu’elle explorât une branche magique où les principes de l’ingénierie classique perdaient tout intérêt. Aucune suggestion utile ne me venait à l’esprit. Il me restait à m’exécuter correctement pour mon propre présent.

Déployant sur le bureau près du lit les matériaux gobelinesques et les outils rassemblés durant le voyage jusqu’à Bagdad, je me mis à fabriquer l’appareil de communication sur ligne dédiée.

Peu après mon retour à la vie et la mise à jour de Cyranus, j’avais émis l’hypothèse que son mécanisme sans incantation permettait potentiellement de pirater les boîtiers de communication magique.

L’analyse s’était révélée exacte puisque la Sorcière Infernale avait bien utilisé un poste américain pour signaler la situation sur l’île d’Eromanga directement à Cyranus.

De même, l’origine de l’incident prophétique tenait au fait que la fonction de réception de Cyranus avait capté le signal du prototype apporté par Conrad.

La technologie des transmissions magiques longue distance reposant sur les gobelins géométriques avait considérablement progressé ces deux dernières années. Ouvrir une ligne privée paraissait enfin réalisable.

En reliant les continents entiers, cette technologie permettrait de composer n’importe quel numéro à tout instant. Verrouiller la connexion uniquement sur Hiyori et Tsubaki assurerait à la fois l’absence d’écoute indiscrète et le respect strict de la vie privée.

La structure de base tirait parti du meilleur des deux modèles : la partie communication de Cyranus et le boîtier américain présenté par Conrad.

Pour verrouiller la fréquence, je recourrais aux gobelins à couleur spécifique. En calibrant le système pour ne répondre qu’aux flux magiques d’Hiyori et de Tsubaki, je bloquerais toute tentative d’intrusion provenant d’autrui. Le principe restait identique à celui de Cyranus, sensible uniquement au mana de Hiyori.

Le schéma théorique était complet. Il ne me restait plus qu’à l’appliquer concrètement, même si la tâche promettait d’être laborieuse.

Durant plusieurs jours, malgré le partage de la même chambre d’hôtel, nous naviguions séparément pour finaliser chacun notre paquet.

Hiyori sortait à l’aube, rentrait bredouille et contrariée tard dans la nuit, se blottissait contre Tsubaki et s’endormait aussitôt.

Quant à moi, je parvins rapidement à donner une forme à l’appareil, mais le rendu sonore restait catastrophique : plein de craquèlements et de parasites inutilisables. Je commençais sérieusement à me ronger les sangs.

Tsubaki peinait également. Elle réfléchissait si intensément qu’une vapeur semblait s’échapper tant de sa salamandre que de son propre crâne ; parfois, perdue, elle fichait brutalement sa tête dans les fours à pain de la cuisine d’hôtel.

Le dernier jour de notre séjour, épuisée et de mauvaise humeur, Hiyori nous fit une proposition en arrachant nerveusement un morceau de pain pendant le petit-déjeuner.

« Et si on prolongeait de trois jours ? Trois jours seulement. »

« D’accord. Trois jours. »

« Mi ! Trois jours ! »

Cela tombait parfaitement sous la main pour moi comme pour Tsubaki. Le vote fut levé instantanément à l’unanimité.

Tout le monde mettait franchement trop d’énergie dans la préparation des présents.

Il suffirait d’un passage rapide dans un grand magasin pour choisir quelque chose d’élégant au hasard. Mais la recherche opiniâtre d’une huile rarissime, d’un appareil communicant unique de dernière génération ou d’un artefact mystérieux consomme énormément de temps.

Tous étaient littéralement à côté de la plaque, y compris moi-même.

Néanmoins, l’intérêt de rallonger cette échéance de trois jours demeurait évident.

Puisque rien n’avançait concrètement, l’idée consistait simplement à imposer une décote hebdomadaire afin de boucler les préparatifs dans des délais viables.

Apparemment, Hiyori abandonnait l’acquisition de ladite huile pour se rabattre sur une alternative convenable, tandis que Tsubaki semblait elle aussi trouver une parade.

Moi aussi je devais finir par céder : un objet achevé imparfait valait mieux qu’une œuvre parfaite mais inachevée.

C’est souvent le cas en travaillant sur les gobelins géométriques, et l’appareil sur ligne dédiée présentait des similitudes frappantes avec le Gobelin du Roi Démon.

Jadis, le Seigneur démonniaque contrôlait les monstres de première classe via des gobelins noirs. En adressant un appel à ces derniers, infestant les corps adverses tels des parasites, dès que la masse des gobelins noirs dépassait celle naturelle des créatures hôte, ils se soumettaient aveuglément à sa voix.

Ce fonctionnement pouvait être transposé directement à un boîtier de transmission.

Lors de la création d’une liaison privée, la portion occupée par les gobelins à couleur spécifique devait représenter plus de la moitié du volume global du réseau géométrique.

Leur intégrale volumétrique prenait nécessairement le dessus sur celle des composants restants.

Sans cette prépondérance, les interférences devenaient ingérables et toute transmission régulière s’avérait impossible.

Le dispositif des gobelins noirs détenant le Seigneur démonniaque relevait très probablement de la même logique.

Autrement dit,

① Introduire dans la chair des monstres de première classe les gobelins noirs servant de modules émetteurs-récepteurs.

② Tant qu’ils restent modestes, le bruit de fond empêche les ordres du souverain de parvenir aux hôtes.

③ Une fois développés à taille critique, les parasites étouffent les perturbations et livrent les directives intactes.

Le raisonnement tenait la route.

La gestion du volume constituait un champ d’étude ancestral pour les réseaux géométriques. Parmi les règles célèbres, on recensait le seuil critique indiquant qu’un dépassement des 1400 centimètres cubes provoquait un effondrement massif des performances. Même cette technologie de pointe qu’était le Gobelin du Roi Démon subissait cette limitation. De même, certains historiens expliquent la nature quadridimensionnelle du Quadrinence veillant sur le Royaume de Rouche précisément comme une solution ingénieuse pour contourner les restrictions imposées par notre dimension spatiale.

À l’instar de la Terre retenue par la gravitation universelle, la magie obéissait à ses propres contraintes de densité et de cube. Plus on résistait aux lois fondamentales du monde, plus ressemblaient à celles de la physique rationnelle. Dans un tel cadre, la seule issue résidait à jongler habilement au sein des marges autorisées.

Armé de ces nouvelles données, je réussis malgré tout à achever mon boîtier de communication privée dans les trois jours supplémentaires.

Son aspect extérieur rappelait fortement un attrape-rêves, cet artisanat traditionnel autochtone utilisé comme amulette protectrice en Amérique du Nord.

Des gobelins structuraux s’organisaient selon un motif régulier au sein d’un anneau aplati, dirigeant systématiquement leurs flux vers un amas central taillé en icosaèdre régulier à structure fractale.

Après avoir poussé loin l’optimisation conjointe de la captation acoustique, de la répartition des volumes et de la qualité sonore, le dessin du boîtier finit par adopter spontanément cette configuration.

Bon, force est de constater que le rendu audio demeure légèrement grésillant malgré toutes les optimisations…

Honnêtement, je me sentais mal à l’aise à l’idée de confier cette pièce de facture médiocre à Tsubaki comme à Hiyori.

Mais viser davantage aurait sérieusement alourdi les délais, glissant droit vers plusieurs mois voire une année complète. Il s’agissait là de la seule concession pragmatique envisageable.

Tsubaki et Hiyori ayant elles aussi réussi leurs trouvailles, le soir de la séparation, nous organisions une soirée d’échange de cadeaux dans notre chambre, accompagnée des plats généreusement badigeonnés d’huile concoctés par Hiyori dans la cuisinière de l’hôtel.

Tout le groupe savourait des vins magiques d’exception et picorait des plateaux chargés d’ajiello et de marines lorsque la fête atteignit son apogée. Un poil hébétée par le champagne, Hiyori sortit un petit carton destiné à Tsubaki.

« Merci beaucoup ! Mi-mi-mi-mi ! Ca ressemble à quelque chose de solide. Qu’est-ce qu’il y a dedans ? Une pierre belle et polie ? »

Aussitôt reçue, la boîte trembla frénétiquement alors que Tsubaki essayait d’identifier son contenu par le seul bruit produit. Hiyori esquisssa un sourire résigné et invita doucement son élève à l’ouvrir.

Une flamme consuma l’emballage sans effort, et Tsubaki déposa sur sa paume un bloc de glace à peine plus gros qu’une pièce de monnaie, haussant les sourcils face à ce phénomène insolite.

« Mi… ? De la glace. C’est quoi ça ? Je sens le mana caractéristique de la Sorcière Bleue. »

« C’est une glace indestructible par la chaleur. Même avec un feu intense, elle refusera de fondre. »

« !? »

Si Tsubaki gardait une mine confuse malgré l’explication, je fus moi-même interloqué par la portée de la découverte.

« Sérieusement ? Tu arrives vraiment à synthétiser ce genre de chose !? »

« Heu, comment ? L’aurais-tu sculptée à partir d’un fragment issu de la Magie Grand Glaciaire ? »

« Non, je l’ai façonnée grâce à un rituel sans incantation. Le concept de solidité permanente s’inspirait certes de la grande Magie Glacière, mais… Hé, attends, ne la dévore pas ! Tu vas te geler l’estomac. »

« Mi~ ? »

Bien qu’elle ne manifestât aucune joie franche, Tsubaki examinait la glace avec une curiosité absolue, passant son temps à la lécher, la mordiller et l’observer.

Profitant de l’attention fascinée de Tsubaki, Hiyori confia tout bas qu’elle avait initialement rêvé de créer une sculpture glacée reproduisant sa propre silhouette. Manquant de maîtrise technique, elle avait dû renoncer et saturait la pierre pure d’un excès de mana dans l’unique espoir d’éveiller son souvenir chez sa disciple.

Rebaptisée Bloc de Givre Éternel, cette pièce refusait toute fonte spontanée face à la chaleur ordinaire.

Elle cédait certes sous l’effet de techniques dissolvantes ou pyromanciques, mais Tsubaki maniant peu les sorts traditionnels, tout risque accidentel de fusion semblait hautement improbable.

Contrairement aux procédés glaciologiques classiques, le cristal n’offrait aucune vertu de conservation intérieure, jugée trop complexe à recréer. Pourtant, l’essentiel résidait ailleurs : il agirait comme un catalyseur mémoriel envers la Sorcière Bleue, dont les arts cristallins faisaient la force. Pour une telle intention, ce choix de présent apparaissait inégalable.

…Mon propre cadeau, tiendrait-il la route ?

Personnellement, je n’avais pas passé mon temps à ruminer ce genre de considérations.

Hiyori aimait bavarder des heures au téléphone, et Tsubaki parlait aussi volontiers que quiconque. Je l’avais simplement fabriqué dans l’idée de faciliter nos conversations futures.

Aurais-je dû privilégier une statue en bronze à taille réelle représentant la Sorcière Bleue dans les moindres détails… ?

En train de tourner mille scénarios dans ma tête, indécis quant au moment de remettre mon objet, Tsubaki détecta instinctivement le paquet dissimulé derrière les rideaux là où portait mon regard agité.

Incapable de retenir une enfant ravie bondissant vers le présent, je dus assister à la révélation publique de ma création, baptisée « Communicateur dédié Hiyori et Tsubaki ».

Dès lors que je précisai le rôle de chaque unité jumelle et le protocole d’appairage, elles poussèrent des cris de jubilation, me firent la bise sur les joues et branchèrent frénétiquement l’équipement en espérant communiquer aussitôt.

Cependant, la prise de conscience immédiate du rendu sonore défectueux fit tomber leurs sourires pour laisser place à des expressions dubitatifs. Désolé, désolé !

« E-eh bien… au moins, le sens des mots passe. »

« Mi. Conversation orale, sans problème majeur. Probablement. Dur, mais faisable. »

« Ghnn… Ta complaisance touchait réellement mon cœur tendre. »

« Navrant, mais je planifierai une seconde version optimisée prochainement. Contente-toi provisoirement de cet exemplaire. »

En réalité, j’avais réussi à bricoler un réseau privé individuel en une dizaine de jours seulement. Le résultat comptait. Que la distorsion sonore soit limite était compréhensible.

Face à mes sentiments partagés de culpabilité et d’orgueil, Tsubaki pépia à nouveau pour remercier son maître, puis fila vers la salle de douche devenue atelier temporaire pour rapporter deux fioles étroites. Le point final de l’échange revenait maintenant à notre jeune compagne.

Deux ampoules métalliques hermétiquement fermées contenaient chacune une flamme rouge identique scellée à l’intérieur.

« Oh là là. »

Une combustion sans oxygène ni combustible dans un contenant clos indiquait clairement une manifestation magique.

« Tiens, voilà pour moi et la Sorcière Bleue. J’y ai mis tout mon cœur ! Tu veux bien les garder sous le coude ? »

« Oh, merci infiniment. Ça me touche profondément. Je les surveillerai jalousement toute ma vie. »

« Mi-mi-mi ! »

Hiyori accepta l’objet avec un rire franc, partagée dans une étreinte chaleureuse avec sa progéniture.

De mon côté, je secouai prudemment la fiole et la retournai pour l’analyser sous divers angles.

Hum ? Rien de plus évident à mes yeux : il s’agissait exclusivement d’une flamme enchantée.

Les brasiers issus du mantra fondamental « Flamme, obéis ! » arboraient la même allure générale. Mais ce n’était probablement pas issu de cette technique… ?

Elle avait pourtant travaillé avec une acharnée détermination sur un projet obscur, excluant l’idée simpliste d’une simple mise en conserve de la technique pyromancienne de base.

Ne voulant pas gâcher le moment, j’activai mon talent d’observation ambiante à plein régime pour respecter l’impromptu mandat de silence jusqu’à cessation de leur accolade. Une fois la scène terminée, je posai mes questions à Tsubaki visiblement radieuse.

« Donc, Tsubaki. Quel type d’artefact s’agit-il ? »

« Mi. C’est un feu amulette. Même distants, nous restons liés ! Nous formons tous une même harde. Quand nous rentrerons à Okutama, transmets-en le feu aux camarades. »

« Oh ? Compris. »

Ce n’était franchement pas ce que je cherchais à savoir.

J’aurais plutôt souhaité connaître la procédure d’incantation, la méthode de fabrication, ou les propriétés spécifiques attachées à cette flamme.

Force fut de constater que, bien que je persévère dans mes demandes, elle-même semblait hésitante sur les détails exacts du fonctionnement. Retenir néanmoins une information cruciale : la flamme pourrait demeurer active indéfiniment sans nécessiter aucun appoint énergétique, et probablement durant plusieurs années au minimum.

Hmm ?

Vu la nature bénigne de la substance et l’intention première exprimée par Tsubaki, je décidai de l’accepter sans chercher plus d’explications.

Une flamme captive à l’intérieur d’une éprouvette représentait toujours quelque chose de remarquable. Plutôt que de complexifier la situation, je choisirai d’accueillir ce présent avec sincérité. Bravo à elle !

Ainsi, la cérémonie d’échange conclut paisiblement sa course, transformant la tablée en véritable karaoké improvisé. Nous célébrâmes l’après-midi en levant le ton jusqu’à l’aube suivante.

Lorsque les premiers rayons argentés éclaircirent l’horizon, Tsubaki annonça d’un ton net à Hiyori, en pleurs et suppliant de retarder le départ, qu’il était temps de partir.

Accompagnée de son oiseau familier, Tsubaki repartit facilement, tandis qu’Hiyori, perchée à l’entrée de l’hôtel, la suivit des yeux jusqu’à disparition totale, inondant ses joues de larmes silencieuses.

« Ah, Tsubaki… Mon dieu, Tsubaki s’en va vraiment… »

« Mais c’est la règle du jeu ! Elle aussi a ses ambitions personnelles et ses projets à mener. Il valait mieux sourire pour lui souhaiter bonne chance. »

« Idiote… J’aurais tant voulu l’accompagner au loin avec un sourire aux lèvres. Ce n’est pourtant pas aussi trivial que tu le crois… »

Bien qu’encore bouleversée, Hiyori serra finalement contre son cœur la fiole offerte par sa pupille, essuya ses joues mouillées et expira une longue haleine lasse.

Regardant en arrière maintes fois avec regret, elle regagna discrètement les halls de l’établissement, la démarche alourdie.

Tentant immédiatement d’utiliser le nouveau boîtier, elle s’apprêta à appeler Tsubaki, mais je lui fis signe que c’était bien trop tôt pour elle aussi revenir dans la chambre.

Parti à deux, notre périple s’était mué en trio avant de redevenir un duo.

Allons, remonte-toi les bretelles ! Une fois nos affaires réglées au royaume de Rouche, tu pourras toujours faire une halte chez Tsubaki avant de regagner Okutama.

Mais pour accomplir cela, il nous fallait achever notre voyage selon l’itinéraire prévu.

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