« Guang Ling San » figure parmi les dix plus grands airs de guqin de toute l'histoire de la musique chinoise. Son rythme est émouvant, ample, et c'est le seul morceau du répertoire conservé à évoquer l'atmosphère des champs de bataille, à exprimer la violence d'une vengeance filiale. Un air riche en pensée et en personnalité artistique.
Tandis qu'il écoutait le Guang Ling San jaillir des mains de la jeune fille, Cook tombait de plus en plus sous le charme.
C'était son morceau préféré parmi tous les airs de guqin, parce qu'il ne se contentait pas de sons fastueux, il portait aussi un esprit de rébellion, une détermination à se battre.
Ce qui le stupéfiait encore davantage, c'est qu'il n'avait jamais imaginé qu'une fille, non seulement maîtrise la technique, puisse encore rendre avec une justesse saisissante l'élan du Guang Ling San...
Cook était entièrement absorbé par le son de l'instrument, les yeux fixés sur la jeune fille face à lui. Sa tenue n'avait rien de flamboyant, son visage était nu, elle avait même l'air d'une mendiante misérable. Pourtant, lorsqu'elle s'assit devant ce guqin, quand elle entama le morceau...
Malgré ses haillons, personne ne la prendrait pour une vraie mendiante. Elle devait avoir une histoire...
Lorsque le morceau s'acheva, Cook mit un long moment à revenir à lui.
Enfin, il tenta de contenir son émotion pour dire : « Mademoiselle, votre interprétation du Guang Ling San dépasse mes attentes ! »
« Merci », acquiesça légèrement Ning Xi, reconnaissante, sans rien laisser paraître sur son visage.
Qu'on la gronde ou qu'on la complimente, la jeune fille restait impassible. Il en ressentait même une forme de noblesse...
Oui ! De la noblesse !
Celle-là même que seul un véritable aristocrate possède !
Même vêtu de guenilles, le charisme noble logé dans les os ne change jamais !
C'était trop magique ! Aucune des candidates précédentes n'avait su lui faire éprouver ce sentiment. Même la prestation de Li Yueling manquait de la note parfaite, il la trouvait trop calculée, trop artificielle.
Comment la mendiante qui se tenait devant lui pouvait-elle dégager une telle élégance ?
Cook réévalua la jeune fille, les émotions qui l'agitait défiaient toute explication. Lorsqu'il parvint enfin à se calmer, il poursuivit l'audition : « Puis-je savoir ce que vous comprenez du terme "noble" ? »
Toutes les artistes précédentes avaient donné des réponses semblables : elles pensaient que la noblesse, c'est avoir reçu une bonne éducation, être cultivée intérieurement et extérieurement. Naturellement, il validait une telle réponse.
À cet instant, il attendait la réplique de la jeune fille, suspendu à ses lèvres.
Quand elle entendit la question de Cook, Ning Xi comprit qu'il avait déjà validé sa prestation. Il ne lui restait plus qu'une dernière marche.
Après avoir pesé ses mots, elle commença à expliquer : « Je crois que la véritable élégance et la vraie noblesse ne consistent pas à afficher le nom de marques de luxe, pas à exhiber les accessoires hors de prix qu'on porte, pas à vanter sa propre beauté ni ses diplômes. La vraie noblesse, c'est même vêtue de haillons, les cheveux en bataille, de ne pas pouvoir dissimuler le charisme noble qui est en soi. »
En l'entendant, les yeux de Cook s'illuminèrent et son visage s'éclaircit.
Ning Xi continua : « Sentir un parfum pour connaître une femme. Un parfum est un article de luxe qui révèle le goût d'une personne mieux que n'importe quel autre objet. Je pense que, pour les femmes, le parfum est plus important que les vêtements, tout comme le charisme prime sur les apparences.
"Le parfum est l'un des indispensables classiques de la mode, il diffère des autres éléments tendance comme les vêtements, le maquillage ou la coiffure. Le parfum est la chose la plus classique et la plus durable qu'une femme puisse posséder. Une bonne fragrance ne se démode jamais." »
Cook ne put contenir sa surprise et sa joie d'avoir trouvé sa perle rare. Il acquiesça, en résonance : « C'est exact ! Vous l'avez très bien dit ! »
L'interprétation de cette jeune fille collait parfaitement à leur thème !