On aurait dit qu'il avait grandi sans jamais manger correctement, tant le garçon, aussi petit que moi dans mon enfance, était assis, les genoux serrés contre sa poitrine.
Pourtant, je ne distinguais pas son visage, la tête baissée.
En gamine curieuse, je m'approchai du petit garçon et lui parlai avec précaution.
« — C'est un domaine de grande noblesse. Vous aurez des ennuis si vous n'avez pas la permission d'entrer dans le terrain de chasse ! »
S'agissait-il du souvenir de mes dix ans, lorsque je vivais sur le terrain de chasse ?
Je n'avais aucun souvenir d'un an environ, depuis mes dix ans quand j'avais disparu.
À ce moment-là, j'avais été surprise de réaliser que j'étais réincarnée, et j'avais supposé avoir perdu la mémoire à cause du choc de ma disparition.
Quels que fussent mes efforts pour retrouver ce souvenir perdu, je n'y parvenais pas, alors je l'avais enfoui au plus profond de mon esprit. Je commençai à me concentrer sur la vision qui se déroulait sous mes yeux.
Alors que je m'approchais, le garçon marmonna d'une voix menue et douce.
« — …Ah, non, non. »
« — Pourquoi ? Nous ne devrions vraiment pas être ici… Allons-nous-en ! »
J'étais une gamine qui ne tenait pas en place.
Le visage du garçon était flou dans mes souvenirs. Mais en m'approchant de lui, je remarquai quelque chose d'étrange.
Ce petit garçon ne semblait pas être venu là de son propre chef.
En y regardant de plus près, un fil de lumière blanche entourait le corps de l'enfant.
« — Hé, c'est quoi cette corde ? Elle t'entoure… »
« — C, c'est un cercle magique. P, parce que je pourrais vous déranger. »
Le garçon releva la tête. Il avait l'air à la fois mature et jeune, mais ressemblait étrangement à quelque chose.
Lorsque moi, adulte, j'observais les deux de loin. Avant que je ne m'en rende compte, le cercle magique vibra et enveloppa étroitement le garçon.
Je fus surprise et plus embarrassée encore, tandis que je regardais autour de moi avec avidité.
Maintenant que j'y pense, un immense cercle magique de la même couleur que celui qui entourait le corps du garçon s'étendait tout autour.
« — Partez, partez ! »
Je voyais comment j'allais répondre à cette remarque.
Parce que quand j'étais jeune, j'étais plus sceptique que maintenant, quand j'avais peur de tant d'épreuves.
« — Comment puis-je simplement partir ? »
« — …Quoi ? »
« — Un gamin comme toi est enfermé ici, comment puis-je m'en aller comme ça ? »
« — Enfin, tu es jeune toi aussi… »
En jeune enfant, j'enlaçai le corps tremblant du garçon.
« — Hé gamin, laisse-moi t'aider ! »
Du point de vue d'un adulte, ils ressemblaient tous deux à des bébés, mais j'imagine que j'étais bien désespérée à l'époque.
Parce que j'essayai de toucher le cercle magique à mains nues et de creuser le sol alentour, provoquant un tumulte.
Ce fut un effort en larmes pour tenter de désamorcer le cercle magique. Je ne sais pas pourquoi ce souvenir remontait à présent, mais…
Peut-être cette vision était-elle un fragment de mémoire que j'avais perdue dans mon enfance, traversant mon esprit.
Le lendemain matin arriva…
La fièvre était tombée, mais un étrange souvenir demeurait collé dans ma tête comme des étoiles et me tourmentait.
Qui était le petit garçon piégé dans l'immense cercle magique du terrain de chasse du noble, pourquoi était-il là, et qu'était-il advenu ensuite ?
À ce moment-là, le cercle magique avait-il fini par se libérer ou avait-il échoué ?
'I can't quite remember what the kid looked like…'
D'ailleurs, plus j'essayais de me souvenir, plus ma tête me faisait mal. Je chuchotai pour moi-même, me couvrant le visage des deux mains.
« J'ai fait un rêve vraiment bizarre… »
Je le dis en sachant qu'il n'y avait personne à côté de moi, mais quelqu'un me répondit à voix basse.
« — Quel est votre rêve ? »
Sa voix était si grave et suave que les poils de mes oreilles se hérissèrent. Je fus si surprise que je faillis bondir comme un ressort.
« — Qui, qui… Oh, Duc. »
Contrairement à moi, qui étais amaigrie, il se contentait de me fixer.
« — Qui, qui ? Oh, Duc. »
Il devait être là depuis un moment, inquiet au sujet de l'Empreinte.
« — Qu, que faites-vous dans ma chambre ? » demanda Astel.
Dites-moi pas qu'il a veillé toute la nuit ou que le Duc est resté à mes côtés tout le temps. Je souris maladroitement et tentai d'essuyer la sueur de mon front.
Cependant, le Duc posa d'abord un mouchoir sur mon front. Comme si de rien n'était.
« — Dit-on, ce n'est pas contagieux. »
« — Ah… »
Je crus que c'était la grippe ou un rhume, mais ce n'en avait pas l'air.
« — Ne soyez pas malade, Astel. »
Ce fut alors que quelque chose rompit notre moment tranquille. L'enfant de mon frère rampait et pleurnichait sur le sol.
« — Pas, malade ! Astel ! » (L'enfant reprenait les mots du Duc.)
Un enfant aux yeux pétillants sauta sur le lit. Mon attention se porta aussitôt sur lui.
« — Bébé, qu'est-ce que tu fais ? »
« — Hmm ! »
L'enfant rit, gêné, sans rien dire, et s'endormit sur ma poitrine.
'Tu as envie de ta maman…' pensa Astel en regardant l'enfant dormir.
J'étais éblouie par la chaleur, caressant machinalement les cheveux du garçon.
L'expression du Duc se déforma un instant en nous voyant, puis reprit son aspect habituel. Alors il effleura doucement mon front.
« — La fièvre a baissé, et vous ne toussez même plus. Vous avez toussé un peu toute la nuit. »
« — Ah, la servante l'a dit ? » se demanda Astel.
Car le Duc parlait comme si c'était naturel.
« — Il n'y avait pas de servante. » répondit le duc Anais.
Je fixai le Duc. Quelque chose…
« — Eh bien, alors qui… » (Astel)
« — J'étais là. » (Duc)
On aurait dit qu'il me demandait pourquoi je posais une question si évidente. Était-ce moi seule qui étais embarrassée par cette situation, ou est-ce plutôt naturel pour lui à cause de l'Empreinte ?
Cependant, il ne sera jamais banal que le Duc soigne lui-même un malade. Il me tendit l'eau et le médicament, à moi qui bredouillais de gêne.
« — Buvez ceci. » (Duc)
La bouche ouverte de honte, j'avalai le médicament amer d'une traite et bus une gorgée d'eau.
'C'est trop !'
Je clignai des yeux et fronçai légèrement les sourcils.
« — Bon, je crois que je sais ce que ressentent les patients… »
Là-dessus, je pouffai lentement. Il n'hésita pas à essuyer l'eau sur ma bouche de sa main.
Pendant ce temps, alors que notre conversation se prolongeait pas mal, le bébé dans mes bras gigota sans raison.
« — Oh, pardon. Je ne bougerai plus. » (Astel s'excusant auprès du bébé endormi)
Quand je m'excusai, le Duc souleva l'enfant de ma poitrine et le posa à côté de moi sur le lit.
« — Levez-vous. » (Duc)
Ce n'était pas un geste délicat, mais pas assez brutal pour blesser l'enfant. Celui-ci sembla râler un moment parce que sa place avait changé, mais se rendormit vite.
Il murmura, regardant l'enfant endormi sur le lit : « Astel, ça, ah… non… »
C'est tout ce que j'entendis… N'était-ce qu'une hallucination ?
« — Comment s'appelle cet enfant ? »
La question me fit réfléchir un instant. Je connaissais le nom de l'enfant grâce à l'original. Mais officiellement, il n'était pas encore décidé.
Devais-je dire au Duc le nom que mon frère avait donné à l'enfant dans l'œuvre originale ou pas ? Je réfléchis : '…Ce serait bizarre de dire que le bébé de mon amie n'a pas de nom.'
Et bien sûr, il lui faut un nom pour vivre dans ce monde.
Après avoir longuement réfléchi, je pris une décision tranquille. Donner son nom à l'enfant.
« — Le nom de cet enfant est… »
Le nom de l'enfant s'écoula naturellement de mes lèvres, pensant que je ne l'avais jamais sorti pour le garder pour plus tard.
« — Lune. »
Je n'inventai pas un autre nom pour quoi que ce soit.
'Lune' était le vrai nom de l'enfant dans l'histoire originale.
Mon frère aîné, que le Vilain final avait tué, donna un nom à l'enfant au moment de sa mort.
Moi, Astel, l'étoile de mon frère, et… Ce petit garçon, au sens de 'lumière' de mon frère, me demanda de l'appeler 'Lune'…
Dans le roman, ces mots n'étaient rien d'autre que la volonté de mon frère.
'Le nom de l'enfant doit être Lune.'
Je déclarai calmement : « Le nom de l'enfant est Lune. »
Je me tournai vers le Duc avec un sourire gêné. Mais c'était un peu étrange. Je venais juste de lui donner son nom, mais d'une façon ou d'une autre…
L'expression du Duc maintenant, avec une légère exagération, était encore plus terrifiante que le visage d'un humain mourant.
« — Le nom… »
Le duc Anais tenta de dire quelque chose, mais se mordit la langue brutalement et ferma la bouche. Il se remémora une conversation de très longtemps auparavant.
« — Quand j'aurai un enfant, je l'appellerai Lune. »
« — Pourquoi… ? »
« — Parce que mon nom signifie étoile dans la langue ancienne. »
« — Eh bien alors… ? »
Le garçon espiègle et immature saisit délicatement le revers de la petite Astel et murmura.
« — Je n'ai pas de nom… »
« — Vraiment ? »
« — Oui… »
« — Alors je te donnerai un nom ! Ton nom sera, euh, quoi faire ? »
À ce moment-là, Astel brillait à chacun de ses mouvements pour correspondre au sens du nom. Le garçon demanda prudemment d'une voix vive qui contrastait avec son visage assombri.
« — Mon nom est ? »
Astel sourit largement et caressa les cheveux du garçon.
« — D'accord, j'ai décidé ! Ton nom est… »