« L'atmosphère d'aujourd'hui est si morose qu'on dirait qu'il y a un fantôme dans le château ! »
…
Le duc leva aussi un sourcil, étonné. Non, pas une expression perplexe, mais une mine légèrement décontenancée ?
Le duc Anais promena son regard autour de lui.
Tous les vassaux du Château ducal qui reçurent son regard frissonnèrent.
« Peut-être… »
« Quel jour sommes-nous aujourd'hui ? Un truc comme la Journée des Monstres du Château ? » dis-je en plaisantant.
La Journée des Monstres du Château était un anniversaire fêtant l'accueil du fantôme, avec force événements comme des « farce ou friandise ».
Le duc, qui m'observait en train de babiller gaîment, entrouvrit lentement les lèvres et répondit :
« Oui. »
« … Vraiment ? »
Je n'avais dit ça que pour détendre l'atmosphère.
« Pendant qu'Astel était partie un moment, j'ai juste inventé un truc comme la "Journée des Monstres du Château", et maintenant tu la connais. »
… C'était vrai ?
Non seulement Astel, mais les servantes aussi écarquillèrent les yeux, surprises.
À ce moment-là, Rudel, la première femme de chambre, arriva avec une mine anormalement raide et ajouta :
« Non, c'est bien ça. »
Je tressaillis en apercevant sa main en forme de paresseux l'espace d'un instant. Rudel n'a pas l'air en forme non plus.
Comme je penchais la tête, le duc sourit aux vassaux et dit :
« Oui, il y a plein d'autres choses que j'ai préparées pour Astel. »
C'était une parole lourde de sens.
« Myaa ! » (Maman)
Heureusement, il y avait une personne qui était exactement la même qu'une heure avant mon départ.
La seule chose qui brille dans ce château sombre.
L'enfant de Sally et Jenny m'aperçut debout et se mit à avancer en trottinant.
« Aste ! » (Astel)
Ce gamin n'arrête pas d'appeler sa tante par son prénom devant tout le monde !
'Après ça, je devrai lui apprendre le mot "tante".'
Je lui fis signe de la main à l'enfant qui courait vers moi tout affairé.
« Viens ici, bébé ! »
Mais c'était étrange…
L'instant où l'enfant et moi nous prîmes la main, l'atmosphère dans le château devint plus glaciale encore.
En particulier, je vis les jambes de la servante trembler, elle qui était restée de marbre en toute circonstance, comme si pas une goutte de sang n'en serait sortie même si on l'avait plantée d'une alène.
« Ce… Je vais l'emmener à l'office. Votre Excellence, Mademoiselle Astel. »
Le duc hocha la tête avec un sourire sur son visage froid, et j'acquiesçai, amère.
« Ah oui. »
« Cela… »
La servante serra fort les yeux, les rouvrit, puis demanda, hésitante :
« … Pour le repas du bébé, ce soir… Faut-il qu'on prépare aussi ? »
Pourquoi tu demandes ça avec un visage si déterminé ? Je fus un peu perplexe et réalisai qu'il restait encore des formalités importantes.
Alors, je tournai la tête et souris au duc.
« Duc, vous connaissez cet enfant ? C'est le fils de mon amie. L'autre fois, vous avez dit que je pouvais amener mon amie ! »
« Ah, oui, l'enfant de ton amie… »
« Oui. »
Je jetai un coup d'œil du côté du duc. Ses yeux étaient toujours fixés sur l'enfant, vers le bas.
Mais le duc ne semble pas pouvoir soutenir le regard de l'enfant… Ce ne pouvait pas être, pourtant son regard semblait un peu triste.
Fermer lentement les yeux avait quelque chose de recueilli, comme s'il s'était résolu à quelque chose.
En bref, une émotion indéchiffrable que je n'avais jamais vue traversa son visage.
« Alors, Duc ? » l'appelai-je prudemment.
Alors il rouvrit lentement les yeux, me lança un regard calme et ouvrit les lèvres.
« Eh bien… maintenant, est-ce qu'on dîne, tous les trois ? »
Comme prévu, le duc avait l'air déterminé.
La voix qui nous invitait à manger était aussi douce que d'habitude.
'Si le duc est le Vilain final, il va falloir que je parte vite avec l'enfant…'
Pour l'instant, rien n'est certain.
Tout sera clair quand j'aurai attrapé le prochain espion.
D'ici là, je ne devais provoquer aucun changement noticeable.
« Oui, dînons ensemble ! Tous les trois. »
Je serrai fort la main de l'enfant et souris radieusement.
Le long du couloir du Château ducal.
Trois personnes étaient assises à la table dressée pour le dîner.
Le duc Anais siégeait du côté gauche de la table et Astel et le bébé du côté droit.
Il ne fallut pas longtemps avant que les entrées n'arrivent.
La nourriture était sucrée et délicieuse comme toujours.
S'il y avait un problème, c'était le petit bébé assis dans sa chaise haute qui gémissait.
Clankㅡ
En même temps, un cliquetis de fourchettes retentit sur l'argenterie.
Astel, mal à l'aise avec l'étiquette aristocratique, était distraite par l'enfant et utilisa les mauvais couverts.
« C'est quoi ça ? »
Le bébé continua à babiller.
« C'est quoi ça ? »
Il désigna les couverts étalés sur la table et la nourriture dessus, et pouffa.
« C'est juste un bol… ! »
« Et alors, c'est quoi ça ? »
Les questions de l'enfant continuaient.
Comme je répondais à chaque fois, le repas s'allongea, mais heureusement l'enfant semblait être passé fidèlement en mode questions-réponses.
Bientôt, l'enfant regarda quelque part et sourit timidement.
« C'est effrayant, Mistou ! » (Monsieur Effrayant)
La bouche d'Astel s'ouvrit alors qu'elle avalait sa bouchée, croyant avoir mal entendu.
« De beaux vêtements ! »
L'enfant finit par lever la tête et se mit à désigner le duc.
« Chiot boudeur ! »
« … Qui, qui est un chiot… »
Astel voulait nier la réalité.
Mais les petits doigts en forme de banane de l'enfant pointaient clairement vers le duc.
« Chiot ! »
Tu dis que le duc est un chien ?
… Astel haleta et clappa sa main sur la bouche de l'enfant.
Il subsistait encore le soupçon grandissant que le duc pouvait être le Vilain final.
Astel surveillait l'enfant, pensant que s'il provoquait le duc sans connaître l'avenir, il y avait de fortes chances que ce soit un gros problème un jour.
« Un homme effrayant, à l'air effrayant ? C'est pas vrai du tout ! Bon, même s'il a cette tête, il a bon cœur… Et puis, c'est quoi "chiot"… ! »
Même Astel ne savait pas ce que pensait le duc, et n'étant pas sûre, elle lâcha la fin de sa phrase calmement.
Astel tapota maladroitement la tête de l'enfant.
« Non ! »
L'enfant secoua la tête et fixa le duc Anais d'un regard perçant.
Le duc, qui mangeait tranquillement jusqu'alors, croisa le regard transperçant de l'enfant qui boudeait.
« Astel a raison. »
« Quoi ? Quoi ? »
« … Oui ? »
Le couteau que tenait le duc Anais s'abattit sur la table. Le vin couleur sang dans les verres trembla au choc.
« Je suis une personne très gentille et très bien. »
« Gloups… »
Y'avait zéro crédibilité quand une personne qui pourrait être le méchant disait ça sur un ton bas et pesant.
Mais je pouvais pas contredire…
Astel roula des yeux et attrapa sa fourchette. 'Faut manger quand on a rien d'autre à dire.'
À peine eut-elle tendu la main vers les couverts qu'une féroce bataille de regards commença entre deux hommes qui ne connaissaient qu'Astel.
Le duc Anais fixa intensément l'enfant blond aux yeux verts qui ressemblait trait pour trait à Cassian Gray.
« Quel âge a cet enfant ? »
« Oh… »
Astel jeta un coup d'œil vers lui et esquissa un pâle sourire.
« J'ai cru entendre qu'il a deux ou trois ans cette année. »
« Bisou ! Bisou ! »
L'enfant, qui avait sauté de sa chaise et grimpé sur les genoux d'Astel, se fichait de l'atmosphère subtile qui l'entourait.
« Oh, faut pas bouger. »
« Heu. »
Le bébé gigota prudemment et se blottit dans les bras d'Astel.
Astel sourit légèrement en écartant l'argenterie.
« Comme il est mignon. »
Et est-ce que ce fut une hallucination passagère ? Un grincement de dents se fit entendre à l'oreille d'Astel.
Un peu surprise, elle leva les yeux droit devant elle.
« Vous avez quelque chose à dire… ? »
Quand je demandai prudemment, le duc, au visage raide comme un morceau de bois dur, jeta un regard silencieux à l'enfant.
Il fixa l'enfant sans cligner des yeux.
Puis, il parla d'une voix si grave que tous les poils du corps d'Astel se dressèrent.
« Il est mignon. »
Astel assista alors à un phénomène de brillance.
Le couteau d'argent dans la main du duc se courbait lentement, déviant la lumière.