Dans la capitale royale de Chiral, nichée au cœur de la grande salle de conférence du château royal, des seigneurs influents venus de tout le pays s'étaient réunis. Leur assemblée faisait suite aux réjouissances marquant la chute de Prisma. Désormais, le château royal bourdonnait de réunions quotidiennes pour décider de la marche à suivre face à Venefique et Alucard. Ce fut une aubaine que ces seigneurs se soient déjà trouvés rassemblés dans la capitale pour les festivités précédentes.
Liselotte était présente, non en simple accompagnatrice mais en protectrice de son père, le duc d'Althea. Bien qu'il eut démissionné de son poste de Premier ministre, son influence restait immense, avec un domaine s'étendant sur la côte occidentale de Chiralie et incluant la ville de Shealot. Ses chevaliers personnels, membres d'un ordre chevaleresque, étaient réputés pour leur valeur. Pourtant, ce jour-là, Liselotte avait insisté pour assurer elle-même sa garde. Depuis le décès de sa mère, le duo père-fille n'avait plus que l'un l'autre, rendant leur présence à cet événement plus poignante — un lien familial réaffirmé.
La discussion du jour portait sur Venefique, leur énigmatique voisin à l'est.
« Alucard a présenté des excuses formelles par messager et nous a même aidés dans notre conflit contre Prisma. Mais qu'en est-il de Venefique ? Ils ont envahi nos terres à maintes reprises, causant des dommages incalculables ! À présent, ils osent frapper notre cœur royal, sans offrir un seul mot de remords ! Qui plus est, les renseignements suggèrent que ce sont eux qui ont déchaîné Prisma contre nous ! » La ferveur dans la voix du duc Rigriff était inconfondable, le nouveau Premier ministre endossant le rôle autrefois tenu par le père de Liselotte.
La voix du prince Wayne formait un contraste saisissant avec l'ardeur du Premier ministre alors qu'il assumait sa part de responsabilité. « Cependant, Premier ministre Rigriff… ce sont nous qui avons transporté le Prisma gelé jusqu'à la frontière pour commencer. Il aurait dû être clair que nous allions les provoquer. Nous ne sommes pas sans faute, mais la vraie faute m'incombe, à moi qui ai conçu le plan… »
Le roi Charleas chercha alors à consoler son fils, offrant une perspective équilibrée sur les événements. « Prisma engendrait des Bêtes de Pierre Magique même enfermé dans la glace, semant le chaos. Vos actions, bien que pas sans conséquence, étaient nécessaires. Si Prisma avait été dirigé vers Venefique plutôt que vers nous, cela aurait pu offrir l'occasion d'un front uni. Malgré des résultats moins qu'idéaux, Inglis et ses compagnons ont empêché notre ruine totale. Tu n'es pas à blâmer, Wayne. »
« Père… je suis désolé », murmura le prince, son regret évident.
« Je ne cherche pas à accabler Son Altesse le prince Wayne ! Pourtant, la réalité brutale demeure : beaucoup dans mon domaine ont perdu la vie et leurs biens du fait de l'invasion de Prisma », affirma le Premier ministre Rigriff, sa voix résonnant du poids de ses mots.
Le territoire du Premier ministre Rigriff s'étendait sur les confins orientaux de Chiralie, partageant ses frontières avec la région de Venefique. Son duché, une vaste étendue de terre, se dressait comme le plus grand à l'est du pays, là où le passage destructeur de Prisma avait laissé une marque indélébile.
« Cette supplique, je la formule non pas seulement en tant que Premier ministre mais en gardien de mon peuple qui vit aux côtés de ceux de Venefique ! Donnez-nous la chance de reprendre ce qui nous a été volé ! Les pertes et dommages inattendument faibles de l'escarmouche contre Prisma nous ont offert une lueur d'espoir — une opportunité de marcher sur Venefique ! Nous devons déraciner le mal avant qu'il ne nous ensorcelle à nouveau ! » La proclamation de Rigriff tonna dans la chambre, ralliant un chœur d'approbation de la part de ses pairs seigneurs.
« Votre Majesté, Votre Altesse ! Le Premier ministre dit vrai ! » « Mes terres portent elles aussi les stigmates de la dévastation, et mon peuple réclame réparation pour ses pertes ! » « La chance nous sourit ; ils ont perdu leurs forces d'invasion face à nos chevaliers ! Leurs rangs se sont amoindris — c'est notre chance de riposter ! » ««« En effet, c'est ainsi ! »»»
L'accord était palpable alors que plusieurs voix se joignirent à la position du Premier ministre Rigriff. Observant l'assemblée, Liselotte se demanda si la majorité n'étaient pas des seigneurs des territoires orientaux. La région avait subi de fréquentes incursions de l'armée vénéfique et cultivé une animosité profonde envers Venefique.
L'hostilité bouillonnante semblait prête à déborder. Postée près du mur, Liselotte observait son père et réfléchissait — la guerre avec Venefique était-elle vraiment à l'horizon ?
Malgré leurs vues radicales, Liselotte se surprit à éprouver de l'empathie pour le Premier ministre Rigriff et les autres nobles. Néanmoins, la réalité périlleuse persistait : le flux de Prisma pouvait frapper indistinctement à tout moment, engendrant un Prisma qui pourrait déchaîner le chaos sur le peuple. Provoquer une guerre entre nous face à une telle menace omniprésente semblait un acte de folie.
Peut-être pour les seigneurs de l'est, les Bêtes de Pierre Magique et les forces vénéfiques étaient-elles des adversaires également étrangers. La perspective de Liselotte pouvait être brouillée, son jugement épargné par la distance de son duché occidental vis-à-vis des incursions de Venefique.
Pourtant, s'étant pleinement engagée dans la lutte contre Prisma, Liselotte ne pouvait cautionner l'idée que des pertes minimes justifient de rediriger les efforts vers Venefique. Cette bataille acharnée n'avait pas été livrée pour alimenter une guerre entre nations.
« Nous n'avons pas combattu pour faire la guerre… » murmura-t-elle, violant le strict code de silence imposé aux sentinelles. Les souvenirs de ceux qui s'étaient tenus à ses côtés au combat affluèrent — Leone, Rafinha, Pullum, Lahti, tous partageaient son sentiment. Et puis, l'image d'Inglis surgit —
« Uuh… »
Une vague de vertige submergea Liselotte. Inglis, guerrière dans l'âme, n'aurait sans doute pas manqué de s'écrier avec allégresse : « Youpi ! Je serai à l'avant-garde ! » et mènerait la charge, son sourire large comme l'horizon. Rafinha saurait la gérer — Liselotte préférait s'épargner l'inquiétude.
La grandeur de Rafinha ne tenait pas seulement à sa valeur de chevalier ; c'était sa capacité innée à guider Inglis, témoignage de son charme humain.
La présence formidable d'Inglis — surpassant tout individu ordinaire au combat par sa force, son intellect et sa beauté — était source d'inspiration comme d'inquiétude. Son attitude agréable et sa prévenance en faisaient une compagnie réjouissante. Pourtant, comme tous, elle n'était pas sans défauts ; sa poursuite acharnée de la force l'aveuglait souvent sur la boussole morale.
Livrée à elle-même, elle pouvait aisément s'écarter du droit chemin. Heureusement, Rafinha était là, inébranlable, veillant à ce qu'Inglis reste ancrée et orientée vers la bonne voie.